RIVALES
la troinl)I:nil(' «loclH^sM'df Nrmours. cjui avait tout c* (Taiiidrc (^^^ partisans dn cardinal la supplia i\r rrcovc^ir la visite* d<' Nanlnuillof et madame de ( Jiàtilloii . (|iii était a pm pus de r\(\ve . iî'h(''sita pas phm longtemps : clic pas^a à la hAlo une n^hc de satin cram^nsi , cl tiranl les rideîuix dn lit où madame de Nemours était <(>uehf*e, elle s'avanea vers la porte eîi disant à l'IuMelier {]\ir M do Nantoni^llci |)ouvail entrer.
Ije galant d»^sordre de son déshabillé fit quelque impression sur le marquis, il s'était promis de questionner sévèrement la duchesse sur les motifs de son voyage , et il ne trouvit qu'un gracieux comf)limcnt à lui adresser. La duchesse remarqua le trouble du colonel, et . au moyen d'une négligence habilement calculée, elle fit apercevoir à celui-ci (jue c*étail*avec justice qu'on la nommait h la cour la belle des des belles. Nantouillet s'empressa de s'excuser d'avoir troublé son repos, mais il ajouta (juc la sévérité des ordres dont il était porteur 1 o-
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bligeait à se saisir de loules les personnes qui se rendaient à Orléans , et qu'on soupçonnait appartenir à la cause des Frondeurs.
L'occasion qui s'offrait était des plus favorables pour se débarrasser d*une fennme dont elle se déclarait en tous lieux l'ennemie. Nommer la duchesse de Nemours au marquis de Nanto uillel , et la lui livrer ensuite , c'était chose facile pour madame de Châtillon ; mais soit capricieuse générosité, soit distraction, elle n'y parut point songer un seul instant ; la conversation qui suivit cl dans laquelle elle s'efforça de prouver au marquis que les services rendus par elle au cardinal Mazarin pouvaient lui mériter incontestablement le titre de mazariniste , les nombreuses preuves qu'elle en cita , et le nom de l'abbé Valavoir avec lequel elle travaillait à aplanir les obstacles qui s'opposaient au retour du c<irdinal dans Paris, rassurèrent enlièremenl madame de Nemours, qui avait frémi d'épouvante en songeant au sort qui l'attendait, si la duchesse de Ou\lillonroùl dénoncée uu marquis de Nantouillol.
HIVAIKS î>9
î^ jounr colonel drs rhcvnn l/*^ors n'insisfa |);is . <( oiihli.'i l)i('i)|(M l.i mission Honi il r\;\\\ vUiiv^r |M>tir ne s"0((n|)<'r (jiir dr |;i hclh- «lurhossc fjni prn'limi.nt les <'(iiUs i\r sa jf )li(' \f)\\ . les sourires cl les nrp^h^cnrrs (\\\\ . w (hncjuc fois révélai(*!it ^ Nantouillet {\p nouvelles beaulés. Lr malh(»unMix colonel savourait à longs Iraits les ilouicrcuscs paroles de la dlichesse. et si elle no lui eut point fait remarquer rpie son al)sence pourrait donner matière à d injurieuses suppositions pour son honneur, il serait resté juscju au jour a causer avec elle. Tl s'apprêtait à se retirer, lorsqu'elle lui demanda un sauf-conduit pour se rendre à Orléans. Nantouillet, qui avait des instructions pour secrètes les demandes de ce genre, s empressa de le lui accorder, mais il mil poui condition que l'homme qui en serait chargé l'accompagnerait juscjuaux portes de la ville. Celle-ci, n'y trouvant rien à dire . accepta . et ils se séparèrent les meilleurs amis du monde. Nantouillet se flattait d'avoir fait la coîu|uète
de la duchesse, et celle ci admirait avec quelle facilité une jolie femme parvenait à mater l'homme le plus rude elle moins aimable. Nanlouillet n'était pas de ceux-là ; il avait une réputation de galanterie , et on citait vingt femmes qu'il avait subjuguées; il s'était dit que madame de Châtillon seriiit la vingt-unième.
Madame de Nemours ne dormit pas le reste de la nuit , et à sept heures du matin , elle descendit au jardin sous le prétexte d'y prendre l'air, mais plutôt pour hâter les préparatifs du départ. L'hôtelier fit mettre les chevaux au carrosse, et en quelques minutes les piqueurs se trouvèrent en selle, les valets aux por , tières. Madame de (liàtillon négligea considérablement sa toilette pour être agréable à madame de Nemours qui mourait d'impatience d'arriver a Orléans. On se remit en route, et vers deux heures de l'après-midi, la petite caravane , précédée par le garde du régiment de Nantouillet^ qui était porteur du sauf-con duil signé par son colonel , se présenta à la
nivAii'<;. loi
|)4)ii(' hiiniiH'rr (|iii s'ouvrit aussilùl [K)ur â<}ï\nrv |).is.siim' «ni i ano.sM' de la cIijcIichso et à «e» picjnriirs; lo çarrlo s'rloif2;na au tralf)p aprrs a\<>ir rrrnis à niadaïuc de (>)iàtilIoii une U-ttrt du uianpiis de Nanlouilirt.
(Vriail uuc d^'claralioii d'amfnir faite dan« un slvh' hurh'Sfjur cl pastoral loul a la toi». Nantouillrt conip-arait la duchesse à frémis. i{ lui au l)('lli(|U(Mix Mars; il se flallait en dipit de tous lt*s f ulratn du royaume de France, (ju'il par^iendrail à lui faire partager la passion (jui le dévorait. La duchesse rit comme une folle des prétentions du marquis, et comme elle recevait cha(pie jour dix lettres écrites sur le même ton. (Ile s amusa à la déchirer en petits morceaux (ju'elle lançiiil par les portières delà voiture. Ix» cocher avait parcouru au galop la rue dans lacjuelle il était entré: il tourna à droite. [)uis à gauche et s'arrêta sur une place dont les maisons étaient mieux Inities, et d'un as|X^ct plus propre et qui. suivant son
raisonnement devaient être habitées par les principaux notables (1).
Peu importait à madame de Châtillon le lieu où son valet la descendait. Elle n'avait pas l'envie de séjourner à Orléans, et son but en y entrant était de complin^enter Mademoiselle sur l'heureux succès de son entreprise, et de reprendre , aussitôt après cette entrevue , le chemin de Châtillon-sur-Loing dont elle s'était écartée pour complaire à madame de Nemours. Les deux dames mirent pied à terre
(1) C'était sur la place des Quatre Coins que le valet venait (le s'arnHer; elle jouissait d'une certaine célébrité , a cause de Tinscription suivante :
A Orléans le jour de Saint-Barthéleniy ,
Il y avait j>lus de huguenots morts (pie vifs.
Plus fie huit cents à morts y furent mis.
Le cahîul n'était pas juste et l'inscription menteuse ; on égorgea cette nuit là plus de 18()0 protestans ; la place des^ Quatre .Coins servit d'ossuaire à ces victimes d'un fana~ tismc religieux <'l de lii harhaie cruauté de Charles IX.
lUNAixs ^o^
vu {îcm;în(l;nit (|uol clail le lo^i.scjiK,* M;i(l<îTnoisrllr hiihit.nt.
— L ll(Mcl-(l(' Villrî leur n'pDîidil hr'iis- (jiM'MKtïl nii houri^M'ois en murrmji;nil ciilrc ses 'lents : — (^ osl cnrorc des Frondeuses! lu dicii! (jnelles coinnièrcs!
G; fut en co niomenl (jue !(• chevalier de la Tournelle, (jui s ennuyait de faire antichambre dans l(\s a|)[)arlemens de la princesse, se décida à descendre dans la rue . apr('»s s'être assuré que nul obstacle ne s'opposerait à ce (ju'il put rentrer: il passait sur la place des Quatre Coins, et entendant une voix féminine demander le loiris de Mademoiselle, il leva la tête, reconnut madame de Nemours . et questionna un valet pour savoir Je nom de celle qui l'accompagnait. On lui répondit que c'était la duchesse de Chàtillon, ce (pii lui arracha un bru vaut éclat dcj rire, mais comme cette rencontre n'était (jue d'un médiocre intérêt |X)ur lui, il retourna à rilotel-de-Ville et arriva bien avant le carrosse (jui n avan(,~nt
lOU LES DEUX
que difficilement au milieu des flots d'une multitude qui, depuis quelques jours semblait avoir perdu jusqu'au souvenir d'une vie active et laborieuse. On causait, s'alarmait et se réjouissait alternativement depuis le lever du soleil jusqu'à l'entrée de la nuit. Enfin, la voiture de madame de Châtillon atteignit la place de l'Hôtel-de- Ville, et elle ordonna à un piqueur de s'introduire dans les appartemens de Mademoiselle et de la prévenir qu'elle sollicitait avec empressement l'honneur d^être admis devant elle.
On lui fit attendre pendant plus d'une heure l'audience qu'elle demandait. Madame de Nemours avait envoyé ses laquais par la ville pour y recueillir les bruits qui circulaient sur les généraux qui avaient été blessés à l'aitaque du camp de Bleneau: et sur toutes choses, elle leur recommanda de lui apporter les détails les plus circonstanciés sur l'état de son mari.
Pendant ([uc les valets courent par la ville
RIVAI.tS iOS
[Knir y cbtKhcr des nouvclltt< : (\uv niadamo 4le (',li;Mill<ui allciul bon audicnrc dans jK)n carrosse. t'I (lue lochcvaliiT de la TourncHera roule au duc do Ncinoiirii (juc sa femme vient d'entrer à Orkîans on compagnie de la duchesse de Cliàlillon. nous ferons connaître le résultat qu'avait obtenu madame de Nemours en voya^^eanl tèle-à-tCle avec une femme que son mari adorait. La du( liesse de Chàtillon était d'une ((Kjuetlerie elTrenée. et on pouvait dire d'elle, sans la calomnier, que chaque gentilhomme lui devait un hommage : elle aimait à faire parade de ses charmes, et s'éprenait d'un tendre sentiment |X)ur celui que la renommée ou les caprices de la fortune jetait au premier rang. Celui-là devait porter ses chaînes jus qu au moment où un autre viendrait le rem placer. C'est ainsi que le duc de Conti. le duc de la Rochefoucauld, puis après le prince de Condé et le duc de Nemours s'étaient vus tour -à- tour les heureux favoris de cette capricieuse beauté: le caractère de cette femme.
que madame de Nemours étudia avec soin, la convainquit qu'auprès d'une coquette , aussi facile à s'enflammer, le cœur d'un homme ne courait aucun danger. Sa jalousie ne trouvant pas une rivale redoutable, se dissipa promptement , et elle bénit la rencontre faite par hasard aux portes d'Etampes.
