‹ Le Roi des Placères d'orChapitre 8 sur 75 · M VA · texte numérisé non relu

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Pierre baissa la voix et se pencha à l'oreille de son ami : — Je le saisj moi.

LES DKUX AMIS.

Tu le sais! s'écria Louis avec un tressaillement nerveux.

Oui.

Écoule, Pierre; je l'ai sauvé la vie, tu m'aimes, j'en suis

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sûr, tu ne voudrais pas me tromper; j'ai en loi la plus entière confiance ; la partie que nous jouons est terrible; de son succès dépend le bonheur de ma vie entière, Gaston est plus .qu'un frère pour moi; sa famille a rendu d'immenses services à la mienne. En mourant, son père l'a confié au mien; lorsque, la veille de son mariage, la fiancée de Gaston disparut, il voulut se tuer. Deux fois, je l'ai retenu, en lui jurant que je lui rendrais sa Jeanne bienaimée; ce serment, je le tiendrai, ou je me ferai sauter la cervelle. Je lui ai demandé six mois pour réussir, les six mois seront, accomplis dans un mois; ce que j'ai fait pour découvrir la vérité, les moyens que j'ai employés pour voir clair dans l'affreuse machination dont les deux pauvres jeunes gens sont les victimes innocentes, comment je suis arrivé sans me tromper jamais à suivre de Paris ici une piste cent fois perdue et cent fois retrouvée, si je le le racontais, jamais tu ne pourrais le croire; eh bien! en % ce moment, je suis à bout de force el de courage; je n'ai d'espoir

qu'en toi, en toi qui m'aimes et que j'aimerai, Pierre, comme

H jamais homme n'en a aimé un autre, si ce que tu viens de me dire

m cstlavérilé.

W Les deux hommes échangèrent une chaleureuse étreinte.

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— Avant de l'apprendre ce que tu désires tant savoir, un mot encore, Louis.

— Que. veux- lu? parle.

— Comment ce gredin de Francis est- il parvenu à enlever ainsi celle malheureuse jeune fille? Dans quel but a-t-il agi ainsi? l'aime-t-il?

— Lui, Francis! s'écria Louis avec mépris; non il ne l'aime pas; il ne l'a jamais aimée! Francis n'a qu'une passion: For.

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Jeanne est immensément riche; de Verdi ères convoite sa fortune, voilà tout; la pauvre enfant, serait cenl fois plus belle, cela ne pèserait pas d'un grain de sable dans la balance. Laide, il l'épouserait.. S'il pouvait avoir la fortune sans la femme, il ne se serait pas donné la peine de la faire enlever.

— C'est un rude gars !

— Son plan a élé dressé avec une simplicité et une adresse

infernales.

— Voyons ça, c'est intéressant au point de vue de l'art ! fit le second Mexicain, mettant les deux, coudes sur la table et se plantant le menton sur ses deux poings réunis.

— Se faire aimer de Jeanne, l'épouser en France, en Europe même, c'était impossible, il n'y fallait pas songer.

— Oui, dans ces pays soi-disant civilisés on a la faiblesse de demander le consentement des deux parties contractantes. Continue.

— Un seul pays an monde pouvait offrir à ce misérable les garanties suffisantes pour l'accomplissement de son crime.

— L'Ulah?

— Oui. Francis se fil Mormon. Aussitôt entré dans la secte des saints du dernier jour, il s'engagea à payer un million à ses nouveaux frères le jour de son mariage avec la pauvre jeune lîlle.

— Naturellement les saints, de leur côté, s'engageaient à lui prêter aide et concours.

— '- Ce qu'ils ont fait.

— En France? demanda Pierre, ne pouvant dissimuler son étonnement profond,

— En France. Les mormons y sont plus nombreux que tu ne

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le supposes. Ils oui la fureur du prosélytisme. Un million est une belle somme. Ils se sont -mis en campagne,

— Ainsi, c'est à Paris que la jeune fille a'été enlevée?

— A Paris même. De là conduite au Havre; comment, sans qu'elle ail pu appeler au secours? quels moyens infâmes, criminels, ont-ils employés, je- l'ignore; — mais toujours est-il qu'embarquée sur un de leurs navires elle a été amenée en Amérique.

— El nul n'a su?. . .

— Le secret est demeuré si bien gardé que sa famille n'a jamais pu découvrir ses traces.

— Et Verdi ères?

— Pour écarter tout soupçon, il n'a pas quille Paris immédialemenl.

— Le gueux !

— Du reste, il ne risquait rien.

— Pourquoi?

Ni Gaston ni la famille de Jeanne ne le connaissaient,

— Donc, il se croyait à l'abri?. . .

— Oui ; pour plus de sûreté, il annonça un beau jour son départ pour le Chili.

— Bien joué !

— Du Chili, où il s'était rendu effectivement, il se rendit à San-Francisco .

— Et c'est là qu'il a eu l'audace de se lier avec Gaston ?

— Tu y es.

— Mais cetLe liaison doit commencer à le gêner dans ses entournures de Joconde?

— Aussi eomple-t-il s'en dépêtrer à la première occasion.

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34 LE KOI DES PLÀCÈRES D'OR \

— C'est qu'il ne reculera devant rien !

— ■• Certes.

— Mais, mon bon Louis, à ce compte-là, ton ami Gaston s'est jeté dans la gueule du loup.

— C'est moi qui le lui ai conseillé.

— Mais un mauvais coup, ou, pour parler plus clair, un bon coup de couteau est bientôt donné !

— On surveille notre homme de près.

■ ■ — Àh! très bien! Je comprends. . . L'Oiseau-Jaune. - . c'est de lui qu'il s'agit.

Sur un geste affirmai if de san ami, le second Mexicain cou tinua :

— Pourtant. . . au point de vue de la fortune. . . le plan de

ce rusé coquin me semble pécher par la base.

— En quoi ?

— J'admets la réussite complète de ses projets.

— Tu admets l'accomplissement du mariage?

— .Oui.

— Eh bien ! ensuite?

— Il reste la famille de Jeanne, qui ne consentira peut-être pas à se laisser voler ses richesses aussi facilement qu'elle s'est laissé enlever la jeune fille.

— Francis à tout prévu.

— Tout? cependant...

— Jeanne de Mercœur est orpheline, mon ami.

— Elle n'a pas de parents ?

— Des parents éloignés qui la connaissaient à peine et se soucient d'elle comme loi de la prochaine éclipse de lune.

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