‹ Le roi des HallesChapitre 23 sur 28 · S0 DK PAR I.E ROT · texte numérisé non relu

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arrivèrent traînant au milieu d'eux le prisonnier auquel ils n'avaient pas jugé convenable d'ôler les cordes qui retenaient ses membres captifs ; le capilaine lui fit rendre l'usage de ses pieds, puis on l'entoura, et Tescorte prit le chemin de palais de justice.

L'interrogatoire qu'on fit subir à Paul, résuma entièrement celui du marquis de Sourdis: seulement, on lui donna lecture des lettres saisies sur lui par le curé Bérard.

Elles ne contenaient en substance que des vœux pour un changement dans la forme du gouvernement, et l'invilalion de propager le mécontentement qui commençait à devenir général; du reste, aucune de ces lettres n'étaient signées, et Paul put aisément s'attribuer l'honneur d'avoir songé à ressusciter la Fronde.

On chercha à lui arracher des aveux qui [)uissenl servir à mettre en jugement les personnes arrêtées la veille, cl (jui n'avaient pas été traduites, à cause de leur naissance et des

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nomln (Mises solliciliilioiis fîiihs iiuprr » dw mai". l|Ul^ «lr Snurdis. iiliii (!<• surseoir ;» un jiii;<! incnl aussi procipilc

P.ujI iissimi:'. sur sa ItHi; loute Ja rcspoiisabi- \\\v (!«' raiiu>iili()n (iirigcc contre lui. cl il rolusa de se (lolcndrc.

— A quoi bon vous (iispulcr ma nIc. messieurs, leur (lit-il en promenant autour d(; Im <le.s rej;ards assures: je ne erains pas la mort, et [)uis(pie mes projets vous sont connus, je n achèterai point ma liberté par une làeheté : ennemi ùu i^()uvernenieiit de Mazarin. je mourrai son ennemi.

Le président (il emmener le [)risonnier pendant (ju on délibérait sur son .sort, et une heure après legrefïierdu tribunal \int lui lire une sentence de mort qui commençait par ces mots :

< De par le roi. nous déclarons le nommé

•• Paul Lebhmc convaincu de complot (.nn-

trc la sùrele de l'étal . et le condam-

« nons, en expiation de son crime, à être «« pendu en place publique, à la vue du peuple « et par la main du bourreau. »

Suivaient les signatures.

Cetle sentence fut mise aussitôt à exécution. Paul marcha au supplice avec une courageuse fermeté, et, en gravissant la fatale échelle, il s'écria : — Orléanais, malgré Tamnislie, le bon roi Louis XIV fait égorger un frondeur ! C'est un avertissement pour ceux d'entre vous qui aurait piis part à nos derniers troubles.

Le bourreau ne lui laissa pas achever sa harangue, il le saisit par les épaules et le lança dans l'éternité.

A quelques pas de l'échafaud on distinguait, dans les groupes d hommes et de femmes dq [)ouj)le qui s'y pressaient avec avidité, un cavalier d une haule stature . qui suivait d'un œil incjuict les courts préparatifs du supplice qui s'appnMail ; lorsque le condamné fui saisi par le bourieau . un sourire de satisfaction vint er-

I)L l'Ai', l.r. KUI. 2SJ

ror sut s( > lèvres, cl aussifùl îipn's IVxccnlion on 1 ("iil( ridit imirriiiirrr : — O r^)luricr est iiKjrl ;iM'c le couriïp'c (] un ^( iililhomiiie, cl sans rirn avcMirr : très bien !

Il |)(M\a lfj;r()n|)(* où il j^e Irouvail cl se dirigea vers la porte liaiHiièrc, où un j><i^e Tatlendail avec un clie\al : il svula en selle en se disant : — Mon pauvre duc de Beauforl . tu en es cjuitle pour i.i peur !

/nnî^finoiefllf h fJaiie

Gaslon ctuil à Blois. où il s occupiiit avec assiduité d étudier la botanique et de taire exécuter dans ses appartemens de e^rands travaux depeintur<'. par Jules I>onabella: ce prince, qui sortit (juatre fois du royaume les armes à

la main, et dont la vie orageuse s'écoula au milieu des dernières luttes d'une aristocratie puissante et des longues convulsions de la grande féodalité, Gaston qui par sa naissance était appelé aux premières dignités de l'Etat, vivait modestement dans la retraite et ne se montrait que fort rarement à la cour, où il cessa de paraître après la mort du caldinal Mazarin, ce qui arriva en 1661. Anne d'Autriche n'avait pu oublier les fautes commises par Gaston, et elle lui conserva toujours rancune.

Dix années s'étaient écoulées, et pendant ce long espace de temps, la plus riche héritière deFrance, Mademoiselle traînait dechàteauen château une vie errante. Saint-Fargeau, qu'elle habitait de préférence avait vu se réunir autour d'elle les anciens débris de la Fronde. La duchesse de Nemours, qui s'était consolée de la mort de son époux , et qui recherchait avec empressement les occasions de se renconlrcr avec le duc (le Bcaufort . qui parcou-

A PAHIS. 1^1

rail lii Fr;uH «.' en vcrilablc ( hcvalier erraril . s'arr^iant huit jours daîis un rlifit^ air, uno iniit dans nu aulrt' . la (luclicsse lonait une compai^nic assicino a son alU'ssc, qui mal^'ré les occupaliou-s (ju clic avait su se créer (1) ((juuticuçiiit a s'ennuyer de vivre éloignée de Paris. Elle lit l'aire (juehjues ouvertures auprès du roi, qui répondit (pie ^lademoiselle était parfaitement libre de résider où son caprice voudrait la tixer.

