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YPO ER PEREEPES ESENPENNENN PPT EERE
Soledor, Carpebleue et Fretin s’approchent de la porte, aux aguets, tandis que le Roi Bombance sommeille sur sa baignoire d’or,
LE PEÊRE BEDAINE, quise promène d'avant en arrière, s’incline en passant devant les Marmitons enchaînés, et leur dit à voix basse, la main en cornet sur la bouche :
Et cette cachette à provisions ?.…
SYPHON, {out bas, à Anguille, Dépêèche-toi de monter dans la soupente de la cuisine... À droite,il y a un coffre... Tu sais bien le placard aux alambics... Tu trouveras trois poulets froids ! Vite! le Roï a faim!
ANGUILLE, en se frottant sur le ventre.
J'y vais !
IL disparaît, en trois bonds, dans la cuisine.
VACHENRAGET, s’élançant vers le Roï endormi.
Sire, sire!... Corruption! Imposture!... Bedaine et Anguille sont vendus aux Marmitons !..
LE ROI BOMBANCE, se réveillant en sursaut.
Paix, paix, ma Vache... et tais-toi !.. Je n'ai que faire de tes sottises. Qu'ils soient absous !... Ah! non... il faut que je rende solennellement la sentence, devant tout mon peuple... (/{ se lève péniblement de sa baignoire; aussitôt les abois des hyènes redoublent.) Bourdes, mes Bourdes, ô mon peuple bien-aimé ! Faites donc silence ! Ecoutez-
on
moi donc ! Silence, nom de Dieu !..…. C’est moi votre Roi !... Je reviens d’un long exil !.…
POULEMOUILLET Que sa Majesté veuille hausser la voix !.…
ANGUILLE, du fond des cuisines.
Pas la peine, Bombance... vous n’avez plus que des hyènes, en fait de sujets.
LE ROI BOMBANCE Eh bien, je m'en vais régner sur les hyènes!.. Faites silence,mes hyènes bien-aimées !..Que la justice adoucisse vos entrailles.
Il faudrait leur jeter des cadavres pour les apaiser !.…
Je ne ferai cela pour rien au monde... N'est-ce pas, mes hyènes bien-aimées?... Vous serez bien gentilles… et vous supporterez philosophiquement votre faim!... (S’adressant aux Vassaux et aux Valets.) Barricadez la porte centrale avec ces baignoires el ces casseroles, et jetez tout ce qui reste de cadavres aux Etangs du Passé!..
Les Vassaux, leurs serviteurs et les Valets recommencent leur. va-et-vient, du
du fond de la salle aux vitrages, en transportant les cadavres des Bourdes.
O mes hyènes bien-aimées. (Se {ournant vers les uutrages, il brandit solennellement sa « S'ucculen.
te » w'ers son tavisible auditoire d'hyènes.) Je ne veux décidément pas alourdir vos nobles estomacs par dl’aussi viles pitances !... Je vous ordonne donc affectueusement de ne pastoucherà ces cadavres! Des grands feux seront allumés, nuit et jour, tout autour des marais, pour épargner de néfastes indi gestions aux moins sages d’entre vous!... Car... sachez-le bien, c’est sur vous, mes hyènes, que je compte, pour porter violemment la guerre dans le Royaume exécré des Crotules. lhiver prochain !.. et reconquérir nos femmes ravieset violées?.. Cest vous: qui trainerez mon grand Traîneau royal, sur la glace des Etangs du Passé!...(S’adressant à Bedaine.)J’ailà-dessus un projet merveilleux !... Après avoir attelé les hyènes à nos traîneaux... nous fixerons sur leur tête des bâtonsportant,embrochée au bout, de la viande vermineuse. Nous ferons ainsi galorper éternellément leur faim vorace en conservant leur désir toujours aussi éloigné de leur satisfaction... Qu’en dis-tu ?.…
LE PÈRE BEDAINE
Sire ! (onctueusement) je vous demande la permission deciter cette parabole élastique et malléable dans mon prochain sermon!.…
LE OI BOMBANCE, s'adressant aux hyènes invisibles qui aboient violemment.
