GE PP
tieux! Ah! (ricanant) voilà quiest bien! Bravo! Ils ont fait la paix !.… MASSUE Les canailles!... Que fait Estomacreux ?
ANGUILLE, se tordant de rire.
Il distribue des poignées de main!
LES AFFAMÉS Traftre !
ANGUILLE Ils se reposent maintenant dans leurs fauteuils, comme des archevêques !.… Syphon bedonnant et solennel fait la roue comme un paon! Ils sont très gais!..
MASSUE Vils estomacs pourris! Renversons cette porte et clouons les pattes à ces oies,que nous avons engraissées !… ANGUILLE Voilà qu'ils se poudrent les joues avec de la farine.
VERMICELLE
C'est pour se rafraîchir les joues brûlées par la flambée des fourneaux! La chaleur doit être mortelle. là-dedans!
ANGUILLE
Allons donc! ils s’enfarinent le visage pour
paraître à nos yeux aussi pâleset mourants de faim que nous!...
Voilà! voilà! Ils vont ouvrir la porte!
Les Valets déplacent les huches... Les Marmitons se sont réunis autour de la maîtresse-broche qui fait tourner un bœuf entier! Ilsont l'air de vieux médecins en consultation au chevet d’un monarque moribond !... Ah! que c’est drôle! Faut voir le bœuf!... On dirait un colosse endormi qui se tord dans ses draps de pourpre sous l’oppression d’un mauvais rêve! Ils lui tâtentle pouls!... Le malade ne bouge plus!
Les Marmitons soulèvent la maîtresse-broche !.…
LES AFFAMÉS, se bousculant et trépignant de joie. Ah... Ah!
ANGUILLE
Les autres broches aussi! Ils s’avancent tous, Valets et Marmitons, en portant des bœufs et des veaux rôtis fumants et rouges, sur des brancards.… comme des blessés !.…
Anguille se tourne vers l’intérieur du réfectoire, et se dispose à califourchon sur le chapiteau, tandis que les vantaux s’ouvrent sous ses pieds en renversant une partie des Affamés,
S'YPHON, paraît glorieusement sur le seuil, bonnet d’hermine et tablier de moire blanche, brandissant sa casserole d’or à la tête d’un cortège hiératique de bœufs et de veaux fumants qui s’arrête en piétinant comme une armée devant un obstacle. Ce mouvement d'ensemble doit être exécuté par les
DR
ronrs mé
acteurs, avec la régularité mathématique des fantoches Holden. Mais il faut que leurs gestes soient aussi cassés et primitifs queceux des fantoches dans les fêtes foraines.
Holà! Valets! Mettez en branle les chaudrons !… Entrechoquez fourneaux et crémaillères!.…
Aussitôt un grand fracas de chaudrons éclate. Anguille donne drôlatiquement des chiquenaudes au mufle du bœuf qui fume entre ses jambes ; puis il tire du hachis de viande et des marrons d’entre les dents de la bête et les savoure en extase.
ANGUILLE, sur le chapiteau.
Ab ! elle est bien bonne la farce !…
SYPHON, lui donnant un regard furieux.
Valets, plus fort! Trois fois encore !.…
Le fracas éclate de nouveau ; après quoi Syphon haussant la voix dit :
O Bourdes bien-aimés, Estomacs bénis et libres Intestins!... Au nom de l’éternel protecteur de vos saintes digestions, je vous annonce que le Festin des Festins est servi!
Gloire retentissante et plénitude succulente à vous,mes Bourdes bien-aimés dans tous les orifices de vos corps! (Avec un sourire paternel.) Et maintenant mettez-vous à table!
LE PÈRE BEDAINE, debout sur un escabeau.
Te Deum laudamus. (Mangeant la fin des prières.) Deo gratias!.….
Res tatin alhbiiess
LES AFFAMÉS, avec des huées.
Amen!
LE PÈRE BEDAINE, en se frappant le ventre avec componc-
tion.
