‹ Le roi du bagneChapitre 108 sur 243 · LUCILE · texte numérisé non relu

LUCILE

Au moment où, atteignant l'extrémité de la corde à laquelle il se cramponnait, Bibilapin avait pu saisir l'un des barreaux de la fenêtre du premier étage, une main blanche s'était tendue vers lui.

— Vous, mou enfant, avait dit Lucile avec une émotion extrême, oh! vous ne m'avez donc pas abandonnée?

— Vous abandonner, moi! s'écria l'enfant avec un accent de reproche. Si vous avez cm cela, mademoiselle, je vais me laisser tomber dans le canal. Je veux vous sauver et mes amis vous attendent!

— Vos amis?

— Oui : ils sont en bas dans une embarcation.

Tout en%parlant, Bibi-Tapin avait arraché le barreau dont les deux extrémités étaient limées, et il s'élança légèrement dans la chambre. Attirant à lui la corde, il avait amené l'échelle dont il s'occupait à fixer solidement le premier échelon.

Lncile le regardait faire en joignant les mains avec une expression de surprise et d'angoisse.

— Vous allez pouvoir fuir, dit l'enfant en se retournant vers elle.

— Fuir! répéta Lncile; et m asoeur!

— Nous la sauverons ensuite!

— Non, non; il faut sauver Uranie avant moi, au contraire!

— Mais où est-elle?

— Ici, dans cette maison qui lui sert aussi de prison, à elle; j'en suis certaine!

Eh iti'-u '. roua allez descendre et ensuite nous chercherons!

Non, non, fuir gant i Iranie est im] Bible; si je fuyaw seule, le misérable qui nous garde ferait retomber tout le poids de sa i âge sur elle! Si je pars, ai je fuis, je veux qu'elle puisse fuir avec moi :

l 'u cri de frayeur arraché; d< \ res

interrompit la jeune fille; sa main frémissante désignait la fenêtre. Dne forme humaine apparaissait dans l'ouverture des

barreaux.

— Ne craignez rien, dit nvement Bibi- Tapin ; c'est ma soeur ;i moi !

Pleur-des-Bpis bondissant dans la pi< Charles la suivit presque aussitôt.

— Fuyez! dit Charles nvement, él s'a- (li'essiiut ;i Lucile: Descendez, moderne. le, un canot vous attend au pied de cette fenêtre.

— Ma soeur! CJranie! dit Lncile avec une énergie qu'on aurait pas cru pouvoir trouver dans sa délicate nature.

— Nous la sauverons aussi! dit Charles.

Nous tenterons tout, nous vous le jurons; mais • laissez-vous mettre d'abord hors de danger!

— Je ne partirai pas seule!

— Eh bien ! dit Henri, qui. apparut à sou tour, descendez donc, amdemoiselle; le temps presse!

— Non, non, s'écria Lucile en reculant.

J'avais d'abord consenti à fuir, mais je ne le puis. Ma soeur Urahie, sauvez-là d'abord !

— Le second canot? demanda Charles à Henri.

— Il vient d'accoster, répondit celui-ci. C'était sans doute le bruit de son sillage qui m'avait inquiété.

Charles courut à Lucile, la prit dans ses bras, l'enleva de terre et monta sur l'appui de la fenêtre. Lucile essaya de se débattre.

— Pas un cri, dit vivement Charles, vous nous perdriez tous. Laissez-vous sauver.

Une forme humaine se dressait dans la nuit, gravissant l'échelle.

—Matelot, dit vivement Charles, prends cette femme et descends-la dans le canot. Fais-la passer de siute dans l'embarcation qui yient d'aeoster, qu'on la reconduise à. bord et qu'on veille sur elle. Vous m'en répondez tous sur votre tête!

LE TAMBOUR DE LA 32e DEMI-BRIGADE

La Rochelle, dont la physionomie énergique apparaissait à la hauteur de la fenêtre, reçut dans ses bras le précieux fardeau et, se laissant glisser rapidement sans se servir des échelons, il disparut emportant la jeune fille. Charles sauta dans la chambre.

\ — Maintenant, dit Henri,, il faut encore sauver ceux qui souffrent ici; fouillons nette maison.

— Mais, dit Charles, il doit y avoir une issue de l'autre côté?

