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Le roi du bagne

"Du même au même, cl attention! Le premier qui prend un ra pour un fia et bat la Berloquepour la Diane, je lui fais avaler ma canne de la pomme à l'enbout! Compris, hein? Lors donc! citoyens tambours! à vos rangs! Attention! les m Ions sur la même ligne! les genoux tendus, le corps d'aplomb sur les hanches! Les coudes en dehors el les mains aux baguettes! Du moelleux, mes amours! Le tambour doit être beau, même quand il ne bat pas sa caisse! Droite, alignement! La tête droite, le menton rapproché du col !. . . Fixe!"

Et le major, en achevant ces mots prononcés d'une voix de tonnerre, balança gracieusement sa canne gigantesque, se recula d'un pas et embrassa d'un coup d'œil profondément connaisseur l'ensemble du petit peloton placé à dix pas devant lui.

Ce tambour-major était un homme de cinq pieds dix pouces au moins, admirablement pris dans son énorme taille. Son buste -ithlétique, ses bras et ses jambes aux proportions gigantesques, ses pieds et ses mains dignes d'un Titan, décelaient une constitution vigoureuse et une force physique peu commune. Mais par suite d'un caprice bizarre de la nature, ce corps de géant était surmonté par une tête d'une petitesse presque ridicule. On eût dit un œuf (car elle en avaH la forme) placé sur le fût d'une enorme colonne.

Au premier coup d'œil, il était même difficile de distinguer cette tête dans ses détails. Ce qu'on voyait d'abord, c'était une sorte de forêt de poils roussâtres avec quelques rares éclaircies d'un brun également roux. Cheveux, sourcils, favoris et moustaches se touchaient, se confondaient au point de former un seul tout de nuance éclatante. Le front fuyant se devinait sans se ■r voir. Deux petits yeux brillaient sous les ^uurcils incultes. Les pommettes des joies, le menton et le nez pointus, presque acérés, faisaient soupçonner la teinte primitive de la peau, qui avait dû être blanche jadis,

Un gigantesque chapeau à cornes, surmonté d'un panaché couvrait cette tête au point de la faire disparaître. Le reste du

corps était revêtu de l'uniforme adopté par le Directoire pour les tam'bours-majors des armées de la République française; mais, hélas! chapeau, panache et uniforme n'attestaient que trop l'impossibilité où était le gouvernement de s'occuper de l'équipement de ses trou

Le chapeau de feutre, noir dans le commencement de son service, était devenu gris jaune, verdâtre; sa forme était défoncée. La pluie, le vent, les intempéries des saisons l'avaient métamorphosé, et les cornes tombant dans le dos et sur le nez, avaient une vague apparence de gouttières dont elles devaient certes, au besoin, remplir l'office. Du panache, il ne restait debout que le plumet, et encore ce plumet u'était-il plus qu'un triste vestige de lui-même: c'était un bâton sur lequel se hérissait de loin en loin une plume d'une nuance insaisissable qui se dressait comme la moustache d'un chat fâché.

L'habit bleu avec des retroussis rouges avait perdu un pan sur le champ de bataille, et les pièces multicolores, à l'aide desquelles il avait radoubé, dessinaient dans "s dos, sur la poitrine et aux manches, des arabesques bizarres, telles que les aiment les muletiers espagnols. Le pantalon de cotonrade, rayé blanc et rouge, avait toute une demi-jambe gauche en lambeaux. La droite tenait encore à Laide d'un renfort de ficelles artistement remmaillées à la hauteur du genou.

Le pied droit avait conservé les restes d'un soulier à semelles épaisses; le gauche disparaissait, à demi nu, dans un sabot garni de paille. Soit mépris des richesses, soit habitude prise, le tambour-major paraissait aussi à son aise sous ce costume déguenillé que s'il eût défilé la parade avec un uniforme constellé d'or. S'appuyant sur la pomme de enivre de sa canne, il semblait enchanté de lui-même.

Les douze tambours placés sous son- regard n'étaient guère mieux vêtus que leur chef, et il eût été bien difficile à l'inspection de leur costume, de définir non seulement à qael régiment, mais à quelle nation ils appartenaient, sans je ne sais quoi qui est particulier aux troupiers français, n'eût fait deviner eu eux, au premier coup d'œil des enfants de la République.

