‹ Le roi du bagneChapitre 127 sur 243 · LA RUE DE TOUBNON · texte numérisé non relu

LA RUE DE TOUBNON

Tandis que. vue de la Harpe, Gorain et Gervais taisaient successivement les deus rencontres auxquelles nous venons d'assister, les régiments

(pli venaient de prendre part à l'imposante cérémonie du Luxembourg rentraient dans leurs Quartiers. La 32e occupait alors la caserne delà rue de Tournon consacrée de nos jours à la gar- x de de Paris. Los soldats, encore dans l'enthousiasme de l'ovation faite à leur général aimé, se rappelaient les hauts faits de cette guerre mémorable à laquelle ils avaient pris une part si active.

Près de la porte donnant sur la rue, un groupe, composé d'une» partie de nos vieilles connaissances, taisait entendre surtout les accents les plus passionnés. Parmi les soldats, Eossignolet, le gigantesque major, se faisait remarquer par sa taille colossale; Gringoire, Torniquet, Eoinulus, l'entouraient et faisaient chorus avec lui.

Au plus chaud de la conversation, les soldats s'écartèrent brusquement et respectueusement! pour livrer passage à un officier supérier portan les insignes de lieutenant-colonel. , C'était Maurice Bellegardc. Eossignolet, qui pérorait alors de son mieux, se tut aussitôt et porta le revers de la main à son front,

— Viens! lui dit Maurice en lui faisant signe de le suivre.

Eossignolet obéit avec empressement; quand ils furent tous les deux isolés, sur le seuil de la grande porte:

— Eossignolet, reprit Maurice, en posant sa main sur l'épaule du major, je sais que tu m'es dévoué, aussi vais- je mettre ce dévouement à l'épreuve ce soir même.

— A vos ordres, mon colonel, répondit Eossi-

gnolet, trop • n ■ • . kire bâcher p république quand I

11 m a dé la république,

mais du mien.

Alon H I re bâcher

en douille.

Tu es libre ce Boir : je donner •

de premissiou de nuit.

On en jouira, mon colonel.

Tu \a> te rendre sur l'heure rue de la Harpe, au coin de la rue de- Mathurtna-Sain

•pies.

— Oui, mon colonel, dit Rot ignolet, qui faisait évidemment les plus grands efforts pour écouter et comprendre sans perdre un,, intonation.

Tu compteras Lee maisons à partir de l'a rue tfathurins et en descendant la rue de la Harpe, vers la rivière, tu compteras jusqu'à dix.

— .Jusqu'à dix. oui. mon colonel.

— Arrivé à la dixième maison tu tfarrêt tu retourneras sur tes pas, tu reviendra- jusqu'à la rue des Mathurins, puis tu recommenceras ta promenade, sans jamais dépasser d'une part le coin de la rue indiquée, de l'autre la dixième comptée.

— C'est une faction de longueur, qu'il faut que je monte.

—C'est cela !

— Et faudra attendre qu'on me relève?

— Tu attendras jusqu'à onze heures; si à cette heure la personne n'est venue, tu quitteras ton poste et tu rentreras au quartier.

— Oui, mon colonel.

— Tu as bien compris?

— Parfaitement; seulement, il y a quelque chose qui me tracasse.

— Qu'est-ce que c'est?

— Vous me dites : si je n'ai vu personne, mais je verrai un tas de monde dans cette rue.

— Je veux dire: si tu n'as vu personne qui vienne te parler en mon nom, ou du moins qui vienne te dire que...

Maurice s'arrêta; puis, après an moment de réflexion :

— Ecoute, reprit-il en baissant la voix, je vais tout te dire, car j'ai confiance en toi. Tu te rappelles le citoyen Jacquet?

— Celui de Venise?

— Précisément; si quelqu'un vient à toi ce soir, ce sera lui; quoi qu'il te dise de faire, il faudra que tu le fasses, dût-il s'agir de tuer un homme ! Est-ce dit ?

— C'est dit, mon colonel.

LE TAMBOUR DE LA. 32 e DEMI-BRIGADE

— Alors,, pars sans tarder d'une minute, et suis mes instructions de point en point.

Hossignolet tourna sur ses talons et s'éloigna dans la direction de la rue de Vaugirard. Maurice traversa la rue de Tournon et gagna l'entrée d'une maison de belle apparence dans yaquelle il pénétra; au premier étage de cette maison, un bel appartement était éclairé; Maurice sonna, un valet vint lui ouvrir et' l'introduisit sans lui adresser aucune question, en personngae attendu. Puis, après lui avoir fait traverser un vaste salon désert, il ouvrit une porte et annonça à haute voix:

— M. le colonel Bellegarde.

Un homme qui était seul dans la pièce se leva précipitamment et vint au-devant de Maurice.

— Eh bien! mon cher monsieur d'Adoré, dit Maurice en serrant amicalement les mains du personnage, avez-vous vu le général?

— Oui, Maurice, répondit le comte, j'ai vu le général Bonaparte, et, encore tout ému du spectacle auquel je venais d'assister, je l'ai remercié en mon nom et en celui du vicomte de Signelay qui m'accompagnait, de l'important service qu'il venait de nous rendre. Léopold et moi sommes définitivement rayés de la liste des émigrés, et nous pouvons désormais habiter librement la France : Barras me l'a fait dire ce matin.

— C'est pour m'apprendre cette heureuse nouvelle que vous m'avez fait prier de monter vous voir, je vous remercie.

— Moi? dit le comte avec surprise.

— Sans doute.

— Mon cher Maurice, je suis heureux ?trêe. heureux de vous voir, vous le savez, mais je vous assure que je ne vous ai point écrit.

— Xon, mais la personne que vous m'avez envoyée m'a dit que vous m'attendiez.

—Moi?

— Yous-même !

- — Allons donc! ce n'es pas possible! Je n'ai chargé personne d'aller vous trouver de ma part.

— Quoi ! il y a un quart d'heure à peine vous ne m'avez pas envoyé un domestique?

— Mais non, je vous le jure!

— Voilà qui est singulier.