Tout-à-coup un grand mouvement se fît à la porte de l'Hôtel-de-Ville ; un homme en sortit, et à sa vue, quelques meneurs payés pour populariser dans toutes les villes du royaume les chefs de la turbulente Fronde, firent retentir les airs du cri : Vive le duc de Nemours ! et quelques instans avant , les mêmes hommes avaient murmuré tout bas, en le voyant carracoler auprès du carrosse de Mademoiselle : — Beau duc! ma foi! qui pille les paysans et lève des contributions pour nourrir ses soldats! Foin d'un semblable seigneur! — Il faut dire, pour expliquer ce changement d'opinion et de senlimens, que plusieurs IVÎazarinisles parcouraient les groupes^
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VU (l(|)l()ranl jiiiirrcmonl les mallicurs aux- «jucls les paysans (U^ environs «taiViit m proie, <M (jua i'approditcJu corfci^c de iMafk-moisclUils avairnl pris In fiiifc et avairnt de remplaces par les ai^ens des Frondeurs fjui < hanlaienl les louanges des gens qui les payaient.
Nemours trayersa les groupes en saluant et 8 apprcK'ha inacliinalement du carrosse où ses yeux dislinguèrent bientôt sa femme assise auprès de la duchesse de Chàtillon!
— Le drôle avait raison, murmura-t-il tout bas en fronçant le sourcil : par dieu ! ceci est étrange! est-ce un complot féminin qn'on vient mettre ici h exécution, et IMademoiselIe serait-elle instruite? Non. le désir de revoir son frère. le duc de Beaufort. que je donne volontiers en garde à Satan! Je saurai la vérité, madame la duchesse î
Et sans songer à la Tournelle. qui l'attendait à l'autre extrémité delà place, il s'avançii avei: vivacité de la j)()rlière à lacjuelle
madame de Nemours était placée. Celle-ci exprima pai' un cri de joie le plaisir qu'elle éprouvait de voir son époux dans un état de santé florissant. IVIadame de Chàtillon fît un accueil froid et glacé à celui auquel elle s'était prodiguée bien des fois. Nemours n'y prêta qu'une médiocre attention ; ce qu'il voulait savoir, c'était le motif qui avait pu décider la duchesse à quitter la retraite qu'il lui avait choisi aux environs de Montrouge, et comme il se souciait fort de ne point s'expliquer en présence de madame de Chàtillon, il la salua du geste, offrit la main à sa femme pour des- 'cendre de carrosse et l'introduisit dans la maison de ville. Madame de Nemours était si troublée qu elle ne songea pas à remercier sa gracieuse compagne de voyage qui s'élait jetée au fond du carrosse en murmurant avec dépit : — Que ce peuple d'Orléans sent mauvais! — La délicate duchesse avait l'odorat altaqué par les exhahiisons qui s'échappaient des groupes ([ui enlouraient son carrosse. Les
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lna\('s :;(*ns «"tnimt t.innciirs. tciiifuriri.s mi |H>iss(>niii<T.s. (t I ii;\( un |>orl;iit :i\(<' Ini utif* |)n'n\(' scnsilivc du métier (|u il rxcTrait. M. ie in;i'linnr «le Nrmonis ii<' rcsltTCîU (jur pfMi (liiNLiiis ^'iisriuhlr. I.a (lij( lusse [);irla ax'c tniitr la (VaDchisf ((iii <listiii^iiait sou luau caraclrrc. cl la [)nMiV(* de tciidn'ssc (ju'cllr dmi nail à son mari, tu se rendant à Orléans, au milieu des dangers tju'onrait uni; roule (ju cheminaient sans cesse des i^ens de fjuerr(\ til naître dans le cœur de son époux des remords qui n'eurent |)as cependant assez de pouvoir pour rempèclier d'exécuter ce qu il avait résolu ; il embrassa sa femme tendrement et la supplia de retourner à Paris où lui-même devait se rendre le lendemain avec le prince de Condé. 11 lui fit préparer un carrosse, commanda une escorte, et le soir mèm%madame de Nemours quitta Orléans.
Quant a madame de OiàtHlon . Mademoiselle lui envoya le comte de Pradines pour lui exprimer le regret qu'elle éprouvait de no
pouvoir la recevoir. La duchesse n'insista pas pour être admise, en présence de Taitesse royale, et prit aussitôt la route de son château.
oi'tTa^ Mxx^^tll
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Jporis fu f'tnl ^f î3ip(|e
MiMlrmoiscllc s enniiyail à OrléaiH ou ruMi (le hrilhmt ne lui restait à fairo. après lo départ (in prince de Confié f|ui s vu retournait à Paris emmenant a\ec lui les principaux chefs de rarm<'e Fr(Mi(len^e cl parmi ceux-ci les
T. Il
lU PARIS
ducs de Beaufort et de Nemours, qui paraissaient entièrement réconciliés, quoiqu'ils n'attendissent qu'une occasion pour faire éclater leur commune haine, La princesse quitta Orléans, mais auparavant elle fit demander au maréchal de Turenne un passe-port afin de n'être point inquiétée pendant la durée de son voyage. Celui-ci s'empressa de lui répondre que non-seulement il le lui enverrait . mais encore qu'il mettrait son armée en bataille sur la route qu'elle allait parcourir. Les officiers de M. le prince eurent connaissance de l'excessive galanterie du général royaliste, et malgré les observations du comte deTavanne qui commandait l'armée cantonnée sous les murs d'Elampes. les jeunes gentilshommes résolurent de rendre les mêmes honneurs à la princesse. L'ordre fut donné à tous les régimens de quitter les cantonnemens qu'ils occupaient aux environs d'Etampes et de venir se ranger en ligne sur la grand'roule. L'escorle de Mademoiselle qui avail quitté Orléans la veille
EN i'VKT I)F SU f.I t\ô
iu' Itirdii |);i^ 1 -• |ir('sriii<i . \\w salvi* d'arlil- \vviv {[iïv noinbmisri, ik'tliur^r^ (irin(»u>(jiif t<Tir nnnonnTcnt In pnss.'iL'c* (h* MadcmoisrIIc (jui voulut (Ir^iriidrr dr M)!! c^irroîvs*' ollrii vers(T les r.iii^'s de rariiuî^', moiiUM.' sur un <hrval ricluînicnl îiariiachr. \ ses cùU's se lenaicntniesdanu\s(l('Fr()iilenuc;ctdcFic2»(|ue( 1): puis à (juelqu(*s pas. xeiiait \v c orufr dr Pradino; et l'aul Lel)Iaii(\ ({ui rcmplissiiit en l'absence de Préfonlaine. le secrétaire ordinaire de IMademoiselie. les fonctions laissi^^?s vacantes par celui-ci. (|ui était retenu dans les murs d'Orléans par une maladie assez grave. Lin han(|uet avait été préparé par les soins des gentilshommes (jui exerçaient dans l'armée de M. le prince un commandement su|HTieur Mais l'ivresse de cette fêle militaire fui dt courte durée: a peine Mademoiselle était-elle partie, cpie le maréchal de Turenne. (pi on
(I) (Jiif (ia.>l()ii iiniiiiiiail plai.s.uimuiil : <!.«••» romlr^'»»'^ marerlialrs <lr ramp dans l'annoe «h» ma fill»' roiiln* !»• ilazarii)
IIG PARIS
croyait occupé à préparer ia réception qu'il voulait faire à la princesse, parut à la tête de l'élite de son armée, et chargea avec impétuosité les régimens dispersés dans la plaine. Ceux-ci ne tardèrent pas à se former en bataille, et à soutenir avec intrépidité ce choc imprévu. Les officiers qui avaient eu l'imprudence d'accompagner la princesse en dehors des lignes revinrent à la hâte et parvinrent à rallier leurs soldats et à regagner les faubourgs d'Étampes, où le maréchal de Turenne n'osa les poursuivre. Comme il n'avait ni munitions de guerre, ni canons, il se retira; mais quelques jours après, il revint avec son armée y mettre le siège.
Mademoiselle entra dans Paris, et fut reçue avec de grandes acclamations de joie. Depuis Montrouge jusqu'au palais du Luxembourg, où elle descendit, les rues étaient encombrées par les (lois d'une multitude avide de conlemï)ler les traits de celle ([u'oiî saluait par les cris de Vive la Nouvelle Jeanne-d'Arc!
IN KIAT I>F. .SIH;F.. M7
Tiii^inii II* iii |),iN iiM ,i(4u<'ii .1 s,i lil le aussi UImikI (|n rllr «•l.nt m droit (l'alIcTifln* npré» If* MTMrc ((II « llr vcn;iit de lui iriidrc !>• prince (le Oondr sr inoiïlrapliisrrroriiiaissimt . cf ses (^Ic)^('s firrnf niscincil ouhlicT :» lapriiici'6»sc' sa runduilc prcccdciilc a ioii égard. l-<cs courtisans furent grûrinix avec IMadcmoisrlIr». <i les fèt( s (pii enreui lieu à IrM-casion de son H'tour a(lie\erent de lui lourner la tt^le. Elle se (rut dès-lors appelée à jouer un ^raiid rôle dîuis les evéneniens qui se préparaient .
