GRANDE NUIT DITE DU WALPURGIS MÉDICAL
Sepj; et c'est l'hiver et non trois... heure et c'est le degré du temps dans la nuit. Le spleen se rétrécit car l'heure des malades est une consolation, c'est l'attente du matin qui délivre la porte et fait sortir les démons et toute la puissance des ténèbres. On a éteint l'électricité et il n'y a même plus de féerie ni de Musée Dupuytren des têtes. L'infirmière a hâte de commencer la rédaction de ce livre faux, mémoire des heures, où chaque heure porte le mensonge : « les malades sont calmes. » Elle écrit : on a donné du sirop d'éther au 31, et sa piqûre d'huile camphrée au 22. Or il n'y a ni sirop, ni éther, ni camphrée dans la salle où l'on meurt. On a éteint et la lumière n'étouffera plus les râles, et le pied de la lumière ne se pose plus sur la poitrine des animaux humains. Coucou ! coucou du désespoir ! Confié à la nuit. Le coucou porte bonheur ; la voûte est heureuse, elle couvre la douleur ; elle est en pierre ; elle ne participe pas. Qui est-ce qui participe ? la pitié des passants qui lèvent le regard vers les ampoules bleues : « T^à on souffre! » Personne ne
pense que la puissance des ténèbres est ce qui me tue.
Mais pas d*appeldu soir. C'est ce qui nous change de la caserne. Autour de la lampe et du cahier de la jeune infirmière, les aboiements de chien de la souffrance, les colloques de singes dans les branches, et le déchirement du rire enfantin d'un gâteux et comme des brouilles et des réconciliations et l'appel de « ma mère » qui ne m'entend pas de si loin et qui ne vient pas.
Le lit 42 s'est dressé dans un suaire .
« Chaque rayon de tes roues est dans ma poitrine, Paris l'indifférent... Sifflez, tramways, petits pendules qui coupez tout sous le sternum.
« 42, à votre lit ! qu'est-ce qui vous prend ? »
Le lit 39 s'est dressé dans un suaire.
« Un œil de chacal dans mes côtes pour voir, pour voir et pour savoir ! un œil pour voir ce qu'il y a de cassé dans mes côtes. »
Et tous les chacals entourent la lampe suprême de la jeune infirmière et son cahier « les malades sont calmes ! »
« Oui, je crois que Satan existe pour tenailler les peaux ? »
Le lit 28 : « Je... je... je... viens en mangeant, je viens pour avoir mangé... j'ai eu tort de manger du... du... du... gâteau. »
Le lit 37 a quitté les roseaux, le lit 37 a quitté les serpents des roseaux. Déjà ! Déjà ? et pas le petit pied blanc de marbre que j'attendais. Ce soir, le Ht 37 a quitté les chacals de l'ombre.
Les draps de lit sont allés casser les vitres de la nuit avec ce cri de la douleur qui est celui des voitures dans la rue.
A un coup de signal, à un coup de siriiet.
L'infirmière et la lampe sont inquiètes : elle est « nouvelle » dans le service, on l*a introduite dans cette salle obscure au milieu des revenants, elle tourne la tête à droite et à gauche.
L'infirmièi*e-major arrive. L'infirmière-minor hii confie des inquiétudes.
« Il tousse ? il tousse ? eh bien ! tout le monde tousse ! moi aussi je tousse ! »
Et on écrit sur le registre des heures : « Le» malades sont calmes ».
On ne sait jamais.
Le docteur Massenet a dit le lendemain :
« Eh ! bien ? qu'est-ce que c'est ? on ifûulait quitter les beaux- arts »,
et il a fasciné son peuple gémissant psir on seul de ses regards. Il est vrai qu'il faisait jour et qu'à ces heures-là les lits ne sont plus des Tevenants et que la puissance des ténèbres est conjurée.
Mais nous n'en sommes pas là, cher lecteur et vous, aimable lectrice. Nous avons laissé l'infirmière en tête à tête avec son devoir de français (j'ai parlé de cette rédaction), son devoir de français et son devoir de française, elle fait celui-là mieux que celui-ci (devinez !) Et notre héros dit :
« Ombre wagnéiienne ! je t^ embrasse dans ua râle, ténèbre « Buridan », de quel côté me coucher
pour ne pas râler, Buridan, Marguerite ! Marguerite ! un sac et la Seine ? Mais l'oiseau chante déjà pour le salut des peuples. Cet oiseau est le rouge-gorge, emblème des bronchiteux : non ! c'est le pigeon poignardé, charmant emblème des congestions pulmonaires. Vous ne save« pas, vous qui n'avez pas aimé la mort et la douleur. » J'ai mal ! eh bien j'aime mieux ça... au moins on est ici pour quelque chose.