— Vous vous serez trompé; peut-être étiezvous préoccupé. *

— Cela est possible, après tout ! enfin, le point essentiel est que je vous aie vue et que j'aie appris l'heureuse nouvelle de votre radiation. Le général a tenu sa parole. Oh! quel homme ! si vous saviez, combien tous ceux qui l'approchent

l'aiment et le respectent!... Je suis heureux d'être attaché à sa personne !... oui, je suis heureux maintenant, et si Jacquet réussit, ce bonheur sera complet!

M. d'Adoré étouffa un douloureux soupir.

— Oui, dit-il, vous êtes réuni maintenant celle que vous aimez. Lucile est près de vous comme Uranie est près de Léopold. La marquise de Cantegrelles, dont la raison est revenue, sera pour vous une mère dévouée. Votre générai vous aime; vous êtes colonel à un âg-: où d'orli-* naire on est à peine capitaine; votre avenir est beau, Maurice; vous pouvez espérer le bonh^ir. Pour moi, le bonheur ne peur jamais être. Je suis en deuil, et ce deuil je ne dois pas le quitter. Qui remplacera la femme et ta fille que j'ai perdues, les deux victimes de Tinsaiaible vengeance d'un misérable?

Maurice prit les mains du vieillard et les serra doucement—

— Pardonez-moi, dit-il; je sais ce qu° vous devez souffrir, car j'ai cruellement souffsrt iussi.

— Tous pardonner ! dit le comte ; et que puisje vous pardonner, mon ami? Votre bonheir] loin de me causer amertume, sera pour moi une suprême consolation.

— Hélas ! reprit Maurice, ce bonheur ne sera pas coplet je vous le répète, si Jacquet ne réussit pas !

Le comte interrogea le cadran d'une pendule.

— Sept heures et demie, cHt-il; vous n'avez pas eu tle nouvelles de lui aujourd'hui?

— Xon, dit Maurice.'"

— Qui est avec lui?

— Persone; il veut agir seul.

— Mais c'est une imprudence sans nom!

— J'ai envoyé, avant de monter chez vous, un homme dévoué veiller les alentours de la maison, qu'il nous a indiquée. C'est tout ce que Jacquet a voulu accepter, déclarant que, s'il n'agissait pas seul absolument, il ne pouvait plus répondre de rien.

—Mais quand agira-t-il?

— Je l'ignore; cependant, il m'a fait espérerce matin même que demain ou le jour suivant ne se passerai pas sans nouvelles.

— Peut-être a-t-il raison, dit le comte après avoir réfléchi. Bientôt nous saurons ce qui s'est; passé. Attendons, Maurice. La marquise et se filles savent-elles ce que veut tenter Jacquet?

— Xon; j'ai cru devoir Jes laisser dans l'ignorance la plus complète à cet égard. L'attente

IJ5 TAMBOUR DE IiA 32e DHM1 BRIGADE

.■ni 6té i rop cruelle Ohl -1 lequel m'eût l. faire...

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\;ii- moyen on l'arc d'hommea lml.it n. à ne renier devanl aucun crime. Laissez faire Jacquet ; confiance en lui ; il qous a donné des pieuuffisantoH de on intelligence pour que...

lu violon! coup de sonnette iiitciTi.uij.it l,i phrase - omm< :

Qui peu! venir? dit le comte, Jacquei ! s'écria Maurice.

La porte du salon b'ou\ rit.

— Les citoyena Bonchemin el Le Bienvenu, annonça Le valet.

Charles el Henri! s'écria le comte. Vous i l'ans, depuis quand ?

Depuis deux heures, répondît Charles.

El qui vous amène? demanda Maurice.

— Cette lettre de Jacquet, répondit Henri en montrant un papier ouvert.

— Jacquei a écril ?

—Il nous a envoyé un courrier à Rochefort : cette lettre nous enjoignait de nous rendre à Paris sans perdre une minute. 11 s'agissait, disait- (',.>•, .lune question de vie ou de mort.

— Comment? demanda Maurice.

— Et vous avez vu Jacquet, ajouta le comte.

— Oui; il nous attendait à notre arrivée.

Un second coup de sonnette retentit et presque aussitôt un froufrou soyeux se fit entendre. La porte s'opvrit.

— Madame de Cantegrelles, annonça le valet; madame Bellegarde; M. et Madame de Signelay !

Le comte d'Adoré regarda Maurice avec stupéfaction.

— Xous sommes en retard, mon ami, dit la vieille arquise en .saluant le comte; mais n'est pas notre faute; nous sommes venus aussitôt que vous nous avez fait prévenir.

— Je vous ai fait prévenir, moi? dit le comte.

— Mais sans doute il n'y a qu'une demi-heure tout au plus, n'est-ce pas. Lucile?

— Oui, ma mère, répondit la jeune femme.

— Je vous ai écrit ? dit encore le comte qui ne pouvait revenir de sa surprise.

— ~ on, répondit Uranie; mais vous nous avez envoyé un exprès.

— Voilà qui est étrange !

— Pourquoi, demanda Signelay.

^-Mais je n'ai envoyé aucun domestique chez vous.

De sine et firent t rembli une

parut par l'eut ro-bâil len Pardon, ex( u e, d

Entre, Klahun i

le Maiic t ?

1 1 est dans d on sillage, mon ■ allons, matelot, avance un brin !

pour permettre au gabier qui le suivait di nétrer à son tour. M. d'Àdore n'avait pu • : obtenir La moindre explication; il demeurait péfait en pn

Mai-, dit-il. dans quel but a-t-on pu réunir ou r chez

Tous se regardaient mutuellement avec une expression d'étonnement profond ; nu expression d'étonnement, naive chez La marq Lucile, Oranie et le

le comte d'Adore «'t .liez Maurice, et an chez Bonchemin et le Bienvem

res avaient un nu e front. On

pouvait lire sur leur visage la penése de quelque appréhension terrible.

Mahurec et le Maucot. s- tenant tiimden l'écart, ne paraissant ne pas bouger. Un profond

silence régnait dans la pièce depuis les quelques paroles prononcées par le comte.