— Il n'y en a pas d'autre que celle que je vous ai indiquée; depuis plusieurs nuits, j'ai bien fait des fois le tour du Casino, j'ai étudié tous les abords de l'île, . il n'y a qu'une entrée, celle située du côté du grand canal. . . .

• — Celle-là est gardée, dit H^nri. Petit- Pierre doit croiser devant à cette heure avec le grand canot et vingt de nos meilleurs Caraïbes,

— Bien, reprit Charles, en bas de cette fenêtre, la Rochelle et les autres veilleront, la jeune fille va. être transportée à bord de la corvette; donc nous pouvons agir, nous sommes en force.

— Silence! dit une voix.

Charles et Henri se retournèrent. Fleurdes-Bois était à demi couchée, l'oreille collée sur la porte de la chambre.

Depuis son entrée dans la pièce servant de prison à Lucile, la Caraïbe n'avait pas prononcé une parole. L'émotion qui l'agitait et qu'elle comprimait était telle cependant que la pâleur se devinait sous les teintes cuivrées de "sa peau; ses lèvres étaient décolorées et un frémissement convulsif agitait tout son être. Ses narines se dilataient, on eût dit d'une lionne respirant des émanations de sang.

Examinant la pièce avec cette attention minutieuse du sauvage auquel ren n'échappe, elle en avait fait le tour à pas lents, tandisque Charles sauvait Lucile, en dépit de la jeune fille elle-même. Arrivée près de la porte, Fleur-des-Bois s'était arrêtée; elle avait examiné la serrure, elle avait essayé avec la pointe d'un poignard la puissance de la fermeture, qui devait être excellente; puis elle était demeurée immobile absorbée dans ses réflexions.

La pièce était plongée dans une obscu-

rité profonde, les ténèbres épaisses qui régnaient au dehors et dont le brouillard a F'ait augmenté l'intensité permettaient à peine de distinguer à quelques pas. Ton ce qui s'était accompli, et que je viens de décrire, avait eu lieu dans un silence solennel; les paroles rapides échangées à voix; basse avaient à peine troublé ce silence, et l'enlèvement de Lucile s'était accompli sans; occasionner le moindre bruit.

Tout à coup, cependant, Fleur-des-Bois avait cru entendre ce silence troublé par quelque incident se passant à l'intérieur. C'était alors qu'elle avait approché son oreille de la porte en appelant à elle l'attention de ses compagnons. Bibi-Tapin, se glissant comme une couleuvre, fut bientôt auprès de la Caraïbe. Tous quatre, la main sur leurs armes, retenaient leur respiration pour mieux écouter.

La Caraïbe ne s'était pas trompée, un bruit sourd retentissait, se rapprochant len-, tement, mais d'une manière sensible. Fleurdes-Bois se pencha vers Bibi-Tapin qui écoutait attentivement.

— Est-ce son pas! demanda-t-elle à voix extrêmement basse.

L'enfant secoua la tête.

— Xon, dit-il, il a le talon moins lourd et a la démarche plus sèche; celui qui vient doit être plus lent.

Fleur-des-Bois jeta sur le tambour un regard satisfait.

— Bien, mon fils! dit-elle avec orgueil, tu n'as pas oublié les leçons des Caraïbes.

Elle écouta de nouveau; le bruit se rapprochait de plus en plus et devenait parfaitement distinct. Un homme devait parcourir un couloir voisin ou se promener dans une pièce voisine.

— Notre présence est ignorée ici, reprit la jeune guerrière. Celui-là qui s'avance marche avec confiance, il hésite sur ce qu'il doit faire, il réfléchit, il y a de l'impatience dans ses réflexions.

Charles et Henri, habitués à reconnaître la pénétration singulière dont était douée la fille du grand chef, ne perdaient pas une seule de ses paroles. Tout à coup Fleurdes-Bois qui se tenait à demi couchée devant" la porte, se redressa brusquement.

— Ferme la fenêtre, dit-elle à Bibi-Tapin, que l'on ne puisse voir le barreau scié!

\i DIS LA 32o DEMI -UUIf JA.DB

El B'adreSSanl i Henri :

Que voa hommes ne bougent pas! ajouta-! elle.

Le petit tambour détail précipité pour

Obéir, Henri s;iii!;i pies de la fenêtre cl a-

dressa un geste Impérieux aux canotiers placés au dehors; l'enfant repoussant l'un des battants, dissimulait le barreau scié. Pendant ce temps, Fleur-des-Bois jetait au« tour d'elle des regards rapides, La nuit était profonde, mais lés yeux de la Caraïbe, habitués à L'obscurité, saisissaient les moindres objets appendus aux murailles.

