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L'Oiseau-Jaune et son compagnon de route avaient, comme on le sait, inopinément quitté le campement nocturne qu'ils occupaient avec le docteur Francis de Verdières, devenu leur ennemi mortel et déclaré.
Ils s'étaient dirigés vers le village, glorieux de posséder parmi ses monuments les plus dignes de- remarque, parmi ses habitations les plus luxueuses, l'hôtel Washington, tenu par master Strogg et par la divine, mais tant soit peu ivrognesse, mistress Lowe Strogg.
Laroute élait longue; en outre, ce fut seulement vers dix heures du soir qu'ils parvinrent aux environs du village, leur voyage ayant encore élé re lardé par les précautions continuelles qu'ils étaient forcés de prendre pour éviter d'être aperçus par les nombreux espions disséminés dans la plaine.
Lorsqu'ils ne furent plus qu'à une portée de fusil du village, l'Oiseau-Jaune fil un crochet sur la droite. Il se dirigea vers une masure abandonnée, tombant en ruine, et entourée d'une haie vive; après avoir fait franchir la haie aux chevaux, grâce à une brèche qu'ils rencontrèrent à propos , les deux hommes mirent pied à terre . — Pendant que je vais aller à la découverte, dit l'Oiseau-Jaune bouchonnez les chevaux, donnez-leur le maïs sans les desseller; déchargez seulement la mule, afin qu'elle puisse se rouler, et demeurez caché ici; surtout tenez-vous coi; prenez garde d'être aperçu; nous sommes, je vous en avertis, au milieu d'ennemis. Du reste, mon absence ne sera pas longue; quoi qu'il arrive, ne bougez pas avant mon retour, ou je ne réponds plus de la masse de cheveux que vous avez sur la lelc.
— Comptez sur moi, dit le jeune homme; seulement, revenez le plus tôt possible et avec de bonnes nouvelles.
— Je l'espère; n'oubliez pas mes recommandations, et tenez pour certain que si je ne vous rapporte pas de bonnes nouvelles, £ 5 est que le diable s'en sera mêlé, À bientôt.
Le chasseur jeta alors son rifle sous son bras, alluma sa pipe el se dirigea à grands pas, bien qu'en affectant une allure assez nonchalante, du côté du village.
Il n'en élait plus qu'à quelques pas à peine, lorsqu'il entendit le bruit de la course rapide de plusieurs chevaux.
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L'Oiseau-Janne eut à peine le temps de s'aplatir derrière .un buisson; une troupe nombreuse de cavaliers déboucha, à toute bride, du village,- et passa près de lui avec une rapidité si grande qu'il lui fut impossible de distinguer les visages.
— Qu'est-ce que cela veut dire ? murmura le chasseur en se relevant, allons toujours; je ne tarderai pas, sans doute, à le savoir. Hum! des gens qui courent si vile viennent de commettre un crime, ou ils vont accomplir une bonne action.
Il entra dans le village , tout était sombre et désert. Pas un bruit, pas une lumière. Rien!
— Hum ! fit-il avec inquiétude, . que se passe-1-il donc?
* Il atteignit l'hôtel ; tout était silencieux.
— Voilà qui est singulier! reprit-il, maitre Slrogg n'a pourtant
pas l'habitude de fermer d'aussi bonne heure son honorable établissement. Voyons donc ! voyons donc !
Il examina la porte et il s'aperçut quelle n était fermée qu'au moyen de pierres, placées pour la maintenir et non pour empêcher de pénétrer dans la maison.
Sa curiosité et son inquiétude augmentèrent; il ouvrit la porte, et il entra dans rétablissement.
— Bon ! il fait noir comme dans un four éteint, murmura-t-il 7 impossible de rien distinguer; jamais je n ai vu la maison sipeu gaie!
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Mais le chasseur élail homme de précaution; il fouilla clans sa gibecière, en lira une allumette, et il la frotta contre son vêlement de cuir; l'allumette prit feu et il vit clair.
— Ali! bah! s'écria-t-il en apercevant tout dans le plus grand désordre, et sur une table quatre individus garrottés et [bâillonnés qui se tordaient comme des serpents, — par exemple, voilà une : ? J|
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bonne farce? A quel jeu jouent-ils là! H
Et comme l'allumette commençait à lui brûler les doigts, il avisa un [lambeau gisant à ses pieds, ]e releva, et alluma une chandelle déjà à moitié consumée.