Sur ces entrefaites. ('Jiai'les IV. duc de Lorraine, (jiii se trouvait tropàlélroil clans Nancy, et qui par anibition ofTraii au phis fjllrant et dernier enchérisseur le secours de son hra.^ et l'appui de son armée, se diri^^ea sur Pari^: la (OUI- le>;j\ai( libre de tout eni;a<j;einent. et luiniènie ne s Vn cacliail pas. et disait hautement ipi il était à vendre: Amie d'Autrichelefit marchander: mais le ()i i\ qu'on lui oiVrait ne h]i cniuenanl pas. el le (lue d'C )i leans ([iiietailson beau-frère, lui ayant promis de grosses >onune^
d'argent s'il voulait se joindre aux Frondeurs: il traversa la Champagne, reçut à Melun. un envoyé du cardinal Mazarin qu'on avait chargé de lui offrir des présens considérables qu'il accepta, et n'en continua pas moins sa marche sur Paris, où il arriva après avoir ravagé tout le pays qu'il venait de parcourir. Anne d'Autriche fut cruellement désabusée en apprenant que le duc de Lorraine faisait cause commune avec les ennemis du cardinal.
Ce prince qui se vantait d'avoir quelque ressemblance avec ces marchandises précieuses que chacun recherche par vanité, laissa de lui l'idée la plus singulière.
On avait formé le projet d'aller secourir Etampes, que le maréchal de Turennc tenait toujours étroitement bloqué, et dans les conférences qui se tenaient pour savoir de quelle manière on mettrait à exécution celle grande entreprise, le duc de Lorrainemonlrait le plus grand empressement à marcher au secours des assiettes. D'alxud, il ne Irouvail iuicune <lif(i-
LN I.TA I hl Ml (;t:. lit
tiilti'; iiiiiis (|ii.iii(i il (lit (|Nrsii(in fie nw'llro les fronpcs <ti moiivciiirîil et dVnJn.T ciicampH^nr il iif nililrc «les ohstaclos. l'aiilof SOS s<^)I(1;ïIs claicnt harasses par «le loiiirucs Miiiri li(\s : son arlilItTie ne se frouvait pas (;n • lai. ou la poudre manquait. Il paraissiiil désespère fie cw contre -temps, el enlrail en fureur forsrpie le priue<' de Condé lui peignait la détresse de l'armée enfermée dans Ktam|K's Le Lorrain avait un huî (|u il nînonail pas. et tous ces embarras, <pi il stiscitail lui-même, devaient lui donner le temps de loucher les subsides qui lui avaient été promis, mais qu'où ne s empressait pas de lui solder.
1^ cardinal de Heîz voulut en tirer une décision, et il essaya de le faire parler. Mais le Lorrain lui re[)Oîi(lit avec un grand sangfroid — Avec les prêtres . M lecardinal.il faut prier Dieu, el s'entretenir de sa miséricorde : faites-moi donner un cha|)elet. «l nous allons tous deux réciter nos prieras.
!Mademoi>elle s ap[)rochade lui. mai> le due
s'écria . — Si son altesse veut danser une sara* bande, cela lui conviendra mieux que de parler d'affaires. — Et le Lorrain s'empara d'une guitare et se mit à en tirer des sons discordans qui provoquèrent de nombreux éclats de rire.
Jamais homme ne montra plus de bouffonnerie et de déraison que le duc de Lorraine n'en faisait paraître. Pendant le> bal qui suivit sa réception au Luxembourg, il fît mille extravagances; si on lui adressait la parole, il répondait en ricanant: Mademoiselle l'ayant fait inviter par le comte de Pradines pour danser un menuet, le Lorrain, pour lui en témoigner sa satisfaction, vint se jeter à ses pieds, lui baisa les mains, et s'extasia sur ses charmes dans un style si burlesque que ceux qui l'entendirent ne doutérenl pas un seul inslant que le duc n'eut [)erdu I es[)ril.
On connul bicnlùt le motif de ces étranges sin^ulaiilés. Le Lorrain ne voyant pas arriver ilans ses collres l'argenl des Frondeurs, con-
KN ITAT I)K SU r.l IL'I
(lui un arran|4cm(Mil sctn'l av<'( la inui (|ui lui faisait olliir Innir inilic écus a la (oiidilion <|ii il s (Il K-lourncM'ait < ii Lorraine. I.r «Inc proinil d ahandoniici' la canscdcs princes, pourvu (|u (jn le\àl le siéj^c d Ktampes. (x* (jui lui aeeordé. niali^ré le cardinal Mazariu. qui ne partagea |)as en ( elle occasion l'avis émis par le maréchal de Furenne, (jui [niv la se voyait deharrassi'' d'un siège dont les suites lui causaient de sérieuses iiujuiéludes. Il s'empressa dexéculer lidèlement le traité et retira toutes ses troupes du cam{) d Ktampes. INIais le duc de Lorraine en efTecluanl sa retraite, méditait une perfidie à lacjuelle l'armée du prince de Condé. désormais libre, devait concourir. Il s'arrêta il Villeneuve-Saint-Georii^es. où il avait fait établir sur la Seine un pont de baleaux par où il comptait recevoir les troupes qui sortiraient (T Ktampes. et poursuivre l'armée royale. Le maréchal de Turiime devina son |)rojel. e( sans consulte!" le caidinal Mazarin. qui se laissait amiiser par de fausses promesses, il arriNa
à marche forcée surVilleneuve-Sainl-Georges, et il déboucha dans la plaine à l'aube du jour. Le duc de Lorraine ne s attendait pas à celte apparition: sommé par Turenne de détruire son pont de bateaux et de regagner Nancy, il hésite, demande du temps, et essaye de se mettre sur la défensive ; mais Turenne ne lui en laisseras le loisir: il lui enjoint de quitter son camp et de livrer son pont de bateaux. Le Lorrain ne voulant pas compromettre son armée, qui était tout son bien , accepta toutes les conditions qui lui étaient imposées, et décampa en toute hâte, et Condé qui accourait à la tète de sa cavalerie pour lui porter du secours, arriva au bord de la rivière au moment où son allié fuyait honteusement devant l'armée royale.
De nouveaux troubles éclatèrent dans Paris. La disette commençait h se faire sentir: le peuple murmurait, cl injuste dans sa colère, il s'en [)ril au parlement: plusieurs conseillers se virent insultés en sortant des audiences: ils (i-
IN II \ I 1)1 siij.r. \2:\
rriii iM'sislaiK «*. on \v> fra[)f»a ; 1rs lHMir^(?ois Ninrnil au secours t\vs ma-^islrals <! chari^èiciil la populace (iiii <'ii se reliraiil lit pleuvoir une iircMe de piern's sur leurs a^'i^resseurs. (les Moh'nces incjuiélèrenl et firent redou 1er (les troubles plus sérieux. La su[)(Tstilion aillant, on attribua à la colère réleste, les évéueniens (jui ( hacpje Jour (lesr)laient Paris, et on ri^olul (le I apaiser en faisant une |)rocc8sion. La châsse de Sainte-Geneviève fut [)n)menée par toute la ville, et un nombreux cortège de lidèles l'accompagnait. Pendant que le duc d'Orléans, Mademoiselle, le prince de Condé et le cardinal de Retz donnaient publiquement des mar(jues d'une dévotion qui leur valaient les applaudissemens de la multitude, et (ju'on demandait publifjuemenl l'assistance de Dieu, la (liambre des enquêtes délibérait sur la manière d'obtenir les cinquante ïuille écus promis à celui (jui apporterait la tète du cardinal Mazarin . ce (jui lit dire à un des conseill(Ts : — Nous sommes aujourd'hui
i'2u Paris
en dévotion de fi te double : nous faisons une procession, et travaillons à ordonner l'assassinai d'un cardinal.
La procession fut brillante. Les chefs de la Fronde y montrèrent beaucoup de recueillement : de nombreuses largesses provoquèrent parmi la populace de grands cris d'allégresse : mais le lendemain, la ville avait repris son aspect morne ; les habits de fête étaient remplacés par l'équipement militaire, et des rassemblemens armés parcouraient les rues en faisant retentir les airs d'épouvantables clameurs. C'était toujours à bas le Mazarinî vivent le roi et les princes ! La bourgeoisie fermait solidement ses boutiques et ne mettait pas le nez dehors . malgré les énergiques représentations du prévôt (les marchands qui désapprouvait hautement les mesures prises en ces circonstances par Gaston , qui en sa qualité de lieutenant -général du royaume . devait veiller à la sûreté de la capitale en l'absence du roi dont il était le représentant naturel.
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l)<x cinhiUTiis siiii> rrssr i'(>n:iis«t;ms «'faicnl siisrili's piir Icn rnnss;iiiTs (lu ( iiF(lm;il M;i/,ariri . (|iii .iN.iicnl de iioinhicux parlisans dans Taris. «1 les calomnies les plus airoces ('faient n|)an(lii('s sur le coni[)l(' du [)riiire de Condé, afin de lui cnlcMT rcsiimc dos chefs de la honri^eoisie. des édievins el des (juarliiiicTs; >i bieii (jue la ciipilale. (juoicjiKîcn apparence tlévoïKM' aux Frondeurs, allendail avec impatience le moment (jui verrait la cour aux portes de Paris.
Gaston . fort de commander en maître , se souciait peu de ne pas l'être entièrement; il régnait au Luxembourg . et ce qui se passait à 1 Hôtel -de- Ville semblait ne l'intéresser que médiocrement. Les assemblées des échevins loin d'exciter son courroux . ne faisaient que provoquer de joyeuses saillies. ^Mademoiselle ne partageait pas la sécurité dans laquelle son père vivait. Les diniciillcs (jni étaient 0|)posi^ à toutes les demandes dû prince de Condé, lui tirent ouvrir les veux: elle demanda au
prévôt des marchands la permission d'introduire l'armée des princes dans Paris; mais celui-ci la refusa , alléguant l'impossibilité où il se trouvait de faire consentir les bourgeois, qui gardaient les portes , à une semblable admission. Mademoiselle ne fut pas la dupe des motifs allégués par le prévôt des marchands , et avec le secours de M. de Beaufort , que son surnom du roi des Halles rendait encore populaire , elle résolut de contraindre la bourgeoisie à recevoir dans ses murs l'armée frondeuse.
