‹ Le Roi des Placères d'orChapitre 67 sur 75 · SI H · texte numérisé non relu

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Ea même temps on entendit un galop désordonné et des cris, discordants. Les Indiens chargeaient.

— Attention ! dit le colonel, toujours. impassible, brûlez-leur la moustache. Feu?

La fusillade éclata; les gauchos, qui déjà couronnaient les retranchements, furent rejelés en désordre au dehors. •

Au même instant l'artillerie de la maison de poste couvrit les Indiens de mitraille.

La lutte, cette fois, étail sérieusement engagée.

Les gauchos et les Indiens s ; acharnaient.

Ils combattaient avec celle rage que seule peul donner le désir de la vengeance et la honte de la défaite.

Sans cesse repoussés, ils revenaient toujours.

Ils semblaient ne reculer que pour prendre un nouvel élan.

Des combats corps à corps s'engageaient çà el là. . Décimés par les balles el la mitraille, les gauchos el les Indiens serraient leurs lignes profondes et se rejetaient avec une aveugle fureur clans la mêlée, se souciant peu d'ôlre tués, pourvu qu'ils fissent couler le sang de leurs ennemis.

Les chefs ne donnaient plus d'ordres, chacun combattait pour |

son compte, les bolas sifflaient dans l'air, brisaient les crânes et défonçaient les poitrines.

Par-dessus les hurlements de colère et les cris d'agonie, on entendait, par intervalles, la voix calme du colonel don Anselmo disant :

— Courage, muchachos ! songez à vos femmes et à vos enfants! feu sur ces bandits! feu toujours ! Tenez bon, ils sont à nous.

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Et les défenseurs des retranchements redoublaient d'ardeur, faisaient des efforts prodigieux, et luttaient avec un véritable hé-

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roïsme contre celte foule de bandits qui les assaillaient de toutes paris.

Les Indiens, eux aussi , avaienl mis pied à terre .et s'étaient joints aux gauchos; tous ensemble donnaient d'assaut aux retranchements.

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Celle nouvelle manœuvre inulilisait l'artillerie, qui ne pouvait plus tirer, et redoublait le danger des carreteros, obliges à faire face de tous les côtés à la fois aux assaillants, plus de quatre fois plus nombreux qu'eux.

La situation devenait critique , on combattait corps à corps sur toute la ligne.

Les carreleros combattaient toujours avec la même valeur, mais ils commençaient à perdre l'espoir de la victoire.

Les gauchos et les Indiens sentaient renaîlre leur ardeur, ils redoublaient d'efforts : le nombre devait finir par remporter.

Ce n'était plus qu'une question de temps.

Toul à coup, on entendit une voix stridente, criant :

— Courage! courage! les voilà! les voilà! courage! À mort les gauchos malos, à mort !

Debout comme une statue équestre sur un tertre élevé peu éloigné du champ de bataille, la blanche apparition agitait les bras, criait et poussait des éclats de rire stridents et rail- . leurs.

Comme chaque fois qu'elle s était montrée, la singulière apparition produisit un effet étrange et instantané ; elle rendit le courage aux défenseurs de la maison de poste, el glaça d'épouvante |

les Indiens et les gauchos. |

Les premiers redoublèrent d'énergiques efforts, les seconds hésitèrent et reculèrent en désordre.

Pendant une ou deux minutes, un silence solennel remplaça le bruit de la bataille.

— À mort les gauchos! à mort les assassins de femmes et d'enfants I cria l' apparition.

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Réveillés comme eu sursaut par cette voix railleuse el menaçante, les gauchos et les Indiens se ruèrent tous à la fois contre les retranchements el la lutte recommença avec une nouvelle fureur.

— Tenez bon, dit le colonel, tenez bon, voici nos amis ! En effet, presque aussitôt un

grand bruit se fit entendre et une nombreuse troupe de cavaliers apparut s'avançanl en bon ordre, et formant autour des combattants un immense cercle qui allait toujours en se rétrécissant.

— Maldito sea Dios! s'écria avec rage le chef des gauchos, voici le Commandant de la campagne } nous sommes perdus si nous lardons un instant ; en retraite ! en .retraite !

Mais la retraite n'était déjà plus possible.

Les gauchos et les Indiens non seulement étaient complètement entourés par des forces considérables, mais ils avaient abandonné leurs chevaux et se trouvaient démontés et à la mBrci de leurs ennemis.

Les chevaux, livrés à eux-mêmes, effrayés par les bruits du combat, s'étaient enfuis dans toutes les directions et éparpillés

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au loin dans la pampa ; il aurait fallu plusieurs heures pour les rassembler en supposant que leurs maîtres réussissent à franchir le mur de fer qui s'était subitement dressé autour d'eux.

Les gauchos et les Indiens périssaient par l'exécution même du plan qu'ils avaient conçu.

Les cavaliers continuaient à s'avancer lentement, silencieux et

calmes comme à la parade; pas un cri, pas un mot ne s'était fait entendre dans leurs rangs depuis le moment qu'ils s'étaient montrés.

Les gauchos et les Indiens étaient sans contredit d'atroces scélérats, souillés de tous les crimes, mais ils étaient d'une bravoure incontestable ; la pensée ne leur vint pas un seul instant de se rendre.