Près du lit était un amas de vêtements de femme: une robe, une pelisse, des rubans, une mante, tout ce qui avait pu servir à la prisonnière. Fleur^des-Bois courut à ces vêtements et s'en saisit : arrachant brusquement le manteau qui la couvrait d'ordinaire, elle | »assa une robe et ^'enveloppa dans une mante avec une rapidité vertitigineuse. Elle rabattit sur son front le^ capuchon de la mante et attacha la robe àla taille pour mieux dissimuler les arniesi pendues à sa. ceinture. *

D'un geste énergique, elle indiqua à Charles et à Henri les angles les plus obscurs de la pièce. Les deux marins, obéissant, sans mot dire, se précipitèrent, l'un derière un fauteuil, l'autre sous une table recouverte d'un tapis. Bibi-Tapin, d'un seul élan avait bondi sur le lit et se tenait pelotoilné dans les rideaux. Fleur-dlesj-Bloiîs., enveloppée dans ses vêtements européens, s'était jetée sur un siège, le dos tourné a îa fenêtre.

Tout cela s'était accompli avec la rapidité de l'éclair et dans le plus profond silence. Une obscurité complète régnait dans la pièce, bien que la clarté du crépuscule commençât à apparaître à l'horizon ! mais cette clarté vague ne pénétrait pas encore dans l'intérieur du Casino et les vêtements clairs ^ de Fleur-des-Bois faisaient seuls ressortir sa silhouette dans l'ombre. On devinait une femme, mais il eût été impossible de voir les traits du visage.

Le bruit de pas qui avait retenti au dehors avait cessé, la maison entière paraissait plongée dans le silence. . . Tout à coup un bruissement de fer indiqua qu'une clef était introduite dans la serrure, le pêne craqua, dans la gâche, la porte s'ouvrit et une forme humaine se dessina vaguement

dans l'encadrement Cette forme était cel« [e d'un bomme dbnl la bête était recouverte d'un raste chapeau. Cet bomme entra doucement et n ferma sur lui la porte. Sans doute il avait ane grande habitude des ('•i res du logis, i tançait dans i

curité avec ane aisance parfaite.

il marcha droit rers le fauteuil dans lequel était assise Pleur-de I

— Mademoiselle, dit-il .1 voix basse, ae craignez rien, je suis un ami. Je ais bont ce que vous avez souffert, tout ce que vous souffrez encore, et je viens à vous pour mettie un terme ô ces souffrances. . . Je vous

le répète, je BUIS U II UHli.

La Caraïbe ne répondit pas: seulement elle courba davantage la bête dans la crainte que son interlocuteur ae pût, même dans l'ombre, deviner la nuance foncée de sa peau. L'homme croyait, évidemment être en présence de Lucile. Ne recevant aucune réponse, il reprit après quelques instante :

— Vous ne nie connaissez pas et vous ne pouvez avoir en moi la confiance que je mérite. Cependant il faut que vous m'écoutiez. On vous a menacée, si vous refusiez de faire ce que l'on exigeait de vous, de la douleur la plus grande qu'une fille puisse ressentir; un homme, qui ne recule jamais devant sa parole vous a juré de faire mourir votre mère en votre présence... Eh!' bien cette menace terrible, cet homme peut l'accomplir ! . . . Vous avez espéré que votre mère échapperait aux recherches, si elle' existait encore, vous avez cru peut-être même que l'on s'était joué de vous en vous disant que votre mère était vivante, quand vous avez pleuré déjà sur sa mémoire; vous avez pu supposer enfin que le serment fait ne saurait être tenu .... Vous vcrtis êtes trompée, votre mère est vivante, votre mère est à la disposition de celui qui vous a menacée! Oui, mademoiselle, à cette heure la marquise de Cantegrelles est à Vérone et entre les mains de séides de Camparini!

L'homme se recula comme pour attendre l'effet de ses paroles. Ne voyant pas bouger celle dont il croyait remuer le coeur jusque dans les replis les plus cachés, il fit un mouvement en avant.

— Voulez-y,ous que je vous sauve, vous et votre mère? dit-il en se baissant vivement.

LE TAMBOUR DE LA 32e DEMI-BRIGADE

La femme fit dans l'ombre un geste affirmât if.

