‹ Le Roi des Placères d'orChapitre 22 sur 75 · IL · texte numérisé non relu

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Il — Je le crois sans peine; la journée a clé rude pour tout le

monde.

hj; — Pour moi, surtout.

— C'est vrai. Eh! mais, celle réflexion que vous failes-là me donne une idée.

— Laquelle?

— Rien ne nous presse.

— Moi surtout. J'arriverai toujours assez tôt où vous me con-

$:/ duisez.

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Vous vous plaisez donc en notre compagnie?

le cadavre dans l'eau, au fond de laquelle la dépouille de sa victime disparut sans produire le moindre bruit. j^

— Va au diable! dit-il gaiement, et resles-y, chien d'enfer!

Lorsque le docteur rentra au campement, il retrouva ses deux compagnons dans l'état où il les avait, laissés; le chasseur surtout soufflait avec un laisser-aller véritablement charmant.

— Tout est bien, dit le docleur en s asseyant devant le feu el allumant un cigare.

Au bout d'un instant, il jeta un regard sur le Canadien.

— .Je crois que Houston se trompe, dit-il avec ironie. Gel homme n'est pas aussi rusé qu'il le suppose; c'est égal il est bon d'être prudent. Je le surveillerai.

À minuit, ainsi que cela avait élé convenu, le docteur éveilla le Canadien.

— Déjà? dit celui-ci en bâillant à se démettre la mâchoire.

— Il paraît que vous avez bien dormi.

— Ma foi, oui ! Je vous avoue que j'étais fatigué.

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— Pourquoi non? Je suis bien traité, bien payé; que puis-je désirer, sinon que cela dure le plus longtemps possible? ,;. /. l£

— En effet, dit en riant le docteur, vous seriez difficile.

— Esl-ce que nous irons jusqu'au lac Salé?

< — Je le crois, mais nous n'y séjournerons qu'une huitaine de

jours tout au plus. Les Mormons n'aiment pas les étrangers, à ce que Ton dit; ils ne les voient pas avec plaisir.

— En ce moment, surtout., où ils sont sur le point d'avoir la

guerre avec les Etats-Unis, ils se figurent que tous les voyageurs qui viennent, chez eux sont des espions de la grande République.

— Diable! je n'avais pas songé à cela; voilà qui pourra modilier notre itinéraire; les Mormons ne plaisantent pas. Au premier soupçon, ils vous lynchent bel et bien .

— Us ne passent point pour être exlraordinai rement plaisants, c'est vrai. Pourtant, ce sont de braves gens.

— Hum ! il faudra que je parle de cela à M. du Falga. — ■ Vous avez raison. Vous aviez, disiez-vous tout à l'heure,

une idée? Quelle idée? demanda le Canadien d'un air naïf.

— En effet, je n'y songeais plus; l' endroit où nous sommes est; charmant, accidenté; il paraît giboyeux, la chasse doit y être facile et abondanle?

— Je le crois.

- — ■ Je serais assez d'avis de demeurer ici demain, pour laisser

reposer nos chevaux; qu en pensez-vous?

— Je n'ai pas d'opinion à émettre à ce sujet; cependant, puisque vous m'interrogez, je vous dirai franchement que vous aurez tort, répondit l'Oiseau-Jaune, voulant pousser le docteur dans ses derniers retranchements. :>

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Pourquoi cela ?

Parce que nous sommes campés dans une plaine nue> el

qu'en cas cT attaque sérieuse nous aurons grand'peine à nous défendre.

— Bah ! on n'est pas attaqué tous les jours.

— Quelquefois; nous sommes sur le territoire de tribus belli-

queuses et qui haïssent les blancs.

. ^'"^^ym^^.^X.^^^ — Nous sommes bien armés, el

parfaitement en élal de leur tenir tête si elles osaient nous menacer; nous en avons eu la preuve tantôt.

— Quant à moi, cela m'est égal ; je ferai ce que vous voudrez,

— Eh bien ! c'est entendu; nous ** resterons ici demain.

— À votre aise, monsieur le docteur; je suis à voire service, je dois vous obéir; j'ai fait mon devoir en vous avertissant, vous agirez comme il vous plaira.

— On ne vous adressera pas de reproches, mon brave; allons, bonne veille !

— Et vous, bonne nuit, monsieur le docteur !

M. de Verdières s'étendit sur le sol, où il ne larda pas s'endormir, mais d'un vrai sommeil, lui. Au lever du soleil, le capitaine ouvrit les yeux.

— Comment! déjà le jour! dit-il en se levant; pourquoi ne m'avez-vous pas réveillé, garçon? demanda-t-il à l'Oiseàu- Jaune.

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Ma foi, monsieur, répondit en riant le chasseur, vous dormiez si bien que je ne m'en suis pas senti le courage.

Je vous remercie, mon brave; mais, avec tout cela, vous

n'avez pas dormi, vous.

Bah! je me rattraperai dans la journée, puisque nous restons ici.

— Comment, nous restons ici?

— A ce qu'il paraît; le docteur dit que nous ne sommes pas pressés, que nos bêles sont fatiguées, et que, comme le pays est giboyeux, vous pourrez chasser à votre aise.