Tout à coup un roulement rapide de voiture retentit dans la rue, et ce roulement cessa brusquement comme si un véhicule venait de s'arrêter devant la porte.

LYI LE PETIT-FILS DES NIOBEES

Charles et Henri avaient fait à la fois un mouvement en avant, mais ils s'arrêtèrent comme cloués sur le parquet par une force invisible. Des pas précipités résonnèrent au dehors. Tous, sans pouvoir expliquer la cause de ce -qui se passait en eux. attendaient avec une anxiété visible. Quelques secondes s'écoulèrent, un côté delà porte s'ouvrit :

— Les deux battants! dit une voix ferme.

Un même cri s'échappa de toutes les poitrines et tous les bras se tendirent à la fois.

Un jeune garçon de douze à treize ans demeurait sur le seuil du salon, la face rougie par une émotion violente et les veux animés. Les regards

LE TAMBOUR DE LA 32 e DEMI-BRIGADE

de l'enfant rencontrèrent ceux de Maurice: une exclamation joyeuse échappa de ses lèvres et il bondil en avant les bras étendus:

—Mon colonel ! s'écria-t-il.

— Bibi-Tapin !V dit Maurice en recevant l'enfant el en le pressant sur sa poitrine.

— Non pas Bibi-Tapin! dit l'homme qui avait fait la singulière annonce niais votre cousin, colonel. BeUegarde, l'unique descendant de la famille de Nior]

Et s'avançant an milieu du salon:.

— Eh bien, citoyens, continuait-il, Jacquet at-il tenu sa parole?

Ton le monde entourait l'enfant et Jacquet, tout le monde embrassait l'un et serrait la main de l'antre.

— Ainsi, dit le comte d'Adoré, le vampire a pu rendre sa proie?

- — Il Ta vendue ! répondit Jacquet. Je vous avais bien dit que je le contraindrais au marché. La liberté du dernier des Morres a coûté la restitution des papiers de Toulouse et la grâce entière de Pick. Camparini a consenti, il ne pouvait refuser sans se perdre, car nous avions enli;' les mains tontes les preuves de ses crimes^ et à cette heure ces preuves sont annéanties. J'ai dû faire un sacrifice à la justice en faveur de > l'humanité; mais il en est d'autres, messieurs. qui ont fait un sacrifice plus grand encore. Ceux-là sont les citoyens Bonchemin et le Bienvenu. Dans les papiers cachés par Madame de Cantegrelles et que j'ai su trouver à Toulouse. ' étaient, en même temps que les preuves de la culpabilité de Camparini, les preuves de l'innoncence complète de MM. d'Herbois et de Renneville dans l'affaire de Xiorres. Ces papiers mis en lumière, c'était la réhabilitation complète des deux condamnés, c'était l'honneur pur et éclatant rendu à leurs noms. Ces papiers, avais-je dès lors le droit de les livrer même en échange de la vie d'un enfant, sans l'autorisation du marquis et du vicomte? Je ne le crus pas: au moment d'agir je les ai fait prévenir, et il y a deux heures, quand je les vis, je leur expliquai nettement la situation : deux mots furent leur seule réponse : "Sauvez l'enfant !"

- Le comte d'Adoré, Maurice et M. de Signelay s'inclinèrent à la fois, et obéissant à un même noble mouvement, devant les deux corsaires:

— Grandeur d'âme et générosité ne sauraient nous étonner de votre part, messieurs ! dit le comte d'Adoré.

■ — Pouvons-nous donc hésiter? répondit vive-

ment, Charles. La vie de cet enfant, du petitde l'oncle de nos femmes, dépendait de ces piers. Quant à la réhabilitation que nous }H>i suivons depuis tant d'années, nous avons et prêts à y renoncer pour sauver ce cher petit être. C'est un hommage de plus rendu au tendre sentiment que nous inspirent celles dont nous avoi été si longtemps séparés, car le sang qui coule dans leurs veines coule auasi dans celles de cet enfant." D'ailleurs, si nous avons perdu de nobles noms, nous nous sommes fait des noms célèbres,] et si nous ne sommes plus des descendants, nous pouvons être des ancêtres!

Charles^ n'achevait pas, qu'un officier général entrait dans le salon sans permettre qu'on l'annonçât.

— Le général Junot ! dit Maurice en marchant vivement vers le nouveau venu.

— Ah ! ah ! Bibi-Tapin est retrouvé, dit le général. Jacquet avait dit vrai. Tiens, tambour, voici ce que t'envoie le général Bonaparte.

Et Junot tendit un pli, cacheté à l'enfant, qui le déchira d'une main tremblante. L'enveloppe contenait une lctre et une copie d'acte moitié imprimé, moitié manuscrit.

— Ma réception à l'école de Mars ! s'écria l'enfant avec une émotion joyeuse.

Et prenant la lettre il la parcourut avec dQ£ yeux humides : cette lettre contenait ces simples mots écrits d'une façon presque illisible:

— Courage, honneur et travail, sont les poteaux indicateurs de la route à suivre pour arriver à la gloire.

Marche enfant ! Dieu te soutiendra !

La signature se composait d'un simple B„ tracé plus mal encore que les caractères de la lettre.

L'enfant pressa la lettre contre ses lèvres.

— Oh ! dit-il d'une voix émue, merci, mon général. Voilà une lettre que je mettrai avec ma pièce d'or de Cherasco, mon morceau de drapeau de la 32e et ma baguette d'honneur! Vive le général Bonaparte !

LES DEUX SERMEXTS

;Onze heures du soir venaient de sonner. Dans une vaste chambre située au troisième étage de l'une des vieilles et antiques maisons bâties sur le quai des Lunettes et qui remontent peut-être aux premières époques de construction de la ci- /

i.i; tami'.oik DŒ i.a ::::<• M

té parisienne • t . - 1 1 ; i n ■ 1 1 i m.' ani-

mation, m\ de principaux personnages qui oui

joué un rôle si iiii|inri;iiii dan- l« ' j i n ■

VCUOUK île (tulili' QCnt.

