LE TAMBOUR DE LA 32« DEMI-BRIGADE
Roquefort regarda fixement Jacquet, il demeura une seconde Immobile ; *pul \;iin la main droite, il commença rapidement, s;ins hésiter, une Bérie de gestes vifs, animés, auxquels Jacquet répondit par d'autres gestes semblant être le complément des premiers. C'était évidem nt une pantomine résultant d'une convention établie d'avance et qui devait servir, par ses signes mystérieux, à se Paire reconnaître pour initié dans certains secrets.
— Quelle page? demanda hautement et brusquement Jacquet.
— Vingt-septième, bJuitième ligne, cinquième mot ! répondit Roquefort sans hésiter.
Jacquet fit un geste de satisfaction, puis, s'approchant davantage, il prononça quelques nouvelles paroles, mais à voix: tellement basse, que Roquefort put à peine les entendre; celui-ci y répondit cependant presque aussitôt et sur le même ton. Jacquet parut cette fois extrêmement satisfait. Tendant la main à son interlocuteur:
— J'oublie les méfaits du Roger qu'autrefois, dit-il. Soyons amis et unissons-nous. Maintenant, sais-tu si la corvette a mouillé?
— Oui. Elle a jeté l'aucre à Lido. Bamboula avait fait passer au marquis et au vicomte des patentes en règle du navire de commerce espagnol. Tout est préparé, te dis-je. En revenant à Venise après avoir fait passer à Camparini cet acte qui'l faut que signe le commandant, je prétexte ton arrivée à Venise; tout est convenu avec Bamboula, un homme déguisé doit passer pour toi, de loin, aux yeux de Pick. Camparini sera donc averti, il viendra au rendez-vous que je lui assignerai, car il devra penser que je ne veux pas perdre tes traces, et à ce rendez-vous se trouveront les corsaires. Tout est arrêté, te dis-je ; il est inutile que tu connaisses la cliose en détail, Bamboula répond du succès, mais pour faire cela, il faut que j'aie cet acte, car tu connais Camparini ; que j'échoue dans cette mission et il cessera aussitôt d'avoir en moi la confiance qu'il faut qu'il ait, cependant.
Jacquet réfléchit durant quelques instants :
— Tu as raison, dit-il.
Et revenant rers Maurice :
pign /., commandant, dit-il, a l'officier. Il Le faut ; d'ailleurs < iamparin^ n'aur le temps d'abuser de c nature!
— Eb : que m'importe c gnature •
B'écria Maurice i Lucile.
— C'est précisément pour ell z et
donnez cet acte 8 oot re nouvel ai
Une heure après, Roquefort courait sur la route de Pavie, poussant son cheval vers un bouquet de bois placé presque à la porte <lf Vérone; un autre cavalier était là sta-
1 ion lui ire.
— Victoire, Bamboula! dit Roquefort en s'arrêtant à deux pas du cavalier. J'ai l'acte signé.
— La donation?
—Oui.
— Et il a consenti sans trop crier?
— Jacqeut m'a aidé, croyant servir sa propre cause.
— Bravo! Ce qu'il faut maintenant, c'est que nous arrivions à temps à Vérone!
— Ils n'en sortiront pas! répondit Bamboula.
En achevant ces mots, il tira un sifflet de sa poche et, l'appuyant sur ses lèvres, il en tira un son aigu. Presque aussitôt les herbes et les branchages du petit bois s'écartèrent et une troupe d'homees fut debout. L'un d'eux s'approcha de Bamboula:
— Cent sequins par tête! dit celui-ci. Estce entendu?
— Viens à Vérone après-demain, répondit l'homme, et apporte les sequins, tu auras les têtes!
L'instant même où ces sinistres paroles s'échangeaient à quelques pas des portes de la ville, Jacquet, le comte et Maurice, s'apprêtaient à quitter la maison dans laquelle nous les avons laissés.
— De deux choses l'une, disait Jacquet, ou Roquefort est à nous franchement, ou il a voulu nous tromper. S'il est à nous, il fallait agir ainsi que nous l'avons fait; s'il est contre nous, la signature de cet acte
LE TAMBOUR DE LA 32e DEMI-BRIGADE
peut retarder la mort de mademoiselle Lut cile et de l'enfant: donc, il fallait signer! mais ce qui importe, c'est de découvrir enfin la femme dont Jonas m'a révélé l'existence mystérieuse.
— La marquise? mais est-ce biten elle?
dit le comte.
— Je le crois; Jonas connaissait l'importance de cette malheureuse sans savoir cependant quel rôle elle pouvait jouer auprès de Campai-iiii.
— Et elle est à Vérone?
— Oui', mais dans quel quartier de la ville? Voilà ce que j'ignore et ce qu'il faudrait savoir.
— Silence dit brusquement Maurice.
Jacquet et le comte se turent; Maurice s'était précipité vers la fenêtre qu'il ouvrait : un bruit violent parvint jusqu'aux trois hommes: c'étaient des cris furieux, des clameurs déchirantes, pui's quelques coups de feu éclatèrent.
— C'est sur la place de l'Hôpital? dit Maurice en s'élançant vers la porte.