‹ Le Roi des Placères d'orChapitre 66 sur 75 · SA · texte numérisé non relu

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Les assaillants n'avaient pu .venir à portée, pas un coup de carabine n'avait été tiré de leur côté.

Trompés par l'obscurité et le silence qui enveloppaient la maison de poste, les Indiens, ou quels que fussent, les assaillants, ■avaient cru surprendre les voyageurs et les bouviers endormis, et s' emparer ainsi d'une proie facile qui, par la sécurité dans laquelle •elle était, se livrait elle-même. .

Ils avaient en conséquence négligé les précautions habituelles, et, comptant sur leur nombre et la terreur qu'ils inspireraient, ils s'étaient élancés à la curée, assurés déjà de leur facile victoire.

L'événement avait complètement trompé leur attente.

Au lieu de gens gorgés de boisson et dormant du lourd sommeil de l'ivresse, ils s'étaient à Timproviste trouvés en face ■d'hommes résolus, bien armés, sur leurs gardes el solidement ■embusqués derrière des retranchements.

La déception fui terrible, les perles sérieuses; la mitraille et les balles avaient décimé leurs rangs et fauché leurs plus braves -combattants.

Plus de deux cents hommes, sans compter les chevaux, gisaient -étendus, morts ou mourants, sur le sol du llano, qui serviraient de pâture aux fauves.

Cependant, lorsque le premier effarement de la déroute eut cessé; les assaillants se rallièrent et s'arrêtèrent à environ deux portées de fusil de Tesquinace de la Cruz/qui leur avait été si fatale.

Les chefs se réunirent aussitôt pour délibérer sur les mesures . à prendre.

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La plus grande partie de celle bande d'oiseaux de proie se composait d'Indiens Pamperos, h la vérité; mais il y avait parmi eux environ deux cents ou deux cent cinquante gauchos malos, bandits de sac et corde, pillards émérites, dont l'incendie et. le meurtre forment le fond de l'existence.

Dans le premier assaut qui avait été donné, les gauchos s'élaient tenus en arrière pour laisl'honneur du premier combat. . ; ^hmm^^mm^S^^ T " Grâce à cette stipulation singu- ' "'"ï^aeçk *.**?.

ser à leurs alliés Peaux-Rouges

iière, tout l'effort du combat avait été supporté par les Indiens, qui avaient éprouvé des pertes énormes, au lieu que les gauchos avaient à peine eu quatre ou cinq hommes tués.

Mutuellement les récriminations commencèrent on s'emporta, et un insLanl les alliés faillirent en venir aux mains les uns contre les autres.

Mais le commandant supérieur des gauchos et quelques chefs indiens s'interposèrent et réussirent à ramener la concorde.parmt les confédérés.

La querelle terminée, on entama la question sérieuse. La. question de pillage ne tenait plus la première place dans l'esprit des confédérés. *

La vengeance primait tout.

Il fallait s'emparer coule que coûte de la maison forte, en ég.or-

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ger tous les habitants, ainsi que les voyageurs des deux convois, et laver dans leur sang l'insulte qui avait été reçue.

Ensuite, car il fallait toujours en revenir là, on se partagerait la dépouille des morts.

Après de longues discussions, voici le plan auquel on s'ar- ?!

rêla :

Les deux troupes réunies marcheraient de concert contre la maison forte, en prenant toutes les précautions nécessaires pour j

ne pas être aperçues ; arrivées à portée de fusil des retranche- j

menls, on ferait halte. Les gauchos mettraient pied à terre, se j

glisseraient en rampant, et de façon à ne pas être dépistés, jusqu'aux charrettes; arrivés là, ils s'arrêteraient, le cri du tïroiilero, ; espèce de vanneau fort commun dans les pampas, et qui porte un ; petit éperon à l'aile, donnerait le signal, en se faisan l entendre trois fois. 4

Au troisième cri du tiroutero, les Indiens s'élanceraienl ;

et feraient une charge à fond de toute la vitesse de leurs che- \

vaux, en même temps que les gauchos escaladeraient les reIran- ; .j

chements et engageraient contre les bouviers un combat corps à ;|

corps.

Ce plan était bon à cause de sa simplicité même et devait réussir à moins d'événements impossibles à prévoir.

Les confédérés oubliaient que c'est surtout ces événements impossibles dont il faut surtout se méfier.

C'est l'imprévu qui fait gagner et perdre les batailles et échouer les plans les mieux conçus.

La maison de poste avait repris son calme menaçant.

