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'l'ouïes avaiciil des voix cliarinanlcs cl cliaiilaloiil Jusle, avec un senlimcnl virginal.
Au fond de la loge, Zite, qui n'avait pas voulu se montrer, avait enseveli son visage dans ses mains, et pleurait à chaudes larmes.
Annie, dont la sensil)ilitc toujours en c\(îil ne laissait rien échapper, s'en aperçut, et, profitant d'un repos, alla rejoindre sa sœur.
— Ou'as-tu? lui dit-elle en la caressant.
— Oh! chérie, j'ai vu mon devoir! j'ai vu la lumière! Quand l'oncle et la tante Bruce ne seront plus de ce monde, je viendrai ici, j'entrerai dans ce cou\'ent, et j'enseignerai le chant à ces fillettes... Qu'au moins ma voix serve à quelque chose, si moimême je n'ai pu êlre bonne à rien!
— Et mes enfants? murmura Annie.
Zite secoua la tête.
^ L'ombre, dit-elle tout bas, pour Fleur-de-Rosée et pour moi, l'ombre du cloître, où nous servirons les humbles. C'est notre destin; n'insiste pas, ma sœur bien-aimée.
Annie avait compris. La fleur du sacrifice était née depuis longtemps dans le cœur de Zite. Le chant des jeunes aveugles, comme nue douce pluie de printemps, l'avait fait seulement éclore un peu plus vite.
Jusqu'au bout du concert, elle resta au fond de sa loge, à c<Mc de sa sreur. lui tenant la main.
BRUCE nn-F.RATOR
En rentrant à l'hôtel, ils étaient tous passablement émus; cette soirée, par la multitude de sentiments qu'elle éveillait, n'était pas de celles qu'on oublie.
Ils demandèrent du thé dans leur salon, et tout à coup Bruce aperçut un télégramme à son nom, arrivé pendant son absence.
Il l'ouvrit les sourcils un peu froncés, car il avait appris à redouter les mauvaises nouvelles; après l'avoir lu, le visage riant, les traits détendus, il le passa à son neveu.
— Annie, dit John Bruce, les yeux brillants de joie, tu peux avoir beaucoup d'enfants; sois sans crainte, ils seront tous riches, et, pourvu qu'ils ne se lancent pas dans un réseau trop considérable, ils mourront millionnaires.
— Qu'y a-t-il donc, mon oncle? demanda la jeune femme en rougissant.
— C'est mon Paddy qui a fait des siennes, et qui télégraphie : il n'est pas littérateur, mais sa prose vaut de l'or! Il cherchait, et il a trouvé.
— Quoi donc? insista Mme Bruce.
— Eh bien, voilà! J'avais besoin d'une source de pétrole pour chnuïfer mes nouvelles locomotives. Cet être-là a un flair surprenant, que j'avais vérifié par mainte épreuve : il devinait dans quelle pièce de ma maison et sous quel meuble de la pièce j'avais caché une bouteille de pétrole bouchée! Il est allé partout, sondant les rochers, reniflant le sable, partout où pouvait se trouver le précieux combustible, et il l'a trouvé! Lis ce télégramme, Harry, lis-le tout haut.
Harry lut :
« Trouvé aujourd'hui, à quarante pieds de profondeur, un jet de pétrole qui nous a tous renversés. Perdu plus de trente mille barriques; avons tâché d'emmagasiner le reste. La source donnera vingt mille barriques par jour. Je fais construire des réservoirs. Venez.
« Paddy. »
Harry se leva, exultant.
— • Je l'avais dit! fît-il. C'est moi qui vous avais nommé, mon oncle. Vous étiez le roi d'un tas de choses, et maintenant, c'est mieux : gloire à vous, Bri'Ce imperator!
Le lendemain, à l'heure du départ, le quai fourmillait de visiteurs; la ville tout entière apportait son tri])ut d'iiommng-e à l'homme courageux dont l'audace in\aincue avait bravé les pires coups du sort.
Pour tous les pays quels qu'ils soient, c'est un grand spectacle que celui d'un travailleur infatigable, d'un lutteur que rien n'a pu abattre; mais à Montréal, où les deux races se tiennent de si près, où les familles n'en faisaient qu'une, où la bonté de Bruce avait adopté les filles d'un Canadien, ces triomphes absolus, cette fortune colossale qui venaient récompenser l'honnêteté de celui qui n'avait laissé personne souffrir de son échec temporaire, c'était la revanche du sort, la justice immanente, récompensant l'homme de bien.
A l'heure du départ, au milieu des hourras frénétiques, Bruce monta les degrés du wagon, comme il l'avait fait jadis dans les solitudes pierreuses du Dakota, aussi fier, aussi bon, aussi simple qu'alors.
— Parlez! lui cria-t-on de tous côtés.
Il mit une main sur son cœur et se tint tête nue sous la pluie de bravos et d'applaudissements. Pour de telles joies, il n'est pas de paroles.
Sa femme et sa nièce auprès de lui, un peu en arrière Harry, son confident et son élève, il salua, et le train emporta, lentement d'abord, puis à toute vitesse, vers les déserts où la volonté de l'homme, aidée par la puissance de l'or, allait créer des fortunes, des cités, — tout un monde, — un conquérant pacifique autrement grand que ceux dont la gloire est faite de sang et de ruines : l'homme de bien que, grâce à sa persévérance, les deux mondes désigneraient dorénavant sous le nom de Bruce
IMPER ATOR.