Un splendide soleil de mars éclairait cet-

LE T \Mliunt DQ DEMI BRIC \.DE

te srcnr, qui avait pour cadre 1rs merveil leuses campagnes de L'Ital e septentrionale. On était presque aux portes de Nice, où étail établi le quur! ier général de l'armée d'Ita

lie; ihui loin, ;i gauche, on apercevail le Var décrivant ses sinuosités dans la plaine, et, sur L'autre rive, les clochers de Saint I. nu rient, La dern ère ville du département.

Paui re armée d'Italie! Elle étail dans un bien triste étal dans les derniers jours de mars 1 7 '. m ; . La bataille de Loano, gagnée mu mois de novembre précédent pur le rai Schérer, avail terminé La campagne, ei vainqueurs ei vaincus étaient entrés forcément eu quartier d'hiver; mais tandis que Les Autrichiens redoublaient d'efforts pour nous écraser, une fois le printemps venu, v Directoire, effrayé de ses revers essuyés sur les bords «lu Rhin ei occultés exclusivement du soin de Les réparer, négligeait et laissait dans un coupable oubli 1rs soldats de Loano. Le dénuement affreux dans lequel s'était trouvée l'armée de Schérér avait empêché ce généra] de tirer <le sa victoire le parti convenable: l'habillement, Les vivres, les munitions, sans parler de la solde, manquaient à la fois et il était devenu nécessaire d'employer les moyens de la discipline la plus sévère pour empêcher les soldats do se livrer à tous les excès qui sont la suite naturelle de la faim et de la misère. Leur séjour dans an pays ennemi, ou chez un peuple que La force seule et la crainte maintenaient dans un état de neutralité apparent, était peu propre à reposer ces mêmes soldats do leurs fatigues. Affaiblie encore par ses derniers succès, l'armée d'Italie n'avait reçu (pie des renforts insignifiants. Au printemps, au moment où le retour des beaux jours annonçait l'ouverture prochaine d'une nouvelle campagne, Schérer avait été rappelé, l'armée d'Italie n'avait encore onne pour la commander en chef, et elle comptait à peine trente-quatre mille combattants.

Le quartier général était à Xice: les différents corps étaient placés dans les Alpes, et pour distraire les soldats, pour leur faire oublier leurs misères par des occupations suivies, les officiers s'efforçaient de décupler le nombre ordinaire des écoles et des manoeuvres. A Nice surtout, on séjournait Berthier, qui remplissait les fonctions de chef d'état-major de l'armée d'Italie, les

distractions forcées étaieni régulièrement imposées aux troupes: ainsi au moment même ou le tambour major, dont nous «renoua de décrire l'extérieur délabré, présidait à le du tambour, lu magnifique campagne qui entoure la ville maritime était

< maillée de pelotons de poldats si- livrant

loua au\ différentes manœuvres qui formaient l'inst ructioa militaire de L'époque.

Tous ces soldats appartenaient a ta même demi brigade, la :'>*'«■, entièrement com] d'enfants d<'< faubourgs de Paris, commandée par le colonel Uampoii, comptant Lanues parmi ses chefs de bataillon et obéis- — , 1 1*1 aux ordres du généra] Augereau. Soldats cl chefs étaient dignes les uns <}i-< an- Beau corps a contempler pour un œil connaisseur, (pie ceiie 32e! Belle demibrigade que celle-là avec ses Boldats dégue-

nillés, sans souliers et sans coiffures: Terrible devant l'ennemi, insoucieuse devant les privations, mais hélas! un peu indisciplinée «buis l'inaction. Comme ils avaient la tournure déhanchée, l'œil effronté, la main prompte et le pied Leste, «es di enfants de Paris! Comme ils connaissaient les bons coins a la maraude, comme ilvaient flairer les celliers remplis et dénicher les poulaillers. Les officiers étaient las de punir, et ils ne punissaient plus. Quelle brigade de vauriens en paix, mais quelle brigade de lions en guerre! Il avait fallu les voir à Loano. aux prises avec les grenadiers autrichiens, ce* petits conscrits «ie l'année précédente, pour comprendre ce que pouvaient de pareils hommes. La 32e!

