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VOYAGE AÉRIEN ; OU ENCORE, CE QUE MAITRE PIERRE APPELAIT : FAIRE UNE RECONNAISSANCE*
Deux jours venaient de -s'écouler depuis les événements racontés dans le chapitre précédent.
C'était le soir. *
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Une troupe nombreuse d'aventuriers campait au sommet; d'une accore escarpée, s'avançant jusqu'au milieu du lit fangeux du Humbolcll-River.
Cette troupe se composait d'une trentaine d'individus. Elle étai t commandée par notre vieille connaissance, Pierre, le foi des placères d'or.
Bien que les cavaliers parussent être accablés de fatigue, sur Tordre de leur chef, à peine avaient-ils mis pied à terre, qu ils commencèrent immédiatement à faire d'énormes abalis d'arbres, dans le but de fortifier encore une position déjà formidable par elle-même .
Les arbres, entassés les uns sur les autres, avaient été placés en travers du seul point par lequel on pouvait parvenir au sommet de r accore, de façon à former une infranchissable barricade.
De l'endroit où ils étaient campés, les aventuriers dominaient la plaine tout entière, et leur vue s'étendait dans toutes les directions jusqu'aux limites de l'horizon.
Les fortifications établies, les sentinelles posées, les chevaux soigneusement bouchonnés, on avait allumé les feux et préparé le repas du soir.
Repas dont bêtes et gens avaient un besoin extrême! Depuis le lever du soleil, c'est-à-dire pendant plus de douze heures, les aventuriers avaient galopé à toute bride, piquant droit devant eux, sans prendre un instant de repos pour laisser souffler les chevaux.
Les pauvres bêtes n'en pouvaient plus !
C'est des chevaux que nous parlons.
Devant un feu clair, allumé à quelques pas seulement d'une
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enramada, faite à la hâte, quatre personnes ' se trouvaient assises sur des manleaux étendus à terre, mangeant des tortillas de maïs, des patates cuites sous la cendre, et buvant le café froid coupé avec de l'eau.
Ces quatre personnes étaient Pierre le gambucino, Louis Keller, M lle Jeanne de Mercœur et son amie Lisbeth Tuillier.
Les deux jeunes fdles paraissaient pâles, défaites ; la fatigue les accablait.
Les deux hommes, habitués à la rude vie du désert, ne se ressen- îfe
taient que faiblement des travaux de la journée; tous quatre man- . &
geai eut sans échanger une parole. ^
Quelques minutes s'écoulèrent ainsi; enim le gambucino fit un geste de mauvaise humeur, et frappant du poing avec colère sur le sol, il poussa une exclamation violente.
— Qu'avez-vous, monsieur? lui demanda doucement Jeanne.
— J'ai, madame, dit-il sans oser la regarder, que je suis un misérable ! le dernier des hommes qui ont mis le pied dans le désert!
— Un misérable! ... le dernier des hommes 1 répéta la jeune iille avec une pointe de gaieté . . , Pourquoi vous traiter vous-même • :]; aussi cruellement?
— Parce que je le mérite. . . 1
— Pour quel crime, Pierre? interrogea son ami, sans doute, pour votre dévouement. . . et voire fidélité?. ♦ .
— Oui, parlons-en de mon dévouement. . . Avec cela qu'il est
intelligent !
— Mais qui le niera?
— Moi-même, par le Christ!
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Et pourquoi?
Comment! voilà deux jours que nous sommes eu roule et je
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ne puis parvenir à donner le change à ces démons qui nous poursuivent. Un vieux coureur des bois ! Un habitué du désert comme moi! C'est à s'en arracher la barbe de rage. Et c'était si facile f§
pourtant de leur échapper !
— Si vous n'avez pas réussi, maître Pierre, dit doucement || Lisbeth, c'est que ce n'était pas si facile que vous voulez bien le dire/
— Puis, avec trente hommes sur les talons, il n'est pas commode de ne pas laisser de trace, continua Jeanne.
— Justement, voilà qui m'indigne contre moi-même. Avec ces trente hommes auxquels je commande, j'aurais dû accomplir des miracles, el . . .
— N'est-ce donc rien, dit la" blonde jeune fille, n'est-ce rien que d'être parvenu à l'endroit où nous campons, à travers une nuée d'ennemis qui nous cernaient de toutes paris? Comptez-vous pour rien la défaite des Peaux-Rouges et le stratagème, grâce auquel les Mormons nous ont laissé passer?
