ES PAROLES ET LES ACTIONS
f\ pailt probité, vertu....
C'cal un coquia.
( PxcA&D , Entrée dans le monde. )
Ce sont des choses assez difficiles à accorder Ltre elles ^ que les discours et la conduite de Ttains personnages : on dirait ^ à la façon 3nt ils s'expriment et la manière dont ils agisint^ que chez eux les paroles elles actions ont isolu de se donner un démenti perpétuel.
J'aime assez^ je l'avoue^ à juger une femme la première vue j et un homme au premier Lût : cette impression favorable ou nuisible ne t détruit qu'avec effort. L'amour-propre qui • glisse partout et qui ne perd jamais ses ïoits, revient avec peine du premier jugel^eut qu'il a porté.
tG6 . LES PAROLES
Il y a dans toute la personne d'une femmei dans ses traits , dans son maintien ^ dans sef regards ^ un je ne sais quoi qui vous révèle 1 son insu ses désirs *, chacun de ses mouvemens^ interrogé avec adresse, trahit en quelque sor(9 sa pensée y et conduit naturellement à la cos» naissance de json caractère.
L'opinion d'un homme , la profession qui exerce et les sentimens qui l'animent, se devinent, pour ainsi dire, à la nature des discours qu'il débite , et à l'intérêt avec lequdl écoute ceux qu'on lui adresse. Un avare entendra-t-il décrier l'avarice sans prendre avec chaleur la défense de l'économie ? Un poîH laissera-t-il impunément louer ou Racine , oi Voltaire , ou Dclille, sans annoncer modeste-f" ment que son génie marche à la suite de ceUr de ces grands hommes, et qu'il se flatte dePtf'r poir de les atteindre avant peu ? Un fat doï * se reconnaître à son babil, un artiste àsoneft* thousiasme , un savant à ses prétentions , «■ ' sot à son ignorance, un financier- à quel(JO0 ^ chose de moins. ' '
Malheureusement , il règne dans la soci^ une confusion de langage qui trompe et déroaii
ET lES ACTIONS. 167
calculs de l'observateur *, depuis que tout le màe se croit *appelé h gouveraer à son tour pays qui l'a vu naitre , chacun a dirigé ses ides et ses connaissances vers la politique ,
armes et la législatiou : Justiuien, Cësar, ichiayel /Montesquieu sont devenus les pré^ )teurs d'une grande piartie de la nation lé^ *e , et l'on a transformé nos salons en autant petits tribunaux devant lesquels on traduit ^lièrement chaque soir tous les souverains l'Europe , qui n'osent pas s y trouver ; oùl a plaide à son gré les intérêts du peuple, qui s'en doute guère ; et oii Ton juge en dernier sort la conduite des généraux, des ministres, \ administrateurs ^ sur lesquels on verse le ime ou l'éloge , en prenant , avec justice , ar base de ses arrêts , les faveui*s qu'on a tenues, les refus qu'on a essuyés et les espé*^ ices dont on se berce.
La Charte a long-temps servi de texte aux tretiens de Taprès-diué ; nos petites-matisses elles-mêmes n'ont pu se refuser au plai«
de parler constitution ; j'en connais une qui
apprise par cœur , tant bien que mal^ et qui i Qianqu^ jamais d'en jeter deu:^ ou trois arr
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ticle^ dans sa conversation, oit ils deviennent le prétexte des discussions les plus comiques.
Celui-ci déclare qu'il est à cheval sur sa Charte ; mais , au train dont il la mène, il j a tout à craindre qu'il ne crève sa monture ; celui-là , don Quichotte de la Constitution , ne veut point souf&ir qu'on y porte atteinte-, et il ne s'aperçoit pas qu'il s'est fait une Cbaite particulière qui ne convient pas même à ses connaissances.
IIj J'entends un magistrat distingue s'élever avec force contre les dangers du luxe et les inconvéniens de la mode ; il déclame contre les vices du siècle , contre l'insuf&sance des lois répressives.«.« Je pense avec raison que ce personnage sévère vit sans luxe, que sa femme sacrifie à la simplicité , qu'il a toujours blâmé les lois
qu'il décrie Eh bien ! je me suis trompé sur
tous les points. L'homme en question vit trèssplendidement , sa femme est à la mode , luimême aussi, et , depuis je ne sais combien de temps, il aide à fabriquer la législation qu'il dénonce.