" Corbleu ! disait Augereau dans son langage pittoresque, c'est le nanan de l'année d'Italie, c'est le dessert de la victoire!"

Aussi comme Rigobert Rossignolet, le colossal tambour-major, était fier de marcher à la tête de sa demi-brigade. Comme il lançait sa canne en avant, avec un geste superbe, quand ses tambours battaient la charge sur le flanc de bandiére de la colonne lancée sur l'ennemi. Eossignolet avait l'amour de son état développé à un tel point que, selon lui, il n'en existait pas de plus beau et qu'il eût certes hésité à échanger sa canne à pomme de cuivre contre une épaulette de lieutenant. Les tambours étaient, pour lui, des artistes menant des héros à la gloire, mais il fallait que ses subordonnés montrassent le même zèle qui

L/E TAMBOUR DE LA 32e DEMI-BRIGADE

l'animait. D'ordinaire; mais Rossignolet se réservait le professorat, reléguant les maîtres au rôle de chefs d'étude, et chaque jour, à l'heure ordinaire, il faisait son cours sa canne à la main.

Cette fois, comme de coutume, les tambours étaient rangés sur deux lignes en face du major, par rang de taille. A gauche du petit peloton était un groupe d'enfants aux -vêtements semblables a ceux des soldats *t tout aussi délabrés: c'étaient les élèves tambours de la demi-brigade. Ces élèves étaient au nombre de sept. Six d'entre eux pouvaient avoir de quatorze à quinze ans, et n'offraient dans toute leur personne rien de bien caractéristique: c'étaient des enfants de troupe, fils de soldats, soldats dès le berceau, et voyant dans l'avenir les galons de caporal ou ceux de sergent. Le septième, celui placé à l'extrême gauche en raison de sa plus petite taille, était plus jeune que ses compagnons; à peine devait-il avoir douze ans: mince, élancé, élégant, ce petit tambour offrait en lui, en dépit de son extérieur misérable, un ensemble remarquable par l'opposition qu'il formait avec ses camarades aux allures de véritables gamins de Paris. Sa position dans les rangs de l'école, position que lui eût, au reste, valu sa taille, indiquait néanmoins un novice nouvellement engagé, car il était sous la, coupe immédiate (suivant l'expression de Rossignolet) d'un tambour-maître faisant fonction de sous-professeur. ■

— Attention ! . . . fixe ! avait dit le major. Les tambours redressèrent leurs rangs et

demeurèrent immobiles, les mains aux baguettes.

— Décomposition du roulement ! reprit Rossignolet. Tambours ! . . . deux coups de chaque main . . . premier coup de la main droite ! ! . . Un rrrra de deux, de quatre, de six, de huit, et de douze î . . De l'ensemble et du doigté ! . . . Un ramage de à rendre rrra enragé ! . . .

Et Rossignolet, appuyant vigoureusement sur ces successions de syllabes roulantes, leva majestueusement sa canne en étendait le bras droit qu'il agita avec rapidité. Y:\ vacarme assourdissant répondit au geste du major: tous les tambours résonnèrent avec une vigueur et un ensemble qui fit sourire Rossignolet.

— Pas mal ! pas mal ! murmurait- il dans ses moustaches.

Tout à coup la canne, qui continuait à s'agiter en fendant les airs, demeura immobile après un dernier coup sec de Pavant-bras et la pointe s'abaissa majestueusement: le silence se fit aussitôt.

— La charge ! reprit Rossignolet ; la

marche de la victoire et de la gloire!

Attention, mes amours ! Un fort coup de la main droite chassé immédiatement par un petit coup de la main gauche! Des fia! toujours des fia ! Flagornez-moi de fia flatteurs !

On voit que Rossignolet avait composé des phrases aux modulations imitatives pour mieux inculquer dans la tête de ses hommes les principes des leçons qu'il leur donnait. Rossignolet leva sa canne directement devant lui, le bout en avant, Pavantbras droit étendu, le coude en arrière. Immédiatement les tambours battirent cette manche saccadée, rapide, s'accélérant d'instants en instants, dont le retentissement a porté la terreur en Europe, du Rhin à la Vistule. Puis, une seconde fois la canne s'abaissa brusquement et le silence se fit de nouveau. Rossignolet accompagna l'abaissement de son jonc gigantesque d'un sourire tout aussi approbateur que l'avait été le précédent.