Condé avait quitté la capitale pour aller se loger à Saint-Cloud. Son armée, quoique affaiblie par la retraite du duc de Lorraine , se croyait dans une position trop avantageuse pour que le maréchal de Turenne, qui était campé dans la plaine de Saint-Denis, put venir l'attaquer. Condé, maître du pont de Saint- Cloud, qu'il pouvait traverser et détruire ensuite afin de couvrir sa retraite dans le bois de Boulogne, se flattait toujours de mellre la rivière entre Turenne et lui Mais ses mesures
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furriU «It*(on("('rl('r> |).ir i arrivée imprévue <Ju inarédial 'le la rrrlc (|iii après avoir hattii le» Lhpagiiuls Mir 1(> Irontières de la (^hampa^^ne, sériait mis en marche |K)ur venir renforcer Tarnice (lu roi. Désormais, le prince de (>)n(lé allait se trouver entre deux feux : car Turenne pouvait se présenter devant le pont de Saint- (iloud. tandis fpjr la Ferté ferait diversion en v(Miant 1 atlacjuer dans s')n camp. Il résolut d'éviter un cni,Mi;("ment (jui amènerait à sa suite une défaite honteuse, et il se décida à gagner Conflans où il espérait se retrancher dans le camp que les Lorrains avaient occupé. L'ordre fut donné aux soldats dètre prêts à mar cher au |)remier signal. Condé assembla ses oflîciers . et on tint conseil pour savoir le chemin qu'on prendrait pour gagner (x>nflans.
Les uns étaient d avis de traverser la plaine de Grenelle, en longeant le long des faubourgs Saint-Germain . Saint Jacques . Sainl->larceau et Saint- Victor, et de passer la Seine à l'endroit où est situé maintenant le j)onl d'Aus-
lerlilz : mais pour cela . il fallait faire remonter la rivière à un pont de bateaux établi à Saint- Cloud . et il était à craindre que les bourgeois ne voulussent point y consentir. La longueur du chemin proposé fit rejeter cet itinéraire ; Condé se décida à prendre la route la plus dangereuse: c'est-à-dire le bois de Boulogne, puis de longer les faubourgs Saint-Honoré . Montmartre . Saint -Denis et Saint-Antoine : il espérait en marchant toute la nuit arriver à Charenton avant que l'armée royale, campée autour de Saint-Denis , eut été avertie de ce mouvement.
A dix heures du soir, le \^^ juillet , son armée passe le [X)nt de Saint Cloud . et malgré l'obscurité de la nuit . et l'embarras causé par les bagages qui obstruaient la route, il arrive avant minuit sonné avec son avant- garde à la haulcur du faubourg Saint-Antoine: mais le maréchal drTurenne, instruit par ses espions, vint fondrcî à la léle de sa cavalerie sur l'arriére-garde (|ni clail encore dans les marais du
EN } V\\ 1)1 sll (,( li'li
fanhoiiFi; Siiinl Denis. {U\ roriih.il mruriricr bciii,Mu(';r. le |)rina' ciivova \v. ducdcrscmours pnni (l(^,i t I- s(s soldais colni-ri partit avec deux (rnl> gardes dr la maison du prince, cl 0|X'ra une heureuse diversion : mais emporté par la (outruede son caractère, il voulut poursuivre Turc^mie cpii se retirait en lK)n ordre vers le village de La Chapelle: heureusement (ju'un ordre du prince Toblif^ea de renoncer à ce projet cpii eut pu lui devenir funeste.
Condé rallia son armée derrière les retrancliemens abandonnés par les Lorrains. et fil ses dispositions pour recevoir vigoureusement le maréchal de Turenne qui s'avançait pour lui livrer bataille.
iîTll^fnu^i9fll^ a la 6a3fi((f.
Ixi général royaliste ne voulul [>oint vorscr inutilement le sanc^ de ses soldats . et il attendit l'^be du jour pour attaquer les retranchemens du [)rince de (^ondé. Celui-ci avait laissé le commandement au duc de Nemours. o\ était
venu au Luxembourg pour s'y concerter avec Gaston, qui depuis la veille laissait paraître Tintenlion où il élait d'entrer en accomodement avec Anne d'Autriche. La démarche du prince avait pour but de décider les bourgeois à recevoir ses blessés dans Paris ; ceux-ci ne voulurent pas s'engager en aucune manière, et ne refusèrent ni n'accordèrent la demande qui leur élait adressée. Pendant la conférence de Condé avec Gaston et Mademoiselle . le duc de Beaufort parcourait les rues de Paris , et s'arrêtait sur les places publiques et dans les carrefours pour haranguer la populace ; mais l'ancienne idole n'excitait plus par sa présence des transports d'allégresse , et c'était vainenement que le roi des Halles prenait des attiîudcs (le matamore et t^riait d'une voix retentissante :
— Parisiens! laisserez-vous écraser sous les murs de cette ville une armée de braves g«ns (jui ont jure; de ne faire la paix avec la cour (|ue lorsque iMa/arin aura <juillé la France?
\ I \ i; \si II 1 I l.'J.'î
S(m;^M*7 y. I*;irisiciis . «I.itis (jiiclinjrs liciins k'i> rovali.slcs se pitscnlcroiii .j \(>s porlcs <• vous somnioronl (h^ les ouvrir. One fcn*/ ^ <> n /
Les lioiiimos du p<'ii|)k* se coîitcnlairnl fJ<' l)aUrr (k's mains, niais ne s armaient pas pour volrrà la (k'Tcnsrdn prinrcdc (>)n(l('' cpii vrnnit i\v (piiltcr Ir Lii\( inhoijri;. en se repenlaiU amèrement d avoir cru aux promesses du duc dOrlèans. (|ui en celle oceasion fil preuve de relie versalile lionleusequi ternit toutes les beUes actions de sa vie. II arriva au faubouri,^ Saint - Antoine, et aussitôt après Tattaque commença
Le duc de Beaufort courut ainsi de quarlier en quarlier dans 1 espoir d'y exciter des sf)ulèvemens, mais sans pouvoir y parvenir.
Il n'était encore que six heures du matin, et le fauhouri^ Saint-Antoine présentait déjà a l'œil épouvanlé le spectacle d'un champ de carna^^e et de désohition Les soldats de Condé se retranchaient dans les maisons : ils perçaient les murailles el .se ser> aient lies brèches
grossières qu'ils y pratiquaient pour tirer à couvert sur les bataillons royalistes qui recevaient à chaque instant de nouveaux renforts, Turenne et Condé déployèrent dans un petit espace tout ce que la stratégie militaire put leur fournir de ruses ingénieuses et de savantes attaques. Les deux généraux firent des prodiges de valeur, et le courage des soldats les servit admirablement.
Mais l'armée frondeuse s'épuisait en de vains efforts ; chaque combattant qui tombait n'était point remplacé : et c'était avec beaucoup de peine qu'on parvenait à enlever les blessés et à les transporter dans Paris, où les bourgeois , qui gardaient la porte Saint- Antoine , ne voulurent pas d'abord les laisser pénétrer; mais l'indignation du peuple, qui était accouru sur les rem[)arls, les y contraignit, et la vue de ces malheureux mutilés, couverts de sang et de poussière , que leurs domestiques rap- [x>rtaient en versant des humes , et c(ui , en traversant les rues (|ui avoisinenl la Kaslille .
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se })Iai:;n;nciU i\v hiissrr l( prince de (londé à la merci des ennemis (|ui allairnl firïir f)nr détruire riiliiremeiil 1 elile delà iioblettse Crançais<'. à relie vue. fjni produisit j^liis deffcl (\\n', loiiles les loiii^iieuses harani^iies du duc de Beaulbrl. les ouvriers commencèrent à s'at- Irouper: (juel(|ues peletons (i'arlisans s armèrent et se dirigèrent vers le Luxembourg en criant : — Un clief ! un clief!
Gaston ne savait plus quel parti |)rendre. Le peuple le pressait de marcher au secours du prince de Condé : Mademoiselle se joignit à la députation qui lui fut envoyée pour connaître ses intentions , et elle sollicita vivement son père d'aller protéger la retraite de son cousin; mais celui-ci, qui avait sa leçon tracée à l'avance par le cardinal de Retz, se refusait obstinément à toutes les instances qui lui étaient faites; et sans les menaces des ouvriers des ports et des artisans qui entouraient le Luxemlx)urg en demandant impérieusement qu'on ouvrit la |)orte Saint-Antoine à l'armée du
io6 MADEMOISELLE
prince de Condé , Gaston n'eut pas consenti à donner l'ordre que Mademoiselle le suppliait de signer. Enfin elle le lui arracha violemment et descendit à la hâte pour aller à 1 Hôtel-de- ViUe.
A sa vue, le peuple se précipita vers sa voilure; on l'entoure, on la presse de toutes parts: chacun était impatient de connaître le résultat de la demande adressée à Gaston.
— A THôtel-de-Ville ! s'écrie-t-elle en agitant au-dessus de sa tête le parchemin revêtu du sceau de Gaston ; nous le sauverons , mes amis !
Le cocher fouette les chevaux; plus de dix mille personnes personnes suivent le carrosse en courant. On arrive sur la place de Grève qui était gardée par la bourgeoisie en armes. On réclame hautement le passage; une sentinelle placée au coin du quai de Grève veut s'y opposer, et f^iit feu sur la multitude: on se précipite sur elle, et sans l'intervention d(^ INhulemoiselle, elle était massacrée; on se contente
\ I \ i; \s I II. II,. 137
«IcIarcIniirpri.soiiinrn'drmKTrr. Pendant (|uc ceci se |)assail.la princesse cnlrail a I llolôl de Ville: 1(« |)revnt dos inarehands présidait les iThovins (jui délibéraient sur les mesures a prendre au cas où l'arnK'e du inan'chal de Turi'iine entrerail dans Paris. Madenu)iselle se présenie devant le conseil , et demande (juon ratifie le consentement accorde par Gaston |Kjur laisser pénétrer les troupes du prince d(» Condé dans la \'\\U\ Le |)rév6t des marchands lui objecte qu'il a entre ses mains une défense écrite de la main de Louis XIV qui enjoignait expressément à la garde bourgeoise de tenir la porte Saint Antoine exactement fermée.
