SCÈNE VI ANGELO, SYLVANA
ANGELO, joyeux.
Sylvana !.. toi.. c'est bien toi. que je revois. . SYLVANA.
Cela vous surprend Angelo ?..
Oui! Durant ces deux longs mois qui viennent de s’écouler, sans cesse j'ai pensé à toi; je t'accusais d'ingratitude ; car je ne recevais aucune nouvelle .. tout à l'heure encore, je disais à Mario, que tu m'avais oublié. Mais te voilà enfin, et je suis heureux.
Vous doutiez encore de mes promesses ?
ANGELO
J'ai tout souffert depuis ce moment, par ton père ; j'ai puisé dans mon amour de ne pas me venger des injures reçues
où je fus chassé Pour toi, la force
SYLVANA.
. Pardonnez, Angelo !.. 11 faut avouer que si nous
étions à sa place, nous serions peut-être aussi sévères que lui.
ANGELO
Oui, c'est vrai, ne parlons plus de cela!.. c’est le passé !.. Tues là, près de moi!.. j'oublie tout !..
SYLVANA.
J'ai appris que vous étiez malheureux, m'accusiez, moi dont les pensées n'étaient que pour vous ! Alors, j'ai voulu vous revoir ; combien il m'a fallu, de ruse et de raisons, habilement imaginées, Pour sortir ce soir, sans être surveillée par mon père !
qe
que vous
ANGELO, douleureusement.
RE
Ton père !.. I] n’a donc Pas cessé de me haïr 2...
SYLVANA.
ee rouvre
Non !.. Hélas!.. Sa haine est demeurée, comme au premier jour.
LE ROI DES TÉNÈBRES 95 Fe
vues De-men ur ie ©
LA. M ne
Tu n'as pas essayé de l’attendrir ?
-. Tu ne lui as pas dit combien je t'aimais ?..
SYLVANA.
hassé
force J'ai employé tous les arguments pour le convaincre.
ANGELO
Et rien n'a pu le fléchir | S
nous vères SYLVANA.
Sa réponse est toujours la même: «« Sylvana ! le gouverneur Degli Fortunati demande ta main, tu l’épouseras. ”
st le ” . ANGEL.
Mais, c'est de la tyrannie !
ous SYLVANA.
pour m'a J'ai pleuré, j'ai supplié, tout fut inutile | ées, re ! ANGELO.
Pauvre enfant,
tu souffrais comme moi, et je t’accusais !..
SYLVANA,
Je vous pardonne, Angelo me pas les souffrances du cœur.
est-ce que c'était possible ?
; Car on ne commande Quand à vous oublier,
LE ROI DES TÉNÈBRES ANGELO, avec joie.
Tu m'aimes, Sylvana !.. je crois maintenant, j'ai foi en ton amour! Je ne méritais pas, moi, pauvre et sans titre, d’être aimé par une femme telle que toi ; mais, je saurai te rendre tendresse pour tendresse. Ah ! il t'aimera, va, le petit horloger !.. Il t’aimera, comme on aime les anges, comme on aime la Madone, comme on aime son Dieu!.. Il sera ton esclave, ton bien, ta chose, et si tu lui ordonnes de mourir ; il le fera sans regret, car ce sera pour toi !
SYLVANA.
C'est parce que je suis sûre de la grandeur de votre amour, que je vous ai donné mon cœur. Si je suis ici, c'est pour vous consoler et vous faire mes adieux.
ANGELO
Tes adieux !.. An ! ne parle pas ainsi ; tes adieux, ne plus te revoir, .. vivre loin de toi !.. C’est impossible, est-ce que je pourrais exister ?..
SYLVANA.
Il le faut pourtant, mon ami, soyez convaincu comme je le suis moi-même. Ecoutez-moi, car cet entretien, sera peut-être le dernier que nous aurons.
ANGELO, éristement.
Le dernier !..
SYLVANA.
Oui, car si mon père persiste, à vouloir, me faire épouser ce Degli Fortunati que je hais! Eh bien!
les portes d’un couvent s'ouvriront devant la fille du duc des Altoviti : Elle disparaîtra du monde, pour ensevelir dans un cloître, son amour et ses rêves brisés.
ANGELO, avec bonheur.
Sylvana !
SYLVANA.
Mais, vous saurez, vous, Angelo ! que ce cœur vous appartient sans partage! Jusqu'à la mort ce cœur ne battra que pour vous — ne gardera le souvenir que d’un seul nom — le vôtre !
Sylvana ! Merci pour ces paroles qui me donnent tant de bonheur. Mais j'ai confiance, nous n’en viendrons pas jusque-là! Je saurai trouver le moyen de te
conquérir, il le faut, aie confiance.
SYLVANA.
Je suis heureuse, je vous vois plus courageux! Je ‘ puis partir maintenant, vous serez fort dans l’adversité, (Ici la scène commence à s'obscurcir. )
ANGELO
Tu pars !.. déjà !..
SYLVANA.
Soyez raisonnable, Angelo. Vous ne voulez pas m'exposer à la colère de mon père ; s'il apprenait que je suis ici.
98 LE ROI DES TÉNÈBRES ANGELO, avec lendresse.
Non!.. Non!.. je suis ingrat !.. Pars, je garderai un souvenir de cette visit: de toi !.. Toujours toi!..
n'est-ce pas le bonheur !. Espérons nous revoir bientôt,
SYLVANA,.
Je le souhaite ! Du courage !....
ANGELO
terres SAUIEU :,,,,