— Attention ! . . . reprit-il après un silen-

ce. Place !

repos

Les tambours demeurèrent immobiles.

Rossignolet empoigna sa canne au-dessous de la pomme, il l'éleva à la hauteur des yeux en étendant le bras en avant; les tambours, tous d'un même mouvement, remirent leurs baguettes dans les portants du collier. Rossignolet rapprocha la pomme de sa canne contre sa poitrine: les tambours détachèrent leur caisse de la cuissière. Rossignolet éleva de nouveau sa canne à la hauteur des yeux; les tambours posèrent leurs caisses à terre. Alors le major s'appuya magistralement sur son sceptre : c'était le moment du repos.

— Dis donc, citoyen major, fit un tambour en s'approchant de Rossignolet, m'est avis que c'est l'heure de la soupe qui vient de sonner.

— Tu l'as dit, Bamboche! répondit le major, l'heure est venue!

— Et la soupe?

LE i wii'.ni u DE LA 32i DEMI BRIGADE

, - Elle doit ôi re en route.

Et elle arrivera?. .

Quand il plaira aui citoyens directeurs et ;i la République une et Indii isible.

— Ci'si ;i iiiv, reprit Bambroche eu secouant la tôte, qu'il va falloir se brosser le \nii rr aujourd'hui comme hier.

— Comme avant z'hier et les jours subséquents! interrompit Le tambour major.

Donc, puisque l'ordinaire fait défaut, reprit Bambroche, eu avant la maraude! A qui le tour, à cet te heure!. . <i"' ('sl de cordée?

— Bibi-Tapin ! cria un tambour.

— Bibi-Tapin! reprit Rossignolet d'une voix grave, avance a l'ordre!

Le plus jeune des deves tambours, l'enfant n la physionomie intelligente, n la tournure distinguée dont nous venons de parler, s'avança résolument, et se campa en face du major dans la position du soldat sans armes, la main droite portée à la hauteur du front.

— Les épaules effacées! hurla Rossignolet, les coudes au corps, la paume de la main en"dehors, le petit doigt en arrière sur la couture du pantalon! fixe!

Bibi-Tapin ne bougea pas: Rossignolet l'enveloppa d'un coup d'œil connaisseur.

— L'enfant se forme ! reprit le major. Or donc, voyons un peu, histoire de passer le temps, si l'instruction morale est à la hau leur de l'éducation physique. Bibi-Tapin! Attention! Qu'est-ce qu'un rrrra de trois?

— Un rrrra de trois, major, répondit l'enfant en rougissant, c'est un fia de la main gauche, et un coup de la main droite.

— Bien! Et un rrra de quatre!

— Deux fia, un de chaque main.

— Superbissime, Bibi-Tapin ! . . . Qu'estce que c'est que la batterie aux champs?

— L La décomposition d'un rrra de six, major!

— Bravo ! dit Rossignolet avec un sourire approbateur. Continue Bibi-Tapin, et tu auras un avancement rapide: avant trois mois, tu seras tambour en pied!

L'enfant rougit encore et ses grands yeux s'animèrent d'un jet rapide.

— Maintenant, reprit le major en toisant «on élève d'un regard satisfait, la République une et indivisible jugeant à propos de laisser son armée d'Italie sans pain cuit et sans de quoi en acheter, et le soldat

éprouvant le besoin lmp.érieux de tanter soi même, tu es Invité, Bibi-Tapin, a aller faire, au nom de tes camarades, an emprunt forcé a aot amis les Italiens. Sur ce: par le flanc gauche, gauche! P léré, en avant, marché!. . . • i rapporte aous quelques oeufs frais en la personne d<- plusieurs coqs ci accompagnés de leurs dames!

L'enfanl obéit au commandement, tourna sur lui-même el parti au i»;i^ de course : il était «le maraude; car la maraude i ganisée dans cette malheureuse armée d'Italie: c'était une corvée que chacun i contraint d'accomplir à son tour, à la plus grande désolation des paysans et des propriétaires des frontières qui luttaient de ruse avec les soldais pour défendre ce que ceux-ci voulaient emporter. Nécess'té fait loi: or, il fallait ou marauder ou se la' mourir de faim; l'excuse précédait l'action. et les généraux fermaient les yeux.

