I.i: TAMBOl II I>E J.\ 32c DEMI BRIGADE
duranl quelques instants serait Impoe ble, mon général. En voyant Leurs crlml m -Mrs intentions devinées, la rage des assail lants atteignit Bon paroxysme: ils se m ivni ;i la Pois pour enfoncer ma porte. Je
me défendara <\\- m ieux, mais mes ef
forts allaient être vains, I a meubles ci
Jiiiciii . . . J'éta b perdu, et la colère au cœur, l'êpée au poinff. j'allais débarrasser La por te pour me i roui er face à face an ec ces assi sins et met i re ainsi un terme à une Lutte impossible, Lorsque, derrière moi, un tableau accroché Le long de la muraille 8e détacha tomba avec fracas. Croyant être attaqué de ce côté, je m'élançai l'épée haute. . pue ouverture béante était pratiquée dans La muraille, et une main fine 1 1 blanche au petit doigt de Laquelle brillait une pierre précieu-
apparut, me faisant signe de venir. Je \ mis avoue que je n'hésitai pas une seconde. Abandonnant ma barricadée demi détruite, je bondis vers L'ouverture, dans laquelle je me glissai en rampant. La main qui m'avait saisi m'attirait à elle de tous ses efforts V peine fus-je passé que la muraille se referma d'elle-même. J'étais dans une obscurité tellement profonde que ji1 ne pouvais voir où je posais les pieds. La petite main me tirait toujours.
— Venez ! venez ! me dit une voix douce.
"J'obéis. A peine avais-je fait dix pas dans un couloir si étroit que je sentais h dro.ie et à gauche la muraille le long de mes épaules, qu'un bruit sourd et prolongé, comme le fracas lointain du tonnerre, retentit derrière moi. C'était la porte de ma chambre qui venait d'être forcée. Je m'arrêtai instinctivement. Mon guide poussa un léger cri : la petite main se cramponna à moi, et ses doigts crispés m'étreignant avec énergie, me forcèrent à me remettre en marche. J'atteignis ainsi le sommet d'un escalier que je descendis rapidement, dans les ténèbres, au risque de me rompre vingt fois le cou. Enfin l'être inconnu qui me guidait s'arrêta brusquement : nous étions de plainpied. Une porte s'ouvrit, l'air pur et frais du dehors me frappa au visage : le ciel était dégagé, la lune brillait et. nous inondait de lumière. Je tournai les yeux vers ma libératrice: je reconnus Josefa, la nièce du marquis Chivasso. Je voulus parler, mais, me désignant de la main mon cheval sellée et bridé, attaché le long de la muraille, elle ne
me lait ops de prononcer une pa-
role:
ez! dit elle, ous. . . die je.
Ne \ mis occupez pas de moi !
« — ( Sependant . . .
FuyeeJ "El comme je ue bo comme
j'allais insister, elle se recula et une porte Rabattit entre uous. Je me ruai sur elle>: c< i te porte était en fer massif, et je ne parvins pas a L'ébranler. Lndécis, hésitant, j< a*, savais que faire, j'avais honte de fi lorsque la pensée d'aller chercher des • cours à le Luc me vint tout à coup. Je m'élançai sur mon cheval el je partis au galop, moment il me sembla que j'étais poursuivi, un moment il me parut distinguer d< rière moi, dans les ténèbres une masse noii et confuse courant sur Le chemin que [e parcourais, mais je ne pus rien distinguer de précis. Je pressai tellement mon cheval, qu'en moins de deux heures j'atteignis le Luc. La tempête avait heureusement ce de sévir et la route était prat icaJble. Je courus au poste de dragons que vous y avez établi, mon général. Je réveillai l'officier commandant, je lui fis part en deux mots de l'urgence de la situation, et je me mis à la tête" d'une douzaine de cavaliers, qu'il me céda parmi les mieux montés. Rebroussant chemin, je revins vers Flassans, accompagné par mon escorte. Avec mes douze dragons, j'étais certain d'arrêter toute une bande de voleurs. Le jour pointait au moment où nous arrivâmes en vue du bois de sapins. Il me sembla qu'un brouillard épais cou- T, rait la forêt. Tout à coup, de ce bruoillard noirâtre se dégagea une lueur rouge.
" — Le feu ! cria un dragon.
"— Au galop! commandai- je.
"Nous atteignîmes la forêt : un horrible spectacle s'offrit à nos yeux : le château brûlait. Mes hommes et moi, nous nous élançâmes poussés par une ardeur nouvelle. Les silhouettes de quelques paysans se dessinaient sur le fond rouge formé par le rideau de flammes. C'étaient des pâtres des environs qui, attirés par la clarté du sinistre, étaient accourus pour combattre l'incendie ; mais il n'était plus temps. Le château tout entier brûlait, de ses caves à son grenier. Au moment où nous arrivions, d'autres paysans, dirigés par la lueur, sur-
LE TAMBOUR DE LA 32e DEMI-BRIGADE
venaient fje plusieurs villages voisins. J'essayai d'organiser des secours, mais tout travail était inutile. Le feu avait tout atteint, tout gagné, dévorait tout, et ne pouvait plus être combatl u.
