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LE GARDE BARRIERE

La voiture venait d'atteindre Brunoy et elle descendait la côte sur laquelle se dresse la petite ville aujourd'hui si jolie, jadis si pleinement fastueuse, mais alors si triste et si désolée. A proprement parler, Brunoy n'existait en 1799 qu'à l'état de ruines entourées d'un humble village. Tout offrait l'aspect de la plus effroyable désolation.

Tout le monde connaît la folle histoire des prodigalités du célèbre marquis, fils de Paris de Montmartel, l'un des héros de la finance du dix-huitième siècle. Quand ce marquis eut dévoré les vingt millions que lui avait laissé son père, Brunoy fut vendu et acheté par le comte de Provence qui embellit encore le château. A cette époque la propriété princière s'étendait sur les deux rives de l'Yerres, enfermant la rivière dans son parc et prodiguant ses eaux pour faire jouer les cascades qui rivalisaient avec celles de Saint-Cloud et de Versailles. Rien n'était plus beau que ce château, ces forêts, ces bois, ces cascades, ces parterres, peuplés de statues, disent les mémoires du temps.

Puis, s'étant élevé soudain le souffle révolutionnaire qui, passant sur les châteaux, forêts, bois, cascades , parterres et statues, comme le simoun destructeur n'avait laissé après lui que ruines, débris, anéantissement.

Rien ne s'était encore élevé sur ces ruines: les murs avaient été abattus, une route avait été tracée

»1 traver Le parc abouti ant .1 un 1 1 qui pi

mottail do franchir le petil rui eau. De l'autre côté de a pont ûl ué au fond de la rallée, e di ■ail la côte de Beaui cron longcanl une pari ie <lu pan que 1 aima, déjà célèbre, venait té( emj 1 h ■ 1 1 1 d'acquérir.

\'.i voit ure franchi! le ponl el '< n ur la

route à peine 1 racée 1 onduisant aux Beaucerons. La montée ôtail p< uible : cependanl les chevaux oe rai ol irenl pa ■ leur allure, el bientôt il- atteignire il le somme! sur lequel se dreasenl les prearbreo de la foré! de Sénart.

< !e! te année de 1 1 99, L'automne avail £té magnifique e! menaçai! de prolonger l'été jusqu'au coeur de l'hiver: Le temps étai4 ce qu'on comme un tempe doua : aussi les feuilles des arbres avaien! elles commencé à jaunir, mais a'étaient-elles pas encore toutes tombées. La forêl a'offrait donc pat*

Ce! espace étai! enfermé dans quatre barrières, futaies, alors que les rafales de uovembre on! enlevé dans Leur tourbillons les dernières feuilles.

Les arbres déjà dégarnis à leur cime, mais encore garnis à leurs rameaux inférieurs, formaien! une voûte sombre, masse imposante s'étendanl à perte de vue. La voiture s'était arrêtée bous le branchage d'un bouquet de hêtres qui bordait la toute.

La portière B'ouvrit, Thomas descendit le premier: Pick et lîoqucl'orl le su i\ i r->nt, puis Cassebras sauta à son tour. Sur un signe de Thomas, les trois hommes s'avancèrent le suivant pas à pas. ('a— ehras place entre Etoqueforl o! Pick.

Tous quatre s'étaient enfoncés sous bois, marchant sur un lit île feuilles sèches, au milieu des ronces et des broussailles el tournant le dos à Bruno}

Après une marche rapide accomplie dans Le plus religieux silence, on aperçut à peu de distance une sorte de t l'aînée lumineuse se détachant à travers 'es troues noueux des arbres: on eut dit de loin un grand sillon blanchâtre tracé sur la terre au centre de la forêt.

C'éatit la grande route qui, coupant effectivement la forêt de Sénart d'un bout à l'autre et presque par le milieu, dans sa longueur, part de Montgeron et va rejoindre Lieusaint pour de là. continuer à se dérouler à travers la France, vers Melun et Fontainebleau d'abord, vers Lyon et Marseilles ensuite.

Thomas, marchant toujours en tête et dirigeant ses compagnons, suivit les abords de cette route. -sans s'avancer sur la ^haussée, marchant toujours sous bois, à l'ombre des grands arbres, et se dirigeant vers le village de Lieusaint. où s'était accom-

pli quelqu

• ■m m célèbre du ce L

• il ué presque au poinl cent rai

ijourd'hui une ■tnrte d'obélisque ou de pj ramid

donnant chacune sur une rouie .:

la pri .. oant de V

conde allant ;i Melun par L chc condui in! à Bi ie-Co H te a Corbeil.