Quand il se fut éloigné du groupe des tambours d'une centaine de pas, Bibi-Tapin s'arrêta et parcourut la plaine d'un regard scrutateur, comme s'il eût cc.ercir quelqu'un ou quelque chose. Parto'iî; les manoeuvres avaient cessé, partout les armes étaient en faisceaux. Des grenadiers étaient ' étendus ça et là. Des soldats isolé- se détachaient sur l'horizon bleu ; c'étaient les hommes que chaque peloton envoyait en maraude et qui étaient en quête d'un gibier à tuer, d'un poulet à plumer, d'un verger a dévaliser.

Bibi-Tapin, après avoir hésité un instant, reprit sa course et rattrapa quelques soldats qui venaient d'atteindre le bord du Yar et remontaient le cours de la rivière dans la direction de la Gaude. Quelques fermes éparpillées ça et là sur la route, dans cette direction, expliquaient la préférence des soldats à se dirigera de ce côté de la plaine.

— Ohé! Bibi-Tapin! dit l'un des soldats en voyant le petit tabmour, tu as eu bon nez de venir avec nous : tu es mince, tu te glisseras dans le poulailler pendant que nous occuperons le vieux fermier des Chats- Huants!

— C'est donc à la ferme des Chats- Ruants que vous aller? demanda Bibi-Tapin.

— Ou;, fiston.

— Mais on disait qu'il n'y a plus rien à la ferme.

LE TAMBOUR DE DA 32e DEMI-BRIGADE

— C'est un bruit que faisait courir le père Abboli, le fermier. Le vieux renard avait caché ses poules et ses légumes pour nous faire croire à sa misère, mais c'est un cichard, et Romulus a découvert la frime avant -hier, qu'il était caché dans le petit bois. Tas vrai, Romulus?

— Oui, dit un second soldat en «'avançant. Tourniquet dit la vérité: j'ai vu de mes yeux les volailles du vieux et je connais sa cachette.

— Eh bien! répondit le tambour en secouant la tête, allez-y sans moi : je vais d'un autre côté.

— Do quoi? fit Roinulus en s'arrêtant; que dit le Tapin?

— Je dis que je ne vais pas à la ferme aux Chats-Huants.

— Pourquoi cela?

— Parce que ce n'est pas mon idée!

— Mais, fiston ! tu n'as donc pas compris? reprit Torniquet. Romulus a trouvé la cachette du vieux fermier, et nous aurons de quoi faire bombance. La 32e va nopeer en grand ! Seulement il en faut un petit pour passer par le trou, et tu feras notre affaire.

— Je ne vais pas à la ferme! reprit Bibi- Tapin d'un ton plus décidé encore.

— Mais pourquoi? cria Romulus.

— Parce que le lieutenant l'a défendu.

— Quel lieutenant?

— Le citoyen Maurice.

— Le lieutenant de la 32e?

— Oui.

— Quand donc a-t-il défendu d'aller à la ferme aux Chats-Huants?

— Il y a deux jours, avant de partir. Romulus regarda Torniquet.

— D'abord, reprit le premier, ça n'a pas été à 'l'ordre ; ensuite, le citoyen Maurice n'est pas mon lieutenant, à moi.

— Ni à moi, ajouta Torniquet.

— Et puis, pourquoi l'aurait-il défendu?

— Ah! je ne sais pas! dit le jeune tambour.

— Eh bien! moi, je le sais! fit une voix joyeuse. -Un troisième soldat venait de se joindre aux deux premiers qui cheminaient avec le petit tambour.

— Tu sais pourquoi le lieutenant Maurice^ défendu d'aller à la maraude à la ferme aux Chats-Huants?

— Un peu, que je le sais! *

— Et comment sais-tu cela Gringoire?

— Ah ! voilà j'ai découvert un secret!

— Quel secret?

— Celui du lieutenant, donc !

Bibi-Tapin ouvrait de grands yeux en

écoutant le jeune soldat. Au loin, sur le côté d'un bouquet de petit bois, on apercevait une masse de bâtiments, aux teintes terreuses, agglomérés sur le bord du Var, et entourés de prairies verdoyantes. Ces bâtiments étaient ceux de la ferme aux Chats-Huants.

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