— Vous connaissez le secret des papiers qui peuvent perdre à jamais celui qui à cette heure est cependant votre maître; ce secret, consentiriez-vous à le livrer à l'homme qui sauverait votre mère?

Et comme il ne recevait aucune réponse:

—Songez bien à ce que je vous propose! continua l'inconnu. Pour arriver jusqu'à vous, j'ai dû affronter de grands dangers... Qui je suis? je ne puis vous le dire, mais un autre vous l'apprendra, et cet autre est un homme en lequel vous avez une grande confiance...

Et se penchant encore davantage:

— La nuit dernière, ajouta-t-il, j'ai, vu le commandant Maurice Bellegarde !

Cette fois, le visage de l'inconnu était à la hauteur de celui de la jeune femme, et le jour naissant qui commençait à poindre lui permit de distinguer le ton bistré de la peau sur laquelle tranchait ■ le capuchon blanc de la mante.

— Qui donc êtes-vous? s'écria l'homme en bondissant en arrière.

Fleur-des-Bois était devant lui, un poignard nu à la main. Au même instant,^ porte de la chambre s'ouvrit brusquement.

— Nous sommes joués! dit une voix rude, mais pas un n'échappera!

Un coup de sifflet sonore retentit et trouva un écho subit dans quatre autres sifflements qui lui répondirent aussitôt de l'extérieur. Le nouveau venu se précipita dans la chambre, une vingtaine d'hommes armés le suivaient: celui que menaçait Fleur-des- Bois courut se joindre à eux.

En dehors, sous la fenêtre, là où stationait le canot, un grand bruit éclata comme celui d'une lutte engagée soudainement.

L'entrée du personnage et des hommes armés, les coups de sifflet, le bruit d'une lutte extérieure, s'étaient accomplis dans un espace de temps si restrenint, qu'on eût dit que tout cela avait lieu simultanément. Fleur-d es-Bois était demeurée immobile, le poignard nu à la main, le bras menaçant. Le jour grandissant rapidement éclairait cette scène.

L'immobilité de la Caraïbe fut de courte durée. A peine eut-elle jeté ses regards sur celui qui renaît de se présenter, qu'elle pous

sa un rugissement formidable. Les veines de son cou se gonflèrent, ses lèvres se contractèrent, ses yeux s'injectèrent de sang et ses mains frémissantes s'entre-choquèrent avec rage.

Deux cris retentirent en même temps et Charles et Henri, l'épée au poing, surgirent de chaque côté de la Caraibe; mais celle-ci les repoussant rudement:

— Celui-là m'appartient! dit-elle avec un accent impossible à rendre.

Et elle se rua en brandissant son arme. Le jour se levait radieux, sept heures* du matin sonnaient à Saint- Jérémie.

LA PAQUE VEPvONAISE

Le jour se levait radieux au-dessus de Vérone, et tandis que le ciel semblait adresser r à la ville une promesse de calme et de sérénité, la vieille cité italienne faisait entendre dans son sein ces sourds grondements semblables à ceux' qui font vibrer les flancs de l'Etna, alors que le volcan est en travail.

Une partie de la population avait passé la nuit dans les rues, dans les églises, dans les cafés, dans les casinos. Les portes de la ville avaient été incessamment franchies par des nues de montagnards descendant dans la plaine comme un torrent qui a rompu ses digues. Aux premiers rayons de* soleil, plus de vingt mille paysans étaient venus se joindre à la population, les uns se pressant dans les rues étroites, les autres entorant la ville et battant les campagnes jusqu'au pied des forts.

Depuis la veille, la situation était einpirée, au point qu'il était évident qu'elle ne pouvait se prolonger, ne fût-ce que de quelques heures. Partout, dans la campagne, » les petits postes français avaient été surpris et égorgés et toutes les communications avaient été coupées.

A Vérone même, le sang' n'avait pas encore coulé, mais les excitateurs parcouraient les rues en soulevant hautement la populace et en appelant aux armes contre les Français. Une fièvre de meurtres, d'assassinats, de carnage battait dans les artères de ces hommes chez lesquels l'or de l'Autriche et de l'Angleterre, les rapports mensongers

de l'aristocrat le vénitienne et lea prédications dos capucins avaient développé lea ]»lus iii;iuv;iis instincts.

