II. il ioujil
a ussi u peine la quatrièmi Put-elle
terminée qu'un grand mouvement eut lieu dans les masses, et que la cuj la plus
vive se peignit sur tous les risages. l'u espace de temps assez long pour porter l'an* vicie de l'attente ô Bon comble s'écoula que rien n'apparut. Enfin, one gondole portant les armes de la famille Poscari lança dans la partie libre du canal: la foule entière la salua avec des applaudissements frénétiques auxquels les barcaroli répondirent en agitant leurs rames et en faisant sauter en l'air leurs bonnets de laine.
Presque aussitôt une autre embarcation apparut sur le canal: cette embarcation ne ressemblait aucunement à celle à laquelle elle semblait aller demander la lutte: c'était un canot de bâtiment de guerre, c'était la chaloupe anglaise que nous avons précédemment décrite, et qui devait se trouver bien étonnée de creuser son sillage profond dans les eaux bleues des Lagunes.
L'apparition de ce canot émut la foule attentive, et au tumulte des cris succéda un profond silence. Les suppositions faites étaient justifiées. Il y allait avoir lutte entre des matelots anàlais et des barcaroli vénitiens. L'amour-pfopre des spectateurs était renforcé encore d'un sentiment de patriotisme: la réputation des gondoliers vénitiens et celle des canotiers anglais étaient universelles: le lion de Saint-Marc et le léopard étaient en présence: le spectacle était saisissant.
Gondole et canot remontèrent le canal, nageant côte à côte comme deux embarcations amies, et atteignirent un endroit distant de la machina d'environ une demilieue. Le canal ne décrivant aucune courbe durant ce parcours, la vue entière de la course qui allait s'engager n'était donc gênée par aucun obstacle, et, du point de départ au point d'arrivée, on allait pouvoir suivre des yeux les deur embarcations rivales. Tout en remontant le canal, les gondoliers se livraient aux fanfaronnades particulières à ceux de leur pays, chantaient à
LE TAMBOUR DE LA 32e DEMI-BRIGADE
haute voix la victoire future, insultant jusqu'à leurs adversaires. Les Anglais, au contraire, froids et impassibles, nageaient lentement, régulièrement sans fatigue, en gens conservant leurs forces pour l'instant décisif et ne craignant pas la lutte.
Près de la machina s'était avancée la bissona portant lord Ellen et le seigneur Foscari, le noble vénitien qui avait accepté la gageure. La marquise Camparini et lady Ellen paraissaient prendre le plus vif intérêt à ce qui allait se passer. Quant au baron de Grafeld, il venait de quitter la bissona et de passer dans sa gondole, s'excusant de son départ par la nécessité où il se trouvait d'aller féliciter son ambassadeur à propos du succès du général Beaulieu. Gondole et canot, arrivés au point fixé pour le départ, se rangèrent côte à côte : les barcaroli appuyés sur leurs longues rames, les canotiers tenant leurs avirons horizontalement hors de l'eau. Le signal devait être donné par la bissona où se trouvaient les parieurs ; ce signal était un drapeau tenu bas et qui devait être brusquement élevé. Les curieux anxieux et attentifs, observaient un religieux silence: aucune des courses précédentes n'avait obtenu pareil aspect de solennité.
Derrières les quais du grand canal se dressaient les palais et le dôme de Saint- Marc ; à droite on apercevait le fort du Lido et ensuite une haute mâture balançant dans les airs le yatch anglais c'était le navire de lord Ellen, au mouillage. Sur la gauche une mâture moins élevée, plus inclinée, sans oriflamme, se dessinait sur le ciel bleu c'était le navire arrivé récemment et dont avait parlé l'officier anglais. Tout à coup et au moment où les spectateurs attendaient le signal, une détonation formidable retentit, tous les yeux se portèren en même temps vers le Lido un nuage de fumée blanchâtre faisait disparaître le fort et les mâtures. Puis le nuage monta, se déchira, se dissipa, et on aperçut au mat du navire anglais et sur la hampe du drapeau du fort le pavillon autrichien se déroulant à la place d'honneur, puis de nouvelles détonations retentirent déchirant de nouveaux nuages de fumée. C'était la célébration de la victoire dont l'annonce venait d'être faite : c'était la glorification de l'Autriche par Venise et par
l'Angleterre, c'était la honte des armes françaises que l'on proclamait.