Naissance de la lune ! un ventre apparu jusqu'au nombril ! laideur de la chair humaine ! et saluée (ô coin d'ombre rond) par toute cette eau qui bout, les chants d'oiseaux d'un seul arbre.
Sujet tentant
Succès d'antan
Suis chez Dantan,
Chaussée d'An tin.
Dédié à Jean Bastia, qui m'imite dans Comœdia en croyant imiter un autre. Et il s'en vante.
J'admets qu'on appelle oiseau de ténèbres et de feu une locomotive, mais non l'inverse : je veux dire je n'admets pas qu'on appelle un oiseau de nuit : locomotive. Pourtant...
Tout ce chapitre est manqué, je le recommence.
Le monde est parti, c'est maintenant que les glaces vont s'animer sur l'air sublime de ce» plaintes humaines ; les esprits de la nuit vont commencer des tableaux vivants pour celui qui sait les voir. Premier portrait, celui d'un médecin^ tracé par les esprits sur le miroir du fond — il n'y a pas de fond — c'est conquérir l'air du
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bourru bienfaisant que de voir par le raisonnement philosophique ou le cœur des gens qui ne sont pas de votre monde. Le monde des esprits est le seul qui m'intéresse, cher docteur. Voilà pourquoi je me suis créé un héros et voilà pourquoi je l'ai baptisé de cette allusion ironique Schwevischenbund. Revenons au portrait nocturne : Ce n'est pas notre héros qui, comme messieurs les externes ou internes, aimerait mieux se servir de la cuvette du chef. Il est la délicatess<' faite gentleman. Ce n'est pas lui qui mettrait les doigts dans le nez ou qui les tiendrait toujours comme si elles sortaient de l'eau, ou qui se taperaient mutuellement sur les fesses des infirmières (ô locomotive ironique des gares voisines et leurs inflexions des voix chères).
Je n'ai plus jamais faim, je n'aurai donc plus faim, ni de tabac, ni de pain. Oh ! langueur ! la tête sur le blanc et ne pas savoir... J'ai déjà parlé de la politique des yeux fermés, ou de la véritable intelligence par voisinage de l'agonie Devant une douleur intolérable que personne ne peut, ou ne veut, ou ne sait calmer, je n'ai qu'une ressource : me mettre à l'aimer, la transformer en volupté. Mais ce qu'on ne peut transformer c'est l'impuissance du lit, la faiblesse des bras, les maladresses de manchot et l'indifférence majestueuse majestueuse majestueuse des autres pour soi et de soi pour les autres, les autres... Au contraire... la maladresse isole, la faiblesse alanguit et l'indifférence fait voir, fait voir, fait
voir, les yeux fermés. Une très jeune infirmière venue de la campagne refuse un légitime pourboire et dit après : « Alors ! c'est vrai ! vous êtes homme de lettres ! j'ai servi un homme de lettres ! » Littérature ! et vous, Muses, écoutez cet hommage ! et savourez-le dans sa rareté exquise. Et toi, nuit toute tremblante des crânes imprévisibles et imprévus, océan atmosphérique et sombre de cette nuit, frémis de cet hommage rendu par cette bergère à la littérature.
Toute la famille Lariboisière, le jeune Schwevischenbund, le cerf, l'homme assassiné, et pas un seul souvenir de romans, ni de cinémas, rien que du frais, du neuf... mais la plume à la main ne sait pas rendre. Ce jeune Schwevischenbund abuse de son autorité aussitôt qu'il Ta, mais il est timide en général. Il souffre souvent d'avoir de l'autorité. Ce jeune Schwevischenbund appelle f( chère petite amie » une jeune fille qu'il regarde d'un œil chaste il s'intéresse philanthropique ment à elle et un jour...
J'ai des dispositions pour la littérature, j'en suis bien sûr, maintenant, et je veux profiter de mon séjour chez le docteur Massenet pour écrire un roman. Je commencerai au jour levant, c'està-dire dans trois quarts d'heure.
Et dominant le hourvari, adouci d'ailleurs par l'aube, des plaintes, notre héros écrivit.