IV
et dont le nombre s'était considérablement augmenté depuis quelques jours.
Dix jours après le départ des voyageurs, c'est-à-dire l'avantveille du jour où le Gato-Montès avait promis de revenir, vers deux heures de l'après-dîner, le colonel causait avec le Puma que, sur l'ordre exprès du colonel, les soldats traitaient avec les plus grands égards, lorsque les sentinelles signalèrent Tapproclie d'une nombreuse troupe de cavaliers.
Le colonel les envoya reconnaître; bientôt on sut à quoi s'en tenir, et la joie fut générale à la maison de poste, où les arrivants furent salués par ck grands cris de bienvenue. C'étaient don Horacio et don Fabricio Pacheco qui revenaient de Bucnos-Àyres.
Le voyage s'était l'ail dans d'excellentes conditions; dona Severa avait complètement oublié les malheurs passés pour ne plus songer qu'au bonheur prochain qui lui était maintenant assuré.
La jeune fille était établie dans la famille de don Facundo Pacheco, où chacun s'ingéniait à qui mieux mieux à prévenir ses moindres caprices.
Le retour avait été rapide, il s'était exécuté en moins de quatre jours.
Le général avait hâte d'en finir avec la famille Quiros : U se préparait à Buenos-Àyres, par les soins de ses frères, de graves événements sur lesquels il ne s'expliqua pas, mais où il devait avoir une grande part.
Don Ànselmo sourit, lui pressa affectueusement la main, mais il n'insista pas, il avait deviné ce dont il s'agissait.
Quant à don Fabricio, il rayonnait; sa joie malgré lui, éclatait sur son visage.
Il portait l'uniforme de sarjento mayor, c'est-à-dire de chef d'escadron; son père l'avait choisi pour aide de camp; Sandoval se prélassait dans un magnifique uniforme de tenienle ou lieutenant.
Ces deux grades avaient été gracieusement donnés aux deux nouveaux officiers par don Sancho Pacheco de Guardia, ministre de la guerre et oncle de don Fabricio, sans doute comme récompense de leurs services à venir.
Cela arrive ainsi dans beaucoup d'autres pays que Buenos- Àyres, le népotisme est de tous les pays.
En somme, tout le monde était content, chose rare. Deux jours plus tard, un peu après le lever du soleil, deux troupes nombreuses de cavaliers furent aperçues, venant de deux points diamétralement opposés.
La première arrivait du côté de Buenos-Ayres, la seconde de la partie la plus sauvage de la pampa.
Toutes deux atteignirent presque en même temps l'Esquina de la Cruz où toutes les troupes avaient été mises sous les armes.
La première troupe, composée de cent cinquante cavaliers réguliers, commandés par un colonel et en tête de laquelle venaient trois membres de la Junla suprême, vint se placer à la droite des troupes du général.
Les trois membres de la Juntà mirent pied à terre et entrèrent -dans la maison de poste, où ils furent reçus avec tous les honneurs usités par le général, le colonel Rodriguez
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et les principaux officiers de l'armée, car c'était une véritable armée qui maintenant campait à l'Esquina de la Cruz.
Aii moment où les membres de la Junta goûtaient les rafraîchissements préparés en toute hâte pour eux, Benito vint avertir le général que le Galo-Monlès, suivi de trois cents
guerriers, arrivait en faisant des signaux de paix.
Le général se Ml a de
sortir.
Des membres de la Junta le suivirent et se placèrent sous le portillo de la maison de poste.
Fidèle à sa parole , le
Gato- Montés arrivait à
l'heure convenue, amenant
avec lui les prisonniers qu'il
s'était engagé à rendre.
Le Galo-Monlès élail, dans toute l'acception clu mot, un guerrier barbare; il avait tous les défauts et toutes les qualités de la race à laquelle il appartenait.
. Il avait juré de livrer la famille. tout entière de Quiros, à laquelle depuis si. longtemps il avait accordé une généreuse et loyale hospitalité; il est. vrai que celte hospitalité n'était pas pour lui sans avantages précieux, à cause du concours que, lui apportaient les, nombreux, gauchos niçilos à la solde des Quiros; bien souvent il leur avait dû le succès de ses
audacieuses entreprises contre les fermes et les propriétés des blancs disséminées dans la pampa.
Il appréciait les Quiros à leur véritable valeur, il avait pénétré toute la scélératesse de leur caractère, leur perfidie et leur politique tortueuse dans toutes les négociations entamées avec eux soit pour préparer une expédition, soit après la victoire pour partager les bénéfices; il les considérait comme des alliés utiles, mais méprisables, et dans lesquels il ne fallait mettre aucune confiance ; surtout il les redoutait fort. ; celle fois il se croyait véritablement trahi par eux, il résolut donc de tenir son serment au colonel Rodriguez,
Il atteignit vers le soir sa lolderia; déjà le bruit de sa mort s' et ail répandu dans la tribu par quelques Indiens échappés au massacre el arrivés avant lui; la joie fui vive parmi les siens quand on le vil arriver sans blessures, monté sur un magnifique coursier et brandissant orgueilleusement ses armes.
Sans vouloir entrer dans aucuns détails sur les péripéties de l'expédition, le chef se retira dans son toldo et fil appeler les chefs les plus braves et les plus renommés de la nation, avec lesquels il s'entretint secrètement pendant une grande partie de la nuit, puis il les renvoya el demeura seul.
Une heure avant le lever du soleil, les chefs revinrent les uns après les autres dans le toldo.
Chacun d'eux, en prenant place au feu du conseil, ne dit que ces deux mots :
— - C'est fait.
Auxquels chaque fois le Galo-Monlès répondit tout aussi laconiquement :
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