AUTEUR DU MAÇON
Dtniiihnr f^iti^^u.
2 beaux vol. in-H" , avec vignettes ; i5fr.
Vous connaissez Michel Raymond ; vous avez lu ce Maçon, qui fait frémir, qui fait penser, qui est vrai , qui est pittoresque , naïf et profond. C'est un des ouvrages les plus puissans de l'époque.
Eh bien! il y a plus de puissance encore, une force plus brutale, plus vive, plus âpre, une pensée plus impitoyable dans les Intimes , nouveau roman du même autfeur. Un roman !... Non , certes ; il y a trop d'histoire dans ces pages; c'est de l'histoire la plus secrète, la plus hideuse. La société ou nous sommes, cette civilisation couverte de gaze et appuyée sur la fange, pâlira en trouvant ici son portrait fidèle; en lisant ces deux volumes où la poésie surabonde, effrayans de vérité, francs jusqu'à la nudité, tragiquesjusqu'à l'horrible.
C'est un livre tout français; il repose sur une donnée plus que nationale, sur une donnée parisienne. Capitale du frivole et du faux, métropole de la sociabilité , Paris a seul pu donner naissance à cette intimité folle, étourdie , à ce besoin de se communiquer sans cesse, de se toucher par tous les points, de se pénétrer par tous les pores; à cette fusion de rapports sociaux , à ce pêle-mêle des idées et des habitudes , plaie profonde que nul autre ne connaît. Michel Raymond l'a sondée. Il nous a montré cette gangrène de l'intimité, cette facilité de commerce, souillant le lit nuptial, tuant la vertu, écrasant le bonheur réel, jetant le crime et la douleur sur le foyer domestique. Tout ce crime, tout ce malheur ne jaillit pas d'événeniens extraordinaires, mais de la nécessité même des choses et de la juxta- position des caractères. On voit à nu les ressorts de la fatalité sociale. Nos pensionnats de demoiselles, qui font des actrices ou des artistes, non des mères ou des épouses; nos ménages ouverts au premier intime; nos mœurs étourdies, familières, bonnes à tout venant; notre penchant à une confiance niaise et un laisser-aller que nous prenons pour du boji cœur; ce défaut de principes, de but, de croyances, qui ronge la société; ces points de communication si nombreux établis entre Ta bonn-i compagnie et la mauvaise; tout ce qu'il y a de redoutable, de dangereux, de profondément dépravé sous rappareuce chatoyante de cette société fondée.
Les plis de l'alcôve soulevés, les derniers mystères révélés, ce que h vice se dit à peine à lui-même proclamé, des existences saphicmes analysées, des anomalies de débauche indiquées, des secrets dont l'intimité la plus sans réserve s'avoue à peine la moitié, dévoilés, voilà ce
qu'on trouve dans ce livre, étincelant de talent, dans ce livre qui fait mal , car il est vrai ; dans ce livre où la partie la plus brillante du caractère français, la facilité de commerce, est présentée sous son vrai jour, accusée, condamnée, traînée sur la claie, non sans justice. Sous le rapport moral , quelque voluptueux et hasardés que soient plusieurs tableaux, tous brûlans d'une sève de jeunesse et d'une fureur d'artiste, les Intimes sont estimables , et seront utiles. La sainteté du foyer domestique y brille; l'apologue moral y est enfermé, en dépit des auteurs eux-mêmes, qui ont semblé ne choisir pour conclusion que le désespoir. OEuvre puissante et peu commune, où la nature physique coramela nature morale sont révélées dans les harmonies et leurs dissonances les plus profondes; livre qui nous peint et wms poinct, comme dit Montaigne. Revue de I arts.