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vages que les Peaux-Rouges, dont ils menaient la vie, et prêts à tout : au mal toujours, au bien quelquefois.
— Eli bien! dit Pierre à voix basse à son ami, cela marche?. .
— Oui, répondit celui-ci; mais je t'avoue que je ne comprends rien encore à tout cela ... Je ne vois pas le rapport entre . . .
— Patience! murmura Pierre, avec un sourire d'une expression singulière, suis-je un homme ou un enfant, pour douter ainsi de moi?
Il se tourna alors vers les aventuriers, toujours groupés à quelques pas de lui.
— Vous, mes enfants, montez à cheval et allez m'allendrc au bajio; dans un quart d'heure je vous rejoindrai. À propos, que vos armes soient en état; peut-être la poudre parlera-t-elle avant peu. Harry Coït, vous entrerez en passant dans le village des Chochonès, et vous tâcherez de savoir quelles sont leurs intentions à notre égard. Ceux qui se trouvaient ici avec vous ont profilé du tumulte pour s'éclipser sans bruiL. Je ne serais pas fâché de savoir s'ils sont décidés à. rester neutres ou s'ils veulent prendre parti contre nous.
— Ce ne sera pas long à savoir, dit avec un gros sourire l'aventurier que Pierre avait nommé Harry Coït.
— Surtout de la prudence. Allez! Joë Smill et Perrico resteront ici; je puis avoir besoin d'eux.
Les aventuriers saluèrent et sortirent sans en demander davantage.
i .. Joë Smitl et Perrico demeurèrent seuls.
— Maintenant à nous deux, master Strogg, dit le gambucino.
. — Tout à vos ordres, seilor, répondit en s'inclinant le mai Ire
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de l'hôtel, assez inquiet intérieurement de la tournure que prenaient les choses, mais forcé de tout subir, ayant recule prix de son obéissance.
— Ecoutez-moi bien, reprit Pierre, et faites votre profit de ce que je vais vous dire; surtout ne me forcez point à répéter.
— Je suis tout oreilles, seftor.
— D'abord et avant tout, cher monsieur, dit le gambucino d 1 une voix railleuse, soyez bien convaincu que je ne veux en aucune façon vous compromettre aux yeux de vos amis et coreligionnaires. On ne sait pas ce qui peut arriver plus tard; il est bon que vous soyez à l'abri de tout reproche. Vous me comprenez bien, n'est-ce pas?
. — Parfaitement, senor.
— Vous allez donc vous laisser garrotter, ainsi que vos garçons.
— Garrotter! fit-il avec un bond en arrière, comme un vil scélérat ! . . .
— Oui, à moins que vous ne préfériez passer pour notre complice, auquel cas je n'ai pas besoin de vous dire que votre affaire sera claire auprès de vos amis. Vous serez branché avec la dextérité qui les caractérise.
— C'est juste, senor; je me laisserai garrotter, selon votre bon plaisir.
— Allons, je vois que vous comprenez à demi-mot; à part les deux dames que vous savez, qui avez-vous encore dans votre hôtel? Ne tergiversez pas, master Strogg. Il vous en cuirait.
— Personne, senor, répondit l'hôtelier qui sentait son gros corps trembler dans sa peau.
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Personne? Vous en êtes bien sûr?
Excepté, bien entendu, mislcess Slrogg, mon épouse, la
moitié de moi-même.
— Bon, priez-la de descendre.
— Vous A r oulez que. . , c'est qu'elle ne descendra que si cela
lui plaît.
— Oh! cela est indispensable.
L'hôtelier poussa un soupir étouffé; cependant, comme il comprit que toute résistance était non seulement inutile, mais encore dangereuse, il se résolut à obéir.
Quelques minutes plus tard, il rentra dans la salle. Mistress Slrogg l'accompagnait.
La chaste épouse du digne hôtelier ne se soutenait qu'avec peine ; peut-être à cause de rémotion bien naturelle qu'elle éprouvait; peut-être, parce qu'elle avait trop absorbé de thé au rhum ou de rhum au thé; peut-être aussi pour ces deux causes réunies. Eu tout cas elle chancelait, mais pas de peur.
— Que prétendez-vous faire de moi? s'écria-t-elle d'un air tragique qui fit éclater de rire tous les assistants.
