‹ Le rôdeur français, ou, Les mœurs du jour [signed De R..... ]Chapitre 31 sur 42 · LES RÉPUTATIONS · texte numérisé non relu

LES RÉPUTATIONS

lia boaiid tépnfttitli Ml Itf plot aia|nKfiti > tomlieau qiM l'on puÎMe aroir.

( J.-J. ROVI0BA0. )

Nous n'avons véritablement rien à nons \ 1% >rt peut^ à rÎQstant où nous la redoutons lô >inSy nous enlever les objets de nos plus ères affections; un revers inattendu peut nous LTcr d'une partie de notre fortune : un in« ndfie peut dévorer nos maisons ; il n'y a pas icpi^à notre réputation qui ne soit rnoin^ rtre propriété que celle des geps qui nous en« arent^ et qui ne puisse être attaquée avec ccès par la méchanceté des uns et par la ja« usie des autres.

Plus nous hous donnons de soins et de peines >ur établir notre réputat ion^plus nous trouvons a. Q

'fg'4 IBS RÉPUTATIONS.

de gens intéresses à la détruire. Dans la carlière des arts et des lettres > nos rivaux senties pr.enQJers à mêler une épine à notre couronne; dans la carrière des armes , c'est à qui rabaissera nos succès; dans la yie domesti({tte^ le moindre événement étranger donne à nos actions une physionomie particulière dont cbajcun s^^pipare avec avidité^ et profite ensuite .avec adresse pour nous juger au gré de ses passions^ ou de son intérêt.

C'^st une chose singulière et digne de remarque, que ces divers jugemens portés sur le même homme, que ces différentes manières d'apprécier la même action :

« L^aigle dWe maison n^est qn^an sot ^ins une autre/»

a dit Gresset, et c'est surtout en parlant de Paris qu'il a eu vaison; là tout est cotterie , Intrigue y partialité. Le même homme se voit, à la fois y en butte aux éloges outrés , aux critiques exagérées ; et à travers res flots d'encens, ou cette nuée d'injures , il est bien difficile ï l'homme sage d'asseoir un jugement solide et de prononcer un arrêt sans appel.

LES néPUTATIOMS. 19S

Ua de mes amis 9 que des affaires importantes ont appelé dans la capitale^ me pria> lautre jour, de Taccompagner dans diverses niaisons ou sa présence était nécessaire , et de l'aider de mes conseils dans le choix qu'il était obligé de faire d'un homme de loi pour diriger 3on procès ; d'un intendant pour régi rses biens, et d'un médecin pour refaire sa. santé.

La première visite que, nous fimes eut lien chez un banquier de la Cbaussée-d'Antin^ ou tout respirait un luxe, une élégance dont l'éclat révélait la nouveauté.

M. N nous reçut avec une extrême politesse, et s'informa, avec une espèce d'inté«rét, de l'objet de notre .visite. Mon ami était porteur d'une lettre de recommandation , que son protecteur lut avec une rapidité extrême/ et qu'après l'avoir lue, il chiffonna sans y faire attention, et abandonna ensuite à un jeune angora superbe, avec lequel il jouait déjà avant que nous ne lui fussions présentés.

Il fit à mon parent mille ofires de services y en les terminant par l'assurance qu'il ne pouvait rien pour le moment, que son crédit était trèsborné^ et que les ministres^ forcés à l'écono-

igfi US RÉPVTATIOlfé.

mie, ne pouvaient être favorables à de nonr eaiu solliciteurs ; mais il engagea mon ami i dîner pour le lendemain , jour de réunion 'Aet lui y et il le prévint qu*il y verrait de grands personnages auxquels cependant il l'engageait de ne pas dire nn mot de ses projets , attenda ^*il ne faut pas troubler les hommes d'afiaire dans leurs plaisirs.

Un petit signe de téta en avant nous fit comprendre qu'il était temps de finir notre visite^ et nous prenions congé de M. N..... , lorsque mon ami se hasarda à lui demander l'adresse d'un homme de loi^ dont le mérite et la bonne foi ne lussent pas révoqués en doute par ses diens. Cette déférence flatta beaucoup M. N...; il se hâta de nous indiquer un jeune homme qni^ disait-il^ avait eu l'art de se firer^ avec une adresse merveilleuse , des plus mauvaises affaires qui lui avaient été confiées , et dont il avait été fort satisfait toutes les fois qu'il l'avait employé. H s'étendit avec complaisance sor toutes les qualités de son protégé , dont il noos yanta les mœurs, l'esprit et les talens ; il nmis ajouta que son étude était sur un exceOent ton *, que sa femme ét^t d'une très-bonv^ et

icienne fimille , et se fëllcita beaucoup qae c^tte occasion lui fournissait lès s 4'étre utile à un homme estimable qui it ëtë si vivement recommande par un meilleurs amis. Il fit écrire l'adresse de •^ j et la remit à mon ami^ en l'assule, de son côté, il dirait un mot en sa à son homme de loi.

s sortions de cbêt M. N.;.. , disposés h Bodre de suite chez Tavocat^' lorsqu'au de la rue du Mont-Blanc nous fiïmés par un personnage auquel je 'ptëseittai ni. Après quelques complimensd'ùsâge^ es questions' faites arec une légèreté qiii $e souvent d'y répondre , 'M. Dauvlit e nom de mon ami ) ^e pressa de donpas f afin de rencontrer chez lui l'homme nons avions été adressés.