Sainte Pourriture, oubliez-nous !.…
LES AFFAMÉS, redevenant sérieux.
Oubliez-nous !.…
MASSUE, en bousculant les Affamés, s'empare du haut bout de la table. Il fronce ses sourcils épais, en gonflant ses joues enflammées. Sa bouche large et grasse est tordue par une moue goulue et féroce.
Nous sommes Jes plus hardis mangeurs du Royaume des Bourdes! Noussommes des Estomacs élite !.… Installons-nous donc ici, près des cuisines. (Z/ s’assied lourdement sur un escabeau qui se brise sous son poids.) Mille chaudrons puants !.… (En se cramponnant à la table.) I me faut ce beau fauteuil !
Il empoigne le fauteuil monumental de Funnor, le transporte au haut bout de la table et y installe orgueilleusement son corps.
LE PÈRE BEDAINE Amen, amen dico vobis... Ge trône est vraiment digne de vous !.….
VERMICELLE, refoulé en arrière et gesticulant avec Croûton Dents-Pointues et Canard,
Non ! non! nous voulons nous asseoir près des
cuisines ! C’est une injustice !.…. Tirons au sort les meilleures places !.…
ANGUILLE, goguenard.
Mais... tu vois bien que le sort s’est déjà prononcé en nous donnant des muscles que tu dois respecter bon gré mal gré! (Faisant jouer des biceps imaginaires.) Poussez-vous donc, au fond de la salle, vils estomacs pourris!... À bas les chapeaux, car... voici les brancards aux blessés !.…
MASSUE
Vite Anguille, assieds-toi là à ma droite!... (se tournant vers Vermicelle) et... finissez donc de brailler!... misérables avortons!... sales dépenaillés !...
CROUTON
C'est une injustice !... Vous abusez de votre force. :
ANGUILLE
Malin !.. À quoi donc nous servirait la force. si ce n’est pour en abuser ?.….,
LE PÈRE BEDAINE, onctueusement.
Du calme, du calme !.….
DENTS-POINTUES Non I c’est ignoble! Conspuez Anguille, le cafard, le cagot!.. Il nous râflera toutes nos portions!
(Menaçant.) Ton esprit de courtisan te coûtera cheri;
ME
LC Ée
SSL
ANGUILLE Mais non, mon ami! (Glignant de l'œil à Massue qui s’esclaffe de rire.) J’ai toujours vécu et jonglé sur la corde tendue de mon esprit, comme l’araignée vit et jongle sur le fil de sa salive... Je tire de moi-même la corde qui metient suspendu!.… Et mon esprit est plus intarissable que ta sottise !
VOIX LOINTAINES, arrivant affaiblies des profondeurs invisibles de l'immense réfectoire.
Syphon ! Syphon !. Nous n’avons pas d’écuelles !... Donne-nous des écuelles !..
SYPHON O Bourdes, mes Bourdes bien-aimés, tenez! (La main en cornet sur la bouche.) Voici les écuelles!
Il les lance l’une après l’autre, avec adresse, en les faisant courir sur leur fil, à la manière des cerceaux. On entend rouler sur la pente gondolée du réfectoire, les écuelles qui mettent chacune, un quart d’heure à atteindre le bas-bout de la table !
MASSUE, se lève et se tournant vers la profondeur invisible du réfectoire, le poing tendu et la face congestionnée. Je prends Anguille sous ma protection! Estomacs étroits, intestins morveux, prenez garde à vous! Il fait mine de quitter son fauteuil.
CROUTON, d'une voix chétive.
Oui, oui, Massue, nous respectons tes désirs!
Il est pris d’un frisson convulsif si violent fque la table tremble sous son
grand corps molasse; ce qui fait éclater de rire {ous les Forts,
ANGUILLE, après une pause, se levant tout à coup, avec force grimaces crie d’une grande voix héroïque :
Lâches! Lâches! Lâches!
