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— C'est bien.
Deux heures plus tard, il y eut une assemblée générale de la nation sous l'arbre sacré de Guatechù; là, devant tous les membres, hommes, femmes et enfants, de la famille Quiros, étroitement garrottés et bâillonnés, il reprocha à ses ex-alliés leur perfidie, el leur trahison horrible qui avait causé la mort de plus de cent guerriers des plus braves de la nation, et leur annonça qu'en représailles de leur manque de foi, ils seraient livrés à. leurs ennemis.
Les prisonniers ne se défendirent pas, d'abord parce qu'ils étaient bâillonnés el que, quand même ils ne l'auraient pas été, ils xi auraient pas essayé de le faire, sachant trop bien qu'il est impossible de faire revenir un Indien sur une résolution prise/ surtout quand il est convaincu que la raison est de son côté.
Les Quiros avaient été surpris la nuit précédente pendant leur sommeil, garrottés et bâillonnés .
Le Gato-Monlès demeura encore pendant quatre jours dans sa tolderia, réunissant ses guerriers el écoutant les rapports de ceux qui, après le combat, affolés par la terreur, s'étaient enfuis dans toutes les directions, mais qui, la première panique calmée, revenaient maintenant les uns après les autres à la tolderia.
Le cinquième jour le Gato-Montès, fit attacher les neufs prisonniers en croupe derrière autant de cavaliers, et il donna le signal du départ, sans paraître entendre les cris douloureux des femmes et des enfants qu'il traitait avec une barbarie sans égale.
Ainsi que nous l'avons dit, le chef arriva à l'Esquina de laCruz au jour dit et à l'heure convenue.
— Me voici, dit-il,- prêt à racheter ma parole. .
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— Le Galo-Montès est satisfait, répondit le chef; le grand guerrier des visages pâles est généreux, son fils se souviendra, adieu!
11 salua courtoisement, fit exécuter quelques courbettes à son cheval, se remit à la tête de sa troupe, poussa un cri rauque, et
— Je rachèterai également la mienne, répondit le colonel ' : '-^| Rodriguez à qui s'adressaient ces paroles que le chef me suive ■ . .'auprès du grand blanc, chef de la pampa. . ;
— Allons, répondit laconiquement l'Indien.
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Un regard lui avait suffi pour s'assurer que son fils, le Puma, était libre dans le camp. Conduit en présence du général, il le salua gravement, mais sans prononcer un mot.
— Où sont les prisonniers ? demanda le général.
— Que mon père regarde, répondit le Gato-Montès. ^^j Il fit un geste.
Neuf guerriers s'approchèrent après avoir planté leurs longues
lances en lerre et, faisant voiler leurs cheveaux en même temps qu'ils détachaient les courroies qui retenaient les prisonniers, ils firent rouler ceux-ci sur le sol, puis ils regagnèrent leur première place sans môme retourner la tôle.
— C'est bien, dit le général en réprimant un mouvement de dégoût ; mon frère a tenu sa parole, à moi de tenir la mienne.
Un magnifique coursier magnifiquement hanarché fut amené au Puma, auquel on rendit ses armes et qui se mil en selle d 1 un bond; puis deux mules chargées chacune de deux barils d'eau-de-vie furent remises aux guerriers de la suite du chef.
— Ài-je tenu ma parole? dit le général; mon fils est-il
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tous les cavaliers indiens, s' élançant à toute bride, s'éloignèrenl comme un tourbillon.
Le général s'était empressé de faire donner des secours aux malheureux prisonniers si brutalement jetés sur le sol, el il les avait fait transporter dans la grande salle de la maison de poste, où il entra après eux, en les rassurant qu'il n'avait aucune inauvai.se intention contre eux, que bientôt il leur ferait connaître sa résolution, et qu'ils devaient se considérer comme ses hôtes et non comme ses ennemis.
Ces paroles ne rassurèrent que médiocrement les prisonniers, si rassurantes qu'elles fussent; jugeant le général d'après eux-mêmes, ils s'attendaient à tout de sa part, mais ils eurent la prudence de ne pas laisser voir leurs sentiments.
Un d'entre eux surtout, don Facundo Diaz de Quiros, était en proie aune rage indicible; craignant de se trahir, il prit le parti de s'asseoir dans l'angle le plus éloigné et le plus sombre de la salle, où il. feignit de s'endormir.
— Maintenant, senores, dit le général en s'adressanl aux trois membres de la Junta suprême, que désirez-vous de moi ?
