A P\HIS
|>^le; son riiftlcnrc . (\\ï\ piirnît hiillnntc, est p(Mi rlii;ii(Mrrnvic ; favori du roi. il <'ii est aussi lo jouol ; sa inajest** . par afTerlioii j)f)iir lui. n'a pas voulu ('()us(Milir à plusieurs alliances (jui élaicnl pro|K>s(rs au |)auvro duc , et qui foutes flattaient son ambition et son orgueil. \jc roi a voulu se conserver son fin ori , et |)our y parvenir il l'a livré aux mains de quelques coquettes de la cour que je ne vous nommerai pas, par pure charité : d'ailleurs vous les connaîtrez avant peu. Lauzun a échangé son marquisat contre un duché, et la tranquillité dont il aurait pu jouir au sein d'un intérieur aimable pour les agaceries des grandes dames qui s amusent des airs langoureux qu'il prend devant elles, de ses transports de jalousie, et enfin de quelques billets doux (ju'il se croit obligé d'écrire. En un mot . le brillant duc de Lauzun me paraît avoir fait revivre à la cour la charge de fou du roi. Seulement il lui manque la grote>(juo Ix^uflbnnerie nécessaire pour bien jouer ce rôle.
29/j MADEMOISELLE
Mademoiselle écoutait en souriant la conversation du marquis , et la seule réflexion qu'elle fit , c'est que M. de Lauzun ne ressemblait pas à tout le monde : et elle ajouta mentalement : — La réputation d'honnête homme et d'homme singulier m'a toujours touchée : je recevrai avec plaisir les visites de M. de Lauzun. Ah ! il reviendra!
Le favori songeait à exécuter les ordres de Louis XïV et à questionner la princesse sur ce qu'elle pensait des affaires de l'État. Un aussi grave sujet dans la bouche d'un homme qu'on n'avait pas manqué de lui peindre comme frivole, brouillon et ami des plaisirs, devait nécessairement provoquer une réponse , et déjn il lui semblait enlendre Mademoiselle lui dire : — M. le duc, le temps des querelles est passé, (;elui d(îs délassemens arrivé; occupons-nous donc <le f(Mes el de ( arrousels, et laissons travailler en paix les ministres de sa majesté.
A PAKiS 395
Iaiij7.iiii avait prr|)nn'(|ii<'l(|u<'s phrases lou* diaîil la cnndijilc courageuse de MadorriDiselIc pcîidaiil les Iroiihlos de la P'ronde : mais celleci ne lui laissa pas le loisir de vanter son inlre puliU'. clic jinlerronipit avec vivacité en lui disant : — M. de I^iuzun ne voudra pas sans doute me ra|)|x*ler d anciens chagrins, en rc travanl à ma mémoire des s<^)uvenirs que je m'efforce de m'oublier. — Lauzun s'excusa avec empressement et ajouta que la profonde admiration qu'il ressentait pour elle ne lui avait pas permis de taire ses véritables sentimens. Mademoiselle lui pardonna cette flatterie à la condition qu'elle serait la dernière qui frapperait son oreille.
— Depuis bientôt seize années. M. le du( ajouta-l-elle. je suis habituée à entendre la vérité, et vous êtes trop de mes amis pour vouloir changer mes habitudes. Nous ne sommes point à la cour, et mes courtisims auraient mauvaise grâce à attendre quelque chose de
2% mademoisellk
mon crédit. Je ne peux plus rien. Ainsi donc . je réclame une entière franchise.
Lauzun promit d'obéir . mais il se garda bien d'en rien faire. Sa conversation élait enjouée . spirituelle . philosophique surtout ; elle plut à la princesse qui l'écoutait parler sans paraître remarquer que l'attention toute particulière qu'elle accordait au duc de Lauzun faisait déjà la matière de quelques entretiens peu charitables.
Le duc demanda et obtint facilement la permission de venir faire sa cour à Mademoiselle, et tous deux se séparèrent fort satisfaits l'un de l'autre.
Louis XIV fut complètement rassuré sur les disjM)sitions de sa cousine, qui n'annonçait nullem(*nt avoir envie de se prêter à de nouvelles intrigues. Son fa> ori le lui asv*^ura avec un ton de vérité qui eut paru sint^ulicr à une personne
A r.viiis. 297
moins prrNcniK' on faxiir de Linizun. I^^ roi n'y til aurniK' attention : il un ail un sorvire à (Icniamicr a Mjn favori, cl il y rêvait Ujrs(ju il se* pn srnta (levant Ini. Il s'af^issail d'opérer un raeeommodement avec la tendre Louise de Uivallière qui s'était refusée la veille à recevoir sa ^isile. La duchesse de Montespan . celle femme altiérc. réjjnait déjà sur 1 esprit du calant roi, et elle profitait de son autorité pour le dégager des liens que mademoiselle de Lavallière négligeait de reserrer. Lauzun se chargea de cette délicate négociation, et jamais il ne montra autant d'empressement pour s acquitter d'une chose qui devait faire plaisir au roi.
Le favori semblait deviner que plus tard il aurait besoin de toute 1 indulgence du monarque, et il cherchait, dès ce moment, a la mériter.
mi^ia ai^^^^zilX'^^
LS OALi-lTT SEI3-1TS"J^.
llnr illf'snllinmr.
Ouelquos jours après celle entrevue. le duc de Liui/.uu. (jui. en depil de madame de iNlonlespan. venait d'opérer un rapprochement entre Louis XIV el Louise de Lavallière, se promenait dans les jardins de 'l'rianon en compa-
gnie du duc de Beauforl, de l'ancienne idole de la populace, qu'une faveur spéciale avait su proléger contre le ressentiment du roi qui. pour se débarrasser des obsessions dont il était l'objet, avait signé l'ordonnance qui permettait à Beaufort de reparaître à la cour : celui-ci s'était empressé de profiter de l'amnistie, et avant de solliciter une audience, il voulait, comme on dit vulgairement, prendre langue; c'est au duc de Lauzun qu'il s'adressait pour connaître la carte du pays qu'il allait parcourir.
Lauzun accueillit le duc de Beaufort avec urbanité: il ne lui offrit point de lui vendre chèrement une protection qu'il devait au ca- [)rice du roi. et qu'un caprice pouvait renverser; dès les premières ouvertures (jue IH le duc pour l'engager à lui être de quelque utilité à la c>(mr de Louis XIV. Lauzun n'fx)ndil qu'il n'enlendail |»as faiic marché de son crédit.
— SerNicr pour srrvicr. nion.Hicui' le duc. (lit il ;i H( aille ni. v[ rien de plus; jo vous protégerai auprès de sii maj<"slé, el vous voudrez l)ien. en revanehe. ne pas me desservir dans l'esprit de Mademoiselle. Son altesse royale VOU8 traite avec distinction, je lésais, el vos conseils sont s<nivent écouté par celle (|ui méprisa vingt fois de sages avis.
— Monsieur de l^uzun î s écria Beaufort en fronçant le sourcil, quoique à la cour de Louis XIV, j'ai conservé au fond de mon cœur une profonde admiration pour les chefs de la Fronde, dont J'eus 1 extrême honneur de faire partie, el en cette (jualité je ne f)uis qu approuver entièrement la conduite de son altesse royale.