Lorsque toutes les mesures furent prises, les confédérés se

glissèrent ainsi qu'il avail été convenu à travers les buissons jus- :' ; j| §| Jj

qu'à portée de fusil de la poste ; là, ils s'embusquèrent au milieu des taillis.

Les gauchos mirent alors pied à terre, et, s'élendant sur le sol, | |,i

ils commencèrent à ramper silencieusement comme des serpents dans la direction" des. retranchements, ne s'avançant qu'avec des précautions extrêmes et s' arrêtant presque à chaque pas, pour prêter l'oreille et s'assurer qu'ils n'étaient pas dépistés. Rien ne bougeait autour d'eux.

Ils n'étaient plus qu'à une trentaine de pas dès-retranchements, ils n'avaient plus qu'une quinzaine de pas à faire pour être assez rapprochés de ceux qu'ils voulaient surprendre, pour donner le signal convenu et s'élancer à l'assaut, quand tout à coup le bruit du galop d'un cheval lancé à toute course et venant d'une direction opposée à celle où leurs alliés étaient embusqués les fit tressaillir et se blottir au plus épais de l'herbe.

Leur surprise se changea presque en épouvante quand ils aperçurent une grande silhouette blanche accroupie sur le dos d'un

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cheval et agitant les bras avec des gestes saccadés. .' \ $\

Les gauchos, aussi superstitieux que les bouviers, se signèrent, et instinctivement ils se rapprochèrent les uns des autres comme

s'ils se sentaient menacés d'un danger d'autant plus terrible que ' ;| |;

la portée leur échappait.

— La hadaf la hacla des llanos! murmurèrent-ils d'une voix étranglée par la peur.

Hada ou fantôme, la singulière apparition arrivait avec la rapidité de la foudre, galopant à travers les futaies, bondissant pardessus les obstacles qui lui barraient le passage, ses longs cheveux

au vent, ses vêtements blancs flottant en larges plis autour d'elle et faisant des gestes étranges.

Tout à coup elle cria d'une voix stridente et pleine de menaces:

: — Veillez ! veillez ! Les condors et les urubus volent clans l'air, mais les serpents rampent sous l'herbe et sous les broussailles ! Veillez ! veillez ! aux gauchos malos, veillez !

Et, en criant ainsi, elle fit deux. lois, avec une rapidité incroyable, le tour des retranchements; puis elle disparut subitement sans qu'on sût comment, bien que, par intervalles, sa voix saccadée se fit encore entendre .

— Maudite sorcière! murmura le chef des gauchos entre ses dénis, s'obstinera-t-elle donc toujours après nous? mais, vive Dios ! cette fois elle est venue trop tard : en avant, muchachos, encore quelques pas et ces demonios de carreler os sont à nous ! Les gauchos obéirent , mais avec mollesse, en hésitant. Leur première ardeur était passée et avait fait place à un profond découragement.

L'apparition étrange qui avait tout d'un coup surgi à leurs yeux . les avait atterrés.

Ils tremblaient, ils avaient peur, leur esprit troublé leur faisait pressentir un désastre.

L'effet contraire s'était produit dans l'intérieur des retranchements.

Les bouviers et les charretiers s'étaient bien trouvés du premier avertissement donné par la fantastique cavalière, elle était maintenant une bonne fée pour eux, sa deuxième apparition leur nit d'un heureux augure; au lieu de trembler, ils sen-

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tirent, au contraire j se raffermir leur courage et leur ardeur redoubler.

Sur Tordre de don Anselmo, ses trois compagnons avaient fait passer à voix basse un mot d'ordre aux défendeurs des retranchements. . , : •

Puis, don Fabricio Sandoval et Benito étaient venus se replacer aux postes qui leur avaient été désignés auprès des grands amas de ( bois secs préparés par les ordres v ( du colonel.

— À présent ! dit don Anselmo \ d'une voix calme.

Trois torches brillèrent dans les mains de don Fabricio et de ses deux compagnons ; eii un instant tous les bûchers flambèrent et répandirent une immense lueur.

Au même instant, le tiroutero fit à trois reprises entendre ses notes plaintives.

Une foulé d'ombres sinistres se levèrent du sol où elles étaient couchées et s'élancèrent sur les retranchements en brandissant leurs armes, aux cris de :

— À deguello ? a deguello ! ■ •* '

Horrible cri de guerre des gauchos malos, et qui devait quelques années plus tard noyer les. pampas et les villes argentines dans le sang, sur l'ordre; du féroce et sanguinaire Rosas, le plus cruel de tous les gauchos.

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