Clhantez, chantez, mes hyènes débonnaires, à votre guise, en liesse!...J’aime vos brillantes fan-
238 LÉ ROI LOMBANCE
fares guerrières! Mais ne vous entredéchirez pas.
L'IDIOT, entrebäillant les vitrages qui ruissellent de lave solaire.
Oh! elles chanteraient moins bien si elles avaient mangé !... La Faim exalte et divinise toute la nature !... Sire, regardez! toutes ces montagnes aux dents aiguës crient de faim sous la pale rose et succulente des nuages. Les pluslointaines, regardez là bas! semblent tendues comme les U..
épaisses de la Terre pour boire l’azur grisant et la lumière qui est le sang même de Dieu !.…,
LE RO! BOMBANCE Ton cerveau est riche en similitudes culinaires. Si l’on faisait un concours de : poésie lyrique, pour passer le temps ?..
L'IDIOT Sire, vous n’égalerez jamais les hyènes dont l’accent lyrique est vraiment inimitable !... Rien
d'aussi beau que ces vadrouilleurs noctambules chantant leur ivresse déchirante en plein jour!
LE ROI BOMBANCE Holà ! l’Idiot, donne-moi vite un sujet poétique à développer !.….
L’IDIOT Vous êtes encore le plus intéressant sujet du monde, Sire !... Le voici en bon français : le Roi
Bombance lévant sa fourchette d’or sur ses hyènes
LE ROt BOMBANCE 239
bien-aimées, seul peuple survivant du monde, qui chantent à pleins poumons sa Gloire, parmi la gloutonnerie insatiable d’un paysage embrasé par l'Aurore |.
Magnifique !... Merci !.. Je commence...
Il brandit très haut sa « Succulente », bâille, pète, rote ; puis, campant sa main gauche sur sa hanche, la tête haute et les yeux au ciel, il ouvre la bouche comme un ténor.
ANGUILLE, entre en scène, dansant et s’esclaffant de joie : il tient en équilibre sur les doigts de sa main gauche un plat fumant et ruisselant, tandis que sa main droite brandit une cuisse de chapon.
Sa Majesté a faim, sans doute !.…
Mais, oui, quelle idée aimable! Donne-moiï ça!.… | (11 empoigne la cuisse de chapon et y mord avec | des soupirs de délices.) Tu es malin, Anguille !.…. | Mais. comment as-tu déniché ces(/a bouche pleine) | bonnes choses !... Hum !..…. Oui !... Je com- | prends... C’est un secret !.. (Avec un air niais.) | Bon, bon !... (Se tournant vers les Marmitons
enchatnés.) Et ce procès ?.…
TOURTE, d’une voix implorante.
Sire k.. ire !:., LE ROI BOMBANCE Oui ! Vous êtes absous !.. Bon! bon! (La
bouche pleine et juteuse, 1l sommeille un instant, puis se réveille tout à coup.) Et ce procès ?...
Qu’en faisons-nous ?..
Il s'est allongé sur sa ds d’or, mangeantavec lenteur, tandis que tous ses ministres, vassaux, serviteurs et valets suivent du corps et du regard l'ascension de chaque bouchée vers les lèvres du Roi.
Au fait, jem’en vais rendre la sentence. Tourte, Syphon, Béchamel, n’avez-vous rien à ajouter !.…
VACHENRAGET Sirel Sire l...
LE ROI BOMBANCE Tais-toi, ma Vache, je n’ai que faire que tes conseils.
ANGUILLE, en passant un second poulet au Roi. Mais oui, laisse donc parler le Roi !... (A part.) On dirait que Bombance a retrouvé toute son énergie autoritaire, dans le ventre des Bourdes !... Ma pauvre Vache !.….