— Tiens, tiens, tiens; mais c'est une charmante idée, cela.

— Vous trouvez ?

— Oui, elle me sourit tout à fait.

— Bon, alors, puisque vous êtes de bonne humeur ! . , .

— . Ma foi oui, je ne sais pourquoi, mais je me sens tout guileret ce matin.

— - Alors, vous ne refuserez pas de me faire un plaisir ?

— À vous?

— Oui.

— Pardieu, je suis tout à votre service; parlez, mon ami. ■ — Pas maintenant, avec voire permission.

— Pourquoi donc cela?

— Parce que le docteur, s'il s'éveillait, pourrait nous entendre, et que ce que j'ai à vous dire, seul, vous le devez connaître.

— Àh ! fit-il en jetant un regard interrogateur au Canadien.

— C'est comme cela, capitaine, répondit-il en baissant la tête et clignant l'œil droit, d'un air d'intelligence.

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Soit, quand vous voudrez, alors.

Si cela vous est égal, nous causerons lorsque le docteur sera

à la chasse .

Très bien.

Surtout, lâchez qu'il ne se doute de rien.

C'est donc un mystère, dit-il eii souriant, et un mystère

grave?

— Oui, capitaine, un mystère fort important pour vous

surtout, répliqua-t-il d'un ton. qui donna à réfléchir au jeune

homme. Il savait que l'Oiseau- Jaune n'était pas homme à le tromper.

■ — Je ferai ce que vous désirez, mon ami.

— Maintenant, séparons-nous; n'oubliez pas que nous ne nous sommes .rien dit, et que je vous ai réveillé à quatre heures.

— Pourquoi toutes ces précautions ?

— Vous le saurez. Patience !

Le chasseur s'éloigna alors; il réunit les chevaux et la mule, puis il les conduisit à la rivière.

M. du Falga, assez intrigué, s'assit auprès du feu.

Tout en se chauffant, il se demandait ce que signifiaient les manières singulières du chasseur, et quel secret si grave il pouvait avoir à lui confier.

Mais c'était en vain qu'il se creusait la tête.

Le docteur s'éveilla au bruit des chevaux, revenant de l'abreuvoir.

Il souhaita cordialement le bonjour à son compagnon et lui demanda si sa veille avai t été bonne .

.— Excellente, répondit Gaston. Ah çà; partons-nous !

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Est-ce que vous tenez beaucoup à partir? fit le docteur en

Retirant paresseusement.

— Moi? pourquoi m'adressez-vous celte question?

— Tout simplement, parce que si vous n'êtes pas plus pressé que moi, je serais d'avis de passer la journée ici.

— À votre aise, mon cher Francis, je ne vois aucun inconvénient à ce qu'il en soit ainsi. Campons plus longtemps sur le théâtre de notre victoire.

— Ainsi, cela ne vous contrarie pas?

— Moi? pas Je moins du monde, mon cher Francis; et pour vous le prouver, je vais, avec votre permission, faire un tour dans la plaine, et tuer une pièce de gibier ou deux pour notre déjeuner.

— Vous êtes un charmant compagnon; allez, tantôt ce sera mon tour; je me charge du dîner. Revenez-nous vite.

— C'est, cela; l'Oiseau- Jaune, nous restons ici, aujourd'hui ; donnez à manger aux chevaux, et préparez le déjeuner; moi, je vais en quête de gibier.

— Bonne chasse, dil M. de Verdières ! . . .

— - Je tâcherai de ne pas faire buisson creux, mon cher docteur.

Le jeune homme prit son fusil et s'éloigna à grands pas.

Le docteur se recoucha, et fit mine de se rendormir; il ne tenait évidemment pas à lier de nouveau conversation avec le chasseur.

L'Oiseau-Jaune s'occupa activement des soins du ménage en plein vent.

Le capitaine ne revint que vers neuf heures du matin.

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Il apportait deux grouses et un lièvre fauve, à longues oreilles.

C'était plus qu'il n'en fallait pour le repas du matin. Le docteur était en train de mettre en ordre ses notés de voyage.

Quant au guide, il attendait patiemment le gibier promis, . Plumes et poils furent les biens venus.

Une demi -heure plus lard, les trois voyageurs déjeunaient gaiement.

Ils avaient un véritable appétit de chasseurs, habitués à vivre au grand air.

Ils s'en donnaient à cœur joie, à pleines dents. On eût dit les trois meilleurs amis du monde. Et pourtant de ces trois hommes l'un se demandait : — Comment parviendrai-je h me débarrasser de ces deux personnages qui me gênent?

Celui-là, on le devine facilement n'était autre que le docteur Francis de Verdi ères.

Et des deux autres :

Le premier, Gaston du Falga, inquiet, tourmenté par la demiconfidence du chasseur canadien, ne savait plus sur quel pied se tenir avec son compagnon de voyage.

Il faisait contre mystère bon cœur.

Le second, l'Oiseau- Jaune, faisait la mine la plus gracieuse du monde, prenait les airs les plus rassurés et les plus rassurants, tout en pensant à part lui :

% -T— Bandit! Quand donc pourrai-je te mettre la foce en pleine

infamie!

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