En arrivan! prèa du carrefou ~a marche et invita d compagne

étouffer Le brun de leur- p sani ,w>'r précaution, atteignirent L'extrémit» fourré épais qui les plongeait dan.-, une obscurité complète, et Thom m avec précaution une

branche qui gênai!

le,,.

arrefour au cenl re duquel ■ lit la py-

ramide, était coupé par deux I

mpant en croix de Saint-André: m de la pyramide était réservée une petite pi,. 1

espace libre, ayant la voie facilement pour deux voiture- et permettant de tourner autour du monument.

Cet espace était enfermé dan- quatre hanse rejoignant a angles droits d formant une place carrée autour de la pyramide. C'était de chacun ries quatre angles que présentait la réunion des quatre barrière-, que partait une ha haute

et très fournie. < ( 1 1 î . divisant le carrefour, ainsi que j'ai dit, allait aboutit au fourré et in! sait tmite communication pour un véhicule, si léger qu'il fût, entre les quatre route- qui, r

bacune entre deux haies formant entonnoir, venaient forcément aboutir à l'une des quatre bar. rieres enceignant la pyramide.

Tout autour du carrefour, et à l'endroit même où se terminait chaque haie, était creusé un très profond rempli d'un sol liquide eomp boue et de vase, et d'où se dégageait une odeur pestilentielle.

Près de la barrière, à laquelle aboutissait la rottte venant de Paris, placée un peu sur côté de fa çon à n'entraver en aucune manière le passage du grand chemin, se dressait une modeste cabane en planches* recouverte en chaume, sorte de cahute de sauvage, que l'on eût pu prendre, placée comme elle l'était au milieu de la forêt, pour un abri tf;.bli par des chasseurs. Ce qui eût détruit cette supposition cependant. Ce qui eût détruil quatre haies dont il était difficile au premier abord de comprendre et de définir l'usage.

()r. presque toutes les routes de la République, dans un rayon de cinquante lieues autour de Paris, étaienl garnies ainsi de haies vives placées de distance en distance el flanquées d'une cabane identique a celle que je viens d'esquisser, et posée là cumule une sentinelle.

("était une mesure prise depuis deux années seulement ijiii avait établi cet état de choses sur la grande route de la République française. Et d'abord, quand je dis route, c'est que je ne trouve pas d'autre expression pour rendre plu.- convenablement ma pensée. Route, telle que non- l'entendons aujourd'hui, signifie une voie soigneusement tra- • entretenue, au terrain uni. sur lequel les voitures peuvent rouler sans accident. Route, à la dernière année du précédent siècle, signifiait à peu près tout l'opposé. C'était bien en effet une voie : conduire d'un lieu à un autre (comme i si judicieusement le Dictionnaire de l'Académie), niais que cette voie fût praticable, c'était une autre affaire.

Sans être ingénieur des ponts et chaussées, on sait combien peu de temps il faut pour changer en fondrière ce sol artificiel que l'on nomme route. Or, en 1799. il y avait dix années que les routes étaient abandonnées. Sous la monarchie, on avait pourvu à l'entretien des routes au moyen des corvées; mais, la Révolution ayant aboli les corvées. il avait fallu songer à un autre moyen et la Convention avait porté au budget général une somme destinée aux voies de communication pour les maintenir en bon état, mais l'argent avait manqué pour ce service comme pour les autre-.

Le Directoire était venu et il avait trouvé les routes dans un tel état que. dans certaines contrées de la France, il était littéralement impossible de voyager autrement qu'à pied ou à cheval. On pense quel effroyable préjudice cela causa.it aux relations commerciales, et bien que l'industrie fût loin d'être développée comme elle l'est aujourd'hui, cette impossibilité de communication était pour elle un coup de grâce.

Jl fallait donc absolument trouver un moyen de remédier au mal. Or le Directoire n'était pas plus riche que la Convention: les fonds manquaient absolument et on ne pouvait rien faire, car il fallait de grosses sommes.