LE ROI BOMBANCE Je vais faire mon résumé! Bref, mes chers Marmitons, le nombre considérable de vos idées gastronomiques... et le poids de votre érudition viscé rale vous ont rendus paresseux comme des mollusques et farcis de doutes indigestes! A part ça, vous
êtes les meilleurs copains du monde!
Il s'arrête pour bourrer sa bouche de
viande et reste quelques instants le bras levé, empoignant son poulet.
LE PÈRE BEDAINE, sournoisement, arrache une cuisse au poulet, et la mange.
Pardon, Sire!
LE ROI BOMBANCE, renâclant bruyamment,
Cré nom de nom! Cré voleur ! Voleur!
Sa bouche pleine rugit, puis peu à peu s’esclaffe de rire et de jus.
Ah! Ah! Farceur!
LE PÈRE BEDAINE
Voulez-vous, Sire, que je continue le beau discours de votre auguste estomac ?
LE ROI BOMBANCE Je veux bien te céder la parole, car ma bouche est occupée en ce moment par de très piquantes affaires d'Etat, qui exigent une savante mastication... je voulais dire méditation!
LE PÈRE BEDAINE, avec de grands éclats de voix solennelle interrompus par la mastication des grosses bouchées.
Grâces soient rendues aux Divinités gastrales, assises à croupeton sur l’ombilic sacré du monde, soupesant dans leurs mains ouvertes ces oranges divines et juteuses de lumière qu’on appelle soleils !
Grâces Vous soient rendues pour l'huile de justice bienveillante dont vous avez arrosé la cuisson délicate de ce procès concernant la prétendue traftrise des sieurs Syphon, Tourte et Béchamel, que
enr
Sa Majesté, le Roi Bombance, veut bien absoudre de tout crime et accueillir dans son royal boyau! Ayant vu, reniflé et léché que, durant l’exercice intérimaire du pouvoir, les susdits sieurs avaient eu l'intention très louable de perfectionner et réjouir nos augustes estomacs, en étudiant soigneusement la sauçaulogie mondiale depuis le père Adam jusqu’à nos jours, Nous, Roi Bombance, boyau très clairvoyant du monde,rendons une sentence absolvante sur leurs crimes passés, présents et futurs! (D'un air bon enfant,s adressant aux Marmitons.) Au fait, qu’avez-vous fait, sinon de vouloir mitonner à petit feu le festin du Bonheur Universel. (Avec solennité en s'adressant au Ror.) Que sa Majesté veuille bien ratifier cette sentence par trois signatures ou pets royaux en guise de sceaux indélébiles et sybillins!
LE ROI BOMBANCE, pète trois fois,
Vache, Vache, désenchaîne donc les Marmitons! (Vachenraget obéit.) C’est ça! Mes chers amis, je vous remercie de votre subtile prévoyance à saler notre viande royale. — Nous sommes, grâce à vous, bien conservés et plus savoureux que rien qui soit au monde! Aussi n’ai-je qu’à me sucer les doigts pour saler ma sauce... Je vous nomme mes conseillers particuliers et mes aides de camp, dans la guerre que je livrerai au Roi des Crotules. Vous commanderez chacun une redoutable armée d’hyè<
nes, en ayant soin de les nourrir avec les charognes pourries de dix jours... Quant aux officiers de ma cour, ils mangeront les cadavres des guerriers morts la veille... Les hyènes sont, vraiment, des gourmets, blasés et délicats! Elles préfèrent la chair faisandée à la chair fraîche... et c’est là un progrès sur mon peuple précédent! (Le doigt sur la bouche.) Chut! Entendez-vous ce piétinement sur le perron? Et ces grincements stridents sur les vitrages ?
Il sommeille un instant, puis se réveille en sursaut.
Qu'est-ce que je disais?... Ah !... je parlais de progrès | Eh bien?