— Je ne vous demande pas . monsieur. lui dit la princesse, si le roi permet ou défend de secourir l'armée de i\L le prince . mais si vous voulez accorder le consentement (|ui nous est nécessaire pour contraindre les bourgeois. (|ui veillent à la porte Saint -Antoine, à nous rt mettre les clés de ( ctte porte
— En présence des ordres du roi , je ne puis rien accorder à votre altesse.
— Songez, monsieur, que la démarche que je fais en ce moment est pour vous épargner la honte d'avoir laissé massacrer sous les murs de Paris de braves guerriers dont le courage pourra être utile à la patrie ; si vous me refusez la sanction de l'ordre que je liens duc d'Orléans, avec le concours du peuple qui assiège cette place, je vole à la porte Saint- Antoine, et de gré ou de force , je saurai bien obliger la garde bourgeoise à m'obéir.
Il semblait que le peuple eut deviné la résis- , tance que faisait le prévôt des marchands, car en ce moment il força le poste qui veillait à la sûreté des échevins et se répandit dans les cours de l'Hôtel -de- Ville en proférant d'effroyables imprécations qui firent plus d'effet sur l 'esprit du conseil que toutes les représentations de Mademoiselle. Le consentement fut aussitôt accordé.
Munie de ces pouvoirs, elle remonta dans son carrosse et prit Ici heniin de la [)orte Saint-
A l,.\ li \SI II.I h. 1.VJ
Xnloiiir: en arrivant (H<' lit avertir le prince de (>)n(lr. Tn rnaitro (1rs comptes, uomnn' Delacroix.vint oKVirà la princcssesa maison; cV'Iail la plus proche de la Bastille, et les croisées ouvraient sur la rue. Elle acce|)la ; et comme so|i premier mes.sager ne revenait pas , elle dep<>clia un page à M. le prince. (>elui-ci opposait une résistance désespérée aux eftbrts faits par Turenne |)()ur pénétrer dans les retranchenicns élevés à la lifile et vaillamment défendus par l'armée frondeuse. En recevant le message de Mademoiselle . il sentit «renaitre quelque es|X)ir dans son cœur, et voulant proiiler d'un moment où Turenne faisait retirer ses troupes, il laissa le commandement au duc de Nemours et rentra dans Paris pour s'aboucher avec Mademoiselle. Pendant qu'il s'y rendait afin de tourner la position occupée par lesFrondeurs, le maréchal de la Ferté qui venait de rejoindre Turenne avec les quatre mille hommes placés sous ses orilres. lui proposa de partaj^er ses soldîils en deux corps, dont I un ua^nerait
Conflans et l'autre Popincourt . et d'envelopper ainsi tout le faubourg Saint-Antoine afin d'attaquer généralement le prince de Condé.
Le mouvement s'opéra lentement . grâce aux attaques dirigées par le duQ de Nemours, et l'entrevue du prince avec Mademoiselle ne fut point troublée. En entrant dans la maison où elle l'attendait, il se jeta sur un siège en sanglotant, et pendant quelques instans il ne put parler. Il était couvert de poussière ; ses cheveux étaient mêlés . son collet et sa chemise étaient lâchés de «ang; sa cuirasse était pleine de coups : il avait perdu le fourreau de son épée qu'il tenait à la main, et qu'il remit à son écuyer.
— Pardonnez, lui dit-il d'une voix émue: pardonnez la douleur que je ressens: vous voyez un homme au désespoir. J'ai perdu tous mes amis.
— l\assurez-vous,. mon cousin, lui réplicjua Mademoiselle en essayant d'adoucir la pro fonde afllichoii dans laquelle il élail . xosi^mis
A l.A li.YMIi.l.I.. \'\\
ne sont ((ur hkiiscâ, et |m-u (lan^'crcuscint'iit «iiconv .1 -.u «loMiu* (1<N ordrrs pour (|ii ils MJicnt lr.iU('> »i\i'c [uus Ich i'^aici> du> au mal hrîiv.
(kiniic la rcmcTcia de toutes ses l)ontés , et la pria <le Jes lui coulinuer en veillant au soulagement (les blessés ([u'on ramenait du champ de bataille, et dont une grande partie, apfxirtenanl an régiment étranger, connu sous j^» nom de Keilres, ignoraitja langue du pays, et se traînait dans les rues en implorant, dans un idiome (jue les gens du peuple ne pouvaient comprendre, la pitié et quelques adoucissemens à leurs souffrances. Condé allait se retirer avec l'assurance que la jjorte Saint- Antoine ne lui serait pas fermée au moment de la retraite : lorsque Mademoiselle, prévoyant les dangers auxquels il voulait ^'exposer pour rentrer en lx)n ordre dans Paris, essaya de le retenir: elle employa les prières, mais elles turent vaines. M. le prince la conjura de ne point s'c^arter de la maison dans laquelle elle
le recevait, afin qu'on put savoir où Ja trouver dans le cas où on aurait besoin de son secours. En revanche , il lui promit qu'il éviterait tout engagement sérieux , et qu'il ne ferait qu'escarmoucher jusqu'à la nuit , et qu'ainsi il était certain de ramener ses troupes saines et sauves. On convint que les bagages entreraient dans la ville et seraient dirigés vers la place Royale. Mademoiselle renouvela ses instances , mais le prince s'échappa de ses mains en lui disant qu'il ne rentrerait qu'à la dernière extrémité.
— Il ne sera pas dit , ajouta- t-il , que j'aie fui en plein jour devant les troupes de Mazarin. Mon devoir m'ordonne de point abandonner mes partisans dans une pareille occasion; je périrai s'il le faut , ou je vaincrai avec eux.
En disant ceci il sortit précipitamment de la chambre, et retourna dans le faubourg Saint- Antoine pour préparer la retraite qu'il méditait.
Après que Condé eut quitté Mademoiselle, celle-ci descendit dans la rue Saint- Antoine
\ LA IIASMl.I.i:. l/i.'J
aiii) «lenroiiragor Us honri^oois à .s<'<ourir le<? I>l<*ss('s. A «|ii(l(ni<'s pas (le la maison, elle rencontra (iiiitatit : il ctail à rhcval . saris ( ha|)('aii et loul (l('lK)ul()nn(' ; un liommc le sriulcnail par (i(»rrim\ car sans cela il eut infaililhlement IoiiiIh': il était |Kile comme un mort. Son al- Icsâc s approcha en lui criant avec l)onlé : — Mourras- tu?
(luitaul (il si^^ne de la télé que non: et A raisemblablement le pauvre homme s'aijusail , car il avait reçu deuv balles dans le corps: Mademoiselle indiqua du doigt une maison dans laquelle on s'empressa à le recevoir. En se retournant , elle se trouva en face du maréchal Valon que ses domestiques portaient dans sa chaise. 11 vil la princesse et lui dit en poussant un profond soupir — Hé bien! ma bonne maîtresse, nous sommes tous perdus
— Erreur, mon cher maréchal . nos affaires vont aussi bien que le permettent les circonstances.
— Vous me rendez la vie . reprit le mare-
chai; puissiez-vous nous protéger jusqu'à la fin.
Mademoiselle l'engagea à se faire panser promptement, car la chaleur était forte; et comme Valon était d'un embonpoint excessif, il aurait pu en résulter quelque accident fâcheux. A chaque pas que la princesse faisait dans la rue Saint- Antoine , elle rencontrait de nouveaux blessés; les uns l'étaient à la tête, les autres au corps, aux bras ou aux jambes; c'était un spectacle pitoyable que la vue de ces malheureux qu'on ramenait couchés sur des chevaux , des planches et des échelles ; quelques-uns étaient étendus sur des civières.
Lorsqu'elle arriva près de la porte, elle remit au marquis de Flamarin . qui la suivait en qualité d'écuyer . Tordre qui enjoignait au capitaine de la garde bourgc^oise de laisser aller et venir tous ceux (|ui porteraient l'écharpe isabelle(l). La per-
(1) C'était lit roiilrnr des paiiisaii-^ du iiriiicc de Condo
A LA B\Sril.îI. l/ii
mission ncmniôr pjir l<' (^)rl^^ll dr |;) \i||»* ordonnait de fain' foui ce (in* Madrmoisrlk' in;;rr:nl «Mro (V)nvenal)I(' |>()iir. les int('n'*ls dr I arnuM* frondrnsr.
An nionicnl on «Ile s'rn iciour-nint i>onr en li*or à la Baslill<^. pinsirurs donicsiicjnrs pas sèn'iU à SOS côU's an poussant i\v lamentahhs saiii^lols: Madcnioist'llc ((ni avait d'alx)rd senti son cœur ballic avec violence en apercevanl les blessés, s'était p<*u à peu habituée à ce spectacle de désolation : elle ne détourna pas les yeux et vit le marquis de Kochegaillard qui avait eu la tète fracassée ; il était couché sur une échelle, ses jambes et ses bras étaient pendans. comme s'il eut rendu le dernier soupir ce qui ne pouvait tarder à arriver. « (Vêtait un « homme beau et bien fait . et en l'état où il «( etai^ il ne laissait pas d'avoir encore lK)nne « mine (1). »
M. de Ijouviers. qui commandait à la Bastille, fit baisser le pont-levis à l'approehc de
I; Helatton $ur If lotnbat df Ui porte Saint Antotnc.