Tous s’esclaffent de rire.
TOURTE, après avoir longtemps piétiné sur place devant la bousculade tumultueuse des Bourdes, s’avance enfin, solennellement, à reculons, entre la table et les vitrages, découpant et distribuant les portions d’un bœuf fumant, que huit valets transportent sur un brancard jonché de feuilles aromatiques.
Calmez-vous! Chacun aura sa portion! Il n’en
manque pas.
Symétriquement, Béchamel s’avance, de l’autre côté de la table, lui aussi à reculons, dirigeant un second brancard, cependant que l’échafaudage des bœufs et des veaux fumants grandit toujours sur le seuil des cuisines dans la perspective des fours infernalement incendiés.
MASSUE, arrachant à Tourte une seconde portion, Mais oui, mon Tourte, il est juste que je me serve mieux que les autres!
TOURTE
Mais, mon cher Massue, il faut que chacun se contente d’une seule portion... (éremblant), car enfin... les autres vont se plaindre!... C’est une loi générale (baissant la voix)... sous peine de mort ! Je t'en prie, Massue.. Nous sommes responsables! Dans un quart d'heure, nous servirons les viandes
royales et princières. (Baissant la voix.) Je t'en donnerai davantage !
MASSUE, à voix haute.
J’ai droit à une double portion de viande fraîche.
Ne suis-je pas le plus grand et le plus fort?
VERMICELLE, se levant avec tous les faibles glapissants.
Non! non! Nous ne permettons pas cette injustice !
MASSUE, ne les écoutant pas.
Je renonce à la charogne royale! Bombance et ses vassaux étaient déjà pourris avant de mourir! CROUTON Non, Massue doit rendre la seconde portion.
LES FAIBLES, du fond.
Oui, oui!
ANGUILLE
Et bien, choisissons un arbitre! Je propose le très sage Bedaine..…., qui me semble tout indiqué !.…
LES FAIBLES Non! Oui! Non!... Non!
MASSUE
Silence! Je donne la parole à Bedaine, qui tran-
| chera la question!
132 LE ROI BCMBANCE
LE PÈRE BEDAINE, se lève, en mordillant un gigot succulent.
Incipio... Pax vobiscum!... J’aime autant vous donner bien vite quelques menus conseils sur l’art de bien manger! Et d’abord, un peu d’histoire… Mes saintes marmites de supérieurs déclaraient qu'il est souverainement utile de répandre à table la bonne science pour qu’elle soit ingurgitée avec les potages et les sauces... car... voyez-vous! les hommes n’ont de vraiment ouvert que la bouche!... Quant à leurs oreilles, leur esprit et leur cœur... ce ne sont que d’affreux culs-de-sacs !.…. Prêtez-moi donc la bouche!.…
REQUIN, donnant un grand coup de poing, au beau milieu de la table.
Ce gigot est brûlé!... Je n’en veux pas!
est cette canaille de Béchamel qui m’a servi ?.…
LE PÈRE BEDAINE, s’interrompant pour approuver Requin. Vous avez raison!... Ces Marmitons n’entendent rien à la cuisinel... Et d’ailleurs il est impossible de bien cuisiner un festin pour des milliers d’estomacs!.…., | VERMICELLE, au Père Bedaine.
Il ne s’agit pas de ça!... Assez de boniments!.…. Dis-nous donc si les Forts ont plus de droits que nous !...
VOIX LOINTAINES, venant du bas-bout de la table immense.
Ah! Ah! Je lai! Donne-moi l’écuellel…
Chien !... Charogne, cette écuelle est à moi! C’est moi qui l’ai prise!
