‹ Le roi du bagneChapitre 73 sur 243 · LES A. MIS · texte numérisé non relu

LES A. MIS

Oamparini avail pris les deux candélabres chargés de bougies allumées qui i laieni la pièce et les avaii placés sur la petite table, de façon à ce que les payons lumineux tombassent en plein sur le cui risé «le Lucien. ( Jelui-ci ne recula ei pe manifesta aucun désir de rentrer dans l'ombre. Chivasso s'était avancé lentement dardant ses prunelles fauves sur- Lucien. Quand il cul terminé son minutieux examen, il fit an signe négatif. Oamparini sourit avec un sentiment de satisfaction évident, puis se retournant vers Lucien.

— On t'envoie à moi comme un homme intelligent, dit-il. Depuis que tu es arrivé je n'ai pu mettre celte intelligence à l'épreuve, aujourd'hui l'occasion se présente; estu prêt?

— Oui, répondit Lucien. De quoi s'agit-il.

— Un homme a été enlevé ce soir, je veux savoir par qui.

— Où cet homme a-t-il été enlevé? demanda Lucien.

— Au palais Foscari, durant la fête.

Lucien sourit.

— Oet homme, dit-il, était vêtu en Arménien, il a été jeté dans une gondole dont les bacaroli masqués pouvaient passer pour muets et il s'est échappé en usant ses liens et en se jetant à l'eau : set homme, c'est Ro- ^qtajefort.

— Bien? fit Oamparini.

Les trois hommes se regardaient avec une vivacité extrême.

— Comment sais-tu cela? demanda Roquefort avec une vivacité extrême.

— J'étais l'un des barcaroli masqués.

— Toi ! Tu étais dans la gondole.

— Heureusement pour toi-même, car c'est

LE TAMBOUR DE LA 32e DEMI-BRIGADE

grâce à mes fausses indications que l'on a perdu ta tr

— A tes indications?

— Sans doute! je t'avais reconnu, je voulais te sauver.

Camparini fit un geste de la main.

— Explique-toi nettement! dit-il d'une voix impér&tive.

— L'explication sera courte, répondit Luicien. Depuis que je suis venu à Venise, je me suis lié avec plusieurs gondoliers. L'un d'eux m'a proposé, ce soir même de gagner quelques ducats; j'ai accepté sans savoir de quoi il s'agissait On m'a conduit sur une gondole, on m'a fait masquer, puis la gondole est allée attendre à l'une des issues secrètes du palais Foscari. Quelques instants après. Roquefort a été conduit sous la tente par deux hommes masqués et nous sommes partis. A'ous savez sans doute le reste.

— Et après que Roquefort se fut échappé, qu'advint-il?

— La gondole accosta près du Eialto, on nous pava et on nous congédia.

— Qui vous a payés?

— L'un des gondoliers masqués.

— Celui que tu connais?

— Non, un autre.

—Qui?

; — J'ignore qui il est; je ne l'ai pas vu et je n'ai même pas entendu le son de sa voix.

— Et l'autre gondolier, celui qui t'avait engagé, que savait-il !

— rRien. Je l'ai interrogé; il n'a pu me' répondre, on l'avait pris dans la gondole en le chargeant de trouver un compagnon.

— Ainsi, tu n'as aucun indice?

Lucien sourit finement.

— J'ignore à qui j'ai eu affaire, dit-il, mais je le saurai, je reconnaîtrai la gondole.

— Comment ?

— C'est mon secret, je ne le confierai qu'à toi seul.

— Pourquoi ?

— Pour des motifs que tu connaîtras.

Camparini fit signe aux autres hommes de s'écarter, puis quand il fut seul avec Lucien dans l'embrasure d'une croisée.

— J'écoute! dit-il. Qu'as-tu à me dire?

Lucien lança autour de lui un regard investigateur, puis se penchant vivement, il parla rapidement à l'oreille de iOamparini1,

mais à voix tellement basse, que le murmure de ses paroles ne se fit même pas entendre. Camparini se redressa brusquement comme si un serpent l'eût mordu.

— Comment sais-tu cela? se dit-il.

— J'ai été durant onze ans, valet de confiance chez M. de Xeoules, répondit Lucien.

— Toi! fit Camparini avec un nouveau geste d'étonnement.

Puis, après un silence:

— Jouais a raison, reprit-il, tu peux nous être d'une grande utilité et, si tu le veux, ta fortune est faite. Sache demain à qui appartient la gondole.

— Je le saurai demain au lever du jour.

— C'est bien, je t'attendrai ici.

Lucien s'inclina et sortit. Camparini courut refermer la porte, puis revenant précipitamment vers ses trois compagnons:

—Cet homme est précieux, dit-il, il nous rendra un important service, mais ce service rendu, il faut qu'il meure !

— Pourquoi ? demanda Chivasso.

— Il en sait trop long.

—Qui est-il?

— Je l'ignore et je ne puis le savoir; C'est pourquoi il doit disparaître.

— Certes, dit Pick en se levant, mieux vaut un ami de moins qu'un ennemi de plus ; je me charge de Lucien; qu'il nous renseigne seulement sur cette affaire étrange de la gondole, et ensuite, ou je saurai qui il est, ou nous n'aurons rien à redouter de lui.'

Camparini fit un signe affirmatif et Pick sortit aussitôt. Sur un geste du Roi du bagne, Roquefort se leva précipitamment et s'approcha :

— Pick se charge de Lucien, dit Camparini, toi, Roquefort, charge-toi de Pick.

MESSER-GRAXDE.

A Venise, jadis, les arrestations se faisaient avec le moins de bruit possible, et le lecteur en a vu la preuve lors de l'arrestaftion du vicomte de Signelay. C'était en plein jour de fête cependant, au milieu d'u- 'ne afffuence considérable que Léopold avait «été arrêté, mais l'arrestation avait été opérée sans scandale, et, quelques minutes après que la gondole emportant Messer-Grande et

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