— Passons, monsieur de Beaufort. conli nua Lauzun. et revenons au service que \ous me demandiez, el en échange duquel je solli citais votre l)ienveillanlc proleclion près de
?0/j UNE MÉSALLIANCE.
son allesse royale. Je vous promets mon ap— pui. me refuserez- vous le vôtre?
— De par Dieu 1 mon gentilliomme, je m'en garderais bien, c'est marché conclu. Vous connaissez votre rôle, veuillez m 'instruire du mien.
— Duc de Beaufort, reprit Lauzun avec gravité, il s'agit d'un secret qui ne m'appartient pas...
— A quoi bon me le confier? interrompit Beaufort avec brusquerie ; si vous craignez les indiscrétions, ne dites rien.
— Mais il est nécessaire que vous le connaissiez; au surplus, monsieur le duc. Thon neur d'une dame s'y trouvant intéressé, je me coniie à votre loyauté de gentilhomme, certain (]ue vous ne nous trahirez pas.
— S'agit il donc d'une conjuration?
liNK MK-SALI.IAM( K. M)j
— Oui. «lui . «'l (I une conjuration amoureuse.
TriMUL'iM'ntrc son alles^tî royale el vous.' (lit le dur (le Beaulorl avec le ton de j'incré- (lulil<'
— Ne sonunes nous pas les ^euls intéres-
sés!^
-Monsieur (Je Lauzun. avez vous perdu la léle:'
— Non. |)ar Dieu 1 non. monsieur le duc, et diM ma franchise vous paraître étrange, vous allez tout savoir.
— Amoureux de son altesse royale! murmura sourdement Bcauforl on caressant sa Hiuustaclie qui commençait à i;risonner.
Lauzun se recueillit pendant (jL'eUpies ins-
306 UNE MÉSALLIANCK.
lans, el après avoir promené autour de lui des regards scrutateurs, il s'écria :
— Duc de Beaufort! connaissez-vous un
châtiment qui punisse l'action d'un gentilhomme assez hardi pour élever ses yeux jusqu'à une princesse du sang?
— Notre parlement ne pourrait infliger aucune peine au coupable, mais le bon plaisir de sa majesté saurait suppléer à l'insuffisance de la loi. et une détention perpétuelle dans un château fort, une morl violente, mais cachée et tenue secréle, voilà, je crois, les moyens que le grand roi lui-mOme ne dédaignerait pas d'employer.
— Ainsi vous pensez?
— Que vous avez formé des projets téméraires, el (|u'il vous faut oublier son altesse : le soin de voire surelé l'exige.
IJNK MK.SAF.IJANCK, 307
— Viuih int' jugrz bien mal. iiionhirur (Je R^Mufnrl. n'pliqna li^ui/uii <! un air dcdaii^iKMix : (h {\u()\\ je renoiuMTais a une brillante forinno parce que le bon plaisir de sa majesté pourrait me faire repentir de mon audacieuse ambition . le bon plaisir du roi! qu'esl-ce que cola, Ix^n Dieu! de la lyraimie, du despotismel cl (fui vous dit (jue l^iuis XIV se portera à des extrémités (lâcheuses envers son favori, envers un honnnc (|u il dai|;ne nommer son (lier Lauzun.
— Duc. les faveurs de la cour sont passa itères, vous le savez, et tel qui fut au premier raDg. se trouve aujourd hui confondu dans la foule de ces courtisans sans importance ni mérite : de ces hommes qui ont un titre, de la fortune et qui traînent leur nullité de régne en régne. J'en suis arrivé là, monsieur de Lauzun. (|ue mon exemple vous serve de leçon.
-r- Duc de Bi'aufort, vous aM'Z >(hjIij len-
:^08 UNE MKS ALLIANCE.
verser l'autorité royale, vous avez conspiré contre le gouvernement de la régente Anne (VAutriche.
— Oui, mais en brave gentilhomme, et non en lâche conspirateur: c'est à la tête d'une armée, à la clarté du soleil, et en criant à bas le Mazarin ! que nous avons fait acte de désobéissance aux volonlés de cet Italien maudit, de ce cardinal, qui non content de la puissance spirituelle, voulut y joindre encore celle temporelle; maudit soit le jour où cet homme mit le pied sur le territoire de notre belle pairie; à Richelieu, de sanglante mémoire, devait .succéder un fourbe et un hypocrite, un Mazarin qui sut. jusqu'au dernier moment, capter les l)onnes grâces du roi. II est mort en emportant les regrets de la cour et de la ville, ont dit de vils flatteurs ; mensonge ! mensonge! le cardinal était craint, mais non pas aimé.
— il est mort, (jue Dieu lui fasse paix e( mi-
1;NK MESALLIANCE. 10!)
si'i'icoidc. rt'|>ril Liu/.un avtc un niouvemcnl diinpiUii'na*; à unt' «'(kxjuc hjrhuh^nle a succède la |)ai\ iH lo r('|Kj.s. On s amuse aujourd'hui. monsi(Mir le duc
— ( )n rit dans vos hrillans holds. on pleure dans les mansardes des faubourgs: on fait de loFi^ie eonune sou» François ï' '^ prenez garde que le peuple ne se lasse de vous prodiguer SCS sueurs, et n'envie à son lour vos riches vèlemwïs, vos élincelanlcs !)roderies. vos somp lueuses demeures.
— Dur de Bcauforl, la Fronde, en expirant, a rayé du monde le royaume que vous aviez su vous v former. Vous êtes de nol)l( origine: croyez-moi. ne dérogez plus en aous mêlant à la populace de Paris, c'est ;: mon avis, une tache pour votre illustre maison ijue ce nom de roi des Halles dont vous vous glorifiez
— l>uc de Lauzun. icpli([ua Bcaufoil avec
310 UNE MÉSiV-LLIANCK.
le ton de lamerlume, vous n'entendez rien aux affaires de l'Étal : mais revenons à ce projet hardi dont vous m'entreteniez tout-à- Iheure.
— En peu de mots, monsieur de Beaufort. je vais vous raconter l'aventure. Vous savez que Mademoiselle n'est de retour à Paris que depuis peu de jours Eh bien ! dans un si court espace de temps, j'ai su enflammer de l'amour le plus vif, le plus ardent, le cœur de son altesse; certes! cette conquête doit avoir quelque mérite à mes yeux , ca» je ne suis pas le premier qui ait soupiré pour ses attraits ; on on compte , et plus d'un encore, qui n'ont pu parvenir à obtenir d'elle un sourire, une «eule parole. Ah ! m()nsieur le duc, je puis m 'écrier avec orgueil, heureux Lauzun! puis- (juej'ai pu amener la plus riche héritière de France au point de m'offrir sa main et son immense fortune.
— Duc. ne vous ;il)us<'z vous pasP
uni: \1K^ Mil \N(:K 311
— JiJi:(*z-rii. Irois cîilrctii'îis îii nul mjfli |)<»m- (lire ;i sou alîcssr le secret (J'nn amour...
— Né bien prompfemeiil. iutorrompil Beauforl en souriant: vous aimiez Mademoiselle sur des om -dires, de vap;ues hruils de cour.
— Monsieur de Beauforl, vos paroles ironiques ne sauraient me faire changer d'avis. J ai juré que Mademoiselle serait ma femme...