Ce fut alors cra'on eut l'idée d'une ressource spéciale qu'on ne pût pas aliéner, qui ne pût pas faire défaut, et. pour arriver au but, on avait imaginé une taxe d'entretien et créé des barrières pour la percevoir. Cette taxe avait été affermée aux entrepreneurs des routes eux-mêmes et elle avait été perçue avec acharnement, mais les rouie, n'v

a\aiem rien gagné: les entrepreneurs, mal surveillés, fraudaient à la fois et sur la perception de la taxe et sur l'emploi de ses produits. D'ailleurs, cette taxe avait rapporté a peine 12 millions et il en eût fallu plus de 100 au inoins pour réparer les ravages causés par le temps. Donc les barrière- étaienl établies, mais les routes n'en étaient pas meilleure-.

C'était un bureau de perception qui était établi au centre des quatre haies, en face de la petite pyramide autour de laquelle devaient forcément dénier les voitures venant soit de Taris ou de Melun, soit de Brie-Comte-Robert ou de Corbeil.

Thomas et ses compagnons .-'étaient arrêtés sur le bord du fossé fangeux qui enceignait le carrefour. Thomas, Pick et Roquefort semblaient examiner avec une attention profonde le carrefour et la cabane du percepteur de la taxe. Cassebrae, demeuré un peu en arrière, paraissait attendre avec cette indifférence profonde de l'homme qui, ayant un parti pris fortement arrêté d'avance, ne s'intéresse à rien.

Thomas se pencha vers Roquefort et Pick et leur parla rapidement à l'oreille. Les deux hommes firent un signe affirmatif, comme pour prouver qu'ils avaient compris, puis s'élançant l'un à droite, l'autre à gauche, en suivant le fossé sans le franchir, ils disparurent rapidement et sans bruit au milieu des ténèbres.

Thomas s'avança alors vers Cassehras qui était demeuré immobile à la même place.

— Tu vois cette cabane? demanda Thomas à voix basse et en désignant la modeste cahute qui se dressait en face de la pyramide, à cinquante nas au plus de l'endroit où se tenaient les deux hommes absolument et complètement dissimulés dans l'ombre, tu vois cette cabane? répéta Thomas.

— Oui! répondit le colosse.

— ("est celle du percepteur de la taxe.

— «C'est possible.

— Pour ce que nous avons à faire ici, il faut que cette cabane soit libre.

Cassebras ne répondit pas.

— Or. dan- cette cabane, il y a un homme de trente ans bien armé et bien décidé, je te l'affirme, à se défendre. Tu comprends?

— Oui. Après?

— Eh bien, je te répète qu'il nous faut cependant cotte cabane, afin que pas un oeil indiscret ne puisse nous surprendre.

(as-ebras fit un mouvement comme pour franchir le fossé. Thomas l'arrêta du geste.

— Où vas-tu? lui demanda-t-il.

i'IOI-TAPIN

Parbleu ' répond il me et

frayant . i r l'homme qui ao

Thoma envol i (

d'oeil i i m. in m qui pon .1 l'ob curil é pour aller lai ir, ur la phy sionomie du fori de la bail-

pre ion d< la pensée ! > ''; ocrètemenl enf

il. m le replia de son cerveau.

Eh ' oh ! fit-il en Bourianl . que déci-

dément 1 m te formée chaque jour de mi< mieux.

Faut 1! y aller? répondit simplement ( bras en désignant la cahute.

\i tends ! j'a i oubl ié de te di re que cet homme c'était i-.i- seul.

\ h ! il ;i un compag non ! tant mieu \ ! ils pourront se défendre.

Ce n'est point an compagnon qu'il a, une compagne.

Cassebras 1 ressailiit.

I ne femme ? dit-il.

Oui, répondit Thomas dont les regards étaient rivés sur ceux de son interlocuteur. Oui, une femme esl avec lui : cette femme, c'es Bienne, et «'11'1 a auprès d'elle un jeune enfant de quelques anni

■ — Eh bien ? dit ( lassebras.

— Eh bien! tu ne comprends plus?... Il faut tuer l'homme, la femme et l'enfant, voilà tout!

Thomas avait prononcé ces paroles avec un calmer! un sang-froid effrayants. Cassebras avait l'aii un mouvement en arrière, et Be croisant les l>ras sur la poil rine :

Non! dit-il.

— Quoi! fit Thomas d'une vois sifflante, tu refuses?

— De tuer une femme et an curant, oui!

— -Eh bien! pendant que tu tiendras l'homme je tuerai la femme et l'enfant, moi !

— Non! dit encore Cassebras.

— Comment, non?

— Je ne pourrais pas voir tuer sous mes yeux deux êtres faibles et sans défense. J'aurais beau te promettre, je ne pourrais pas; je me connais. vois-tu. . . en entendant crier la femme et l'enfant, j'oublierais tout. . . et. . . vois-tu. . . je t'étranglerais !