La foule entraînée depuis longtemps battit des mains, et les bonnets et les chapeaux voltigèrent dans les airs accompagnant chaque salve que se répondaient le fort et le navire.
— Mille diable ! dit lord Ellen, qui, à l'aide d'une lunette, interrogeait l'horizon. Ce navire danois ne veut-il donc pas célébrer la victoire remportée? Quoi! il ne tire pas un coup de canon! il ne hisse pas un pavillon!
— En effet cela est étrange! dit le comte de Roquefeuille.
— Que signifie ce silence?
— Milord! donnez donc le signal de la course ! dit la marquise.
— Il faudra que je vois l'ambassadeur autrichien après la course! dit lord Ellen.
Puis, se retournant vers l'un de ses matelots demeurés sur la bissona:
— Donne le signal! dit-il.
Le matelot obéit et éleva le pavillon. Aussitôt l'attention de la foule, distraite d'abord par ce qui se passait au Lido et en mer, retourna plus vive sur le grand canal ! Gondole et canot venaient de s'élancer ensemble dans l'espace vide, mais il n'avait pas parcouru la dixième partie du trajet, qu'un même cri d'étonnement jaillit de toutes les bouches: une troisième embarcation, un second canot, étroit, effilé, un vrai youyou; monté seulement par deux hommes venait de se faire jour à travers les gondoles stationnaires et glissait rapidement à la suite des lutteurs. Cet incident inattendu augmentait subitement la curiosité, redoubla encore l'émotion des spectateurs.
— Qui est-ce?
— Quels sont ces hommes?
— Regardez comme ils rament!
Et* mille autres phrases furent échangées en l'espace d'une seconde. Le petit canot et ses deux rameurs filaient effectivement avec une vitesse qui tenait du fantastique. Parti bien après la gondole montée par douze barcaroli et le canot anglais armé de douze avirons, il les avaient rejoint au moment où ils atteignaient le milieu du canal. Les deux rameurs portaient des vareuses de laine bleue, un bonnet et un pantalon de mê-, me nuance. Couchés sur leurs avirons, il était impossible de voir de leur tête autre
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chose que des cheveux crépue et au front bistré <•! hàlé.
C'était merveiMeua d'examiner l'adre ['énergie, la force avec lesquelles ceq deux hommes luttaient contre lès embarcati»
rivales. Barcaroli et matelots anglais demeurèrent un ment stupéfaits. Tous
regards étaient rivés sur ces trois embarcs
T.ious 1 1 1 ; i i 1 1 1 < - 1 1 : 1 1 1 1 Mil' uni' iimiih> ligne.
Bientôt la gondole et le grand canot, on bliant leur propre rivalité, se sentant insulta pin- ce 3 ouyou mesqui a, ne pa rurent plus songer qu'a l'écraser a la fois. Le youyou était eut iv eux. < l-ondole et canol se rapprochèrent obéissant à une même pensée pour enserrer le rival entre leurs bordages; mais le youyou, s'eUançant comme une flèche, échappa à la pression et glissa à l'a-* vant, prenant la tête. La foule entière électrisée, obéissant à ce premier sentiment du, (juste qui, quoj qu'on en dise, est planté au cœur de chaque créature humaine, la foule battit des mains.
La course continua plus animée que jamais: le youyou avait toujours l'avance.
Barcaroli et matelots anglais redoublèrent d'énergie et de vigueur; la honte décuplait leurs forces, et cependant telle était la vitesse imprimée au canot par ses deux uniques rameurs qu'il échappait aux poursuites comme un chevreuil agile échappe aux gros chiens de la meute.
On approchait du luit indiqué: la course avait été accomplie si rapidement que pas nue seule réflexion n'avait pu être échangée sur l'événement. Le toutou maintenait toujours sou avantage; deux brasses le séparaient de la gondole et du canot nageant sur une même ligne avec une égalité parfaite. Les deux rameurs, infatigables, roi dissaient leurs bras nerveux et enlevaient l'embarcation avec une puissance irrésistibl .
— Bravo ! bravo ! vociféra la foule aTec une furie éclatante. '
Le toutou Tenait d'atteindre le but, battant largement les Anglais et les Vénitiens.
Les deux canotiers abandonnant leurs avirons et laissant courir l'embarcation par l'impulsion donnée, se dressèrent à la fois.