< l'était d'abord Jacquel . l'adroit ni de Fou-

ché, déjà célèbre, puis lionchemin el le Bienvenu, les vuillantH corsaires, Mahurec ei le Mau-

i . les mi répides gaBicrs, el un i cième pei nage qui, enveloppé dans des vêtement de coupe singulière, demeurait immobile au fond de la piènii cependant écouter attentivement ce qui Be disait.

\li! s'écriait Jacquet, vous m'avez bien compris, messieurs, «'( vous me connaissez bienl Moi, reneoncer ainsi à la lute, moi, renoncer à poursuivre mon oeuvre de quinze années 1 Allons donc! je ne serais plus digne de porter mon nom si cela était. J'ai parlé comme je devais le faire devant ceux que leur générosité eût poussés à demeurer dans nos rangs. .Mais ceux-là ont assez souffert, ils Boni heureux, respectons leur bonheur. Le comte d'Adoré, lui, n'est plus assez jeune pour continuer la lutte. Peut-être nous embarrasserait-il. .l'ai dû également l'éloigner en lui fiasant croire à l'abandon de nos anciens projets.

'"Nous restons donc seuls tous six. continua Jacquet d'une voix vibrante: vous messieurs d'Herbois et de RenneviUe, qui avez à laver de si sanglants outrages, qui avez à purifier les noms de vos ancêtres; ces deux matelots, qui, depuis que la lutte a lieu contre ce génie du mal, ont vaillamment et constamment combattu; moi, qui n'arai ni repos ni sommeil, jusqu'au jour où la justice sera satisfaite et la société vengée; et enfin cette jeune fille, aux vertus geurrières, qui a, elle, à venger les siens lâchement vendus et assassinés. Nous restons six, mais je crois, maintenant que nous n'avons plus qu'un seul but à poursuivre, que nous serons assez.

^ — Oui ! oui ! dirent à la fois les quatre hommes.

— Eh bien ! vous êtes prêts à agir ?

— Sur l'heure! s'écria Henri.

— Mais, fit observer Charles, le point essentiel en pareille circonstance est d'avoir pour nous l'appui de l'autorité; il faudrait prévenir le ministre de la police, le citoyen Solin.

— Xon pas ! dit vivement Jacquet ; attendons !

— Cependant... /

— Ne voyez-vous pas que jusqu'ici la direction générale de la police en France n'a été qu'un pouvoir éphémère? Depuis deux ans que le ministère de la police existe, n'en sommes-nous pas au cin-

quièmi ■ lui-la ne Bera pac le dernier. Que pet teni i i el durant - quelmoi! qu I ont au ] ' - i . . affain bruiter,

aucune. < '<• sont ■ pétueli qui

l'ont la force dei bon < amparû

l'impuissance L'autorité charg< e de lee combi La police n<- -<• crée pas en un jour, et il fa long tempe pour consl ituer un pou....!. L'a que nous allons entreprendre i te, trop sérieuse, trop difficile à men< pour que nous négligions les plus petit tions. Nous confier à l'un de ces ministr

'■rait, je le répète, jouer imprudemment l'importance de notre eau

— Cela est vrai ! dit Henri.

— A cette heure, toutes lès chance- -ont pour L'échange auquel je viens de contraindre Camparini lui donne entière sécurité: d'une part il a par devers lui toute- les preu - cri-

mes: aucune de ces preuves ne non- reste mitre ls mains, pas un seul indice ne peut nous autoriser a accuser; de l'autre, il doit non- cro faits, car nous avons effectivement atteint le but que nous nous proposions ostensiblement; la réunion de la marquise à ses fillea, l'union de celles-ci avec le colonel Bellegarde et le vicomte de Signelay, et enfin la délivrance et la reconnaissance authentique du petit-fils des Xiorrai». Or, ce triomphe que nous remportons est évidemment un gage de sécurité pour lui, A cette heure, nous sommes d'autant plus forts qu'il croit pour deux motifs, avoir moins à nous redouter ; donc, en agissant désormais, nous aurons l'avantage de surprendre.

— Mais, dit Charles, dans l'affaire que nous venons d'éclaircir, il est un point cependant demeuré dans les ténèbres.

- — Qu'est-ce donc?

— Qu'est devenu ce Lucien que vous nous aviez donné pour un de vos agents les plus habiles, et qui, effectivement, nous a donné de si fortes preuves de son intelligence? Qu'est devenu encore celui qui raccompagnait et qui soi-disant était un complice de Camparini ?

Jacquet secoua la tête sans répondre ; un nuage épais venait d'envahir son front, et sa bouche, aux lèvres crispées, laissa échapper un soupir rauque. ,

— Cela est vrai, reprit Henri, que sont devenue- ces hommes que nous n'avons pas revus depuis notre départ d'Italie et dont nous n'avons

LE TAMBOUR DE LA 32e DEMI-BRIGADE

eu aucune nouvelle depuis notre rentrée en France?

— Ce qu'ils sont devenus? dit enfin Jacquet en redressant sa tête fine et intelligente, voilà ce que j'ignore, messieurs, mais voilà elfectivement ce qu'il faut que nous sachions et ce que je saurai, je vous le jure! Depuis mon retour ne France j'ai perdu un temps précieux, car durant de longs mois j'ai ignoré Ja disparition de ces deux hommes. D'Italie ne m'étais-je pas rendu à Toulouse, et ne m'a-t-il pas fallu luetter de ruses et d'intrigues pour m'emparer enfin des papiers que Camparini avait un si grand intérêt à découvrir lui-même? Arrivé à Paris je n'ai pas su tout d'abord que Lucien ni celui qui l'accompagnait n'avaient dû remettre le pied en France, car nulle part ne se trouvait une seule trace de leur passage.

— Ou du moins, dit Henri, s'ils y sont rentrés, ce n'est qu'avec des précautions infinies.

— Dans quel but eussent-ils jjris ces précautions? Ils n'avaient rien à redouter.

