‹ Le roi de BéotieChapitre 15 sur 46 · SCÈNE IV M. Joseph, M^^^ Joseph · texte numérisé non relu

SCÈNE IV M. Joseph, M^^^ Joseph

M°^^ JOSEPH

Méfie-toi, Joseph ! il est malin ! oh ! qu'il est malin. Je te dis, Joseph, de te méfier, c'est un diable d'homme, c'est un rusé, c'est un Satan, c'est un Gaspard !

M, JOSEPH

C'est toi qui es une femme du diable ! rusée et

en dessous ! toujours à tripatouiller ! toujours à voir le mal.

M™® JOSEPH

Eh bien ! débrouille-toi tout seul si tu ne veux pas m'écouter ! Je t*ai prévenu ! Méfie-toi de ce diable-là : j'ai mon idée, c'est un coquin.

M. JOSEPH

Quoi ! c'est mon cousin ! nous avons été ensemble à l'école, c'est sacré ! nous avons gardé les bêtes ensemble, nous avons déniché les oiseaux ensemble !

M"^® JOSEPH

Bêta ! c'est devenu un monsieur, maintenant^ et toi qu'est-ce que tu es ? qu'est-ce que tu te crois, donc ? Je te dis : méfie-toi.

M. JOSEPH

Tais-toi, femme ! tu vois ce que je dis : nous voilà riches ! on n'a qu'à écouter le cousin. Je le connais comme si c'était moi. C'est un homme,^ ça !

M™® JOSEPH

Sûrement il est plus malin que toi ! il y a un trafic du diable là-dessous. Il tâchera de nous vendre plus cher que ça ne vaut ! quelque manigance. Moi ! je ne sais pas, mais cette construction d'un étage en plus, ça m'affole. Il en veut à nos écus... pourquoi donc qu'il ne le construit pas,

lui, son étage ? pourquoi que tu veux que je le construise cet étage.

M. JOSEPH

Rien ne m'ôtera de Tidée qu'il ne veut que notre bien, cet homme-là ! Tu vois toujours le mal partout.

M°^^ JOSEPH

Si nous ne réussissons pas, il reprendra sa marchandise et sa boutique avec la plus-value de l'étage. Je suis plus maligne que toi.

M. JOSEPH

Tu as peut-être bien raison.

M™® JOSEPH

Il en a roulé de plus fort que toi. Comment ! voilà un homme qui ne sait pas mieux lire et écrire que toi et qui a toute une rue qui ne lui a pas coûté un sou, cet homme-là doit savoir faire des calculs de tête à frémir. Et tu ne te méfies de rien. N'aie pas peur, toute cuisinière que je suis, je vais lui en remontrer. D'abord tu vas lui dire que tu as beaucoup mieux... après quoi, il faut que tu sortes d'ici avec tes quinze cents francs dans la poche et ton mouchoir pardessus pour que ça ne tombe pas.

M. JOSEPH

Comment ça ? j'ai beaucoup mieux ? puisque je n'ai rien. Tu vois bien que tu déraisonnes.

VcO LE ROI DE BÊOTIE

M°^® JOSEPH

Tu lui diras qu'on t'a proposé une boutique d'épicerie à Meudon, toute installée, confort moderne, gaz et eau ; tu lui demanderas le prix de son loyer et tu diras que le loyer est meilleur marché. Alors on verra ! Pour les quinze cents ïrancs, laisse-moi faire.

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