LE PÈRE BEDAINE
Faites silence. et prêtez-moi gentiment vos bouches!... Il me faut prendre la question d’un peu loin... Autrefois, il y a vingt siècles.…., les peuples innombrables, qui couvraient comme vermine la croûte pourrissante de la terre, cagnardaient délicieusement dans labondance... Tous, jusqu'aux manants, bedonnaïient, béatement repus, en tanguant comme des canes dans les campagnes chevelues d’épis dorés! Les vilains roulaient dans leurs sillons, comme des barils mi-pleins, derrière le soc des charrues, avec l’heureuse indolence des riches propriétaires; et la terre, à peine égratignée, s’empressait de leur gicler au nez nullement étonné des nourritures copieuses!... En vérité... il pleuvait alors des sauces et le soleil rôtissait des viandes idéales !.…
VERMICELLE
A d’autres !... Ce sont des sornettes!... en voilà un bambocheur !…
ANGUILLE Tais-toi, Vermicelle!.…. Continue, ma Bedaine!.… LE PÈRE BEDAINE
Oh! mon Anguille,donne-moi un bout de viande, car je m’égare loin du sujet par excès d’élo-
ee ee UT ER
quence!.…. (/{ attrape au vol un morceau que lui lance Anguille, l'avale et continue, la bouche pleine.) Or donc, tous digéraient péniblement — comme tout seigneur le doit — avec force rots et pets tonitruants de quoi couvrir la voix du ton- DerTel
ANGUILLE, avec componction et nostalgie, tout en donnant
une douce tape sur le ventre, à Massue.
Ah!... Où sont les rots et les pets d’antan ?.…
Par les pesantes nuits d’été, les seigneurs digéraient puissamment à leurs fenêtres, dépoitraillés, pourpoint béant et ventre à l'air... ‘en caressant leur estomac plus vibrant que le couvercle d’une chaudière; si bien qu’il leur semblait parfois de vomir la lune énorme et chaude, dans l'explosion de leurs hoquets formidables !.….. Et pets et rots se répercutaient alors si bruyamment, d’écho en écho, sur les montagnes voisines, que les enfants, réveillés en sursaut dans les masures, criaient « au feu! au feu ! » prenant ce bruit pour le tocsin des incendies!.…
LES FORTS, la tête renversée, la main gauche à plat sur leur ventre sursautant, lèvent très haut le coude, buvant, renâclant et s’esclaffant dans leurs grands brocs de vin.
Ah! Ah! Ah!.., la farce est bien bonne!
LE PÈRE BEDAINE Tandis que des convois de chariots en marche
oo
LE ROI LOMBANCE 135
dans la nuit s’égaraient au fond des vallées marécageuses, en suivant ces fracas inexplicables !.… Vous savez tous, mes Bourbes, que le Pet fut adoré par les Romains sous le nom de Deus Crepitus et que ce dieu tout-puissant nourri de fèves balança durant toute l’antiquité l’autorité de Jupiter, dont il couvrait parfois la voix tonitruante!…
: ANGUILLE, pétant, buvant et s’esclaffant de rire. Salve, Deus Crepitus!.…
LE PÈRE BEDAINE
Mais, de peur de m’attarder... je me bouche les oreilles et j’attrape au vol une histoire instructive et merveilleuse dont j’exprimerai ensuite tout le jus moral!
C'était au temps des colossales indigestions devenues légendaires qui éclataient comme des foudres heureuses au sein des riches monastères. Entre tous les puissants ripailleurs qui illustrèrent cette sainte
| époque, mon ami l’abbé Culombre, prieur des Vido-
rés se distingua d’une manière solennelle. Je
| vous dirai comment! Or donc, l'abbé Culombre nl
— il y a quelque dix ans — se mit à table à la
[nuit de Noël... Sans répit, sans repos, il mangea,
dormant une heure le nez dans ‘son assiette, ruminant comme un chameau, buvant comme la bosse d’un dromadaire, quarante jours quarante nuits durant, jusqu’à la fête de saint Blaise qui lui trouva — miracle rare [— la gorge sèche !.….
nana momie retirent
tonne ntittenmtnn tr tsmnathedmntté dr mmnmn