ANGUILLE
Sire.. progrès apparent, ce me semble,car tous les êtres vivants sont un peu pourris avant de mourir ! Culombre prétendait même que les trois quarts des Bourdes commencent à pourrir dès leur naissance. Les sottises ne sont que les exhalaisons de leur décomposition progressive! Le cerveau étant plein de phosphores entre le premier en décomposition.
Les abois assourdissants des hyènes couvrent sa voix, tandis que le piétinement, la bousculade et les fracas inexplicables grandissent sur le perron et autour du château.
LE ROI BOMBANCE, descend de la Table et s’avance vers les vitrages fermés, en brandissant sa « Succulente ».
Paix! paix!... mes hyènes bien-aimées! Cest honteux de s’entredévorer ainsi, comme faisaient les Bourdes!.…
ANGUILLE
Au fait, elles leurs ressemblent absolument.
C’est toujours pour des choses mortes et vermoulues — tombeaux, musées ou bibliothèques! — que les Bourdes s’entre-tuent!
LE PÈRE BEDAINE Les hyènes vont enfoncer la porte centrale et briser les vitrages! Que faire? (A part.) Je m’en vais leur faire un beau discours : O mes hyènes bien-aimées, mes ouailles affamées de vermine, sachez que le menu d’un festin est toujours plus
doux à savourer que le festin lui-même! L’idéale pourriture, lajuste répartition d’un cadavre savoureux n’existent pas!... mais la faim seule de ces bonnes et nobles choses!... Je vous conseille donc de mépriser les plus alléchantes gangrènes et vermines de la terre ; et... de vous nourrir de votre faim inassouvie!
Les vitrages craquent violemment,
LE RO! BOMBANCE Holà !... mes amis Soledor, Carpebleue, Fretin!… Syphon, Tourte, Béchamel! Illustres cuisiniers du Bonheur Universel, avancez donc... et précédezmoi !... Que fais-tu, ma Vache ?... Oùest donc ton courage féroce ?... Ettoi, ma Poule ?... Venez donc
avec moi, répandre la sagesse et la douceur sur mon nouveau peuple ameuté!... Allons, précédezmoi! Ouvrez les vitrages!... Anguille, ouvre la porte centrale! Holà ! Serviteurs et Valets, armezvous de broches et de louches!
Le corps voûté,cassé,tordu par le frisson grandissant de l’épouvante, ils demeurent tous cloués à leur place, sauf l’Idiot qui se lève et suitle Roi, nonchalamment, les bras ballants et les yeux rêveurs,.
Aïe! Aïe! Je ne puis marcher... Je suis tout saignant. (// se tâte les jambes.)J'ai des dents partout |... Mon corps est tout clouté de dents populacières ! Vaut mieux me reposer un instant. Précédez-moi !.….
ANGUILLE
Vous en parlez à votre aise, Je ne saurais vous suivre, car mes jambes flageolent... J'ai le vertige!. La tête me tourne ! Et ce fracas! Car, enfin, ce ne sont pas leshyènes quigrimpentlà derrière, sur les vitrages ! En tout cas, méfiez-vous, Sire, car les hyènes pourraient simplifier leurs goûts!... Sire, sauf votre respect, je dois vous dire que vous sentez par trop le faisandél!... Et vous ressemblez à
un cigare mâchonné |
LA VOIX D’ESTOMACREUX, éclatant au dehors sur le piéünement confus, le fracas et les cris stridents d’une horde barbare donnant l'assaut.
Faut remâcher les Rois !
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Faut remâcher les Prêtres !
Ses valets et ses reîtres !
Jusqu'à la mort des lois, vautrons-nous avec joie dans la tombe des Rois !
LE PÈRE BEDAINE
Ciel ! Ciel ! C’est Estomacreux. Ce sont les Affamés ! (Z{ se cache sous la table en tremblant; tout bas à Anguille, qui se faufile près de lui.) Que faire ? Ils vont nous remanger... Faudrait filer dans les cuisines |
ANGUILLE
Trop tard ! Entends-tu ! Les vitrages craquent !