— El vous manquerez à votre serment, repartit brusquement Beauforl; car. foi de gentilhomme, je m efforcerai de dissuader son altesse d'ni\ projet aussi fou.
— Vous ne ferez pas cela, monsieur de Beaufort. lui dit Lauzun avec le ton de la suftisancc : si je me suis confié à vous, ce n'était pas pour courir les risques de trouver un ennemi là où je croyais rencontrer un ami «!<'-
312 UNE MtSxVLLLVNCE.
voué. Vous êtes à la cour de Louis XIV, et confiant en des promesses qui vous ont été faites, vous croyez que la charge de grand amiral, qui était héréditaire dans votre famille, vous sera conservée; détrompez- vous. Moi, petit gentilhomme bien obscur, moi, qui ne suis duc que par le caprice du maître, je puis convoiter une dignité qui n'appartenait naguère qu'à la maison de Beaufort: oui. monsieur le duc, le favori de Louis XIV peut aspirer à être grand amiral : c'est une faveur insigne, sans doute, mais elle m'a été promise. On arme en ce moment pour punir l'insolence des puissances barbaresques. et une flotte formidable quittera incessamment la port de Toulon. Qui la commandera? se disent les courtisans qui ont bien cpielques droits à la faveur ou roi ; anciiii ne se prononce, et si on citait un nom, monsieur de Beaufort, ce ne serait [)as le vôtre.
— Malheilr sur eux ! s'ils osaient me taire
cette insulte.
t'vi: ml.saliiancr. 3i^
— Ils n'v m.iiujiicr'Mil jmis. cirïyi'/.-iiioi. <•!
ficTcnunl le pliUï nue j ai couru Si je «jovicns I i'|)()Ti\ do son allosse
• — Cvh\ ne dépend il pas de vous '
— A peu [)ivh. mais j ai besoin d un appui, c esl |)oun[U(ji j ai pense à vous: épt)n\ de iMadenioiselle. maîlrc do son immense loi - Urne, je puis rendre plus d'un service au cIkÏs d une fadion qui nouIuI . mais vaine menl. renverser le Mazaiin: je pui^» . mon sieur de Ueauforl. vous aider à ressusciler la l'ronde.
— C esl une chimère cpje le^. reprit le duc d'une voix sombre: ressusciter la Fronde. It^lc l)n*u! non. aujourclhui. ce serait chose impossible .le me ^ai>^ieu\, mon>ieur de Lau- /un et avec I i^f;e. mes facultés se sont usées; je puis oncoro comm.uider une arniéi.'. je puis
conduire des soldats à la victoire: mais combattre avec la ruse et l'intrigue, ourdir de ténébreuses machinations, ramper, enfin, sous celui qu'on voudrait exterminer, foi de gentilhomme! je ne le pourrais pas. Tenez, je vous parlerai avec toute la franchise d'un «ncien soldat; je n'ai plus qu'un désir, je ne forme plus qu'un seul vœu : celui de mourir glorieusement, les armes à la main, dans un combat contre les ennemis de la France. J'ai appris, en exil, qu'on allait demander répara lion d'un outrage fait à noire pavillon par les puissances barbaresques: et mon premier cri a été : Mort aux Algériens! Je n'ai point mendié la faveur de reparaître à la cour, pour m'y traîner dans la poussière, mais pour chercher l'occasion de ^lire à Louis XIV : Sire, vous n'oublierez pas que mon père et mon aïeul remphrent glorieusement la charge de grand amiral ; cette charge est héréditaire dans notre famille; je vous supplie de nie ht conserver. — Et à ce discours, Louis XIV répondra :
[ .M. Ml.sM.I I \N( I . 315
Monsieur dr Ik'injforl, nous n iiNons pas oublié I(\s guerres dr la Fiondc
— Brisons-là. (Jiic de Lauziin. r('f)ril Beanlorl a\('(' hunicui .
— Un moment enrf)fT , monsieur de Beaufort, dit Luizun on \v. relenanl par le l)ras. vous avez mon secret . et je vous crois trop loyal gentilhomme pour vouloir en abuser. Los bontés que me témoignent son altesse royale me feraient un devoir de soutenir, envers et contre lous. que les bruits répandus à dessein pour me perdre et pour nuire à sa réputation sont calomnieux : et vous savez . monsieur de Beaufort que je porte une épée.
En disant ces mots. Lauzun lit un pas en arriére et mit la main sur la garde de son épée. ('.ette bravade n'arracha qu'un sourire amer au duc de Beaufort (jui lui tourna les talons.
~- Fanfaron! arli(ulait .sourdement l'ancien
316 UNE MÉSALLIANCR.
héros de la Fronde en s éloignant , lu portes une épée comme un objet de parure . mon gentilhomme, aussi ne te ferai-je point l'honneur de me mesurer avec toi. Le favori a de l'ambition , ajouta-t-il après quelques instans de silence; il voudrait, à la faveur d'un fol amour qu'il a su inspirer, devenir l'époux de Mademoiselle, de la cousine du roi... Tête Dieu ! est-il donc las de respirer en liberté? ou les cachots de Vincennes ou de la Bastille ont-ils la vertu de l'aimant? qu'il y prenne garde, le papillon doré ! le marquis de Louvois saurait le faire repentir de sa témérité... C est un fou ' s'écria-t-il en moulant dans son carrosse, et eu donnant l'ordre à ses laquais de le conduire à Paris.
A peine arrivé , il se dirigea vers le Luxem l)ourg, et sollicita la faveur d'être admis auprès de Mademoiselle qui, en entendant prononcer le nom def M. de Beaufort, s'empressa d'abrc g(T la durée du cérémonial en allant elle-même
!)NK MKSAI.LIANCK. 'ilV
au (ii'N.inl <ln 'lin . ;ni(|n('I on fais.iiî Inin' niili
Itoufnrl fut elraiigcnunt surpris (lu (han •ouunl (jui sciait opéré dans les manières de l'allessc royale avec laquelle il avait j^ucrToye dans maintes occasions.
Ce n'était plus cette héioïne. qui rappelant les travaux, (juel(|ue peu défigurés, de la vierge de Vaucouleurs . s'introduisait par la ruse (lans une ville dont les magistrats s'obstinaient a lui fermer les portes, et qui plus tard, faisait l)oinler les canons de la Bastille sur les trou- |)es royalistes et mettait en fuite le maréchal de Turenne : Mademoiselle avait perdu cette assurance qui donnait à sa physionomie (pielque chose de martial : l'amazone de velours (ju'elle pf)rlait hahituellenient avait été remplacée par une magnifique robe de salin brodée* en or et en argent : la dentelle élail employée dans ses aju-^tomens sous mille formes dilYerentes enfin Mademoiselle qui dé-
318 UNE MKSALLIANCE.
leslail ies odeurs , semblait vivre dans une atmosphère odoriférante qui faillit suffoquil^ le duc de Beaufort : mais il fût assez galant pour ne point se trouver mal,- et afin de ne pas rester jpus l'impression produite par la vue des atours de l'altesse royale, il lui chercha querelle, et débuta ainsi :
— Le bon temps est passé, et son altesse sait mettre à profit ses instans de loisir.