Lt à peine prononcé son nom que notre cuteurfit une exclamation singulière qui it tenir encore plus du mépris que delà e. Vous allez chez M. O.... 7 nous dit-il, I que ce n'est pas dans le dessein de le * de vos intérêts 7 C'est le plus maladroit

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fripon que je connaisse ; c'est un homme qui n a ni mœurs ^ ni esprit^ ni talent, dont l'ëtuSeest abandonnée à une foule de clercs qui esclaiènt de le perdre y tandis que Madame achève de le ruiner.

Ce portrait^ qui n'était pas une copie da premier^ ât réfléchir mon ami» Je remarquai, sans en rien dire y que sa marche était plus lente. Notre interlocuteur nous quitta. Dauyin lui serra la main avec une expression de reconnaissance qui me fit sourire malgré moi.

Parbleu! me dit- il, dès que nous .fûmes seuls y votre ami vient de me donner de singuliers éclaircissemens sur l'honnête homme de loi qu'on nous avait si complaisamment désigné. Gardez-vous, < lui. répondis-je, d'ajouter foi i ce que ce portrait peut avoir de désavantageux; songez bien que les hommes ne doivent leur réputation qu'à la situation dans laquelle ils se trouvent placés par rapport à nous. L'ignorant qui nous a été utile -, le fripon qui nous a servi) sont, à nos yeux, des hommes intelligens et adroits , que l'on ne se fait aucun scrupule d'indiquer comme tels à ceux qui peuvent avoir besoin de leur ministère \ tandis que l'boinffl^

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iostruit qui nous a moutré nos torts ^ oa Thoinme honnête qui n'a {)as voulu se charger de .défendre une mauvaise cause, n'est ^' selon nons^ qu'un sot ou un maladroit > que notre ressentiment poursuit sans cesse ^ etlque nos ëpigrammes punissent tôt ou tard de sa science pu de sa probité.

Peu m'importe ^ me dit mon ami ^ je suis bien décidé à ne pas me remettre entre les mains de M. O....; je n'aime pas les gens. qui ont deux réputations.

Le soir nous fûmes présentés à madame Dev.. . Un ceircle nombreux était réuni chez elle ; des tables de jeu étaient dressées dans le salon; le boston querelleur^ l'éternel piquet à écrire^ le rapide écarté occupaient une partie des invités -, le reste de la société , livrée à ellemême^ goûtait les plaisirs d'une conversation agréable et piquante, dans laquelle on passait en revue tous les hommes à talens de la capitale. Mon ami s'aperçut que chacun de ces 'messieurs était apprécié comme l'avocat. Un savant était jugé sur ses opinions politiques; un littérateur^ sur ses qualités aimables*, un -acteuT; sur sa probité -, un jurisconsulte , sur sea

^0« . LES EiFUTATIONS.

habitudes) ua militaire^ sur ms relations j qd B^édecin y sur sa galtë. Ce mot de mëdecin rap* pela à mon ami la nécessite d'en avoir un; il se pencha à Toreille d'un de ses voisins, et le pria de lui donner le nom et l'adresse d'un docteur qui n'eût pas tué tous ses malades.

— Vous vous adressez mal , lui dit avec humeur le voisin^ je n'en connais qu'un ^ et c'est hien le plus ignorant de tous les docteurs ; en moins

d'un an il m'a ruiné en services. C'est M. P

—-Hem ! dit à son toor une autre personne.

M. P ! ce malheureux Esculape est le phénix des médecins! Sur la parole d!honaeur d0 dix de ses confirères, j'avais commandé le convoi d'un vieil onde célibataire^ qui me remettait de jour en jour pour me laisser. une douxaint de mille livres de rente qu'il ne peut pas décemment emporter avec lui On l'appelle;

il arrive; et^ grâce à lui^ mon vieil oncle est en bonne santé et mes finances sont malades... Eh bien I dis-je à mon ami^ voilà le thermomètre des jugemens humains ; on n'estime pas les gens ce qu'ils valent^ mais ce qu'ils nous rapportent; aussi doit-on également se défier des louanges et de la censure d'autrui. Je con-

1£$ lUPUTAtlp»^ ^ft

laiâ des gens dont je ne penserais pas de bien [uaad tout le monde s'-aooofderttt à 'en "dire t l y a des personnes dont je ne dirais- pas de EUd qtrand tout le monde en x^nuerait.

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AOl US' VEtlTES Al^FtCfllS.

; wo.. XIX. —^37 Octobre i8i5.

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