Maudits Vassaux ! Je leur avais bien dit de poignarder soigneusement en plein estomac tous ces Bourdes! Cest très simple, vois-tu.. Le bain frais les a réveillés tous de leur ivresse |!
Les vitrages éclatent violemment en en mille morceaux, avec un bruissemeat formidable d’écluse et d’avalanche.
ESTOMACREUX, apparaît, dans le grand cadre des vitrages, avec une averse de lumière aveuglante. S’archoutant sur ses bras, il hisse sur le parapet son grand corps nu verdâtre et spectral, sous le ruissellement de ses cheveux boueux qui cachent presque entièrement sa face cadavéreuse. Il ouvre tout à coup, sa bouche édentée et délabrée dont la profondeur caverneuse semble s’exagérer affreusement d’instant en instant.
Faut remâcher Bombance!... Faut remâcher Bedaine! Rendez-moi donc mes dents. Sacrés den-
tistes! Ah! bah! Qu'importe? Elles sont en train de repousser!
Autour d'Estomacreux,s’entassent d’innombrables affamés s’accrochant aux vantaux, s’échafaudant et s’étageant par groupes,en des poses convulsées et véhémentes. Leurs corps nus sont mous, noirâtres et spongieux ; ils tendent leurs visages verdissants sous leurs cheveux boueux mêlés d'herbes grasses qui retombent, comme des turbans défaits sur l'éclat crochu des prunelles.
Faut remâcher Bombance! En avant! Nous sommes tous plus vivants que jamais! La Faim, la Faim maudite immensifie nos forces vengeresses !
Estomacreux enjambe le parapet, et entre dans la salle en tenant en laisse deux hyènes aboyantes. Le Roi Bombance, les Vassaux, les Ministres, les Marmitons, et les Serviteurs reculent, en tremblant d’effroi, devant Estomacreux, et se pressent à droite, près de la rampe, tournant le dos au spectateur.
LES VALETS, ont entassé à la hâte des chaudrons et des casseroles pour former une barricade. Le Roi, ses Ministres et les Vassaux ont empoigné les baignoires, et les tiennent debout entrechoquées par l’épouvante comme de très longs boucliers. Dans l’enveloppementtragique des Bourdes revepants ils tremblent tous, hormis l’Idiot, qui reste debout devant la table, sous laquelle Anguille et Bedaine se sont pelotonnés, jambes croisées, à la manière des Arabes.
ANGUILLE, tout bas à Bedaine.
Regarde donc les Bourdes ressuscités!... On dirait des squelettes sur lesquels serait collée de la
basane.. Les ossatures se dessinent avec une précision horrible... Tu vois, les rotules et les coudes font comme des nœuds sur des bâtons... Les cuisses qui n’ont qu'un os sont plus minces que les bas de jambe qui en ont deux...
LE PÈRE BEDAINE
Dieu! que leurs lèvres sont distendues sur les gencives ébréchées!.…
ANGUILLE
Parbleu!... nous portons leurs dents sur notre tête! Oh!... Oh!... il en a de l'audace, ce satané Idiot!.. Oh! quelle chaleur torride! J’étouffe!… Cette lumière aveuglante coule sur mon dos un ruisseau de lave! Ma chair bout comme en une chaudière infernale !.…
LE PÈRE BEDAINE, en proie à de violents frissons.
Entends-tu cette voix stridente de tôle? et ces cris jaillissants de vapeur?
SAINTE POURRITURE, long fantôme de fumée gris-perle, torse et cimée d’un soleil rouge aveuglant, apparaît sur l'entassement des affamés, dans le grand cadre des vitrages.
C’est moi, qui les ramène tous, par d’insondables labyrinthes, ces éternels Affamés aux prunelles crochues, dont le ventre est percé comme le tonneau des Danaïdes!... ces éternels Affamés aux langues véhémentes et dardées buvant à même le
Eee
soleil !.. ces éternels Affamés dont la bouche calcinée de soif fume l'éternel désir !.…
ANGUILLE, se coulant avec adresse entre les jambes d’Estomacreux pour observer l'apparition, tire la manche de Bedaine.