— 'Et Rosette, dit froidement Thomas, tu l'oublies ?

— Non ! dit Cassebras avec énergie. Mais écoute, ne demande pas plus que je ne puis faire; j'aime Rosette, et pour la délivrer, pour en faire ma femme, j'ai consenti à devenir aussi misérable que tu me le proposai.-. Oui, je suis un misérablpe. mais je ne suis pas un lâche, entends-tu ! Il y a un

homme qu

i] m'ent femme et un ;

locoui

prend un homn

m"! t re ! . . . Ne me demand

M tte! dit

Eh bien ! dit 1 serait là, elle âe\ rail moiu je ne pou

pas frapper une femme et un enfant

Ro ■ et je me t leurs Rosette me remercierait, jJ 1 ttr. . . elle

aussi aimerait mieux mou

Thomas sourit ironiquement.

I arir? dit-il, si

elle devait vivre et Bouffrir tous les m l'enfer pour te punir d< 9 tout

ce qu'on peut enfanter de tortures, je l'enfantais pour prolonger les douleurs de celle que tu

îhaque heure, à chaque minute elle te maudissait pour ne l'avoir pas délivrée, elle que tu prétends adorer, si elle. . .

— Tais-toi! dit Cassebroe dune voix sourde, je te tuera:-, vois-tu !

— Bah ! si tu me tuais, tu ne saurais jamais où est Rosette, car moi seul connais le secret prison !

Cassebras serra ses poings avec une telle énergie nue les os des jointures craquèrent.

— Eh bien! reprit Thomoe n silence, que

décides-tu?

Cass 3'avança et - E^t sur le bras

de son compagnon :

— Ecoute! dit-il. depuis quelques jours j'ai pris mon parti, tu le -ai-: je suis avec tous, j'y resterai, soit, puisqu'il le faut pour être heureux; mais, encore une fois, ne me demande pas plus! Encore une fois, réfléchis! n'essaye pas!... J'aurais beau te promettre, que, le moment venu, je prendrais la défense de la femme et de l'enfant. . . Maintenant je t'ai dit tout, fais ce que tu voudrais!

Et le colosse, croisant ses bras sur sa poitrine, se renferma dans un profond silence. Thomas l'examina du coin de l'oeil, puis, relevant lentement la tête :

— La mort de la femme et de l'enfant n'étant pas absolument utile, je veux bien consentir à les laisser vivre, dit-il avec un geste indifférent. Quant à l'homme, il peut vivre aussi . . . seulement,

il faut qu'aucun des trois ne puisse voir ni entendre. Tu nous aideras à les arrêter e1 à les carotter, à les bâillonner, puis on les gardera à vue. . .

— Oui, dit Cassebras dont l'oeil lança un éclair joyeux.

— Ah! fit Thomas qui surprit cet éclair rapide, tu es heureux? Ne te réjouis pas, cependant, car tu n'as pas payé ta dette à l'association dont il faut que tu fasses partie, si tu veux revoir Rosette libre et te tendant la main . . . Ecoute à ton tour et apprends à me connaître. Cassebras, afin que dans l'avenir tu saches quel est celui qui te commande. Dans cette cabane il n'y a qu'un homme seul, et je n'ai jamais eu l'intention même de faire tuer cet homme, car si je n'hésite jamais devant la mort, alor« que cette mort peut m'être utile, je ne fais pas tuer pour le plaisir de tuer. Non; si je t'ai parlé ainsi que je l'ai fait, c'était pour te sonder, pour t'éprouver. J'ai vu ce que je voulais voir. Tu as peur de répandre le sang; il faut te guérir de cette faiblesse, Cassebras, car il faut, je te le répète, que tu payes ta dette de sang à la grande association. Réfléchis ! . . . Tout à l'heure je vais te mettre à l'épreuve; mais cette fois, si seulement tu hésites, je te jure, entends-tu, je te jure qu'à l'instant même Rosette sera perdue pour toi ! Oh ! ne prends pas un air menaçant ! Non, il ne sera plus temps de revenir sur ton hésitation, Cassebras ! . .Je veux être obéi, sans discussion ! Quant à ta force physique, ne compte jamais sur elle pour lutter avec moi . . . Tiens ! tu vois cette bague? Le chaton contient un poison asphyxiant qui r-p pardonne jamais; à un geste de toi, Cassebras, ce chaton s'ouvrirait et tu tomberais frappé, pour ne plus te relever 1 Oui, tu tomberais, et peutêtre tomberais- je aussi, mais mes précautions sont prises. . . toi mort, je ferais endurer à Rosette tous les supplices imaginables, et si je mourais avec toi, Rosette souffrirait encore, car celui qui me sucéderait trouverait foutes mes instructions écrites, et il n'y faillirait pas. Tu m'as compris? Tout à l'heure je vais te donner un ordre, ordre terrible: il faudra obéir. Maintenant, attendsmoi ici, attends sans bouger, sans faire un pas, et quoi que tu voies, quoi que tu entendes, demeure immobile. Encore une fois, songe à Rosette.