Huit jours après elle rentra dans Paris; mais cet enthousiasme, que sa présence ne manquait jamais d exciter, lorsqu'elle paraissait dans les rues, était entièrement éteint. C'est à peine si les passans se détournèrent pour regarder ses équipages de vjyage. Elle en conçut un profond nïépris pour cette multitude qui passaitavec tant de facilité de Tamour à la haine.

(4) Mademoisplle a laisse des meuioirp*» , «fuelqnf s pièces dp Tf r» et plu<^ipiirs romans

Mademoiselle alla descendre au Luxembourg, et après avoir pris quelques heures de repos, elle se rendit au Louvre pour y remercier le roi. L'entrevue fut embarrassante. Anne d'Autriche reçut froidement le compliment de la princesse; le souvenir de sa conduite pendant les troubles de la Fronde, son entrée à Orléans, et sa coopération à la défaite des troupes royahstes. dans le combat du faubourg Saint-Antoine, tout cela lui revint à la mémoire, et glaça sa physionomie. Ijouis XiV ne se montra plus généreux envers sa cousine. Il lui adressa un discours qui avait toutes les allures d'un sermon ; mais Mademoiselle atteignait alors sa quarante-deuxième année, et Louis XIV n'en comptait encore que trente-deux: aussi l'air de jeunesse répandue sur le visage de l'un contrasta il -il avec la physionomie grave et refléchie de l'autre, et donnait ;i la jirédication royale ([uclque chose lie raide et de guindée.

Tr)Uler()is Louis XIV' chercha à adoucir ce

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que crtlc (iiIirMJc |)<»ijvait avoir dt* |)»*nil)ic l'our iMadrmoiscllr II la rci rnidiiisil jiixjua I l'rilri'c lie la i^alcrir en se félicilîint hautf.'nicnl d'av(iir rrndi: la traii(|iiillilo et \v honficur au p(Mij)lc français.

— Désormais, ajoiila-t il noire brave noblesse repoussera avee horreur ces fauteurs de lroiii)les et (iesédilioiis . si noire couronne était de nouveau nienaeée, nous trouverions, j'en suis certain, nide et protection parmi tous nos gentilshommes (jui s'empresseraient de venir se ran;;er autour de notre personne.

liouis XIV faisait de l'allégorie : et en peij^nant à Mademoiselle le désir que chacun éprouvait de rester tranquille, il espérait que celle-ci comprendrait la délicatesse du conseil qn il lui donnait. Son altesse 1 en remercia et prit ( r)ngé de sa majesté qui, au moment de se séparer de sa cousine, lui dit en souriant : — Il y a moins loin du Luxembour^^^ que de votre château de Saint-Fargeau . pour venir au ï>onvre. et j'esiTereque votre altesse n'oubliera

!iyO MADEMOISELLE

pas que nous la recevrons toujours avec un nouveau plaisir.

Ces paroles furent entendues par les courtisans qui se trouvaient dans la galerie , et le soir les appartemens du Luxembourg étaient encombrés par ces mêmes courtisans qui ie malin n'avaient pas^daigné s'apercevoir qu'une princesse du sang passait au milieu d'eux pour se rendre chez le roi. Les marquis, les comtes et tous les gentilshommes, assidus à se trouver tous les jours au Louvre, auraient cru manquer au respect qu'ils devaient au roi s'ils eussent témoigné à Tallesse en disgrâce ces marques d'atlachement et de respect qu'elle était en droit d'attendre d'eux.

Néanmoins elle eut la générosité d'oublier ce qui s'était passé le malin au Louvre pour ne remarquer que l'empressement des seigneurs qui venaient lui présenter leurs hommages. Parmi eux se trouvait le fameux Antoine-Nompar de Caumont, marquis de Péquillain, et que

In r.intai^iirdo |y)iiis XIV venait (U* faire <luc (le Lanziiii

l^c l)rillanl duo avait été envoyé par h* r(ji chez Mademoiselle afin d'avoir sur le retour taiît désiré de celte princesse, (juelques édaircisscmens (jue Sa Majesté n'avait pu ohlenir dans une première* entrevi;e. Lauzun fut fidèle aux instruelions (|ue le roi lui avait donîiécs. Il s'attacha à plaire à iNladenioiselle . et pour i;au:ner sa confiance, il chargea un marquis de ses amis de le faire coimaître à son altesse, non pas sous des dehors avantageux : l'éloge eut été maladroit et Mademoiselle ne s'y serait pas laissée prendre. Lauzun voulut être décrié auprès d'elle, et présenté comme une victime des caprices de Louis XIV. et de la coquetterie des dames de sa cour.

Le marquis fit de son mieux , et jamais calomniateur ne distilla avec autant de grâce ses paroles empoisonnées : il voulait , disait - il . prouver à son altesse qu'il était entièrement de ses amis, et pour arriver à la convaincre de ses

excellentes intentions , il ne trouvait rien de mieux que de lui faire connaître le caractère des gens qui se disaient hautement ses dévoués serviteurs. La biographie était des plus piquantes, et hommes et femmes , quels que soient leurs titres et leurs rangs, ne furent pas épargnés; l'un cherchait à obtenir une place de grandmaître des cérémonies, et ne dissimulait à personne que c*élait là le motif qui l'avait conduit au Luxembourg ; quelques pauvres petites comtesses se proposaient d'attendrir Mademoiselle sur l'avenir qui était réservé à leurs filles, puisqu'elles - mêmes avaient été dépouillées de leurs douaires par les guerres civiles ; le plus grand nombre espérait que son altesse se déciderait enfin à mettre un terme au long célibat qu'elle semblait s'être imposé. Tout naturellement, il arriva à parler de M. le duc de Laii/un.

— Quant à celui-là, dit-il en souriant ironicjuem'v'nt , il ressemble assez au nauUmnier dont l'esquil'est livré aux fureurs d'une lem-

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