— Peut-être Lucien s'est-il aperçu que votre confiance en lui n'était plus la même. Bappelezvous que vous l'avez fait partir avant de nous apprendre que la marquise n'était plus folle.

Jacquet réfléchit un moment, puis, secouant la tête:

— Xon, dit-il; si cela était, Lucien eût agi autrement, car de deux choses l'une, ou il eût voulu me tromper, ou je me tronrpais moi-même en ayant moins confiance en lui : dans l'un et dans l'autre cas, c'eût été sottise de sa part de cesser toute relation, et Lucien n'est certes pas un sot !

—Alors qu'est-il devenu?

— Voilà, je vous le répète, ce que nous saurons bientôt, car j'ai mis tout mon monde en campagne.

/ — X'accuseriez-vous pas Campairinji de cette disparition ?

— Peut-être ! Si cela était, la jjartie serait moins belle !

— Pourquoi?

— Parce que Lucien serait un puissant auxiliaire, et qu'une fois entre les mains de nos ennemis, il n'en sortirait pas.

— De sorte que, si, par un hasard quelconque, Lucien était complètement absolument disparu, notre succès vous paraîtrait moins assuré.

— Cela est vrai.

— Renonceriez- vous alors à la lutte? demanda Charles d'une voix brève.

— Moi?... fit Jacquet avec un éclair dans les

yeux; demeurejais-je seul que je lutterais encore sans hésiter, jusqu'à ce que la dernière goutte de.-' mon sang fût épuisé dans mes veines ! C'est"' entre moTet Camparini un di»el à mort, sans rémission, sans autre avenir que la perte absolue de l'un des deux, car il ne s'agit pas ici d'une simple lutte entre deux hommes, mais d'une» guerre mystérieuse entre» deux partis également puissants, dent l'un ne peut exister qu'en anéâ*n-î tissant l'autre. Je continue en 1797 ce que j'ai commencé en 1785, Depuis douze années le Roi du bagne m'échappe au moment où je crois le saisir; mais dussé-je lutter douze autres années encore, je jure sur mon Dieu et sur mon honneur! de ne me reposer que le jour où j'aurai accompli ma mission en purgeant la société du plus redoutable des monstres!

Il y avait une telle énergie dans l'accent avec lequel furent prononcées ces paroles, que les au-1 diteurs de Jacquet tressaillirent en l'entendant.) Charles s'avança vivement, et étendant la main : jj

—Sur le nouveau nom que je me suis fait en 3 combattant les ennemis de la France, dit-il, je ju- I re de réparer l'offense faite injustement au noml de mes ancêtres; et tant que ce nom ne sera pas 3 réhabilité, tant qu'il existera un seul de ceux qui! l'ont souillé, je jure de continuer la lutte sans! pitié ni merci!

— Sur celles que nous aimons plus que la vie et qui ont tant souffert, dit à son tour Henri d'u-J ne voix solennelle, sur Blanche et sur Léonore,| je fais serment, moi aussi, de n'avoir ni repos ni I trêve jusqu'à ce que les noms d'Herboise et r|| Penneville soient purifiés, jusqu'à ce que pleine! et entière justice soit faite !

Jacquet, Charles et Henri étaient demeurés immobiles, le bras droit étendu, la main largement ouverte. Le Maucot et Mahurec les regardaient tous trois; les deux vieux gabiers avaient les yeux animés et le sang au visage: ils étaient émus violemment. Le Provençal s'avança, et étendant à son tour une main d'une largeur ef-J frayante :

— Troun de l'air! fit-il avec son accent marseillais si énergiquement prononcé, là ousque se? pomoieront ses commandants, le Maucot se po-.moiera, et, tant qu'il aura un souffle de rien dans la carène, il sera le premier à l'abordage et le dernier à prendre chasse; et que tous les matelots de Marseille le démâtent, en grand, le déra- ... linguent et le fassayent, si tant seulement il a la pensée de s'affaler dans son hamac avant d'avoir

LU TAMBOUR MB LA Mi i>kmi i;iuc;ai>k

io:

nu boni d'une vergue toue les terrien malheur, que !

i moi, tonnerre de Brest ! dit Mahun fouettant l'air à La fois do ses deux bras hercu-

je jure sur mes commandant mandantes, sur mon bon Dieu el par La bonne \ut r.-l (.un.- d'Auray, ta vraie patronne de biers, d'être fidèle à La met jadis au bail-

li de Siiil'ivn ; et que L'ombre de mon amiral sorbe de sa tombe pour venir me trodre le cou, -i je msacre pas jusqu'à La dernière heure pour couler bas tous dos ennemis!

I ii silence profond régna dans la pièce; raibe demeurait immobile.

i toi, Fleur-des-Bois, lui dit Charles, ne viens-tu pas joindre ton serment aux nôtr<

La jeune fille B'avança Lentement.

— Deux hommes existent, dit-elle (rime voix gutturale, qui ont assassiné mon père, livréles miens, frappa ma soeur, vendu mon pays, et qui m'ont contrainte à L'exil. La vie d'un enfant qu'il fallai sauver m'a empêchée jusqu'à ce jour, d'accomplir mon voeu il»' vengeance; mais, à partir itte heure, aucun obstacle n'existe plus qui puisse retenir mon bras.

lu. sr reculant. La Caraïbe rejeta sur son épaule les plis de son large manteau, Ses bras apparurent nus. et à sa ceinture brillèrent ses armes éclatantes. Saisissant un poignard aigu, avant qu'on eût pu deviner son dessein, elle se piqua largement le bras gauche. Trempant l'index de sa main droite dans le sang qui s'échappait, elle fit le signe de la croix sur son visage, déposant une tache rouge sur son front, son menton et chacune de ses joues.

— Je jure sur le Christ, le fils de mon Dieu, dit-elle, de ne laver ces taches qu'avec les dernières gouttes du sang des assassins des Caraibes!