. — Que voulez-vous dire . monsieur de Beaufort ?
— Que votre royal cousin vous croit assez punie et surtout trop bien découragée pour oser de nouveau lutter contre son autorité. Et en effet, votre altesse , qui était l'un des plus fermes soutiens de notre cause , a laissé périr isolément ses ï)1us lidéles serviteurs; je n'en (itérai qu un : ce malheureux Paul Lebiaiu , c|ui malgré l'amnistie, fut pendu ;i Orléans.
UNL M» SAM lANCK. .".!!»
coinintM <>u|)aljccl(' luiulc-trahiscjn : il rsl riiori sans rion avf)nrr. ('t sou coura^M'iJX silence a sîiuvé la Mc a plus de trente personnes.
— Monsieur \r duc, vous elle/ a Orléans le jour du supplice de cet infortuné . et si j ai bonne mémoire, il m'a été dit que vous n'aviez fait aucune tentative pour le sauver.
— Son altesse royale oublie sans doute (ju une imprudence commise par moi pouvait la compromettre; on nous sait amis, et Je doute aurait bientôt fait place à la certitude. J'ai as sisté au supplice de votre malheureux secrétaire, pour m 'assurer que son courage ne fai blirait pas au dernior moment : il est moft en gentilhomme : que Dieu lui fasse paix et miséricorde. Mais revenons, je voiiS prie , au motif de ma visite. ♦
— Un motif! répéta Mademoiselle en souriant, est-ce que monsieur de Beaufort S4)nue-
rail encore à des projets auxqttels j'ai renoncé depuis long-temps?
— Son altesse ne le pense pas, j'ai voulu lui rappeler des faits accomplis, et elle m'excusera de la brusque franchise avec laquelle je lui ai parlé! 'Depuis ce matin seulement , j ai revu Versailles, etsavez-vous. altesse, quelles sont les nouvelles du lieu?
— La duchesse de La Vallièrc occupe tous les esprils, sans doute, répondit Mademoiselle d'un air dédaii^neux. *
— On y parle aussi d'un mariage qui sut pre§4lra et la cour et la ville ; et pour ma part, je l'avoue, ce n'est pas sans un vif chagrin que j'en ai su la nouvelle.
— l'ii mariage!
Knli (' une princesse du sang cl un favori (In roi. «
UNfc .Mt.sAII.l \N(,i-. 321
— Ouoi! s'r( ria Miuloinoisrllc avec l'accciU (li'la i<)i«\ > uns savez cela.' mon iliciwJiK.
— Je le sais, et m en afflige.
— Oui (Je Heaufort. ce mariage aoblenu l'agrémcnl du roi. cl je liens à offense les remarques hicmrillantcs — et elle af)puya sur ce mot — qu'on oserait faire à ce sujet.
— Ainsi donc, votre allesse ne fait plus mystère d'une résolution qui épouvante encore l'homme qu'elle a choisi. I>k' duc de Lauzun ignore sans doute que sa majesté approuve celle mésnlluince.
— Monsieur de Beaufort. cette expression
est une insulte!
— Votre altesse a refusé l'alliance d'un roi . et je ne puis, sans mentir à ma conscience . ipprouvrr hnulemerU nv. choix que je m'nbs-
tiens de qualifier en ce moment ; plus tard, l'opinion publique se chargera de ce soin.
Mademoiselle, sans égard pour le rang et la naissance du duc deBeaufort, quitta brusquement la chambre dans laquelle ils causaient en tête à tête; et quelques instans après, un huissier se présenta de la part de la princesse pour signifier au duc l'ordre de sorfir du liuxembourg et de n'y jamais reparaître.
— J'obéirai, monsieur, lui répondit froidement le duc en se couvrant. Veuillez assurer son altesse que sa volonté sera religieusement respectée. ,
Et Beaufort sortit aussitôt; au moment où il descendait le perron, le duc de Lauzun arrivait dans un carrosse somptueux; ils échangèrent un coup d'œil qui n'était rien moins que bienveillant.
l^anzun entra (liez IVladenioisolIe, et Beau-
l.Nt MF..SAI.I.I ANC»:. 325
fori s aclirmina vers mm holcl . uu il clait imf)n!irinni(Mit allcMuIu par un oflficicr dos^'ardes- (lij-a)r|>H (le sa majesté, diar^é par le marquis de Louvois de remettre au due un brevet revt^tu i\u sceau royal. Heaufort le parcourut avec précipitalinn et en s'ecriani
— Merci, mar({uis de Louvois . merci: c'est un acte de l)onne justice que vous faites en ce moment
El se retournant vers l'officier, il lui dit :
— Assurez sa majesté de mon empressement à lui obéir. Avant dix jours . je scFai à Toulon.
— Sa majesté vous dispense de prendre congé d'elle, la flotte est prête à mettre à la voile, et un jour de retard pourrait être préjudiciable a l'expédition que vous allez commander.
— Je vous conjprends. reprit Reaufort en
souriant amèremenl . dans une heuro . monsieur, j'aurai quitté Paris.
L'officier prit congé du duc et retourna à Versailles rendre compte au roi de sa mission.
Beaufort fit ses préparatifs de voyage . et le même jour où la flotte placée sous ses ordres (juiltait le port de Toulon et cinglait vers les cotes d'Afrique, Mademoiselle épousait secrètement dans la chapelle de son cliàteau de Choisy. M. de Lauzun.
Le roi, après avoir approuvé ce mariage, et promis la charge de grand amiral pour son favori , avait changé d'idée. Une signification formelle, faileen style de prière, de renoiker ù une alliance aussi disproporlionnée , fut envoyée à Mademoiselle qui n'en lit aucun cas, d(nix heures après l'arrivée du courrier, por teur de ce message, son chapelain célébrait
IJNF. MKSALIJANCK 33^
une mossc hn^sr m pn'soncc do (piatre témoins.
Ixiu/un riait de la familier royale on dépit du roi ot de madame de Monlespan qui commençait à inlrii^uer auprès de Louis XIV pour nMiverser la tendre Louise de Ln Vallière.
T. Il il
€c (fl)i\tfau ^ v?ii
Aussitôt après la célébralion niiplialc. les deux époux so mirent en roule |)onr le clifileau d'Eu, où la duchesse de Lauzun se promeUait de braver la colère et le dépit de son royal cousin, cl d'allciKire. p<^ur reparaîtra' à la cour, que l'orage fût entièrement apaise •«
Celte résolution . prise sans le consulter, déplut à Lauzun , qui en épousant Mademoiselle, n'avait songé qu'à son immense fortune, et au plaisir d'éclipser par son faste et ses prodigalités ce que la cour de France comptait de dissipateurs fameux; et à cette époque du régne de Louis XIV, on en citait plusieurs, et parmi eux , le surintendant des finances Fouquet, devenu célèbre par le châtiment que ses dilapidations lui valurent.
