‹ Le Roi des Placères d'orChapitre 4 sur 75 · j--VrJ · texte numérisé non relu

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Vous croyez? fit le chasseur avec une expression sin-

gulière.

■ — - C'est mon avis; A r ous envisagez la question à votre point de vue; moi, je l'envisage au mien. Qui sait? Peulêtre nous Irompons-nous tous les deux. Attendons et nous verrons.

— C'est possible, reprit froidement le chasseur; quoi qu'il en soit, voici voire visiteur : faites-lui l'accueil qu'il vous

plaira ; quant à moi, je vous souhaile le bon-

,-" fw*sS soir.

Sans plus de cérémonie, J'Oiseau-Jaune s'enveloppa dans sa couverture, s'étendit sur le sol et ferma les yeux, bien résolu, en apparence, à ne se mêler en aucune façon à ce qui allait se passer. M. de Ycrdières l'avait attaqué dans son amour-propre, il ne répondait que par son silence.

Le docteur haussa dédaigneusement les épaules et fixa un clair regard sur un individu qui, après avoir tourné une rampe assez escarpée, se trouvait arrêté à dix pas au plus du campement. Cet homme, placé ainsi en pleine lumière, avait un aspect étrange et saisissant à la fois. Sa taille était haute, ses traits durs et énergiques; sa physionomie sombre, illuminée par deux yeux noirs, qui semblaient lancer des éclairs, avait une expression d'astuce et de bonhomie railleuse, difficile à rendre ; il portait un costume singulier, qui tenait le milieu entre celui des Peaux-Rouges et celui des chasseurs du désert. Il appuyait nonchalamment ses deux mains croisées sur l'extrémité du canon d'un rifle dont la

crosse reposait à terre; ses cheveux, d'un noir bleu, tombaienl sur ses épaules, noués près de la tête par une peau de serpent à sonnettes; sa barbe, touffue et rude, descendait fort bas sur sa

poitrine.

Il salua les voyageurs en s 1 inclinant à deux reprises et en étendant la main droite après l'avoir appuyée sur sa poitrine.

— . J'ai entendu des coups de feu, dit-il; j'ai vu briller la flamme d'un campement; les étrangers onl-ils besoin d'un bras fort et d'un cœur résolu ? J'accours à leur aide.

— Merci, répondit sèchement le capitaine, nous ne réclamons le secours de personne. Nos bras nous ont suffi, comme vous pouvez le voir.

■ — Mais, ajouta le docteur, notre hospitalité est offerte à tous ; avancez et prenez place auprès de nous. Si vous avez faim, mangez ; si vous avez soif, buvez; si vous avez froid, chauffezvous.

L'inconnu fil quelques pas en avant :

— Ceux qui savent, remplir les devoirs cle l'hospitalité marchent dans les voies de Dieu, dit-il sentencieusement; un hôte est sacré, tant qu'il est assis au foyer qui l'a accueilli, le savez-vous ?

■ — Nous Je savons ; bannissez toute crainte, et avancez-vous sans plus de retard, qui que vous soyez, ami ou ennemi.

— Soit, j'accepte le feu ; je n'ai ni faim ni soif.

Il s'approcha alors ; il s'assit en face des deux voyageurs, posa son fusil auprès de lui sur l'herbe, retira une pipe indienne de sa ceinture, la bourra, et après l'avoir allumée il commença à fumer silencieusement.

Cette courte conversation avait eu lieu en anglais, langue que

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l'inconnu parlait avec une rare perfection, bien qu avec un léger accent étranger.

— - Vous ayez été attaqués? dit-il au bout d'un instant.

— Oui, répondit le capitaine, les Peaux-Rouges ont tenté une surprise contre notre camp.

— Ce ne sont pas les Peaux-Rouges seuls qui vous ont attaqués.

— Comment le savez-vous? demanda le capitaine avec élon-

iv neraent.

— Qu'importe comment je le sais, si cela est.

— Je ne vous comprends pas? Qui êles-vous donc?

— Qui je suis? Vous le voyez, un homme comme vous.

— Eles-vous un ami ou un ennemi ?

— En ce moment, je ne suis ni l'un ni. l'autre. Je suis votre

\ . hôte.

p — Ce qui veut dire ?

- — Que plus tard, probablement, je serai l'un ou l'autre, fit-il d'une voix sourde.

— Pardieu ! dit en riant le capitaine, qui que vous soyez, vous êtes franc, camarade ; cela me plaît; le mystère dont vous vous enveloppez me charme; continuez, j'éprouve un plaisir véritable à causer avec vous.

— Vous raillez et vous avez tort, car moi je parle sérieusement.

— A Dieu ne plaise que je raille, mon mailre; j'adore tout ce qui sent le mystère, je vous l'ai dit; déplus, vous semblez me connaître, ce qui m'intrigue fort; me connaîlriez-vous en effet?

— Je vous connais, ainsi que votre compagnon le docteur-

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— - Merci pour moi et pour mon ami. Nous ne nous croyions pas si remarqués.

— Je vous ferai observer que. je n'ai pas dit votre ami, mais seulement voire compagnon; ce qui n'est pas du tout la même chose, ajouta le nouveau venu avec une pointe d'ironie.

Le docteur fronça le sourcil.

— Trêve de "soLtises, .dit-il; usez mais -n'abusez pas de l' hospitalité qui vous est accordée; vous avons-nous mal reçu? De quoi vous plaignez-vous ?

— J'en abuserai si peu, de votre hospitalité, que- je me retire, répondit-il en se levant. Je me suis réchauffé, je pars.

— À votre aise ! répondit le docteur d'une .voix rude.

— Mais nous nous reverrons sans doute, ajouta le capitaine avec ironie. Vous ne nous dites pas adieu. Nous reverrons-no us ?

— ■ Bientôt, je l'espère, fit-il d'une voix railleuse.

— Bon voyage, "alors !

— El. vous, bonne nuit ! reprit avec intention l'étranger, qui s'inclina légèrement et s'éloigna d'un pas lent. et majestueux, sans s'inquiéter de savoir si on. le suivait ou non.

— Pardieu ! j'en aurai le cœur net, s'écria le capitaine en se tournant vers la place, occupée par le chasseur canadien.

— Que prétendez-vous faire ? demanda le docleur. avec un accent inquiet, que son ami ne comprit pas bien.

— Savoir quel est ce drôle, qui pendant une demi-heure s'est ';8f| moqué de nous ; et il tira fortement la couverture dans laquelle

TOiseau-Jaune s'était soigneusement enveloppé. Mais il poussa un cri de surprise.

Hf Le chasseur avait disparu.

Presque au même instant, un éclair sillonna les ténèbres, el un coup de feu retentit, suivi d'un cri de douleur,

— Qu'est cela ? s'écrièrent les deux hommes en sautant sur leurs armes.

— Rien, répondit à quelques pas la voix railleuse de TOiseau-

Jauno, une bête puante que j'ai tirée au juger.

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