Son premier soin fut, ensuite, de couper avec son couteau, les liens qui attachaient les quatre prisonniers el de les débarrasser des bâillons qui les étouffaient depuis si longtemps.
Il était temps, les choses avaient été faites en conscience; les pampres diables étaient presque évanouis. Le chasseur canadien leur fit reprendre connaissance, en leur jetant à toute volée un seau d'eau sur la face, remède qui opéra si instantanément, qu'ils bondirent aussitôt sur leurs pieds tous les quatre en même temps. Puis vinrent les explications. Masler Strogg ne se fit aucun scrupule de raconter, dans les plus grands détails, les événements qui s'étaient passés en se réservant, bien entendu, le rôle le plus intéressant.
Cène fut pas sans éprouver une certaine satisfaction secrète, que le chasseur apprit, que les jeunes filles étaient libres, et par qui elles avaient été enlevées.
— C'est, sans doute, les ravisseurs que j'ai rencontrés en entrant dans le village, dit-il.., . Ils allaient aussi vite qu'une trombe bien lancée.
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— Je suppose que ce cloil être eux, car je calcule qu'ils sont partis depuis à peine une demi-heure, répondit master Slrogg en se frottant les reins. ;^
— Où donc est mistress Slrogg? lui serail-il arrivé malheur?
— Eh! vous m'y faites penser; la pauvre chère créature, je iM^ suppose quelle doit être furieuse. Grand Dieu! et moi qui l'oubliais !
Et il sortit en courant. . , ;
Bientôt après il reparut accompagné de sa digne épouse ; en effet, elle était furieuse, les yeux lui sortaient de la tète; elle criait, gesticulait et proférait les plus horribles menaces contre les infâmes bandits qui lui avaient fait subir un traitement si indigne.
Ce fut en vain que son mari el TOiseauJaune essayèrent de la calmer ; elle ne voulut rien entendre.
Tout à coup elle se frappa le front.
— Je tiens ma vengeance, dit-elle ! Àh! les gueux! si je mets la main sur eux!
— Que voulez-vous dire? lui demanda TOiseau-Jaune, assez inquiet; car il connaissait de longue date la méchanceté de cette créature diabolique. Elle était capable de tout; le chasseur le savait.
— À moins de deux lieues d'ici, près du lac sont campés des saints . . , S'ils peuvent arrêter mes bandits, leur affaire est claire !
— Bon, je vais les avertir! fil officieusement l'Oiseau- Jaune»
— Ne bougez pas, chasseur, dit-elle; ce soin me regarde. On n'est bien servi que par soi-même, ajouta-t-elle avec un ricanement railleur. Allons, master Strogg, remuez-vous, vieille momie, vous semblez ne pas sentir les insultes faites à votre femme..
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L'hôtelier eut beau protester, il lui fallut obéir à sa volontaire épouse, et ordonner à un domestique de seller deux chevaux pour l'accompagner jusqu'au camp des Mormons, qu'elle disait être installés auprès du village,
— Puisque vous n'avez plus besoin de moi, dit le chasseur, jem'en vais. Je suis heureux tout de même d'avoir pu vous rendreservice; donnez -moi une livre
de poudre, s'il vous plaît, master Slrogg, et faites un peu vile, je vous prie.
— Voilà, elle est. de première qualité.
— Merci; combien vous doisjc?
— Rien , répondit majes-
tueusement l'hôtelier; je ne suis pas ingrat; laissez-moi vous faire ce cadeau en récompense du service que vous m'avez rendu T quand je dis à moi. . . c'est de ma femme que je. . .
— Soit, j'accepte, pour la rareté du fait, lui dit-il en riant; au revoir, je regagne mon feu.
— Nous ne nous quitterons pas sans boire un verre de wiskey ensemble, mon brave chasseur? je n'ai pas la reconnaissance sèche.
— Encore cela? vrai, vous me gâtez, master Slrogg! Votre femme va crier.
L'hôtelier voulut le servir lui-même: ils trinquèrent, burent, se serrèrent la main, puis le chasseur sortit; mais il n'alla pas loin,.
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