Elle continua, une fois entrée dans la salle, avec des larmes dans la voix et la rougeur de l'innocence et de la pudeur offensée au visage:
— Je suis une honnête femme , moi, et jusqu'à ce jour, nul, excepté master Slrogg, mon digne époux, ne s'est permis. . .
Si!
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Rassurez-vous, madame Slrogg, lui répliqua galamment
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le gambucino, nous n'avons pas l'intention de vous offenser,
— À la bonne heure ! ^ ;^1!
— Personne, sans y être forcé, continua le roi desplacères, au grand conlenlement des siens, que la tète effarée de masler Slrogg amusait beaucoup, personne ne se portera à une ex Lrémilé quelconque sur vous, chère mistress Lowe.
— Oh! quant à ça, je suis bien tranquille. . .
— Vraiment?
— Oui. -le saurai bien me faire respecter moi-même, si le chef
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de- la famille ne sait pas défendre celle qui porte son nom, devant les hommes, et son honneur dans son giron.
La brave mi stress Lowe Slrogg était belle parleuse, une fois qu elle s'était rempli l'imagination de fumées plus ou moins alcoolisées.
El ce soir-là, grâce aux malices de la brune Lisbeth, grâce aux dédains de la blonde Jeanne, elle s'était senti un double besoin de consolation et de poésie.
Tout en parlant, elle s'aperçut que sa pipe venait de s'éteindre ' | !
et qu'elle fumait à vide 1
— Par le vrai Dieu! j'ai oublié ma blague là-haut; masler Slrogg, mon bijou, seriez-vous assez complaisant pour aller me la chercher? On ne sait pas ce que je pourrai faire pour vous récompenser de celle gentillesse.
Master Slrogg regarda sa femme.
Il se mil en marche pour aller chercher la poche à tabac de sa . femme.
Mais, en route, il rencontra l'œil du gambucino.
LE RÔl DES PL ACERES D'OR
L'ordre qu'il y lut le cloua sur place.
— Voici du tabac, chère mislress; ce n'est pas la peine de déranger ce digne master Strogg dont la présence nous est aussi nécessaire que la vôtre.
— Mille remerciements, senor, fit la mégère, qui, sans se préoccuper des regards railleurs jetés sur elle par les aventuriers, se mil à bourrer sa pipe consciencieusement si je puis vous être
agréable en quoi que ce soil ...
— Précisément!
— Disposez de moi, continua-t-elle, en dépit des signes de l'hôtelier qui se démanchait le cou, les bras et les mains, pour arriver à lui faire comprendre qu'elle ferait tout aussi bien de se taire.
Mais empêchez donc une femme de parler, pour peu qu'elle en ait l'envie, surtout quand cette femme marche dans les brisées du bonhomme Noé, le jour de sa première ivresse.
— Disposez de moi, répétait donc mislress Lowe Strogg, de ma maison et de mon noble époux.
— Vous allez au-devant de tous mes désirs, chère mislress Lowe.
— Parlez, que désirez-vous?
— Oh! une chose bien simple, bien facile.
— J'aimerais mieux que ce fût difficile, senor., nous n'y aurions que plus de mérite. Qu'est-ce?
— Voulez-vous nous permettre, avec tous les égards dus au beau sexe . . .
— Que de phrases! allez donc ! fit-elle, en lâchant quatre ou cinq bouffées de fumée au nez du roi des placères. Vous permettre , . . quoi ?
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— De vous attacher.
— Hein? cria-t-elle stupéfaite.
— De vous attacher les mains et les pieds le plus délicatement
possible.
— M' attacher, moi!
— Vous-même, chère mislress Lowe.
— Vous entendez cela, Slrogg, mon amour !
— Hélas! oui, dit l'hôtelier avec un soupir ressemblant à un beuglement.
— Ces païens parlent de m'attacher !
— Et moi aussi, ma mignonne.
— Vous, vous aussi, hurla-t-elle exaspérée. . . Puis, se calmant, elle ajouta :
. — Vous, après tout, cela vous regarde. . . Laissez -vous ficeler comme un saucisson/. . libre à vous. . . cela m'est égal. . . Mais moi.
mais !
votre femme!. . . ja-
— Mistress Lowe, ma. chérie. . . laissez-vous faire. . . On ne nous veut pas de mal, lui cria l'hôtelier effrayé de la surexcitation de sa femme.
— Pas de mal! m' attacher, moi! qu'on y vienne! Il fallait en finir.
Quelque risible, quelque grotesque que fût la colère ou l'indignation de la mégère, le temps pressait.
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