‹ Le roi du bagneChapitre 13 sur 243 · URANIE · texte numérisé non relu

URANIE

Se remttant un peu, Uranie revint vers son interlocuteur et lui saisit les mains, qu'elle étreignit fiévreusement.

— Cher monsieur Richard, fit-elle d'une voix suppliante, par pitié, dites-moi la vérité; ne me cachez rien; croyez-vous que Lucille vive encore?

— Je le crois, répondit aussitôt le grave personnage.

— Mais dans quel but avoir enlevé Lucille?

Richard secoua la tête et se rapprocha de son interlocutrice.

— Avez-vous oublié la nuit de Pâques ?

dit-il en baissant la voix.

Uranie frissonna.

— Quoi ! s'écria-t-elle, vous supposez ! . . '

L'homme fit un signe affirmatif.

— Oh! dit la jeune fille, ce serait horrible ! Ma pauvre soeur serait entre les mains de ces hommes atroces?

— Je le crains, dit Richard.

— Mais il faut la délivrer.

— Ou du moins tout tenter pour le faire ; c'est la résolution que j'ai prise, et c'est pour exécuter cette résolution que je suis accouru à Roquebrune. M. de Neoules doit nous prêter son aide.

— Il sacrifiera tout pour sauver Lucille!

— Alors ne perdons pas courage et agissons sans tarder d'une minute.

— Mais, dit la jeune fille avec désespoir, M. de Neoules est absent du château.

— Quand reviendra-t-il?

— Cette nuit probablement.

LE TAMBOUR DE LA &2e DEMI BRIGADE

—On est il allé?

— Je l'ignore.

—Il ae v«>iis a rien d!1 ?

— Non; il m'a seulement Hii en partanl qu'il serait de retour dans la auit <iu lmi

mars.

Quinze heures peul être ;| attendre encore! s'(M-ri;i Richard avec une rage sourde.

— I [élas ! oui.

— Ma. s il sera trop tard pour agir. Déjà j";ii perdu plus de vdngtnquatre heures. Quand M. de tSjTeoules sera revenu, le temps i|u'il mettra encore à courir sur les traces <lcs bandits, ce sera deux jours entiers. Qui

sait, avec un tel espace de temps devant eux,

ce que peuvent faire de pareils hommes.

— Pauvre soeur Lucille! s'écria Uranie en fondant en larmes.

— Il ne faudrait pas perdre une seconde dit Richard.

Uranie se retourna brusquement vers lui; ses larmes avaient cessé de couler; une résolution énergique se lisait sur ses traits.

— Que vous faut-il? demanda-t-elle.

— De l'argent, des hommes et des chevaux, répondit Richard. Les bandits ont emporté notre trésor et emmené nos chevaux; je n'avais que celui que je montais. Oh! ils ont tout calculé pour retarder les poursuites.

— De l'argent, des hommes et des chevaux? répéta Uranie.

— Oui ! dit Richard.

La jeune fille courut vers un meuble, l'ouvrit, le fouilla, et en tira deux sacs pleins Qu'elle déposa sur une table devant Richard.

— Voici sept mille francs en orî dit-elle.

Puis elle courut à une sonnette, qu'elle agita violemment. Un valet et une camériste parurent presque aussitôt à la fois par deux portes différentes.

— Jérôme, dit Uranie en «adressant au valet, il reste six chevaux dans'les écuries, sans compter Aspasie?

— -Oui, mademoiselle, répondit Jérôme.

— Qu'on les selle sur-le-champ, ainsi qu'Aspasie.

— Oui, mademoiselle.

— Prévenez Georges, Henri, Isidore, Pierre et Mistral, qu'ils s'apprêtent sur l'heure, vous aussi. Prenez des armes et tenez-vous prêts à partir dans dix minutes.

Jérôme s'inclina et sortit vivement.

— Mon amazone, mes pistolets et, mon couteau de chasse! ajouta Uranie en se tournant \<'rs la femme de chambre.

— Accompagnerai je mademoiselle î demanda celle-ci.

— Non ; allez rite!

La c&mériste sori it. Uranie revint \ Richard.

Sept mille francs, six hommes sûr bien armés h six bons chevaux, • inffi-

s;nii ? demanda-t-elle.

— oui, répondit Richard.

— Alors m- perdons pas un instant

— Quoi ! vous allez part >'.'

— Sans doute; ne dois je pas tout tenter

pour sauver ma soeur?

— Mais .M. de Neoules

— Il approuvera toul ce que j'aurai fait.

— Et s*il revient avant, notre retour?

— Je vais lui laisser une lettre qui le préviendra et le mettra a même de venir nous rejoindre.

Et Uranie, courant à son bureau, se mit à écrire rapidement; Richard la regardait avec admiration.

— Que ne suis-je votre véritable père, ditil ; combien je serais fier de tels enfants !

— Et nous serions plus fières encore d'un père tel que vous, monsieur le comte, répondit Uranie.

— Silence ! dit vivement Richard.

— Personne ne peut nous entendre î

Uranie écrivait toujours. Quand elle eut achevé son épitre, elle la plia, la cacheta et sonna de nouveau. La camériste se présenta.

— Virginie, dit la jeune fille, dès que M. de Xeoules sera rentré, et avant même de lui a\oir annoncé mon absence, vous lui remettrez cette lettre. Maintenant venez in'habiller.

Uranie sortit précipitamment. Dix minutes après elle rentrait en costume de cheval. Elle était plus charmante encore ainsi, et Richard ne put retenir sur ses lèvres un cri d'admiration.

— Partons, mon ami ! dit la jeune fille en tendant la main à son compagnon.

Tous deux descendirent dans la cour do.

château. Les six domestiques étaient prêts, tous bien armés comme des chasseurs et tenant chacun par la bride un excellent cheval au poil luisant, Un valet d'écurie maintenait deux autres montures. Uranie sauta

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lestement sur l'une, Richard enfourcha l'autre. Les valets se mirent rapidement en •selle.

— Virginie, dit Uranie à la camériste, rappelez-vous ma recommandation : ma lettre à M. de Neoules avant même de lui avoir annoncé mon départ.

Puis, se retournant vers Richard, après que la servante eut répondu par un signe affirmatif :

— Quelle route? demanda- t-elle.

— Je vous le dirai quand nous aurons dépassé Roq^iebrune, répondit Richard en lançant autour de lui un regard sombre.

Uranie rendit la main; son cheval bondit eu avant; Richard était près d'elle. Les six domestiques les suivaient à courte distance. Tous deux disparurent dans un tourbillon de poussière.

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