LE CAS
— C'est une mauvaise plaisanterie , s 'écria t-il en secouant les brins de paille qui étaient sur ses habits , ce petit joufflu de curé qui se permet de me mettre ainsi au frais . mollement étendu sur une botte de paille ! Il paraît qu'il n'y a qu'un lit dans la maison , et le disciple de Dieu a cru devoir se l'adjuger... Nous allons voir tous les deux...
Il fît quelques pas vers ia porle et la secoua rudement pour l'ouvrir, mais elle résista à tous ses efforts , il revint prés de la lucarne qui éclaiiait le cellier : elle était traversée par deux barreaux en fer qui paraissaient avoir été scellés tout récemment.
— Que veut dire ceci i^ se demanda Paul en commençant à être inquiet ; voudrait-on transformer mon moulin en une prison , et suis-je destiné à avoir, le premier, les honneur;^ de rincarcéralioni*... Holà! holà!... quelqu'un!
TiC silence le plus profond régnait dans la maison . rt personne n'accourut à ses cris.
hl CONSCIKNCF. *2S\
— Ainî>i . je mus |)ris«»nni<'i . se dit l'aul <*ii MMr;ml les |M)intîH avec (:r)lôn*! Ali! joiiniti diiiimc , [irèlrc cic lonlrchandc . apoiie de iiialhrur ' lu inr [)aitTas cher ce tour- la... Mais es sayon.s de sorlir d ici.
Tous ses eflorls |)()Ui- cnfoiicer hi porte fiirciU vains, cl il s(» jeta . en jurant comme un danme . sur la hotte d(* paille (jui lui avait servi de lit.
— Altcndons! se dil-ii : par la mort Dieu î je me vengerai.
Le gros joufflu . Antoine -Nicolas Bérard . vicaire du villai^e d'Andegîou . s'était retiré dans sa cliambre. pour y prendre connaissance des papiers qu'il avait soustraits à Paul . et il n'avait pas tardé à acquérir la preuve d'un complot trame par Mademoiselle . pour susciter une guerre civile dans Orléans Sur cin(j lettres dont Lse composait le paquet cacheté aux armes de T Altesse royale, Berard e!i avait In (pialre ; en avant 1^ soin, a chacun*' d ellrs .
252 LE CAvS
d'écrire sur ses tablettes les noms des personnes qui s'y trouvaient désignées.
— Voyons la dernière , murmura-t-il , en promenant autour de lui des regards satisfaits.
Il lut la suscription suivante d'une voix troublée :
« A monseigneur l'évéque d'Orléans ! »
— Mon supérieur ! dit Bérard en fronçant le sourcil ; il y aurait plus que de l'indiscrétion à lire cette lettre... Je dépends du pape et non de Louis XIV... Lisons et que Dieu me le pardonne.
11 déploya lentement la lettre et lut ce qui suit :
«( Monseigneur.
« I^ cardinal Mazarin n'a pas craint d'éle- « ver un schisme au sein de l'Eglise calholi- « que en privant \v cardinal de Retz de sa li-
M iHTle , v{ vu laissant vacani I archevôdié de
». Paris ; le prélat a pris la fuite et s'est réfu-
»« gié à lU)me. auprès de notre Saint-Pere le
H Pape : mais le scandale . loin d'être étouffé
«« par resf)ére de transaction que le cardinal a
« cru devoir faire avec la cour, n'en est que
<' plusi;rand.
« Quelle honte ! que de pareils arrange-
♦« mens '
« Louis XIV se laisse aveuglément gou-
u verner par un Italien qui le trompe et le
<« rend odieux à son peuple , il est temps de
«* l'arracher à une tutelle aussi humiliante ;
•• et de recommencer l'œuvre inachevée de la
« Fronde : Nos intentions ont été indignement
« méconnues . et 1 ambition insatiable de M. le
<« Prince aidant . il a été facile aux partisans de
<« Ma/arin de calomnier nos intentions et de
« nous rendre un objet d'épouvante pour les
'« paisibles bourgeois de Paris.
' Qu est-ce qu'un Frondeur? suivant eux.
^bU LE CAS
« C est un brigand sans pitié . an impie : ur u homme vivant de sang ei de rapines.
« Vous savez , monseigneur, si tel était le « but que les Frondeurs se proposaient. Api< puis du trône et de l'autel , défenseurs des <' droits de tous, et non pas prolecteurs de « la tyrannie de quelques-uns, ils se sont tou- *< jours associés avec empressement à tout ce « qui était juste et honorable.
u La Fronde n'est pas morte sous les coups »< terribles que ses oppresseurs lui ont porté. *< Bon nombre de seigneurs de distinction t< m'ont écrit à ce sujet ; ils n'attendent qu un « signal pour crier : Vive la France et le roi • « A bas le cardinal ! Un chef qui leur est cher, « le duc de Beaufort, est prêt à se mettre à «< leur tOte.
« Nous comptons sur volro appui . monsei- « gncur. pour décider les autorilés religieuses «< de votre évéché à nous prêter secours et t< protection ; il suffirait pour enflammer le
u œurage det^fMlsrtans el les déterminer a u prendr^îsaniV's, de <|uel(jue> |*m du .aioiis M fait(»s par les curéd auxquels vous pouvez <- contier nos proji^ls.
vi Un archevêché, monseigneur, convien- .. drail à merveille à voire haute intelligence
et à vos lumières, et celui de Paris est vacant u par la renonciation volontaire du cardinal « de Uetz.
« DOrléans a l*aris le trajet n'c^l pas long.
" Qu'en pensez vous, monseigneur:*
«< Votre liumblc pénitente .
. Louise d'Orlkans. »
« P. S. La personne cjui vous remettra «< telle lettre, que vous brûlerez en sa pre- • sence. a toute ma confiance. Je le charge de «- voir >L de Beaut'nrl : vous lui donnerez « votre rt'ponse. •
Bonrd avait in cette longue epilre a\ec une scrupuleuse attention ; ( haqiie phrase avait ele