l/i6 MADEiVIOISELLb:
Mademoiselle, et elle pénétra dans cette forteresse qui, à cette époque, passait pour être imprenable. Elle examina avec le plus grand intérêt, et en adressant de fréquentes questions, les parties les plus forqfiidables de ce château royal , puis elle se fit conduire sur l'une des tours qui regardait Vincennes afin de juger par elle-même de la position occupée par l'armée du roi. M. de Louviers lui donna une lunette d'approche avec laquelle elle put distinguer )usques sur les hauteurs deCharonne. Beaucoup de monde s'y trouvait rassemblé, et sur le plateau qui regardait la ville, elle vit des carrosses dont les dorures étincelaient sous les rayons du soleil; elle pensa que la cour y attendait le résultat de la bataille que le maréchal de Turenne livrait au prince de Condé. Il se fit un grand mouvement é^t des généraux, (ju'on reconnaissait à leur suite nombrcMJse. s'approchèrent du carrosse dans lequel Louis XlVse trouvait ainsi (]ue son premier minisire, le cardinal Mazarin. La confc-
\ l \ IIAM II II . \U1
ronce iHMliira «|nt!|M'iJ (rinsl.ins. «l ik rrparli mil ant;iilop|)oiirrej(»in(Jr(' la cavalcrK* qui sv trouvait (laus la plaine. Ia^ escadrons se forîuerciU et hienlùl deux corps distincts lun de iautre se séparèrei»! dans 1 intention (ie lourner les positions o(Tupés par le prince de < .ond4
Mademoiselle, aidée des lumières de M. dr Iit)uviers. aucpiel ellecoiTimuni(pi;iil toutes ^«'s réflexions, Jui;ea ainsi la manœuvre cjui s exe (ulait devant ses yeux, et elle se disposa à en voyer prévenir iM. le prince de ce mouvement qui pouvait causer la perle de son armée. Celle fois, son écuyer ordinaire ne se trouvant pas là. elle chargea Paul Leblanc, son jeune secrétaire, de ce message auquel était attaché le salut du |)Ius i^rand Ciipilaine deJ'armée. Paul ne lit aucune prolcslalion; i! partit en courant, sauta sur le premier cheval qu'il trouva dansla cour, enfonça ses éperons dans le ventre du pauvre animal et partit au a:alop. Il avait à peine fait cent < inquanle pas que son cheval
U8 MADEMOISELLK
s'abaîlit; il se releva . sauta par-dessus les palissades, marcha sur des cadavres qui gisaient au milieu du faubourg, et il arriva aune barricade en criant : — M. le prince ! un message de Mademoiselle ! — En avant î lui répondit-on. — Et Paul continuait à avancer, en répétant sa question , lorsqu'il passait devant les débris des régimens qui venaient se reformer dans le faubourg. A la hauteur du clocher de l'abbaye Saint-Antoine, il trouva le prince de Condé qui battait en retraite devant le régiment des gardes que le maréchal de Turenne commandait. Paul traversa les rangs au risque de recevoir quelque mousquetade dans la poitrine, et joignit le prince de Condé auquel il remit le message de Mademoiselle. Celui-ci, après en avoir pris connaissance, le chargea de remercier son altesse, et de lui dire qu'il allait profiler du conseil qu'elle lui donnait En conséquence il |)artagoa k^s (jualre cenls hommes (ju il avait avec lui de la manière suivante, deux cents devaient se re-
A I \ llWni.I.K. \U'J
|)iu'rin;'rla rapidik' l.i plus ;:iMTuir. sur l.i port» S.iiul \î>4ninr; rrnl autres fl^'^ ainil siiIn r»à IrriîU' pas rininm. et il se réservait, avec ce <|iii restait, du soindeccnivrir la relraitedeloute son arihée.
(!\'lail une action téméraire siirjs doute que de vouloir, avec une poii^nce de .soldats, a^ rèter I un des régimens les |)lus braves elles mieux dis<i|)linés de 1 arm<'e. Turenne n'en eut pas un seul instant la pensée, ilerulque c'était une embûche que .son ennemi lui tendait, et sa |)rydence ne le fit avancer qu avec précaution, et en ayant le soin de fouiller toutes les maisons (iu faubour:;. Ils arrivèrent ainsi jusqu à la grande barricade à l'embranchement du faul)ourg. A droite se trouvait le village (lePic|)us. à gauche le chemin qui conduisait a Vincennes: devant les lignes ennemies, et derrière la porte Saint-Antoine. La position était avantageuse, et Condé. qui en sentit toute 1 impf)rlance, y laissa une bonne garde et le liui de Nemours pour ((jniniandant 11 ne
lôn MADEMOISELLE
devait céder le passage que lorsqu'il en aurait reçu avis. •
Pendant que Nemours se préparait à résister au maréchal de Turenne, Condé accourait à la porte Saint- Antoine, qui s'ouvrit à sa voix, et faisait entrer dans Paris les restes d'une ar- ^ée dont les Espagnols avaient éprouvé la bravoure. 11 y avait à peine dix minutes que ce mouvement rétrograde s'opérait lorsque Turenne attaqua avec impétuosité la barricade défendue par Nemours. Un horrible combat s'engagea, et la mêlée fut affreuse: les Frondeurs, trop faibles pour résister long-temps, se battirent en^ésespérés; les cadavres jonchaient la terre, et la poussière qu'ils soulevaient en tombant se joignant à la fumée de la mousqueterie forma un épais tourbillon où les yeux ne pouvaient distinguer , mais où les épées rencontraient des poitripes et ios Iwtles des mcmbi'cs h fracasser ; ce fut à cette at laque que le neveu du cardinal Mazarin . le jeune Mancini, fut renversé à bas de son die-
A l,\ UAVril.I.J-.. I.il
v;il et cul le crâne oiiviTl diin (oiip dcH^ihic M. le (oinh' (Ir Siiinl-Mcgriii francliil un do prcmuiN l.i harricadr, cl vv-iil un coui) de inoiis(|(irt i]ui lui cassa le ^cnou : il loiiiiia ci lui ccrasc M>us les f)ieds des eomhaltiujs. hn lin. Irculc lioinmes reslaicnt a peine au du( de Nemours qui sonna lui-même lu retraite ("u s emparant d un guicion. et iit volte-face, le régiment des gardes s empara de la barricade, et celui de Picardie, (pii marchait sous les or dres du marquis de Nantouiilel. ne larda pas à venir le rejoindre.
Un quart d'heure avait suftil pour opérer cet alTreux massacre. Nemours était couvert de sang et blessé à la lian(^e. mais la vivacité de l'action l'empêcha de s'en apercevoir: ce ne tut (jua la grando quantité de siing qu il perdait, et a 1 affaiblissement de ses forces qu il connut sa |K3silion.
— Tant pis! s ecria-t-il. j'aurais eu du plaisir a casser la lèle ;» ces enragés mazarinisles !
Ixjndé apprit en frémissant de colère qu<
l'ennemi était maître de toutes les issues: ne consultant que son désespoir, il prend avec lui cent mousquetaires, fait un appel aux officiers qui se trouvaient autour de lui . en rassemble environ une quarantaine, et part au galop.
A dix pas de la barricade, sa troupe s'arrête, et une décharge de mousqueterie vient donner aux royalistes l'explication du nuage de poussière produit par le piétinement des chevaux, et qu'ils attribuaient à un coup de vent venu de la ville. Condé mit l'épée à la main et s'élança dans les rangs ennemis; les mousquetaires suivirent son exemple £l firent une effroyable trouée^cette attaque ressemblait assez à une apparition et elle eut tout le succès que Condé en attendait; deux mille hommes prirent la fuite en poussant des cris de détresse, mais le premier mouvement de stupeur étant passé, ils revinrent à la chaige ; Condé ne voulut pas les attendre, il regagna la porte Saint-Antoine en bon ordre, et sans
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s «Urr l.nsM' fiilaiiH'r TuriniH rallia m's Iroii |)t'ti pour i uaM^T houb les imirs <!«• I*aris iiiir |K)ignôr dhomincs (jtii venait de porhT la IciTcur (laiih les rallias (le s< 's soldats, mais un siTours sur lequel (>)ndé ne pouvait eompln vint à son aide.
Mademoiselle, qui suivait avec sa lunette les mouvcniens des deux armées, fil tirer une voU^ de coups de canon sur les royalistes (1 ). Turenne elonné s'arrOta, et pendant ce temps (x)ndé rentrait dans Ja ville avec sa petite troupe; il ne voulut passer que le dernier, malgré les prières de ses officiers.
Les batteries de la Bastille firent merveille;
(1) Le cirdinnl Mazariii oiilnidit de (.haioiine le rnnoii dn la Bastille « Vous Ir novczI s'ccria Mazarin . nos |)aili sans ont tenu paroi»' » Mais sa joie fut. d<' courte duicr. et les premiers fuyards qui parurent dans les lignes lui appiireut de iiuelle manière Tarraee royaliste avait etc reeue par les Pavisij'iis , et la paît active prise par Madenioi^ell»dans le combat. C'est alors que Ir «ardinal se refourn.i vers ses officiers et lein* dit en souriant : «Ces coup- dr canon là vicruu'ul (\v tnci -on mari » l.oui>> XIV lui m«Mne A|)plaudit a celle saillir de son premier ministre
Jo/i >I ADEMOISFJJ.K
le marquis de Nantouillet en fut une des premières victimes : il tomba de cheval. Aussitôt la confusion et l'épouvante se mirent parmi des hommes auquel on avait persuadé que Paris ouvrirait ses portes à la première sommation qui serait faite au nom du roi. et cette ville, qu on leur présentait comme une alliée fidèle, faisait tonner contre eux les bouches d'airain qui servaient à sa défense. Le découragement s'empara de Turenne. et il donna. l'ordre de battre en retraite en maudissant une journée dans laquelle il croyait avoir compromis sa réputation de bravoure et de tacticien.
L'armée royale retourna à Saint - Denis . Anne d'Autriche, qui pendant le combat était restée en prières dans l'église des Carmélites, accepta un gîte à l'abbaye : Mazarin qui , sous une apparente gaîté, cachait lechagrift violent (|u il ressentait d'avoir échoué si près dH but, monla dans le carrosse qui avait été destiné p(jur conduire à Vinccnnes le prince deCondé. r.ette voilure devait <»ervir à un prisonnier, cl
N I \ I AMILI.I.. 1.'.'»