Et la jeune fille demeura immobile, si belle si belle dans sa pose sublime, que les cinq nom-, mes restèrent comme dominés et fascinés. C'éatit l'incarnation de la vengeance qu'ils avaient devant eux. . *

— Dieu nous a entendus, dit Jacquet; nous pouvons bien compter les uns sur les autres, car nous nous connaissons. Laissez-moi diriger les premiers pas de l'entreprise; le voulez-vous?

— Oui, répondit-on. sans hésiter.

— Alors, il faut attendre. Patience, mes amis, patience durant quelques mois ; durant ce temps notre inaction redoublera la confiance de nos ennemis, et dans quelques mois nous aurons avec nous un génie puissant pour nous aider, car

police. Alo

< ar. In .1 ane i • 'è prendre, el il la

[«rendra !

Tonnerre! «lit Malnm vautours qui va <*n rappelle-

d'Afriqu »

A la môme heun «lu quai des Lunel I

r, un homnn rande

taille, enveloppé dans un Long ma • lait le boulevard dans la d i de La pla

La Révolution, arrivait jusqu'aux abords du<

de la Madeleine, ce lien vénéré de royalistes, car danâ ce petit cimeti< L< a restes de l'infort oné l [VI,

Sans paraît] souvenirs politi-

ques que pouvait évoquer un tel Lieu, l'homme tourna à droite, en Longeant Le cimetière, il

dans ces terrains va§ ijourdliui

couverts d'élégantes constructions, et qui ont si longtemps été utilisés par les chantiers de boisa brûler. Se dirigeant au milieu de ce dés eue impur où s'entassaient les immondices, avec l'aplomb d'un homme connaissant parfaitement son chemin, le promeneur nocturne atteignit la ligne des jardins appartenant aux quelques maisons construites alors rue de la, Pépinière, S'arrêtant devant un mur de hauteur remarquable, il chercha dans l'obscurité en tâtonnant. Presque aussitôt une porte s'ouvrit, et l'homme pénétra clans une sorte de petit bois qui ne valait certes pas grand'chose alors, et qui aujourd'hui vaudrait bien des millions.

A travers les arbres dépouillés de leurs feuillf s, on apercevait la façade blanchâtre d'une maison qu'éclairait la lune, mais dont toutes les fenêtres étaient hermétiquement fermées. Au lieu diriger vers cette maison, l'homme tourna h droite dans lejardin, s'enfonça dans une allée de cyprès, et atteignit un pavillon à demi dissimulé sous une épaisse charmille de lierre centenaire.

Jusqu'alors le mystérieux promeneur s'était dirigé dans une obscurité complète, Se baissant, il prit sous un petit auvent une lanterne sourde cont il fit jouer le secret. Aussitôt la lumière jaillit et éclaira le visage du terrible Roi du bagne. Ce visage expressif était encore plus sombre, plus soucieux, plus revêtu d'une expression funèbre que lorsque Gorain et Gervais avaient été à même de l'examiner rue de la Harpe. Cam-

LE TAMBOUR DE LA 82e DEMI-BRIGADE

parini était littéralement effrayant à contempler.

Prenant dans sa poche un trousseau de petites clefs, il se mit en mesure d'ouvrir une porte d'un aspect misérable, mais qui cependant, à en juger par les précautions quep Tenait le Koi du bagne, devait' être d'une solidité à toute épreuve et garnie d'une serrurerie compliquée. Enfin, la porte céda et s'ouvrit.

Camparinj pénétra dans une vaste pièce du rez-de-chaussée éclairée par deux lampes, Des étaux. une forge, des établis, une collection admirablement complète de tous les instruments de menuiserie, de serrurerie, de mécanique même, étaient réunis dans cette pièce. Six hommes ttaient là. deux travaillant à la forge, deux autres limant des clefs de formes bizarres, les deux derniers occupés à donner le fil à une douzaine d'instruments tranchants de toute grandeur.

En entendant entrer Camparini, les six hommes s'étaient retournés.

— J'attends Chivasso ! dit simplement le roi du 1 agne, quand il viendra, qu'il monte si je suis encore là-haut, et tenez-vous tous prêts à mon premier signal!

Puis, accompagnant ces paroles d'un geste impérieux, il -traversa l'atelier dans toute sa longueur et passa dans une petite pièce située au tond et dans laquelle aboutissaient les marches inférieures d'un petit escalier qui s'élançait en bpirale vers le haut du pavillon. Camparini gravit lestement le premier étage, et atteignit un taste couloir. Escalier et couloir étaient éclairés par des lampes.

lue porte verrouillée s'offrit à lui, Camparini fit jouer les verrous et, appuyant la main sur la crosse d'un pistolet passé dans sa ceinture, il entrai... In homme, solidement et étroitement enchaîné, était attaché à un anneau scellé dans la muraille. Sans mot dire, Camparini s'avança vers le prisonnier, fit jouer le cadenas qui retenait la chaîne à l'anneau. Le prisonnier demeura alors libre de s'avancer, mais ses deux mains étaient encore enchaînées l'une à l'autre.

— .Marche devant ! dit Camparini en poussant le prisonnier vers la porte.

Celui-ci obéit. Arrivé dans le couloir, Camparini le fit tourner à droite, et il atteignit avec lui une autre porte qu'il ouvrit. Poussant alors le prisonnier dans l'intérieur d'une pièce sombre, il alla décrocher une lampe du couloir et entra à son tour. Là encore était un prisonnier aussi étroitement enchaîné que l'autre.

— Messieurs Roquefort et Lucien, dit Camparini d'une voix railleuse, j'ai l'honneur de me déclarer votre profond serviteur !

Les deux prisonniers ne répondirent pas. Kcquefort courba la tête sous le regard acéré du Roi du bagne, mais Lucien supporta ,ce regard avec une expression de défi superbe.

— Ca, mes chers amis, continua Camparini, je vois avec plaisir que vous ne paraissez pas avoir une haine trop vive pour deux hommes dontl 'un avait juré de tuer l'autre. Corbleu ! tu m'as bien joué, maître Roquefort; et toi, Lucien, tu me semblés d'une intelligence réellement supérieure, donc vous allez me comprendre, j'en suis certain.

Et Camparini, attirant à lui un tabouret de bois, s'y installa nonchalamment.