— Certes . . . tout cela n'est rien, si je ne viens pas à leur faire perdre notre piste, reprit le gambucino d'un ton bourru, qui ne lui était pas ordinaire.
Louis, qui, pourtant, se trouvait presque toujours de l'avis de son compagnon, ne put s'empêcher de crier avec une grande vivacité :
— Au diable ! De quoi te plains-tu, Pierre? Assez de modestie ! tu la leur as fait perdre notre piste ...
Le roi des placères secoua la tête négativement.
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— Sur mon âme, il me rendra fou, ajouta Louis. Jugez si je dis vrai, mesdemoiselles. . .
— Moi, je vous crois de confiance, fil Lisbelh.
— C'est toujours cela de gagné. Mais écoutez et voyez si Pierre a en quoi que ce soit un seul motif d'inquiétude.
— Nous vous écoulons,
— Vovez si nos ennemis arriveront jamais à trouver notre piste.
— Louis, vous êtes un enfant! grommela le chasseur canadien.
— J'en appelle à vous, mesdemoiselles. Qu'avez-vous à craindre? tandis que nous courons vers la Californie, Joë Smill et quelques-uns de nos compagnons "entraînent les Mormons à leur poursuite.
— Bon, après?
— Périco, de son côté, les a laissés derrière lui, à peu près à la hauteur des frontières du Texas. Us ne savent à qui s'en prendre.
— On nous poursuit donc toujours? demanda anxieusement Jeanne.
— Je le suppose, puisque Pierre l'affirme.
■ — Oui, ajouta le gambucino. On nous poursuit avec un acharnement sans égal.
— Soit ; on nous poursuit. Mais, parmi ceux qui sont si acharnés
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contre nous, que peut-31 y avoir? des Mormons? Non pas, puisque
Joë Smill nous en a débarrassés. Les Peaux-Rouges? Ils ont reçu y
de rudes leçons, tous ces temps derniers. Il ne nous reste donc à redouter que quelques enfants perdus de la bande principale. — Oui-da! fit ironiquement Pierre.
Et de ceux-là nous obtiendrons facilement raison.
Espérons-le.
Vas-tu aussi nous nier la possibilité de nous défendre avan-
tageusement clans la position formidable que nous occupons?
— Non pas. . . mais soyons prudents, quand même.
— Prudents, ne le sommes-nous pas au suprême degré? De
toutes façons je ne vois pas qu'il y ail, dans tout, cela , si grande matière à se tourmenter.
Le roi des placères écouta celte
diatribe amicale avec sang-froid:
— Ami, dit-il, je le remercie et je remercie ces dames de ne pas articuler leur grief le plus sérieux contre moi, je n'ai pas encore rejoint M. du Falga.
— Hélas! murmura Jeanne, notre sort est dans les mains de Dieu; lui seul peut nous sauver!
Et elle laissa tomber sa tête sur sa poitrine. En ce moment, Pierre fil un geste brusque, pour réclamer le silence ; il tressaillit, un éclair passa dans son regard, une vibration faible comme un frisson de la brise à L'avers les branches avait soudain traversé l'espace. — Une oreille exercée comme la sienne pouvait seule percevoir ce son éloigné. — Le gambucino s'étendit sur le sol, colla son oreille contre terre, et il écouta .
Deux ou trois minutes s'écoulèrent; les assistants se regardaient avec anxiété, sans oser se communiquer leurs inquiétudes.
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Le même bruit résonna de nouveau, aussi faible et presque aussi insaisissable que la première fois. „ r:
Pierre se redressa d'un bond, son visage rayonnait. . — Ici, tiens ! cria-t-il d'une voix vibrante.
Tous les aventuriers s'approchèrent vivement de lui.
— Êtes- vous trop fatigués, pour pousser une reconnaissance avec moi? leur demanda le gambucino.
L33 rudes chasseurs haussèrent les épaules, tandis qu'un sourire de dédain crispait leurs lèvres, dédain à l'adresse de la fatigue dont leur parlait cet homme infatigable.
— A r ous voulez rire, c'est bon; nous ne demandons pas mieux, mailre Pierre, répondit Harry Coït, au nom de tous ses camarades.
— Bien! Harry, Sam, Josuah, Herman, Polski, José, Leroy, Rougel, Sandoval, prenez vos rifles et soyez prêts à me suivre, nous parlons sur l'heure.
Les aventuriers désignés par leur chef s'éloignèrent en se frottant joyeusement les mains, tandis que les autres, au contraire, se reliraient la tête basse,
— Àh ! murmura le gambucino en resserrant sa ceinture et