— Général, répondit le plus âgé des trois, nous sommes porteurs d'un décret de la Junta suprême.
— Parlez, je vous écoute*
■ — ■ Nous désirons que tous les officiers soient présents, nous avons des ordres formels : excusez-nous, générai.
Don Horacio fit signe à don Anselmo qui sortit aussitôt, et rentra quelques instants après suivi d'une foule d'officiers, qui remplirent presque complètement la salle.
Tous les officiers se groupèrent autour du général.
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— Au nom de la République, dit alors le magistrat en se découvrant, geste que tous les assistants imitèrent aussitôt.
Le magistrat salua, déplia un papier que lui remit un de ses collègues et continua :
— La nation argentine, fatiguée des exactions et des sévices tyranniques de don X. de X. , président de la République, Ta déposé et exilé en Europe, par décret du 9 du mois de... 18... Après élections loyalement et librement faites dans toutes les villes de l'Étal, à la presque unanimité des suffrages, le général don Horacio Pacheco de Guardia a été élu président de la République Argentine; en conséquence, la Junta suprême, réunie en séance publique, a décrété...
• — A bas le tyran ! mort au tyran ! s'écria tout à coup une voix
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stridente.
Et un homme, bondissant comme une panthère au milieu de la foule, écartant et renversant tout sur son passage, se rua le poignard à la main sur le général
Don Fabricio se jeta devant son père et recul dans le bras le coup qui lui était destiné.
Le colonel Rodriguez s'élança vivement sur l'assassin, le vil!
désarma el lui porta un coup du poignard qu'il avait à la ceinture, qui l'atteignit à l'épaule.
La blessure était légère; pourtant, à la grande surprise de tous les assistants, à peine l'assassin, qui n'était autre que don Facundo Quiros, eut-il reçu le coup, qu'il tourna sur lui-même et tomba mort la face contre terre.
Tout cela s'était passé si rapidement qu'un éclair en aurait vu le commencement el la fin.
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Les assistants étaient atterrés.
Seul , le général avait conservé son sang-froid ; après . s'être assuré que son fils n'avait, reçu qu'une égratignure, il fit enlever le cadavre et, se tournant vers le membre de la .Tu nia :
— Veuillez continuer, lui dit-il froidement.
Mais le digne magistrat n'était nullement taillé sur un moule héroïque; il balbutia, bredouilla, bref, on n'entendit plus rien de ce qui lui restait à lire.
J'accepte provisoirement l'honneur que la nation a daigné me faire ; dans une heure, caballeros, dit il, je partirai avec vous pour Buenos-Ayres,
Ce qu'il exécuta en effet; mais auparavant, ilconfîa au colonel Rodriguez la mission fort peu agréable de conduire à Montevideo tous les membres existant encore de la famille de Quiros, où il ' devait les faire embarquer pour l'Europe avec injonction de ne jamais revenir sous peine de mort en Amérique et surtout sur le territoire delà République Argentine.
Les Quiros acceptèrent cette condition avec d'autant plus de plaisir fjïùls étaient complètement ruinés et que le général Pacheco fit partager entre eux par les soins du colonel Rodriguez une somme ronde de cent mille piastres. . i
Ainsi finit enfin celte interminable haine.
En arrivant à Buenos-Ayres, le colonel se sépara du général et continua sa route vers Montevideo, en compagnie des Quiros et sous l'escorte de cinquante Colorados.
Le général Pacheco ne se souciait que médiocrement d'être président de la République, si honorable que fût ce poste; il était
puissamment riche, il tenait à sa liberté et préférait de beaucoup rester Commandant de la campagne.
Il exposa ses raisons à la Junla, qui les comprit tout en admirant fort son désintéressement et porta son choix sur un autre moins patriote peut-être mais certainement plus ambitieux et qui, trois ans plus tard, fut renversé pour faire place à un autre.
Le général, rendu à sa liberté, se hâta de marier son fils avec dofia Severa.
La jeune fille ignora toujours le sort de son père ; elle crut qu'il avait émigré en Europe avec les autres membres de sa famille.
Les Quiros se sont définitivement fixés en Espagne, de retour ainsi après deux siècles dans leur ancienne patrie que peut-être ils auraient mieux fait de ne jamais quitter.
Telle est l'histoire que don Pedro de Ojeda nous raconta un certain, soir de tertulia, à Buenos-Ayres, chez le licencié donPablo Vanegas. Puisse le lecteur trouver autant de plaisir à la lire que j'en ai eu, moi, à l'entendre conter.
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