— Vous connaissez, mes excellents amis, reprit-il, cette vieille institution qu'on appelle la royauté du bagne, cette institution superbe, grâce à laquelle une autre société était créée dans la société et qui plaçait ses élus dans les conditions de la force et de la puissance; cette institution qui a si longtemps prospéré depuis que l'illustre la Chesnaye en avait jeté les bases en France et qui devait prospérer toujours ! Mais les' premières conditions de sa prospérité étaient l'union sincère entre les membres, l'obéissance passive envers le chef, une confiance absolue en lui. Malheureusement ces conditions n'ont pas été observées depuis douze années ; il s'est trouvé des traîtres, des ambitieux, des misérables qui, oubliant l'intrêt de tous pour ne penser qu'à leur propre n'ont pas reculé jusqu'à descendre à une alliance avec nos ennemis et ont sapé l'institution dans sa base. Aujourd'hui, je l'avoue entre nous, la royauté est à deux doigts de sa perte ! Peut-être que demain elle n'existera plus!

Camparini s'arrêta. Les deux hommes demeurèrent dans un profond silence.

— Eoi du bagne, reprit l'orateur, j'avais rêvé jadis pour l'association l'une de ces opérations gigantesques qui sortent des limites de l'ordinaire. J'avais vu plus de quinze millions à jeter dans la caisse commune, quinze millions qui eussent centuplé nos forces. La fortune des Xiorres et celle des d'Horbigny, devaient être des nôtres. J'aurais réussi, si la trahison, en se glissant dans nos rangs, n'était venue une première fois paralyser mes forces. Je perdis donc la première partie par la faute de ceux qui eussent dû contrit'-uer à la gagner avec moi! Alors, tout en ne renonçant pas à la poursuite de mes espérances, je

LE TAMBOUR !>H LtA MI BRIGADE

voulu» ajouter ceux de Lb baronne de Sarville,

el . au moment où j'allais atteindre Le t riplô but . de nouvelle IraliisoiiH ni'onl arraché la victoire. Aujourd'hui, l'ii ociation ne poul plu« i ver l'ombre d'une espérance fortu-

qui devaient êl re siennes, h i forl u-

n lui éehappanl la ruinent . car depuis douinnéps qu'elle en poursuil la | on, ''II''

ruinée dans cette poursunite. < 'omme le Eloi du bagne, je sui r de l'associai ion el . je

L'ayouer, à cette heure, La < I \ ide !

Ohl poursuivi! Camparini en changeant de ton, ce que vous pouvez mje répondre. J'ai commis moi même une faute : 3oit, je l" ivoùe, c'est la seule qu'on puisse me reprocher. M..-- cette faute je L'eusse aisjément réparée en trouvanl autour de moi L'aride de je croyais avoir. Vous m'avez bien compris, n'est-ce pas, mes chers amis, el vous vous attende^ à ce qui mhis menace. Pensez-vous qu'une morl douce soi! suffisante pour expier vos trahisons! Si La royauté du bagne esl agonisante, elle n'es! pas morte encore; je suis roi toujours el j'appliquerai dans tond' leur étendue les lois de répression établie pur mes prédécesseurs. Roquefort tu as trahi deux fois, une première je t'avais pardonné, el ce pardon généreux a et une duperie. Roquefort! tu vas mourir!... Si la royauté du bagne expire, au moins ceux qui auront contribué à la tuer seront morts a\ant elle!

l-'.t se levant vivement, le Roi du bagne étendit la main vers Lucien :

— Et toi, s'écria-t-il. où trouverais-je des supplices capables d'atteindre à la hauteur de ton s infamie. Lucien! tu payeras les dettes de Bamboula !

Lucien poussa un cri sourd.

— Ah ! dit Camaparini en le foudroyant sous son regard de feu, je t'avais deviné depuis longtemps, aujourd'hui je te reconnais! Si la mort t'a épargné aux Antilles. Bamboula, si un mirat'e a pu te sauver, aujourd'hui nous sommes en > rance et, je te le jure, il n'y a plus miracle possible!... Bamboula! tu vas mourir!

Et Camparini fit un mouvement comme pour s'élancer vers la porte. Bamboula leva ses mains enchaînées et bondi de toute la longueur de la chaîne qui le retenait au mur.

— Eh bien ! tue-moi ! dit-il avec un accent de rage impossible à rendre, tue-moi, Camparini, mais ta mort suivra de près la mienne! Tue-moi. et l'association qui agonise sera morte à jamais.

— Oses-tu menacer? s'écria Camparini.

— Oui, car mes menaces ne sont pas vaines!

\ eu -i u que suppi i r?

« amparini ' que jadi tu a i onl l< di Soïnn

archives de ta ro auté !

Camparini hi

( • papiej ''"ni i u pi • • ■

chiffres el La grille qui peul L< faire ■ i que moi Beul pOe ède.

( '•■ | à-dire que i u . rini !

( îette grille, je l'ai découverte .1 \ 1 1 0, ci aujourd'hui le doubli

blc esl eut re Les mains d'un homme sûr, qi ra ! Maintenant 1 ue-moi, j'attends La Camparini poussa un 1 Arrachant un poignard de sa ceinture, il bondit sur B qui, enchaîné, ue pouvait ti

aucune résistance. Le saisissant à I d'une

main nerveuse, il le cloua r et de l'au-

t re il lui appuya BUT la poit rine la pou [1 arme.

— Celte grille, dit-il. dmne voix ra'uque. En

de qui est-elle?

— -Tue-moi ! répondit Bamboula.

— Réponds!

— Tue-moi ! ,

— Réponds donc, te dis-je! hurla le Roi dubagne.

— Tue-moi! dit froidement Bamboula.

— Le Roi du bogne rugit comme un animal féroce, et, brandissant son poignard:

— Eh bien! meurs donc connue un chien chien! s'écria-t-il avec un élan furieux.