La solitude et la retraite ne pouvaient que médiocrement lui convenir , aussi , trois jours après leur arrivée au château d'Eu , Lauzun parlait-il de retourner à Paris : et en attendant le moment d'un départ qui , suivant lui . ne pouvait être que très prochain , il faisait des projets pour l'avenir, réglait le cérémonial et l'étiquette de sa maison, songeait à l'uniforme qu'il ferait porter à ses pages, à la forme de ses carrosses, et surtout à la fêle qu'il se proposait de donner au palais du Luxembourg , et à
Ï.K ( MA TLAIJ DfC; $2^
îaqiK ll<^ il voulait invifer plus i\v, liuil cents gentilshommes <*t (lo quatre ronts damt^sde la cour.
Os n'vcrios roccupèrcnt l'espace d'une journée . mais le soir, il se sentit de l'ennui . et sur le reproche que lui fil son altesse de sa froideur envers elle, Lauzun répondit avec un sang-froid imperturbable qu'il avait la léte lourde, el souhaitait ardemment l'instant où il lui serait permis de se retirer dans son appartement.
— Dans votre appartement, monsieur le duc! s'écria la princesse en rougissant de honte; mais il me semble qu'il eût été convenable de ftiire prévenir le médecin de notre maison . puisque cette indisposition qui. je l'avoue, commence ;i malarmer, se prolonge depuis li'ois jours.
— Quoi ! répliqua Lauzun en jouant la sur prise . il y a déjà trois jours...
I/altessc re[)rinKi un mouvement de dépit . et s efforçant d(^ paraître gaie, elle (onlinua a
reprocher à Lauzun . sur le ton de la plaisanterie, ses négligences envers elle, et le prompt changement qui s'était opéré dans ses manières et dans son langage depuis qu'un prêtre avait reçu leurs sermens.
Lauzun feignit de ne rien comprendre aux reproches qui lui étaient adressés , et plus elle lui montrait âe bienveillance . moins il faisait d'efforts pour la mériter. A chacun des griefs de sa noble épouse , il murmurait tout bas :
— A quarante ans passés n'être pas raisonnable ; pauvre folle !
— Votre désir de retourner à Paris cache un but que vous n'osez avouer , monsieur le
duc , continua Mademoiselle en allachanl sur
Lauzun des regards défîans; serait il vrai , comme on l'a préîondu, (jue je ne suis pas la seuh* femme que vous ayez aimé :'
Si Louise d'Orléans eût pu lire dans le fond <lu cœur de M. de Lauzun , elle se serait con-
I I ( il \ I I M i) I I . 3.11
vaiiu'uc {\&vu Irpoiisanl . Ir iiohlo \in\\\\ iKnninc niiNiiil soii^^m'* (ju'.i fiiirc une hoimc s|MH:iil;ili()n ; il csl \r;«i (jii il WMÛI ^ii ciiclifr avec soin ses désirs cnpidcs sous une pas>ion si habilcnienl IVinle. (ju il aviiil failli lui-niOim: vn l'iic la duj)e; Liiuzua n osait s'avouer que pendant plus de vin^M-qualre heures, il avait ete éperdunient épris des respectables appas de Mademoiselle, mais eel élat d'exaltation ne pouvait durer, et au réveil, il se promit de n( point détromper l'altesse royahî; et dés ee moment . il mit (oui en œuvre pour aehever d'égarer sa raison
Il était arriNe a un résultat (ju il souhaitait sans oser l'espérer : époux de Mademoiselle . qu'il appelait familièrement la duchesse de Lauzun ou ma ehére Louise, il essaya de 1 autorite conjugale, et annon^ii hautement qu il (tait bien décidé à partir pour Paris le lendc main matin.
— Ce voyage est impossible, monsieur ]r
duc, répliqua froidement son altesse; je ne veux pas, je ne dois point vous exposer à des dangers inutiles.
— Que votre altesse se rassure , dit Lauzun en souriant, la colère du grand roi ne saurait tenir contre une explication de ma conduite : et lorsqu'il apprendra notre mariage , que d'ailleurs il a hautement approuvé...
— Vous êtes dans Terreur, monsieur de Lauzun , le roi après m avoir promis , a refusé son agrément à l'alliance que je voulais contractCF: habituée dès l'enfance à briser les obstacles qui s'opposent à l'accomplissement de mes désirs, j'ai dû regarder comme impuissante la défense qui m'était signifiée au nom de sa majesté, et quelques heures plus tard, vous étiez mon époux : je sais , monsieur le duc , quels sont vos droits sur moi. — Et Louise d'Orléans ajouta avec le ton du sarcasme : Mais sur ce point vous n'êtes point jaloux de vos prérogative».
Ï.V ( nvTF.AU D'EU 338
I>ini/.nn lit la f^rimaœ , se mordit lc*s havres et pinsii que le miroir de sa respectable femme était l)ien indulgent pour ses attraits flétris et surannés.
Ijouise d'Orléans continua en élevant la voix.
— Je sais aussi ce que je me dois à moi-même, et si pour vous posséder je suis descendue jusqu'à vous, n'oubliez pas . monsieur le duc, qu'un sang royal coule dans mes veines. Ceci n'est point un reproche que je vous adresse , mais en vous entendant former des projets qui pourraient vous nuire . j'ai du . dans mon intérêt . dans le vôtre surtout, vous rappeler à la prudence et à la sagesse.
Lauzun ne trouva pas le raisonnement de Mademoiselle de *r>n goût, mais il se garda bien de manifester son mécontentement: avant de frapper un coup décisif, il voulait réfléchir aux
33Zi LE CH.UEAU D'EU.
conséquences qui pourraient en résulter : il salua bien respectueusement son altesse, ei c'est à peine si ses lèvres effleurèrent une main qui naguère avait été blanche et polelée.
— Étrange réserve, murmura sourdement iMademoiselle en suivant du regard Lauzun
qui s'éloignait ; est-ce donc à moi à lui dire
Son respect , peut-être , l'empêche d'en agir librement avec moi... Il craint sans doute de me plaire ; on le dit si timide auprès des dames! il faudra bien qu'il se corrige de ce défaut. Quel moyen emploierai -je pour lui apprendre ce que sa conduite a d'insullant pour moi;' Ecrivons-lui.
Kllc rentra dans son appartement pour y tracer le billet suivant :
<« Mon cher duc, « Il est des choses embarrassantes ;» dire et
aus.si (iillirilosa fcrirc. Le inolif (fui m <»l)lif,M' à Irait r tc.'j lignes vous (»sl eoiuiu (HK)iqu(-' vous ffij^niez t\v ne pas me comprendre de- |)uis trois jours; le s^)in (|ue vous mettez à mêvittr aussilcM que l'heure de se retirer ej^t arrivée m étonne et m aillige.
« Vous me devez une explication . qui ne '< saurait se faire attendre.
■< J'y compte mon rlirr duc. »
Elle signa Louise d'Orléans, duchesse de Lauzun, puis elle plia ce billet, le remit à l'une de ses femmes en lui disant de le porter sur le champ au duc dcLauzun. La fdle suivante ne put s'acquitter de sa commission, car le duc était sorti pour se promener par la ville; elle donna le billet à son valet de chambre en lui recommandant de le faire lire à son maître aussitôt qu'il serait de retour.