A h premier acte {le \ iolence, je ! foudroyer lu \ ille! ter éner

giquemeiij h i Ltàlland, aux autori-

té mail ii niciiir de ce jour de Pâques. ( >ii cob i la froide résolut ion du

principaux habitants avaient manifesté quelque inquiétude, maïs les montagnards ci les paysans qui, eux, ue p daienj aucune propriété dans la villi eue llirenl la menace avec des cris de ci de provocation.

Les choses cil éiaieni là, alors que le com-

in;iii(l;uii français, inquiet pour ses postes des portes el des hôpitaux cl espérant que la férocité Ôes [taliens ne descendrait pas jusqu'à attaquer des malades et des bli fit envoyer L'ordre à tous les détachements de se replier sur les Ports, mais d'opérer cette manoeuvre sans bruit, sans rien qui pût contribuer à amener un conflit entre les soldais et les Yéronais.

Le tambour n'avait donc point battu et les soldats avaient commencé à se replier silencieusement, prévenant au passage leurs camarades isoles dans la ville. Paysans et Yéronais s'écartaient devant les troupes, les laissant passer sans mot dire, mais les assaillaient par derrière avec des cris confus et des insultes: les soldats fronçaient les sourcils, mais ne répondaient pas: tel était l'ordre donné.

Sur la place de l'Hôpital, la foule était là, plus compacte et plus pressée; le petit poste était vide, les grenadiers venaient de se former en pelotons et de se mettre en route. Deux uniformes français se détachaient seuls au milieu des costumes vénitiens, Ces uniformes étaient, l'un, celui d'un tambour-major en petite tenue, l'autre, celui d'un simple grenadier.

Circulant au milieu des groupes menaçants avec une aisance parfaite, ne semblant pas soupçonner les gestes provocateurs qui leur étaient adressés, ne remarquant pas les oeillades foudroyantes qui se dardaient sur eux, ils s'avançaient côte à côte, la main sur la poignée de leurs sabres, en gens complètement étrangers à tout ce qui se passait autour d'eux. Ce qui pouvait paraître extraordinaire, c'est qu'au lieu de prendre la même route que le détachement, ils en sui-

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dans l'inti ■ \ ille.

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de la plac dre l'eni

d'une in.-, quand co-hipagnaient devinr mt pi quelques main rière < ux des cou aussitôl nn petit groupe de p i soldats s'avan >uffa la manifestation le point d'éclater.

Parmi ces paysans, il en étaii un qi chait ;in centre, paraissait être ]<• chef du 1 »ei ii groupe. Celui-là, vêtu, comme ses comignons, d'un costume suffisamment délabré, avait la tête nue, mais le froi

ombragé par une forêt de cheveux no lenieiii ('-pais, qu'ils pouvaienl rempla avec avantage le feutre absent. Une barbe ton! aussi épaisse et touffue moulait jusqu'aux yeux el dérobait pins de la moitié du visage.

Quand les deux solda- Lgèrent dans

la rue aboutissant au centre de la place, le groupe des paysans obstrua, à l'aide d'une manoeuvre habile, l'entrée de cette rue et isola ainsi les Français de la foule menaçante: cette manoeuvre s'accomplit rapidement; presque aussitôt la foule put reprendre son cours, mais cependant les soldats avaient eu le temps de disparaître en s'enta géant dans l'une de ces ruelles innombrables qui percent Vérone en tous s

Celui qui paraissait être le chef dis paysans, l'homme à la longue barbe, s'était élancé dans une rue à gauche, opposée à celle qu'avaient prise les soldats. Un cond paysan, se détachant du groupe, se mit à suivre les deux Français; se tenant à distance, se croisant habilement avec ceux qui allaient et venaient, profitant des moindres saillies de muraille, il marchait dans les traces des deux hommes sans avoir pu être remarqué par eux. Tous trois atteignirent ainsi une ruelle voisine du pont au moment où le soleil commençait à monter.

En passant devant une maison de triste apparence, les deux soldats s'enfoncèrent brusquement sous une porte basse et disparurent dans une allée étroite. Le paysan qui les suivait atteignit le seuil de la porte, plongea son regard dans l'intérieur de l'ai-

LE ÏAMBOUR DE LA 32e DEMI-BRIGADE

lée, et continua sa marche jusqu'à l'angle de la rue voisine. Il était là depuis deux minutes à peine, lorsqu'un autre homme s'approcha vivement. Le paysan lui dit quelque paroles à voix basse; l'homme fit un signe affirmatif, puis, tournant sur luimême, il disparut, tandis que son interlocuteur;, Renfonçant sous un porche, se tenait immobile.