. Combien de gens dont la conduite privée se trouve en opposition continuelle avec leurs \i
ET LES AcriùHi. IHSq
principes publics ! combien cricfnt sans cessa après l'autorité dont ils supportent impatiemment le frein , qui , placés eux-mêmes à la tète des affaires, deviendraient plus intraitables ,que ceux dont ils accusent aujourd'hui la séwé* .rite ? N'avoQS-uous pas vu de ces homnies inquiets , turbulens , pour qui le ^uvernement .qu'ils viennent d'obtenir avait cessé d'être celui qu'ils préféraient par la seule raison qu'ils ne pouvaient plus le désirer?
De quel poids sont les discours d'un homme qui les contredit à chaque instant par ses ao* tions 7 Pour bien prêcher y il Êiut prêcher -d'exemple. Que m'importe que vous vous écries ïans cesse : J'aime le Roi , j'aime la France , f aime la paix ^ si je vous vois sans cesse marcher sous les bannières de ces royalistes singu* liers qui n'aiment ni le Roi^ ni la France^ ni ia paix. L'hypocrisie est^ dit-on^ un hommage forcé que le vice rend à la vertu. Je tiens le vice quitte de tout hommage \ qu'il se montre à découvert , qu'il se présente avec assurance^ il cessera d'être dangereux; le vice n'est fort que dans le silence^ il n'est redoutable que
«yo ' liES ^ABOIES
4an9 l'ombre ; mais alors il est difficile à saisir, àreconaattre^ à démasquer.
Vous chercheriez en yain le earactère de M. N.... Dans ses écrits^ il y a de la vertu à -chaque page , de la sensibilité h chaque ligne; -et de la morale partout. Son style est trempé de larmes *, il s'attendrit sur les malheurs dedéoH; de Damis^ de Dorante, de Gidalise; il pleure- Tait au besoin , comme Chapelle, la mort de ce
pauvre Pindare, et cependant M. N est dur,
jCjruel même ; il a contemplé sans en être ému jtous les malheurs de sa famille,^ il a vu mourir ^a femme avec sang froid , son; fils a«ieo indifférence, quoiqu'un tombeau magnifique qu'il a marchandé pendant trois mois atteste à l'univers sa douleur et ses regret3. Il est e^Ligeant civec -ses amis, ingrat avec ses bienfaiteurs; colère avec ses gens^ et justifie pleiuemeat ces deux vers de la comédie des Deux Gendres:
« Il pleure sur les maux des Nègres d^ y^ftiqu^ a Et ne peut pas chez lui garder un do^nestique.
,^. A se£ ron^ances^ à ses romans ^rà ses livres de toute espèce , de toutes grandeurs, hérisses
£T us. ACTION^. ijf,
4^6 pkinqipes Les plus sévères , empreints de i^ fHOFÇ^e jl^ pl^s p^re , fpi,i ne croi^rait ax^d^^ie p..,. le niû^e ^fs épouses ft Te^i^epfiple 4j^ bonnes mères ? Interrogez les trois maris gu'ell^ a perdus et qui vivent encore. Interrogez les deux enfans qu elle a lègues à sa famille depuis lage de quatre ans^ et qu'elle n'a jamais revus depuis cette époque : ils vous diront qu elle a mis toute sa félicité dans ses romances^ toute sa tendresse dans ses i^omans; j'avoue qu'on en trouve beaucoup. Je n'algie que la vérité, s'écrie effrontément un joarnaliite qui vient de porter aux nues lé talent d'une actrice médiocre, ou un av6c^ gUi s'est chargé de plaider une mauvaise céffse, dont le prix a été payé d'avance. ^ ^
Je me défie avec toison dp la femme qui prône sa vertu , m militaire qui exalte sa bravoure, de rautéuT qui cite sa modestie; je n'aime point à entendre un banquier parler d'honneur, un financier d'esprit , un avocat de désintéressement. J'ai toujours peur que la plupart de ces gens-là ne pensent pas k ce qu'ils disent , et que ces personnages ne res-
fy* us rAlOlBS Et IBS AcTions, ■emblent h cemonarqae timide^ qui, fajraBt arec prndence les man de Pcrîs , ëcrivait pu dÎBtracfioti anx Parisin» : Mes mmis,f€ r«tl» aveevous.
LES OBiy^ FAiftlS» 173
jx^. xTi. . — 10 Décembre i8i4»