Tandis (|uo son altesse royale faisait de |h'-
nibles réflexions sur la conduite de son époux , Lauzun courait par la ville d'Eu avec deux ou trois petits genlillâlres auxquels il avait proposé de payer à souper : ceux-ci avaient accepté , et en attendant que le souper fut préparé, ces bons gentilshommes s'amusaient à courtiser les filles et les femmes qu'ils trouvaient sur leur chemin , et lorsqu'un mari jaloux, un amant susceptible se permettaient de les regarder de travers , ils abandonnaient brusquement l'objet de leur galanterie, et se réunissaient pour bafouer l'importun qui les avaient dérangés.
Jusque-là, ils s'étaient contentés de débiter des complimens aux femmes et de plaisantes facéties aux hommes qui entreprenaient de les défendre ; les premières se sauvaient en riant comme de vraies folles , pendant que les seconds essuyaient les bordées d epigrammes et de lazzis à l'usage des comédiens de la foire Siiint-Gcrmain ; mais la scène changea bientôt d'aspecl.
LE C!I\TKAU D'EU. 557
Un jt'uiK- iKuninc. iJonl \v. c-ostuiiic v\,\\{ moitié ininpij^ii.ird moitié citadin . sortit d'uno maison voisine avec une (Janie dont le visoce était voilé ; il i^uidail ses pas avec des marcjuos de respect. A leur vue, l^iiuzun s'écria, eu les faisant remarquer à ses compagnons :
— Par ma foi. ne dirait-on pas que cette mystérieuse l)eaulé fuit la tyrannie d'un j)èrp ou d'un tuteur incommode^ Holà ! mon sars ! (X)ntinua-l-il en s'adressant au jeune homme qui engageait sa compagne à hàler sa marche afin d'échapper à d'importunes questions, holâî drcMe! avance ici, et dis-nous le nom de cette dame?
— Vous êtes bien hardis, mes gentilshommes , leur ré|)ondit celui-ci en les toisant avec un air de mépris: imitez mon exemple, passez votre chemin î
— Non pas. mon gars, répliqua Lauzun en s'avançant , el en leur barrant le passage;
il faul acquitter l'impôt, cest-à-dire inviter ta mystérieuse compagne à lever son voile et à nous montrer son visage, nous sommes en France, et non en Orient.
Et sans atlendre que celui-ci obéit à celte singulière intimation, le duc de Lauzun releva brusquement le voile qui lui dérobait des attraits que son imagination s'était plu à embellir, et à son grand étonnement. il aperçut une figure jaunie et ridée, des yeux éteints, une bouche qui grimaçait, en un mot. les restes d'une beauîé qui comptait la soixantaine.
Un violent éclat de rire apprit à ses compagnons qu'il avait été la dupe de sa curiosité. Le jeune homme qui n'avait pu s'opposer, tant l'action du duc avait été prompte et soudaine , à l'insulte qu'on faisait à sa compagne, ne remit pas à plus tard pour en obtenir satisfaction; il tira un long couteau pointu qu'il portait suspendu à sa ceinture par une lanière de cuir,
tl KMiriU sur le dm •!«' L;iij/ini <-n lui rn;ihl (i Une voix sourde :
— Kn gar(l<\ mon geiililhoinnie. on garde !
Lnn/tiii iTH'prisa raverlissement qui lui élail doniK* «1 tourna les talons ,\ un adversaire i\\\'\\ ne jUi;;eait pas di^Mie (!e se mesurer avec lui: mais cette insouciance Hnllit lui eoOter la vio. et sans h* secours de ses compagnons ((ui s«* jetèrent ^nr Tlionmie qui allait le frapj)ei par dcrrijTc, c'en ctail fait du duc de Lauzun
— Ha. mon drôle! lui dit ce dernier en le considérant avec attention, degré ou de force, lu voulais obtenir une réparation: mais saisfu bien que c'est un assassinat que tu allais commettre '
— Mon gentilhomme . quand on trouve qu un manant peut servir d'objet de risée [)endant quelques minutes, on peut aussi, ce n\B semble, lui accorder après cequ il demande en paiemontdu plaisircpiilasu [)rocurer.Or vous
5^i0 l/F. CHATEAU D'EU.
m'avez pris pour voire bouffon, et vous m'avez insulté parce que vous éliez persuadé que je supporterais patiemment cet affront.
— Le drôle a fait quelques études , dit Lauzun en s'adressant à ses compagnons , mais ce n'est pas une raison pour laisser impunie une action qui mérite la potence. Je veux bien ne pas le livrer au lieutenant criminel , mais à îa condition qu'il me fera des excuses.
— Jamais! jamais! articula sourdement le jeune homme en promenant autour de lui des regards désespérés.
Sa mère joignit les mains et supplia les gentilshommes, et particulièrement le duc de Lauzun, de la laisser aller avec son fils: mais ses prières ne furent point écoutées, et les compagnons (lu duc. qui n'étaient point fikchés de çpolester ui\ liomnie du peuple , se précipitèrent sur lui afin de le contraindre à se mettre AÙ genoux (levant M. de Lan/un . tous leurs
I K CIIA TKAl DEU. Vil
eflToiis alMuiiirnit ;i !<• ronvprsfr sur le pavô (le l;i rue. à ce moment, la vieille femme tremhhnilc pour les jours de» son fils, se mita[K)iisscr (les cris déchiraus qui . malgré l'heure avancée . attirèrent à leurs fenêtres quelques l>ouri;eois jaloux de la traîj(|uillilé de la ville et désireux de n'être point troublés pendant leur sommeil.
Us ecl langeront (juiîKjues paroles avec les gentilshommes (jui leur réponrlireiit par de grossières invectives: alors les bourgeois se décidèrent à descendre dans la rue afin de châtier leur insolence , et quelques instans s'étaient à peine écoulés, que Lauzun et ses com- |)agnons se virent entourés et menacés d'une rude correction : c'est vainement (|u ils. déclinèrent et leurs titres et leurs noms, les bourgeois agitèrent les cannes dont ils étaient armés, et plus (i'une noble épaule sentit un attou chemenl (|ui n'avait rien de bien agréable: Lauzun surtout fut un des plus maltraités, et
ne se retira de cette bagarre qu après avoir « u 1 II. •»■»
Zk'2 l.K ClIATKAlj UEU.
le visage endommagé . et sa vesle de salin , brodée d'or, en lambeaux.
Celle leçon ne les corrigea pas cependanl . et en entrant chez Pierre Pilart , le cabaretier le mieux famé de la petite ville d Eu, ils rossèrent d'importance deux bourgeois qui s'y étaient attardés tians l'intention de faire ripaille.
Pierre Pilart ne goûta pas cette joyeuse plaisanterie des gentilshommes qui daignaient lui faire l'honneur de souper chez lui , mais ceux-ci ne s'inquiétèrent nullement delà mauvaise humeur de leur hôte; ils avaient foit maison nette , et [)Our eux , c'était le point important.
Lagzun se fit bassiner le visage, puis, il commsknda qu'on servît le souper, et l'orgie conmiença.
CJrlrrfStttti ou imprf'uuf.
Nous croyons (.levoir ne pas rap[)orler la scène nocturne (jui cul pour théâtre 1 apparlcmenl de Mademoiselii'.Lau/un quitta le cabanH de Pierre Pilart à deux heuri^s du matin, cl dans un élat qui attestait hautement qu il avai*
?>hii t;akresj\\tion
su y employer son temps: il se dirigea en chaii celant vers le chàleau. et en se sentant au cœur quelque velléité d'user pour la première fois de ses droits d'époux ; ce fut dans ces dispositions qu'il pénétra dans la chambre à coucher de Mademoiselle.