Et, accompagnant ces dernières paroles d'un geste expressivement menaçant. Thomas quitta, le fort de la halle et disparut dans les ténèbres, suivant la direction que Pick avait prise quelques minutes auparavant.

Contournant le carrefour, il atteignit les abords de la route de Paris. Cette partie de la forêt de Sénart étant située sur une élévation de terrain,

la pyramide formait le sommet de la côte. La route de Paris descendait donc rapidement dans la direction de Montgeron.

Au moment où Thomas arivait sur le bord de 'a route, un homme surgit de derrière un tronc d'arbre : c'était Pick.

— Eh bien! agira-t-il? demanda le lieutenant du Roi du bagne.

— Oui, dit Thomas, mais ce ne sera pas sans peine.

— Et l'autre affaire?

— Je l'ai sondé pour les femmes et les enfants; j'ai inventé celle du receveur des taxes et son petit. . . Il n'y a rien à faire: il ne faut pas compter sur lui.

— Ah ! fit Pick avec un désappointement manifeste.

— Tu sais que je me connais en hommes! Eh bien! tu torturerais celui-là autant que tu le poursuis, qu'il ne consentirait jamais à commettre ce qu'il nomme une lâcheté.

— Mais l'affaire de cette nuit.

— Oh ! il s'agit d'hommes, il les tuera.

— Ainsi, quant à ce qui est des femmes et des enfants, il faut y renoncer?

— Oui, un autre agira.

—Qui?

Un bruit de feuilles sèches foulées aux pieds empêcha Thomas de répondre; Roquefort s'avançait dans l'ombre.

— Le signal, dit-il.

■ — Ah ! fit Thomas, attention ; tiens l'échelle.

Roquefort se baissa et parut ramasser quelque chose au pied d'un chêne gigantesque. Il se recula avec précaution et en se tenant à demi courbé vers la terre. Alors, en dépit de l'obscurité, on eût pu remarquer une échelle de cordes, mais de cordes extrêmement fines, dont l'extrémité supérieure devait être accrochée au faîte de l'arbre, et dont Roquefort maintenait l'autre extrémité sur laquelle il appuyait pour roidir l'échelle.

Thomas s'élança, gravit lestement les échelons et disparut bientôt dans .les branches touffues de l'arbre. Il redescendit quelques instants après.

— Il y a un feu vert à Montgeron, dit-il. La voiture vient donc de quitter Villeneuve-Saint-Georges: dans une demi-heure elle sera ici. Il est temps d'agir; vous vous rappelez nos instructions?

— Oui, dit Pick: moi à la barrière de Lieusaint, Roquefort à celle de Brie-Comte-Robert.

— C'est cela : moi à celle de Paris et Cassebras à celle de Corbeil; c'est lui qui agira.

■ — Mais voudra-t-il?

Oui, je l 'eu répond i maintenant , il ne que d'homme .

l'hk loupira.

• i ■ dommage, dit-ii, qu'on ne puiaae L'employer dan L'aul re affaire.

Bah ' lit Thomae avec peut-ôl rx

■ai! i En ai tendanl . terminone celle i L Boqueîini es! certain que le receveur eai -ni daj cabane.

Ouij maie il eai toujours armé, tu le sais, di1 Roquefort, el il ee< brave.

Thomas fil entendre an Bifflemenl railleur. — A vos postes, mes enfants, dit-il.

Puis, se gliasanl de aouveau sons les arbres, il atteignil L'endroi! où se tenail Cassebras.

— Je t'ai ordonné de prendre an paquel de cordes, dil Thomas.

Le voilà, répondi! L'hercule de la halle en tiranl de La poche de sa veste on pert il paquet de cordes fines el Bolides.

— Alors, viens, el aie bonne mémoire, Cassebras. Pas d'hésitation. Songe à la bague, et .surtout à Rosette.

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