Tandis fine le paysan suivait les deux soldats jusqu'à la maison où nous venons de les voir disparaître, l'homme à la longue barbe s'était élancé dans une ruelle percée en sens opposé. Le quartier qu'il traversait était le plus populeux peut-être et le plus animé de la ville. Là, sur de petites places, on distribuait des armes, on prêchait l'assassinat; on préludait évidemment au commencement des massacres; c'était comme le prologue d'une action sanglante. Le paysan traversait les groupes menaçants, passait au milieu de la foule excitée, avec cette indifférence de l'homme certain de ne courir aucun péril.

Arrivé à la hauteur d'une impasse, il tourna brusquement à droite et s'enfonça entre deux rangs de hautes maisons aboutissant à un véritable cul-de-sac digne d'avoir servi jadis d'autre favori aux bohémiens du moyen âge: c'était une véritable cour des Miracles.

La scène qui avait lieu dans cet endroit était bien faite pour l'avoir pour cadre. Une, foule déguenillée, sale, menaçante, hurlante et repoussante, était au milieu du cul-de-sac: hommes à peine vêtus, femmes indignes de ce nom, enfants se vautrant dans la poussière, se pressaient, se coudoyaient pour être mieux à même d'entendre un homme qui, placé sur un tonneau mis debout, haranguait la populace avec des gestes véhéments. Cet homme tenait dans la main droite un petit drapeau aux couleurs de l'Autriche avec l'aigle à deux têtes, et de sa main gauche une autre oriflamme surmontée du lion de Saint-Marc. Une longue robe de capucin déchirée couvrait son corps: le capuchon était rabattu sur les épaules; les pieds étaient nus et chaussée de sandales.

Au moment où le paysan arrivait dans le cul de sac. l'orateur vomissait force injures contre l'armée française et préconisait, avec des larmes dans la voix, l'aimable do-

mination de Venise et la très haute alliance de l'Autriche.

— (Partout, criait-il, les Français seront anéantis!... N'ayons qu'un cri d'un bout à l'autre de l'Italie: Mort aux jacobins! A cette heure, mes frères, le général Bonaparte est battu sur les terres autrichiennes . . . à cette heure, le prince Charles le conduit prisonnier aux pieds de l'empereur!...

En retirant du Tyrol et de la Carniole le reste de ses soldats, le général français a découvert ses ailes et il a été enfin anéanti !

Un hourra de joie accueillit ses paroles. Le paysan s'était mélangé à la foule en haillons. A l'autre bout de la petite place il aperçut un homme de moyenne taille, vêtu en simple bourgeois de la ville: il marcha droit vers lui. Sans doute le bourgeois l'avait aperçu également, car il s'avança avec un empressement aussi vif. Tous deux "slenl.raîiijhvAit mutuellement) jusqu^aux murailles voisines, et, avant d'échanger une parole, ils s'assurèrent de l'oeil qu'aucune oreille indiscrète ne pouvait les entendre.

— Eh bien ! dit brusquement le bourgeois, es-tu enfin sur les traces?

— Je le crois, répondit l'homme à la longue barbe, mais je ne réponds de rien encore.. . Jonas a-t-il parlé?

—Non.

— Tu ne l'as pas forcé?

— Il ne sait rien de plus que ce qu'il m'a appris; j'aurais perdu un temps précieux.

—Diable! il en savait bien peu.

— -^Cependant c'est beaucoup déjà d'être certain que cette femme est à Vérone.

— Soit; mais le plus difficile reste à apprendre. Vérone est grand.

— Il nous faut cette femme, Bamboula !

il nous faut le secret des papiers de Camparini, et cette femme, tu m'as promis de trouver sa trace.

—J'ai promis de tout faire pour réussir, Jacquet, et je tiendrai mes promesses. . .

Des cris et des vociférations interrompirent les deux causeurs.

— Mort aux jacobins!. . . mort aux Français! hurlait la foule.

— Vive l'Autriche! criait le capucin en brandissant ses*lrapeaux.

— Vive l'Autriche! répétait la foule.

— Le général Laudori, le brave, l'invincible, vient à notre aide! continuait l'orateur. Dans quelques heures il sera aux portes de

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