— Tonnerre de Brest ! Vive la France ! hurla l'un en secouant son bonnet.
— Troun de Diou ! ^enfoncés les English î cria l'autre.
— ('es hommes! arrêt Ion! Ellen •'
Poursuivez Lee ! prenez-les! dit une au-
I le \ I
Le baron de Graîeld surgissait dan gondole s'élançant a la poursuite du youyou.
Les deux vainqueurs sautèrent en même temps dans les II ois, faisant voltiger l'écume autour d'eux.
arrêtez I tez-les! hurlèrent '-eut.
.ni même Instant.
.Mais au même Instant aussi un nouvel <■vénement opérail tout ;i coup uni- diversion profonde. Les détonations avaient cessé de retentir du côté dn Lido. Vingt et an coups de canon avaient été tirés par le ton ci autant par le vaisseau anglais pour saluer le pavillon autrichien victorieux, puis toi tait rentré dans le silence alors (|iie la course élait a son milieu, quand tout a coup de
nouvelles détonations retentirent, éclatant
plus pressées et pour ainsi dire plus joyeuses, toujours dans la direction du Lido..
Tous les yeux attirés encore se portèrent vers l'endroit d'où partait le bruit, et des clameurs d'expressions différentes jaillirent de toutes les poitrines. La fumée en s'élevant venait de découvrir le navire au mou|llage dont avait parlé lord Ellen, et en 'liant de ses mats se déroulait, tandis qui caronades tiraient sans relâche, le pavillon tricolore de France. On eût dit une réponse victorieusement insolente faite au fort vénitien et au navire anglais.
— A moî, canotiers! cria lord Ellen en s'adressant à ses matelots.
L'embarcation s'approcha rapidement de la bissona, le commandant anglais s'élança d'un seul boud.
— Au Lido ! cria-t-il à ses hommes, et nagez Tigoureusement !
— Au Lido! au Lido! hurlait le baron de Grafeld à ses barcaroli.
Quant aux deux canotiers Tainqueurs qui s'étaient éianeés dans les flots pour échapper aux poursuites dont ils étaient l'objet, personne ne poirrait dire ce qu'ils, étaient deTenus. La plus grande confusion régnait alors sur le canal; toutes les embarcations se croisaient clans tous les sens, allant, Tenant, courant, s'encheTêtrant. Au Ponte- Eialto surtout, sous l'arche gigantesque, l'embarras était plus grand qu'ailleurs.
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Peut-être cet embarras allait-il tourner même à une confusion inextricable, quand d'un canal latéral s'élança une gondole dont la présence causa un arrêt instantané parmi les autres. Cette gondole, peinte en noir était garnie d'une tente également noire surmontée (Tune flamme rouge. Les six barcaroli qui la montaient étaient vêtus de noir et portaient sur la poitrine les armes de la République.
A l'avant, quatre sbires en uniforme s'appuyaient sur leurs mousquets. A l'arrière quatre étaient dans la même attitude; par un coin de l'un des rideaux ouverts on pouvait apercevoir dans le salon un personnage costumé de velours noir avec un bonnet rouge enfoncé sur les yeux. L'apparition de cette gondole, d'aspect funèbre, sembla glacer d'effroi la foule.
— iMesser-Grande ! murmura-t-on de toutes parts.
Messer-Grande était le nom du premier serviteur des inquisiteurs de l'Etat, le premier fonctionnaire de ce pouvoir arbitraire . que l'on nommait le conseil des Dix. C'était Messer-Grande qui était toujours et invariablement chargé des arrestations de quelque importance. La foule des embarcations s'écarta respectueusement devant la gondole des inquisiteurs, et celle-ci continua sa route au milieu de tous les signes du respect le plus profond et de l'effroi le plus vif. Remontant le grand canal, elle se dirigea droit vers le palais Foscari, où plusieurs gondoles étaient demeurés stationnants : chacune s'empressait de faire place. Enfin la. gondole de Messer-Grande s'arrêta à son tour, bord à bord avec une embarcation qui demeura immobile comme paralysée par la crainte et la stupeur. Messer- Grande fit signe aux sbires de l'avant : ceuxci sautèrent dans la gondole arrêtée; le magistrat les suivit. Deux jeunes gens venaient de surgir hors du salon: deux têtes jeunes et plutôt curieuses qu'inquiètes regardaient les sbires. -