Les chroniqueurs du temps ont prétendu que Lauzun se permit de traiter sa noble épouse avec un laisser-aller d'expressions que rien ne pouvait autoriser . et qu'une dispute assez vive s'éleva entre les deux époux. Néanmoins ils passèrent ensemble le reste de la nuit : le lendemain matin . on vit le duc de Lauzun sortir de la chambre nuptiale en jurant tout qu'il n'y rentrerait jamais.
Et comme il avait pour habitude d'exécuter sur-le champ les fantaisies qui naissaient dans son imai^inative , il fit atteler les plus beaux chevaux des écuries à un carrosse, et prit le chemin de Paris, sans avoir été saluer Mademoiselle.
IMl'lil viih oUb
— Ah' inon^iciii dr LiiuziJii ' <lil 1 -«I lo»r n)>alf,«'ii .i|)[)r(naiii l;i hruscjuc n'so liilion (le (('liii-ci . f|«i<' [)n'l('ii(lr/.-\ou.s (ioiK (Mirl inoht .» |>ii vous (iclerinincr a quiller au^si hru-^ijut'iïU'iit i(î chàlcau pour vous rcudre a Paris;' Proue/, f^anic . monsieur le duc: si Nou> avez eu la pensée de me rendre un oà>jel de dérision et de mépris |)our la cour <!♦' Louis XIV. J ai (ru volie amour sincère, el je n'ai |X)inl hesilc un seul inslanl a nie com pron\ellro \h)uv vous allacher î\ ma personne. Ne m(^ failes point it pentir de ce sacrilice.
Kl :ïj)it's (|n('l(pi<s minules de réflexion clh' st'cria : — iJmoi aussi je n ai^ inr iM'udre à Paris: nous nous y rcnc onirerons. inonsirm' de l^uzun!
Quand Lauzun arriva a Paris, son premier soin lui de courir chez ses anciens amis . atin de leur raconter >on mariage el l'eiieapaiK
i\\i il N<niut de ^>r pcrmriiic p(^ur sr diiivrer de .Na respe<'lal)l«; ('pou>«\ T.<*s un- appnunt"
rent sa conduite et le félicitèrent de sa fermeté : les autres le blâmèrent et lui firent entrevoir le danger qu'il y avait pour lui à braver la colère de l'altesse royale. Lauzun répondit aux premiers que c'était le seul moyen de mettre un lerme aux importunités de sa femme . et aux seconds , qu'il était trop certain de son amour pour craindre quelque chose.
Une certaine Arthémise. belle nymphe d'O- # péra , arrachée tout récemment aux rigueurs
clauslralcs par un mousquetaire noir , et qui se trouvait à souper chez le comte de Maupertuis, un des amis de Lauzun, déclama longuement sur la conduite du duc qu'elle trouvait infâme ; Lauzun se récria sur le rigorisme de la belle Arthémise, qui se jouait des quatre amans à la fois, sans compter IVlaupertuis , qui avait pour habitude de festoyer les minois de ses amis cl connaissances sans jamais en avoir à sa solde Xrrtiéniise ne trouva pas la riposte de son jjoùl . mais elle se gard;i bien de conli
niriirxriî. n/i7
lUKM iiiK' liillc (Imms liii|u«'li<- liiiii/iin poiivail a\oir l aSiinlaj;!'. IMv se lui . ri songea u se %rnj;rr des sarcasmes du dm (jui eontinuail .1 lui deecM'Iitr les Irails les |)Ins picjuaiis.
lian/iin ne resia (|ue jx'ii de lemps efiez le ccniie (le Maupcrlnis. el ;ujs5ilôl après qn il fii! sorti . Artlieinisc proposa à son amant (U se >('n^ei* du duc et fie le punir de son or i;ueiileuse fatuité. IMau[)erlu?s, cpii avait vu d nn npil d'envie les rapid(s pro^^rès que fai sail le fa\ori dans r(S|)rit du roi. dl*hianda avee empre.ssement quels étaient les moyens ipi'elle se proposait de mettre en œuvre pour terrasser le duc de Lauzun
— Ceci est mor] .secret . mon cher comte, répliqua .Xrthemi.se d'un air mystérieux : me promettez-vous de rcmcllrr ,\u roi. demain, a w»n lever un billet que je vais écrire
— Vnf dtiiiMMiM dOprra en ix)rre>pon
dance avec une majesté ! s'écria Mauperturs en riant aux éclats, ma belle folle, as-tu perdu l'esprit?
— Voulez-vous me servir, oui ou non?
— Je suis ton esclave, mon Arthémise. dispose de moi : pour te plaire , j'irais... au bout du monde , si tu l'ordonnais.
— Allez à Versailles . mon cher comte, cela me suffit. Quelques minutes pour écrire au roi , et je suis à vous.
La danseuse traça , sans hésiter un seul instant sur les formules en usage pour parler à une tête couronnée , les lignes suivantes :
« Au roi ,
*< Sire , un imprudent gentilhomme, un « de vos courtisans, qui vous doit et son rang « et l'éclat qui rejaillit sur lui, vient de mé-
I Ail' m vu-,. ."/if)
o ril«M . \)M' niic :ir!i()n coiipîihle . (oui le « conri'oiix (le \nlrc in.jjcslt.'.
tv Abuîiiint (ii' 1.1 faihii's.sc li une illustre .. prinrcss»' , il <st pjirvonii i» la (irridor :i le fi \)rviu\rv jM)nr époux.
«« \a' duc de Lauzun , sire, est à Paris deu puisliicr, et il raconte.;» (jui veut rentondre. a qiKMout changera de fa(o dans le gouver- » ncmcnt , mainlenanl cju il ii l'honneur de ^
«' faire parlie de la famille de votre majesté.
« Daignez pardonner a un fidèle sujet I a- « nonyme qu'il désire garder.
u Ce billet peut tomber entre les mains du « duc de I^iuzun ou de ses amis.
a La prudence exige de ne point signer. »
Klle remit ce billet au comte de MaujMMtuis. qui lui jura (ju il s'acfpiitlerail île sa commisî^ion . mais cpTil vonlail hii m remlrc^ i oinpl»
le soir même . et ne sorlir de chez elle que le lendemain matin.
— Soit, répliqua Arthémise . à demain!
La danseuse prit congé du comte et se fit conduire à l'hôtel du vieux duc de Varainville, qui donnait aussi à souper à cinq ou six mauvais sujets de cinquante à soixante-dix ans.
Pendant que la danseuse Arlliémise députait à Versailles , le comte de Maupertuis. M. de la Reynie. lieutenant de police, parcourait cette même route dans un carrosse bien clos , et à mesure qu'il approchait du lieu de sa destina lion , il jetait des re^^ards fnrtifs sur une liasse de papiers placés sur ses {genoux . et dont il avait consulté à plusieurs reprises des notes qu'il retenait d'une main . aiin de les préserver des secousses de la voiture.