Tiens, Sainte Pourriture!.. Elle s’est vissé sur son cou un soleil rouge comme tête de rechange. Sa voix de tôle!... Entends-tu?.… Elle a la faconde monotone d’un colporteur qui déballe sa pacotille !.…
SAINTE POURRITURE, débondant sa voix jaillissante de vapeur.
J'ai brisé d’une chiquenaude les vantaux granitiques de la Mort! et les voilà! Je les ramène tous plus vivants que jamais, pour les jeter dans les bras géants et forcenés de la Douleur. O souffle vivifiant et destructeur des métempsycoses, Ô Douleur immémoriale du monde, ils se réveillent tous, avec ivresse, dans la couronne de tes bras! O bras de la Douleur! Bras couleur d’acier!.….
Bras couleur de vermine!... Bras luisants et recourbés qui s’entrecroisent comme des faucilles dans l'herbe haute, ou d’étincelants quartiers de lune!
ESTOMACREUX, cassant violemment sa voix rauque.
Sacrés dentistes !... nous réclamons nos râteliers de carnassiers pour remâcher le Roï, tonton!
pour savourer la liberté, tontaine!.…
L'IDIOT, debout, narguant Estomacreux par-dessus la table qui les sépare,
La Liberté? Cela ne se mange pas !... Connaissez-vous l'effort d’enjamber un parapet...d’escalader une muraille... une montagne inaccessible ?... Voilàla Liberté !.. Al’assautdonc!... Ne criez pas : « J'ysuis!.… » Vous n’yserez jamais !.. Plus haut !.. Sentir l’haleine exaspérante de la cime prochaine vous gonfler d’Inutile et d’Absolu!... D'ailleurs que feriez-vous, vous, sur la cime souveraine? Vous seriez piétinés par les grands nuages tatoués comme des Peaux-rouges, et emplumés de rayons multicolores! Et les Etoiles vous nargueraient toujours |.
ANGUILLE, sous la table, à voix basse,
Bravo,l'Idiot!.. (À Bedaine.) Il va distraire les Affamés... nous pourrons filer!
ESTOMACREUX, chantant en chœur avec tous les Affamés.
A bas les Rois, les lois !.… nos maîtres les Ancêtres !..
les Reîtres et les Prêtres !.… À bas les Rois, les lois!.…
Les Marmitons sacrés, profitant de la cohue, se glissent sournoisement vers la porte de la cuisine pour s'évader; mais les Affamés,s’en apercevant tout à coup, les garrottent avec des lianes et les entrainent vers le perron pour les dévorer.
L’IDIOT, haussant la voix, avec audace.
Plus de Rois? Plus de lois? Je veux bien.
| Supprimons-les... mais à la condition de ne pas ! leur substituer d’autres forces équivalentes !... En
Re
vérité, je vousledis,gare au premier qui veut obéir!
Mais je ne puis pourtant pas vous dire : « Gare à celui qui veut commander !... »
Or donc, que tous vos désirs gloutons et féroces se déchaînent et s’entretuent !... C’est inévitable et fatal !.. Et, sachez-le bien, si l’un d’entre vous, en reprenant haleine dans les remous du carnage écarlate, sentait naître en lui une admiration fervente pour un guerrier puissant entre tous, auréolé de
| force et de courage... que celui-là se déchire aussi- | tôt la poitrine, arrache son cœur de chien esclave | et le piétine sous ses pieds !..,
En vérité, quand vous vous serez longtemps accouplés de rage et meurtris de coups effroyables, autour des richesses pyramidales du monde, abattant les légions de vos ennemis comme des gerbes de coquelicots. frappant et tordant des guerriers
| redoutables comme du linge claquant sur un bat-