( Vliiil 1111 \;nn(ii (|ui >i* jrhi (l<Mi:ins en criant iiij loclici (i ;illri Mir ( /ol un»' rn.ifiuîri* ( oiuHH" une iiiilrc (le s Cfounlii
Eu lr;iv(Tsanl la rur Saiiit-AnloiiK'. >!a(lc inoisrllc a|)<Triil le (M(i^vr(' du marcjuis d(î riamariii quv plusieurs hommes j^lu peuple Ir.iînaionl dans le ruisseau en annonçîml liau- Icmenl l'inlention ou ils étaient de l'aerrocher a la |)rennère i)Oulie qui se rencontrerait sur leur passage. >ïademoiselle cnvo^ sur eux et leur fit enlever ces sanglantes dépouilles qui ffirent déposées dans l'église Saint -Paul. Mais ilans la nuit qui^ivit. on déroba le cadavre (jui fut retrouvé pendu le lendemain matin, a l'endroit même où quelcjues années avant Fiamarin s'était battu en duel avec un b(jurgeois. habitant ee (juartier. el (ju'il avait tué.
0)ndé traversa Paris à la léle de son armée, et vint jeter son camp dans la plaine d'Ivry. sur les bords de la [)elile rivière de Bièvrc: puis, après avoir fait toutes ses dispositions, il revint sur Paris danslinlenlion de se rendre au Lu\';mbc)ur^.
iureur po|ui(ttirf
Le prince de Condé, en songeant au danger (ju'il avait couru aux portes de Paris, résolut (le se rendre plus puissant et de se débarrasser de ceux qui lui faisaient ombrage: et le prévAt d<*s marchands, le sieur Lefèvre de La Barre.
ainsi que le cardinal de Retz, se trouvèrent inscrits les premiers sur la liste qu'il dressa à cet effet. Au premier, il attribuait justement la mort d'une partie de ses braves compagnons qui avaient péri à ses côtés; et au second, les
mauvais conseils donnés à Gaston, afin de l'em-
pêcher de prendre franchement sa défense aux yeux du peuple qui, voyant l'incertitude des chefs restés dans Paris*, hésita long-temps à prendre les armes, et n'arriva au secours do 1 armée frondeuse que lorsque celle-ci rentrait en désordre. Condé . après avoir cherché le moyen de se défaire de Retz, sans exciter de soulèvemcns par la ville , s'arrêta au projet suivant, qui était daller lui faire visite à l'archevêché avec une suite nombreuse, de s'emparer de lui, de le jeter dans un carrosse, et de le cx)nduire hors des remparts en lui intimant, sous peine de perdre la vie, de ne point essayer de rentrer dans Paris.
Mais ce projet, comme tant d'autres, ne devait pas avoir de suite : car dans l'impatience
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(|iii (ioiniiiiiil le priiK <' (Ir C.ondi*. il rut \oulu sr <h'h:irr:i*-srr <1 Un snil coup de Ions sos onncmis cl il lit avciiier son pl.iiis par la prétipitalioii (\u W mit à vouloir IfN rxcruicr. Ainsi, son rnlroviic avec Gaston n'eut pas l'issue (|u il allondait. (A'Iui-ci qui avait lové l'éferi- «lard (ie la n'volto avcr ljj>lii»» grand f'm[)ressoment. rt dont la coiiJHc. durant (piohjuos jotirs. semblait iMro d'accord avec tout ce que la Fronde entreprenait pour abattre l'autorité du cardinal Mazarin. se démentit bic^ntrM. et à chaque pas que la cour faisait pour se rapprocher de Paris, il changeait d'avis. Ainsi, lors- (ju'il sut que le roi était à Saint-Denis, il voulut aller se jeter à ses pieds pour lui demander ' pardon de tout ce qu il avait fait. Mademoiselle, qui n'avait pas les mêmes raisons que son père j^our croire à la générosité du jeune roi. lit des efforts incroyables pour changer une détermination qui détruisait h jamais le parti des Frondeurs. Gaston goûta ses discours, mais n'en |)ersista pas moins à travailler dans
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son intérêt, c'est-à-dire à s'accommoder avec la cour. Quelques messages furent échangés ; le combat du faubourg Saint - Antoine interrompit ces négociations: et lorsque M. le prince se présenta au Luxembourg. Gaston réfléchissait au moyen de les renouer.
Condé venait trouer le duc d'Orléans afin que celui-ci se réurnEà lui pour convoquer une assemblée générale à l'Hôtel -de-Ville dans laquelle ils proposeraient un édit où on déclarerait Paris en état de rébellion contre le gouvernement du roi , et tous les impôts qui y seraient perçus, applicables aux armemens. Gaston refusa net de se mêler d'une chose semblable. Il ajouta qu'il serait peut-être dangereux d'émettre une proposition qui soulèverait infailliblement , contre les Frondeurs , toutes IdS haines qui sommeillaieiît en attendant une occasion pour éclater, (^ondé, qui s'était flatté d'avoir Tadhésion de Gaston, ne se découragea pas ; mais tout ce qu'il put obtenir, c'est qu'il ne sérail pas désapprouvé.
1M)IM IMIIK. ir,i
— INil)li(|urni('iil. avait ajoiili' iiK'nlalcmciil le duc d Url»aii> ijui br rt.'siTvail de rejclcr sur f^ondr tôiiic la responsabilité de cos mesure».
C^onde rasi>einl)la ses partisans, et leur iit connailre ee (ju'il allait tenter : mais comme il prévoyait des diflieultés. il leur conseilla de se dé|j;uiser et d ameuter la populace autour de 1 llolel-de -^ ille. le jour de I assemhhe des notables, (pii était fixée au 14 juillet, et d'eftVaver les échevins el le conseil de la ville, s'ils se refusaient à entrer dans ses projets.
Kn effet, le lendemain malin on vit beaucoup de gens qui parcouraient la ville en cbanlant : ils portaient des bouquets de paille à leurs chapeaux . el en offraient à tous les passans. en leur disant que c'était un si<;ne de ralliement contre les Mazarins. Ce fut surtout prés de l'archevêché et autour de l'Hôtel-de- Ville qu'on en remarqua un grand nombre. Le peuple, ainsi préparé, s'échauffa et se tint prêta agir au premier signal.
Condé. avant de se rendre à l'asst^mblée.
entra au Luxembourg, et l'irrésolu Gaston, qui îa veille avait juré de ne plus prêter les mains à de nouvelles entreprises, proposa au prince de l'accompagner. Un billet d'Anne d'Autriche lui était parvenu dans la nuit ; les termes les plus désobligeans y avaient été employés par la reine, qui refusait absolument les propositions faites par le duc d^Orléans. Prés de devenir Mazariniste, il se remit Frondeur, et son premier acte vers un changement d'idée fut sa démarche à l'Hôtel-de- Ville.
L'assemblée était formée loi*sque les princes arrivèrent. Le maréchal de l'Hôpital, qui était gouverneur de Paris , et qui la présidait , se leva pour recevoir les princes, et comme le prince de Gondé s'apprêtait à développer les propositions que plusieurs membres connaissaient déjà. l'Hôpital lui fit observer qu'on venait de lui apporter un ordre du roi qui enjoignait de remettre toute délibération à huitaine. Le gouvornonr ajouta qu'après avoir pris l'avis des notables, il avait été décidé qu'on
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i)l)éirail. (>)ii(lc l'îisaya (ic faire (fuclques ol)sorvalions qui ne furent |)a9 <^uléH». Ne se voyant [Xis h» plus forl, il remiTcia l'assemblée d'avoir [KTinis à 8(»s ln)U|)es d'entrer diins Varis, i)ui> il prit le bra^ de Gaston, (^l tous deux sortirent en donnant des signes de mécontentement.
Quelcjues liomm(»s apostés par C/^ndé au UisduporronderHôtelde-Ville l'entendirent qui disait, en montant dans son carrosse — La salle est pleine de gens gagné par le Mazarin !
Ces paroles furent aussitôt répétées . en y joignant les cris : — A bas ! à bas î — En un moment la vaste place de Grève, qui était encombrée par la multitude, offrit aux regards les symptômes d'une sédition qui éclatait. Un cri d'indignation s'éleva de toutes parts : les meneurs prodiguaient les encouragemens. et aux menaces succéda bientôt une grêle de pier resqui fit voler en éclats les vitres de rHôtelde-Ville. les bourgeois qui étaient de garde y re|K)n(lirent |)ar une décbarge qui tua plusieurs
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hommes du peuple. Leurs cadavres furent promptement enlevés , puis on courut sur le port au Blé pour y prendre des poutres qui s'y trouvaient. On amoncela le bois devant les portes de la maison de ville , et on y mit le feu. La fumée qui s'éleva pénétra dans les salles obligea les conseillers à les abandonner. Les uns cherchèrent un refuge dans les combles ; d'autres essayèrent de fuir, et se présentèrent aux fenêtres basses en criant : — Vive la Fronde! — Mais ils furent massacrés impitoyablement (1); le nombre des victimes n'était pas assez grand au désir de ceux qui entraînaient la population à se souiller par de lâches assasinats ; ils pénétrèrent dans l'intérieur de l'Hôtel-de-Ville et tuèrent indistinctement tous ceux qui s'offraient à leurs regards.
Tandis que le sang coulait et que les égor
(1) On remarque mt^ino , dit Anquetil, quil y ciil beau coup plus (le Fr()n(leins(pie de Mazarius (]ui trouvèrent la mort, pnree (|ue,sr llatlant d'ètr*' éparj^Mies. ils aeeouru mil ru plus ^M.ind nombre
iMMMîAïKF.. tr>:>
cours s'('in"onrnL'<':iirnt '\ tiuT. ('ondôol (las Ion ôlaiml rcfoiirncs ;iu Liixcinhoiir^' ; Ions deux srnil)l;ii(Mil i-^iiorcr les e\ci)s qui secomnidliiiont en l(Mir nf)in : ;i la première nouvHlf» qui lour fut doinico, Gaston enj^agea ConrJé à se transporter à l'HcMel-dc- Ville, et à faire cesser les massacres, ('elui-ri s'en défendit en disant (ju'il était de la plus grande poltronnerie pour ces sortes d affaires, et n'entendait rien à a|)aiser une sédition. Mademoiselle proposa d'y aller. L'amour que le peuple avait pour elle lui donnait lieu d'espérer que ce ne serait pas vainement qu'elle le rappellerait à son devoir. Beaufort se joignit à la princesse et offrit de l'accompagner. Ils montèrent en carrosse, et dans le trajet. Beaufort prétendit que si les nuitins meltaient bas les armes, ce serait plus par égard pour lui que pour elle. Cette contestation dura jusqu'au |K)nt Notre - Dame. Lorsqu'ils arrivèrent sur la place, elle était déserte. L'incendie s éteignait, et les dernières lueursdonnaient un as[)ect effrayant à ce champ
de carnage. Les flammes tremblottantes qui s élevaient par moment servirent à guider les piqueurs de Mademoiselle. Le carrosse s'arrêla devant l'arcade Saint- Jean. Beaufort descendit avec empressement , Mademoiselle le suivit . et tous deux pénétrèrent dans l'Hôtel de- Ville. Le silence le plus absolu régnait dans les salles où quelques heures auparavant s'agitait une assemblée tumultueuse. Son altesse les parcourut en criant à haute voix qu'elle venait porter secours à ceux qui en auraient besoin. Quelques membres de l'assemblée quillérent les retraites qu'ils s'élaient choisies, et que les assassins, malgré leurs actives recherclies. n'avaient pu découvrir.