Au lieu d'attendre l'attaque de leurs nouveaux ennemis, ils se réunirent en un seul groupe et se ruèrent résolument sur les cavaliers en poussant des cris de menace et de défi.

Ils espéraient, en se lançant à l'improvisle sur leurs ennemis, les surprendre et réussir à s'ouvrir passage, ils se souciaient peu d'être tués, ils le préféraient même à la honte de s'avouer vaincus.

Malheureusement, ils avaient affaire à des ennemis qui les connaissaient de longue date, savaient ce dont ils étaient capables et se tenaient sur leurs gardes.

Au moment où ils se précipitèrent en avant, les carabines s' abaissaient et une épouvantable décharge éclata.

Les bandits tournèrent sur eux-mêmes, à demi aveuglés, et bondirent sur les retranchements.

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Les carreteros les accueillirent par une décharge à bout portant et les rejetèrent dans le llano.

— Chargez! À deguello! cria le Commandant de la campagne.

— ■ À deguello ! a deguello ! — Egorgez ! égorgez ! — répétèrent les soldats.

Et ils chargèrent.

Alors, ce ne fut plus un combat, mais une de ces horribles boucheries, sans merci et sans pitié, comme les pampas en ont tant vues de nos jours.

Les carreteros avaient sauté par- dessus les retranchements qui, désormais, n'avaient plus besoin d'être gardés et s'étaient bravement jetés dans la mêlée.

Il est impossible de rendre et d'exprimer la furie avec laquelle ces hommes se. ruaient les uns contre les autres et cherchaient à se tuer; les "blessés eux-mêmes se relevaient pour combattre encore et tuer un ennemi avant de succomber euxmêmes.

Le chef des gauchos faisait véritablement des prodiges de valeur; il renversait tous ceux qui essayaient de se mesurer avec lui, et brandissait son sabre, rouge jusqu'à la poignée, en appelant d'une voix stridente le Commandant de la campagne et le défiant avec une colère insensée.

■ — À moi, Pacheco ! à moi 1 criait-il ; ne sais-tu pas que je suis là? Às-tu donc peur de ton ennemi? C'est moi, c'est Sébastien Diaz de Quiros, ton ennemi qui te défie, lâche !

Tout à coup, un sabre croisa le sien et lui fit une blessure au bras.

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Ali I tu es Sébastien Diaz de Quiros ! s'écria en même

temps ce nouvel adversaire; il y a longtemps que je te cherche.

— Eh bien ! tu m'as trouvé et tu vas mourir, chien ! répondit le gaucho en ricanant.

— Non ! C'est loi qui mourras ! misérable bandit, assassin

de femme, défends-toi, je suis don Fabricio Pacheco de Guardia.

— Tomaf s'écria le bandit avec dédain, lu n'as donc plus peur, que tu as osé revenir ici, muchacho; lu me semblés grandi, sur ma foi, mon beau Fabricio . Que rapportestu d'Europe?

— Tu vas le voir ! répondit froidement le jeune homme.

— ■ Allons donc ! tu n'es qu'un eafanl.

Tout en raillant ainsi pour tromper son adversaire, le bandit écarta son sabre et, tirant son poignard, il se jeta à corps perdu sur le jeune homme.

Mais celui-ci fit un pas en arrière, frappa du pommeau de son arme le gaucho en pleine figure, et le fit reculer en trébuchant.

— En arrière ! dit-il, lâche assassin, et combats bravement et en caballero, s'il te reste un peu de cœur au ventre.

— Ah ! maudit ! s'écria le bandit ivre de fureur ; je te tuerai comme un chien que tu es !

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Et il lui tira à bout portant un coup de pistolet que le jeune homme évita.

— Tu tiens donc bien à nïassassiner, reprit don Fabricio en riant; eh bien! puisqu'il en est ainsi, tu vas mourir comme un chien enragé.

Il prit alors son poignard à la ceinture et le brandissant audessus de sa tête:

— Regarde, dit-il les dents serrées, voilà ce que j'ai rapporté d'Europe.

Et il le frappa ; le gaucho para avec son bras où il fut légèrement blessé.

— Pauvre joujou, bon pour un enfant comme toi, dit-il avec mépris; à mon tour.

Et il fit un pas en avant, le bras levé, prêt à frapper.

— Ah ! tu recules, s'éeria-t— il : tu as peur !

— ■ Non, répondit don Fabricio avec un accent glacé, en faisant un pas en arrière ; cette égratignure suffit, la lutte est terminée entre nous, ainsi que je te l'ai promis, je l'ai tué comme un chien ; meurs en paix si tu peux!

Et il se détourna en replaçant son poignard à sa ceinture,

— Ah! tu railles, s'écria-t-il en grinçant des dents, attends, louveteau !

Il leva son poignard et s'élança; mais, au premier pas, il trébucha et demeura comme hébété.

— Que se passe-t-il donc en moi? murmura-t-il.

Il se sentait envahi par une torpeur irrésistible : il semblait frappé d'engourdissement, le sang affluait à son cerveau en bouillonnant.

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Tout à coup, un tremblement convulsif secoua tout son corps, il tourna sur lui-même et tomba comme un sac.

— Ali! démon ! s'écria-t-il, tu as dil vrai ! ♦ . . tu m'as tué. Il eut une convulsion et ne bougea plus.

Il était mort.

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