L'arme étincelante brilla dans l'air, découpa le vidé avec un rayon lumineux, et elle s'ahaissa rapide: mais au moment où elle allait atteindre la poitrine du prisonnier incapable de tenter un mouvement pour se défendre, le bras qui la tenait dévia brusquement de sa ligne, et la lame, au lieu de frapper Bamboula, alla se briser contre la muraille..

Camparini lâcha le prisonnier et se retourna en proie à une fureur indicible. TJn homme qui venait d'entrer subitement était derrière lui.

— Chivasso ! s'écria-t-il. Tu m'empêches de faire justice ! »

Chivasso ne répondit pas. D'un geste rapide, il appela deux hommes qui se tenaient dans le couloir, et, leur indiquant Roquefort :

— Reconduisez cet homme dans sa cellule ! dit-il.

Roquefort fut enlevé et disparut en un clin d'oeil. Chivasso revint vers Bamboula toujours enchaîné. Camparini se tenait immobile, les bras

croisés sur sa poitrine, dans la posture du Sparantique, son poignard brisé à la main.

Chivasso regarda fixement Bamboula.

— Qu'es-tu à proposer? demanda- t-il brusquement.

Bamboula redressa la tête.

— Ne sais-tu pas, maintenant que je suis l'ami de Jacquet, votre ennemi à tous?

Chivasso se rapproeba de Camparini.

— Assez de sottises ! dit-il. Depuis douze années nous marchons dans une voie mauvaise. Où nous a-t-elle conduits? A la ruine de toutes nos espérances, presque à la chute de notre pouvoir ! Quoi ! à une époque où la France est désorganisée, où il n'y a ni police ni ordre, où nous pouvons pêcher comme en eau trouble, nous irons perdre notre temps niaisement dans des querelles de famille, nous irons amoindrir nos propres forces en nous frappant nous-mêmes ? Allons donc ! Si la perte des millions des Niorres, des Saint- Gervais et des Sarville menace la royauté du bagne, n'a-t-elle pas pour se soutenir la splendide association des Chauffeurs? Plus de guerre entre nous, et guerre à tous! La ruine des plans les mieux ourdis a été le résultat de votre lutte à tous deux, mais si les millions nous manquent, l'impunité nous reste ! Aucune preuve n'existe contre nous entre les mains de nos ennemis: ils ne peuvent même porter une acusation ! Les seules preuves qui peuvent nous perdre sont entre nos propres mains. Bamboula a par devers lui les archives du bagne, qui répondent de sa sécurité! — Oui! dit Bamboula. Votre vie à tous esten-

tnes mains!

— Et ta vie àtoi est entre les. nôtres! s'écria Chivasso; car j'ai forcé ce soir la cachette de la rue de Beaujolais où étaient enfermés tous les papiers du comte de Sommes!

— Hein? fit Bamboula en frémissant. — A deux de jeu ! répondit Chivasso en le regardant en .

Un silence profond suivit cet échange rapide de paroles. Puis Chivasso reprit plus lentement: — Je te le répète. Bamboula, qu'as-tu à proposer en échange de ta liberté?

L'oeil de Bamboula étineela :

— .1 agent de police, dit-il. et je conti-

nuerai à l'êl re !

— Cet emploi manquait, dit Chivasso, i complète notre trio de pouvoirs. Toi, Camparini. continue à commander aux enfants du bag moi je serai le chef des Chauffeurs, et toi, Bamboula, tu te feras l'agent directeur de nos ennemis. Xous te mettrons à même d'établir authentiquement ta position, en te faisant arrêter ceux

que nous voudrons sacrifier. Tu es fin, rusé, adroit, tu as la confiance de Jacquet, tu peux nous être d'un puissant secours, et si tu tentais de trahir encore, tu livrerais, en me livrant, les papiers du comte de Sommes. Est-ce dit, Bamboulà? Faut-il détacher tes chaînes?

Pour toute réponse, Bamboula tendit en avant ses mains emprisonnées. Chivasso ouvrit- les cadenas et fit tomber les fers. Camparini demeurait impassible: il avait assisté à toute la scène sans y prendre part Chivasso revint vers lui:

— Tout esprit fertile doit comprendre l'excellence du plan que je te propose? dit-il.

Camparini écarta doucement Chivasso, et, s'a- \ançant lentement vers Bamboula:

— Tu ne m'as jamais entendu faire qu'un serment dans ma vie, dit-il, et tu sais si je l'ai tenu ! A cette heure j'en ai deux à faire, écoutes-les, Bamboula, et qu'ils ne s'effacent jamais de ta mémoire. Voici le premier: je comprends toute la gigantesque importance du plan de Chivasso, je reconnais l'utilité incontestable que peut nous offrir ton aide, je consens donc à oublier les trahisons passées; mais je te jure, Bamboula, je jure sur ma propre existence, si tu tentais de trahir encore, si tu manifestais l'ombre d'une intention douteuse, de me sacrifier à l'instant même au profit de tous pour te frapper et t'annéantir ! \

— Jurons! Récria Chivasso. d' immoler sa jus pitié ni miséricorde, partout où il sera, et dans quelque circonstance qu'il se trouve, celui de nous trois qui eessei-a. un seul moment de marcher dans la voie tracée pour le bien de l'association! — Je le jure! dit Bamboula sans hésiter. — Et maintenant, reprit Camparini, jurons avant tout Tannéantissem eux qui nousont

vaincus! Que pas un ne puisse jouir en paix du triomphe emporté, qu'ils périssent tous, et ensuite baine à ceiie société qui nous 'a mis à son l! Pillage, vol, incendie et meurtre- serontla devise des Chauffeurs!

— Je jure! dit Bamboula.

— Je jure ! dit Chivasso !

Et les trois mains étendues à la fois s* serrait dans une même étreinte. Lés trois hommes

eurèrent ainsi un moment immobi Ils ignoraient qu'à cette même heure un autre serment se faisait, dansée même Paris, de ne leur accorder, à eux, ni repos ai trêve jusqu'au jour où la justice serait accomplie.

Mahurec avait raison, c'était la guerre des vautours qui allait commencer.

Fin du Tambour de la 32e demi-brigade.

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