A son arrivée à Versiûlles . il lut inlroduil
iMriu vi'F. .''..SI
iinimMlialciiK'nl ( fie/, le nu. (|iii en lo voyant entrer, lui cria :
— Kli l)it'n. monsieur, ce ra[)|)orl (juc vou> ni'nvrz promi*^ hirr î
— Je le tiens à la (li^|K)silion do votre ma- \vsU\ répondit la Ileynie : mais avant de jeter les yeux sitr ce travail imj)orlant . je la sup plierai de m'aecorder ({uelcjues minutes d at tention.
— Qu'est-ce.^ (ju'allez vous m'apprendre?
— Un événement de peu d'importanee . si votre majesté le jucje convenable : un grand malheur ^i elle le désire.
— M. de la Ueynie. je n'aime f)oint à devi ner. Dites et dites vite.
— Je mCxplique. lie mana«;e de Mademoisrllr avci' M. «ie l^ujzun a eu lieu , il y i «pialre
:ji)^ L'ARRESTATION.
jours . dans la cliapelle de son château de (^hoisy.
— Eï J6 n en ai rien su ! s'écria le roi d'une voix tonnante.
— Mademoiselle a pris si bien ses précautions , que ses domestiques eux- mêmes l'ignorent encore : car aussitôt après la célébration nupliale . les époux se sont rendus au château d'Eu.
— La belle é(juipée! dit le roi avec ironie . ma cousine est Folle î
— Sans le respect que je dois aux membres de la famille royale . je me permettrais de partager entièrement son opinion . car apiès avoir sacrifié à ce genlilhomme et son nom. el son rang elle se voit l'objel d'un lâche abandon. Le duc de Lau/un a (|niné Ir tiiâteau d Ku , hier dans la journée, el Mademois» Ile le soir même.
— Si l)i*Mi (|u<' tous <l«Mi\ sont ;i IVui> iii;im (cnanl
— .le suis crrlîiin (ju ils ne» s'y sont pas cn-
con' rciu niilrcs.
— M. flr la Ucynic. Lau/.uu ih' doit pas revoir Maclcinoiscllo. Je ferai casser ce mariage ridiculi* .. je le ferai, el avanl peu.
— Je ne devine pas comment voire majesté espère empêcher M. de I^auziiii d'user des droits qu'il a sur Mademoiselle.
— Mettez-vous à celte table , monsieur de la f\eynie: vous avez sur vous des lettres de cachet ?
— Je ne M)rs jamais sans en avoir une d( mizaine dans 1rs j)n( hcs de ma veste.
— Ecrivez!... ««Lej^'ouverneur de noire châ leau... ' Ou I en\errai je.^
r,5/4 L'ARRESTATION
— \ la BastilJe , dit la Reynie , vous l'aurez sous la main.
— Non . c'est trop prés de Versailles. A Pignerol !
— C'est un peu loin . continua la Reynie , mais le château est fort . et le gouverneur , M. le chevalier de Saint-Mars, est un homme sur lequel on peut compter.
— Nous en jugerons, reprit le roi. Ecrivez : « Le gouverneur de notre château de Pignerol . aura pour agréable la présente ; il recevra M. de Lauzun . sur lequel il est invité à exercer une surveillance de tous les instans. Point de promenade , peu de distractions ; il ne doit communiquer avec personne. »
Signé, LE Roi.
— Votre majesté a pensé à tout , dit la Reynie en souriant.
— Faites venir notre capitaine des gardes ,
IMl'HfcVlIK. .I.S.i
«I irlirrz vnn> iliins iioln* < ;»l)iiicl ; il;ms (|u*'lqu<*8 iiislans j(î m'y rrndriii
!>;» IVcviiUî surlil . il le dur (je Kochcforl . qui «Mail (\c srrvicr cr jonr-la . rntra aussitôt «Ile/ Il roi {Knir prciidn' ses ordres.
— Vous allez vous rendre à Paris, moîi Mcur le due. lui dit Louis XIV : prenez eeire lettre : elle eonccrne iM. de Lauzun . que vous trouverez à son hôtel. Vous lui donnerez connaissanee des trois premières lii^nes: le reste regarde M. le chevalier de Saint -Mars, i^oiiverneur du ( hàteau de Pignerol . auquel v(>us la remettrez. Partez . monsieur le duc, je compte sur votre exactitude à vous acquit ter de cette mission importante.
l^e duc de Kochefort (juitta Versailles avec su mousquetaires de sa compa;;nir . et a dix heures du malin, il entrait ihez le due de lauzun (jui fut étrangement suipris il ap
o56 L'ARRKSTATION IMPRÉVUE.
prendre qu'il était arrêté par ordre de sa majesté: il essaya de faire résistance, mais on le jela dans une voiture de poste, qui prit aussitôt la route du Piémont.
:iL4:i^4J'^'#i1^
r. Il S3
j{ uol ^'oisfau
Après de vaines démarches faites auprès de Louis XIV. afin d olXenir la ^Tùce du duc de Lauzun, Mademoiselle s'était décidée à abandonner à son royal cousin la principauté d Eu tpii devait wtn ir de dotation au petit duc de
r.60 A VOL
Maine, tils de la marquise de iViuiiiespan et
du roi.
Cerles! c était une belle rançon qu'elle payait pour faire sortir de prison un homme qu'elle aimait jusqu'à l'extravagance, et qui la détestait à cause de ses cinquante ans. Mais la princesse avait une trop haute opinion de son mérite pour ne pas être persuadée que Lauzun l'adorait , et en consentant à se dépouiller d'une des plus belles terres de son apanage, elle croyait lui donner une nouvelle preuve de son amour et du vif intérêt qu'elle prenait à ses malheurs.
Elle écrivit au prisonnier, qui était détenu à Pignerol , sous la garde du chevalier de Saint-Mars, gouverneur au nom du roi de celte prison d'étal , et dans sa lettre, dont le secret fut violé , elle apprenait à Lauzun les sacrifices qu'elle faisait pour apaiser la colère de Louis XIV qui ne pouvait pardonner à sa cousine un mariage secret que lui-mêmg avait autorisé quelques mois avant. IVlais alors le
UOISEAU. 361
grand roi n.uail pas f^rossi sa faniill<; d'une fnulo d'cnraiis adullcrins, cl la Monlospan n'cxrrcait point sfir rrsjiril drson nohlc anianl I asicndanl (|u clic sut prendre plus lard.
T.r d«l;ii li\('' |K)ur la sorlic de prison du duc de Lauzun <'tail cx|)iré depuis un mois, cl ( e- |>ondant le duc n a\ail pas vu s'ouvrir devant lui les porLc.> de la rcdoulâble forlercsse. Louis XIV fit de nouvelles réflexions avant de donner à M. de Louvois i ordre d élargissèment réclamé avec iant d instances par >iademoiselle : la principauté de Dombes lui |)arul une assez bonne acquisition . et il résolut de la faire au même |)rix. c est-à-dire qu il contraignit la pauvre Altesse à consentir ce nouveau sacrifire: elle n'hésita pas i:n seul inslant, et la dotation lui passée par-devant notaire: et en éclianj^e ('e cet acte. I^uis "XIV donna cnlin l'ordre démettre le duc de Lauzun en liberté.
Mais tandis qu'un des officiers de la maison de Mademoiselle partait en toute hùle pour se rendre dans le Piémont. M. de '^binpei Ini^,