‹ Le rôdeur français, ou, Les mœurs du jour [signed De R..... ]Chapitre 23 sur 42 · DE GAND · texte numérisé non relu

DE GAND

•<c Eh ! c'est M. Charles ! ... » dit en s'approchant de nous ua grand homme sec et maigre^ qui manqua de tomher par terre en voulant sauter au cou de mon ami \ « depuis quand à Paris? — J'y suis revenu avec Sa Majesté , répondit Charles : depuis le jour où je lui ai prêté serment ^ je Tai constamment sui* vie y et nç J'ai jamais abandonnée. — - C'est absolument comme moi^ répliqua notre interlocuteur. — Comme vous ! vous avez donc quitté la capitale ? — Non. — Et vous avez suivi le Roi? -— En pensée. — C'est différent. —Vous aurezi peut-être entendu parler de moi ? — Du tout. — C'est étonnant! Je me suis compromis de façon à faire trembler toute ma famille. -— Est-ce que vous avez été proscrit? — Non. — i Arrêté î — Du tout. — Dénoncé? — Encore moins ; mais ce n'est pas ma faute : je me suis comporté pendant les trois mois de manière à prouver plus que jamais ma haine à'I'usurpateur. — En vérité ?

« — J'ai monté ma garde ^ j'ai payé mes impositions ; j'ai même fait un petit don volontaire y pour ne pas paraitre ridicule^ et j'ai été sur le point d'accepter l'acte additionnel. Mai»

t44 l'E bouieyArd

tous les soirs, à la brune, j% sortais de chez moi j et je venais pabliquement ^ à la nuit , me promener sur le boulevard de Gand : je n'y pjarlais jamais qu'à des royalistes bien oon- BUS , k mollis que des relations dlntéréts ou des affaires de service ne m'obligeessent à répondre à des personnes dont je ne conxiaissa» pas au juste la façon de penser*, je n^lisaîs que des journaux qui^ ne pouvant parler da Rei^ 9it disaient rien en faveur de l'usurpateur; quelquefois même je n'en Hsais . pas dm tout Vous conviendrez , mon cher ami , qu'il est în]|>ossible de s'a^Bcher davantage. — Je suis certain de tos senti mens ; mais je ne vois guère les dangers que vous avez courus. .. «— To3k oornsÊe sont les jeunes gens : ils veident que Ton s'expose sans motif ^ que l'on soit toiqoipRi tur la brèche. Eh , Messieurs ! ri faut tenir compte aux gens de leurs sentimens secrets, de leurs opinion«intcrieures1 . .. n Et snrJe-dhaiiip il se relève avec orgueil ^ et nous quitte en je* tant sur >nous un regard dédaigneux , où se peignait tout IWgueil d'un homme qui a en le o^mrage de se dévouer incognito k jtaê €|iU5e 5pi'il servsaît en cadiette.

X)E CAND« •145

Je ris beaucoup de cet original ^ dont les prétentions étaient aussi solidement établies que celles d'une foule de mendians de places , qui se croient maintenaut propres k tout^ attendu que jusqu'à présent ils n'ont été bons à rien.

Il venait de nous quitter. Charles avait aussi pris congé de. moi ^ et je me préparais à revenir sur mes pas ^ lorsque j^aperçus à mes pieds un petit portefeuille de maroquin rouge , rempli de lettres dont la plupart étaient décachetées. Je fis part de ma découverte à quelques personnes qui étaient restées sur le boulevard; mais aucune ne réclama l'objet perdu ^ je fus obligé de l'emporter. •

■ £n rentrant chez moi , je n'eus rien de plus pressé que de procéder à Ijnventaire du portefeuille que j'avais trouvé. Jl contenait , outre ua petit paquet de lettres enveloppées dans uu projet de constitution^ une contre -marque d'4»péra î la dernière moitié d'une prise-d#* cerps sur le dos de laquelle on avait écrit une

déclaration d'amour *, l'adresse d'un Juif; une boucle de cheveux blonds liés avec une soie verte; un mémoire de tailleur , non acquUtér^^.

ï46 * LE BOULEVARD

deux cartes du manège Sourdi^^ et les trois premiers vers d'uue ode sur la convocation des Ohambres.

Aucun de ces objets n'indiquait d'une manière précise le propriétaire du portefeuille : la contrainte était au nom d'un jeune auteur de vaudevilles^ dont on avait oublié d'indiquer le domicile ; le projet de constitution était de la main d'une femme*, la déclaratioa ne portait que des lettres initiales *, les cartes du manège n'en portaient aucune , et l'on trouvait dans le commencement de l'ode trois fautes d'orthographe qui ne permettaient pas de Tattribuer à l'homme de Jettres qui était en pourparlers avec la justice.

Ne voulant point m'approprier le portefeuille , et désirant savoir d'one^ manière positive quel en était \% propriétaire^ j'eus recours au paquet de lettres ^ que je n'avais pas encore osé, ouvrir. On en avait enlevé toutes les adresses^ *, la pltipart des signatures étaient illisibles^ d'autos n^étaient pas entières;- quelques lettres même étaient anoïi;;fmes. Dans cette conjoncture^ qui redoublait mon incertitude^ je crus que le parti le plus sûr et le plus sage

DE GAlfD. Hj

^taît d'avoir recours aux journaux^ et d'iusërer dans une feuille périodique quelques-unes de ces lettres ^ que la personne à laquelle elle$ sont adressées ne manquera pas de reconnaître et se hâtera de réclamer.

Yoici celles qui m'ont paru susceptibles de cette publication.

»i>Mwtiwwinww<imw»iim n <»wi»Mi— wMwwmiw<iw(i(iww«K*

Paru, le 8 anii i8i5.

Page 1