" — Mais les habitants de la Maison-NoLre? in'écriai-je en m'adressa nt aux paysans qui nous avaient précédés sur le lieu du sinistré.
" — Hélas! Dieu sait où ils sont! me répondit l'un d'eux.
" — Comment ! dis-je frissinnant, car je pensais à Josefa, à cet ange de miséricorde que le ciel avait placé sur ma route.
" — On dit comme ça qu'il y avait sept personnes à la Maison-Noire quand, le feu a pris . . .
" — Oui, interrompis- je vivement, car j'avais hâte de savoir. Il y avait cette nuit dans ce château le citoyen Chivasso, sa nièce et leur domestique, le citoyen Neoules et un valet blessé, et deux autres voyageurs.
« — C'est bien cela, citoyen, me répondit un autre paysan. Les deux voyageurs ont pu se sauver . . .
" — Mais les cinq autres personnes?
" — Elles sont mortes!
" — Mortes ! m'écriai-je.
" — Oui. Nous ne sommes pas arrivés à temps pour les arracher des flammes. Nous n'avons pu en retirer que des cadavres.
— "Les cadavres! où sont-ils?" demandaije en saisissant le paysan par la main.
"Il me conduisit de l'autre côté de la route. Là,, sous un bouquet d'arbres, étaient étendus les cadavres à demi-consumés par le feu. Trois d'entre eux étaient méconnaissables: ils avaient eu tout le haut du corps et la tête brûlés. Parmi ceux-là était un cadavre de femme portant les lambeaux de la toilette que j'avais pu remarquer, quelques heures plus tôt, sur la nièce du marquis. C'était bien la taille de Josefa, c'était bien ses petits pieds, mais là s'arrêtait les remarques possibles. La tête, les épaules, les bras étaient carbonisés. Une main seule était presque intacte: c'était la main droite; je me baissai avidement. Cette main était blanche et fine: c'était bien encore la main que j'avais dû remarquer. Cependant j?
fus frappé par une pensée subite, auciiua bague ne brillait au petit doigt. Je levai doucement cette main, j'interrogeai le contour de la chair de ce petit doigt : il ne por-
tait aucune des traces que laisse la pression ordinaire d'un corps dur. Et cependant, par ce qui restait du cadavre, c'était bien Josefa! c'était sa taille élancée, son pied, sa robe, sa chaussure! Les deux autres cadavres placés près de celui de la jeune fille, et qu'à cause de leur état on ne pouvait reconnaître qu'à quelques indices, étaient ceux du marquis Chivasso et de son vieux domestique. Les fragments du costume, la taille ne pouvaient laisser aucun doute.
— Et les deux derniers cadavres? demanda Berthier.
— Oh! répondit Maurice, ceux-là étaient reconnaissables. . L'un était celui du citoyen Neoules ; sa figure était intacte : le feu avait dévoré les vêtements et la poitrine, dont les os apparassaient calcinés. L'autre était celui de Julien, le valet de mon pau- ^ re ami. Il n'avait pas dû souffrir de l'incendie. Sans doute il était mort des suites des blessures reçues dans sa chute, car il n'était presque pas touché par le feu. Je demeurai stupéfait en présence de ce spectacle. L'incendie continuait toujours ses ravages, et bientôt ce ne fut plus devant nous qu'un immense brasier. J'interrogeai encore les paysans relativement aux deux voyageurs. Leurs réponses furent les mêmes: ces voyageurs avaient pu se sauver, quoique atteints par de fortes brûlures, et ils étaient partis, avaient-ils dit, pour le Luc. Cela n'était pas vrai, car je les eusse îencontrés en revenant à la Maison-Noire, puisqu'il n'y a qu'une seule route conduisant de le Luc à Flassans.
— Cela est vrai, dit Berthier. Il y aurait peut-être là un indice. Mais quelle preuve avez-vous de l'attentat commis contre vous?
— Aucune, mon général! répondit Maurice. Toutes les preuves que j'eusse pu produire ont été détruites par le feu! car ces preuves, c'étaient le témoignage de Josefa, l'état dans lequel j'avais laissé ma chanibre, le couloir secret par lequel elle m'avait fait sauver.
— Sans doute! Et Josefa est morte, et l'incendie a anéanti le reste.
Maurice fit un signe affirmatif.
— Tout eela est bien étrange! murmura Berthier. Cet événement fait pendant à celui de la ferme aux Chats-Huants.
— La ferme aux Chats-Huants! s'écria Maurice en tressaillant. Que dites-vous