Lefévre de La Barre et le maréchal de l'Hôp\\a\ se présentèrent devant Mademoiselle: quelques colonels quartiniers. qui n'avaient pas voulu abandonner le gouverneur et-le prévôt des marchands dans un danger si pressant, se joignirent à eux pour faire d'énergiques représentations à Mademoiselle qui leur ré-
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|>on(lil (|ii l'Ili' li'cliiit |u)iii( vemio (xjur hnii coiisimI. mais hicii jx)ur les fiiire sorlir du maii vais pas dans lequel ils se trouvaient.
Ia' gouverneur ne voulut pas avoir d obli galion à son altesse , et se sauva déguisé. Ix» prévôt des marchands accepta sa protection et sortit avec elle ; les colonels (juarliniers, fiers d'imiter la noble indépendance du maréchal de r Hôpital . refusèrent les offres que leur fai sait le duc de Beauforl. Ils se jetèrent dans des rues détournées, et regagnèrent leur logis. non sans avoir couru le risque d'être tués.
Au moment où le carrosse de la princesse traversait la place, un homme, armé d'un poignard, se présenta à la portière, et demanda d une voix im(>éralive si le prince y était. Sur la réponse qui lui fut faite qu'il ne s y trouvait pas. il s'éloigna en disant : — Tant pis! — El il disparut. Beauforl trouva l'aventure plai santé; le prévcM des marchands, qui ne parla geait pas celle heureuse insouciance, descendit à l'entiée du (juai de (lèvres: il craignait de
tomber victime de quelque assassin aposté pour se défaire des gens les plus considérables , et malgré les instantes prières de Mademoiselle qui, en l'engageant à rester, cherchait aussi à le rassurer, il la remercia et s'enfonça dans la première rue qu'il trouva.
Le lendemain, la consternation régnait dans Paris: ce qui n'empêcha pas le prince de Condé de poursuivre l 'exécution de ses projets. Lefèvre de La Barre fut destitué, et le vieux Broussel, cet intrépide Frondeur, fut nommé prévôt des marchands. Tons les échevins royalistes furent remplacés par leurs partisans. Le duc de Beaufort se vit investi du titre de gouverneur de Paris. L'Hôpital se tenait renfermé chez lui. et semblait avoir résigné ses fonctions. Pendant qu'ils étaient en train, les princes se conférèrent des dignités. Gaston se nomma lieutenantgénéral du royaume, et Condé, généralissime de toutes les armées. Ils créèrent aussi un conseil exécutif qui devait conférer avec le parlement pour toutes les affaires administratives.
l'oi'i I \iuî.. i<;y
L'un (les plus actifs IraN ailleurs (Ui parli . le rardiiial de Kri/. fut «lodai^iié el oublié. Mais len)n|) (jtii le frappait ne l'étourdit pas lelieniciil (ju'il ne put songer a se ven^^'r de l'indifferenee qu'on lui lénjoi^^nait. Il lit un apjxl à tous s(*s partisans, et plaça des soldats dans 1 archevèdic el les niaisun> ^()isines: par ses ordres un '^^rand amas de i;renades et de munitions de bouche fut fait dans les tours de la cathédrale. Uetz se pré()ara à la i^uerre. mais il ne dédaigna aucun moyen pour s'en assurer le succès. Un certain Jodelat , qui lui composait des pamphlets à raison d'un écu par jour. el que nous avons déj i vu dans une mansarde de la rue Saint-Pierre-aux-Bœufs . en compagnie de la Tournelle. ipii défendait avec sa rapière les phrases mordantes de son ami Jodelat , fut niandé à l'archevi'ché.
Keîz lui commanda une sanglante satire danshupjelle Ojndé .-retrouvait désigné comme Tinsligateur des massacres de rHolel-de-Ville. La jîi\tire fut compo^(vv impiiinéi^ (*l disirihuw
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avec une certaine profusion dans tous les quartiers de Paris. Elle produisit de l'effet, et d'honnêtes gens, après l'avoir lue, se détachèrent du prince ; ce que les calomnies adroitement distillées par un misérable pamphlétaire avaient pu commencer, le cardinal de Retz l'acheva avec Taide de ses espions qui colportaient en tous lieux la leçon qu'on leur avait fait répéter, et qui consistait en un récit circonstancié des événemens de la journée du 14 juillet, et dans lequel on faisait jouer un rôle ignoble au prince de Condé(l).
Le pain de dernière qualité valait huit sous la livre, les ouvriers étaient oisifs, et cette partie d'une grande population , cette tourbe dont la vie est un problème pour ceux qui comptent les ressources d'un hpmme et ses moyens d'existence, la populace qui se trou-
ii) l/histoirc ne le justifie pas complètement; niais on peut dire qu'en cette ocension, les aj^'ens tlu eanlinal Mu y.arin firenl plus de mal(iueeeu\(1e M le prinee. Le cardinal voulait U' rendre (hIicuk an peuple , ••! il v parvint. ^
Vi\\'\ I MIU t71
vait toujours piclc à saisir Icm rjrciisioiiN du lr(>ul)Ics('l (i'<ni(UJlr> [X)ur pilier el c^or^MT l<*<i lM)urf^'(N>is ol l*\s s<*i';nourH, ronirmtliiil <lia(jur jour (le iKnivlIt's (Icprcdatioiis qu'on n'osai! réprimer. L'adminislralion de la police élail t nliérement désorganisée, il n'y avait plus de frein àop{)oser, plus de »ulK)rdinalion à altendre : la révolte égalait tout le monde, et cha ( un tranchait du maître.
Sur ces entrefaites, le roi fit signifier au parlement de cesser ses fonctions à Paris et de se rendre à Pontoise. La nomination du duc de Beaufort. comme gouverneur, fut annulée, ainsi que celle du nouveau prévôt des marchands et des échevins : un arrêté spécial . et contresigné Mazarin. suspendait le paiement des rentes de l'Hc^tel-de- Ville. Les membres du parlement, dévoués à la Fronde, refusèrent d'obéir : le duc de Beaufort surtout ne fut pas le dernier à les encourager à [)ersévérer dans cette résolution, et malgré Tcdit qui annul;iil sa nomination de gouverneur de Paris, il
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n'en continua pas moins ses fonctions : mais le coup était porté, et désormais l'autorité du prince de Condé fut méprisée; et dans une visite qu'il fit à Gaston, -le comte de Rieux, l'un de ses courtisans, osa lui donner un démenti en face . et joignant la menace à l'insulte, il se permit un geste offensant pour le prince. Gaston le fît arrêter immédiatement et conduire à la Bastille pour le dérober à la fureur de Condé qui voulait se venger du comte d'une manière éclatante. Mademoiselle parvint a l'apaiser, et le lendemain une nouvelle querelle vint lui faire oublier le comte de Rieux. Celle-ci eut des suites plus funestes.
lin (Combat a nunl.
Le duc de Nemours n'avait pas tardé à se rétablir de sa blessure. Toutefois, il ne sortait point de son iiotel: les médecins exigèrent, pendant quinze jours, (ju'il prit un repos absolu. Nemours olx'it. bien malijré lui. à cette ordon
17Zi UN COMBAT
nance médicale, mais le seizième jour, il n'écouta ni les prières, ni les observations de sa femme , et voulut aller au Luxembourg ; le comte de Fiesque vint lui faire visite au moment où il s'apprêtait à sortir. Son arrivée contraria vivement le duc de Nemours : mais les nouvelles dont celui-ci le régala dissipèrent promptement sa mauvaise humeur.
— Eh bien! mon cher duc, lui dit-il en ricanant , tandis que le lion sommeillait on s'est partagé le butin. Le vieux Broussel a été nommé prévôt des marchands. Beaufort. gouverneur de Paris, et ses créatures, échevins ; Coudé est toujours généralissime des armées de Monsieur qui avait bien quelque envie de se faire conduire à Reims pour éviter à sa majesté Louis XIV la peine d'entreprendre ce voyage au bout duquel il y a une couronne à se mettre sur la tète.
— Que dites-vous là P M . le comte. Gaston songerait à consommer une usurpation aussi
A MOKI «73
iTimiiH'lIr ' ;t (l«''[><»ss(''(i(T le roi dv iv royaume (i(' France (jni lui appartionl*
— 11 a son«;r à loulos ces choses, M. le (Inc. mais (lc[)nis, d'autres projets sont venu?* (Kcuper sa pensée, et maintenant il travaille à se raecommoder avec la cour.
— Ainsi la nouvelle du jour i*
— Celait la paix avant mon départ du Luxembourj;. mais })endant le trajet, j ai rencontré un ami de M. le prince qui m'a dit, en confidence, que toutes les négociations entamées avec le ÎNIazarin venaient d'être brusquement rompues aux sollicitations empressées de INIademoiseîle qui n'y trouvait pas son compte; ainsi, plus de paix; et le seul cri qu'il sera permis de proférer à l'avenir, c'est : la guerre!
— La guerre! répéta Nemours en laissant échapper un profond soupir, oui, c'est le seul parti convenable; mais on ne s'y décidera pas, M. le comte; il y a de par le monde un grand amateur de traités et d'accommodcmen>. et