LE TAMBOUR DB LA 32. • DE M>I
appelé momentanément tJranie auprès d'elle J'étais seule avec La marquise: je I* ranimai . . elle le\ illl ;i elle c| elle s, • jela .1
if h cou «m sanglotant., mais a chacune de mes demandes elles refusa de répondre. .
" Bile était en proie a une fièvre \ tolenir. . Le soir, mon père rentra.! A peine me vit 11, qu'il m r I m lira des regarda foudroyants il nu- chassa.. Réfugiée dans une chambre \(»sinc, j'écoutais ai idement . . < >h : ce que j'entendis durant cette heure affreuse fera le malheur de toute ma vie !. . . Mon père a demi fou (je le comprenais a l'incohérence de ses paroles, mon père accusa ma mère. . . Ma mère se fléfendit ; mais mon père, dont la .ra.'xMi semblait s'égarer avec un redoublement de fureur. . Enfin, mon père se calma, .il parut écouter ma mère. Elle parla Longuement; il courba le fronl cl la quitta, en proie à une agitation violente, mais sans ping formuler son accusation injurieuse. Cette nu't-là, ji> suivis mon père. N'écoùtaht (pic mon Insatiable desir de savoir la vérité, je m'enveloppai à la hâte dans un manteau, et je m'attachai aux pas du marquis. Il aljait dans le parc. Il était tellement préocculté qu'il ne s'aperçut pas qu'il était suivi.
" Au bout du parc, était un pavillon : mon père entra; je collai mon visage aux vitraux de couleur (pii garnissaient l'une des fenêtres. La nuit était sombre au dehors : à l'intérieur, une lampe éclairant la pièce. Deux hommes y attendait mon père. Au premier abord, le visage de ces deux hommes me fut complètement inconnu.
" — Elle nie ! dit mon père avec rage.
" — Je vous donnerai les preuves! répondit l'un des deux hommes, sous peu de jours: je vous donne ma parole que vous ne pourrez douter!
" — 'Mon cher don Pedro, reprit mon père, vous serez mon hôte, et nia maison sera la vôtre.
et Don Pedro remercia le marquis; puis la conversation continua, et bientôt je compris une partie de l'odieuse vérité. Ces deux hommes que j'avais devant moi' calomniaient ma mère avec une adresse et une audace épouvantables.
" Blottie derrière un buison, je ne bougeai pas lorsque mon père sortit, je le laissai s'éloigner et je demeurai immobile : je voulais surprendre le secret des deux hommes demeurés seuls clans le pavillon. Un courage
inoui me soutenait, Dieu était avec moi .
secret que j tl : i onnaltre, je i<- surpi
ils n'avaient point échangé dix paroles, que .je comprenais qu'ils jouaient une comédie odieuse dans le but de perdre ma mère; m; ce ipie j(. compris encore, ce fut que don Pedro aimait la marquise et qu'il espérait, en 'a perdant, la contraindre à se jetej dans
lu-as.
" Abandonnant ma cachette, j«- vo]&\ auprès de ma mère ;i laquelle je contai tout . . Nous passâmes le reste de la nuit a pleurer. Le lendemain, mon père présentait au châ-
icau, son ami don Pedro noble Espagnol banni de son pays, A partir de ce joui-, don Pedro vint régulièrement au château, et ma mère ei moi fûmes obligées de le recevoir. Ma pauvre mère désolée de voir mon chagrin et ne voulant pas (pie s;i seconde fille partageât ses douleurs avec in première, écrivit a ma tante de garder Dranie près d'elle.
" Poussée par moi, ma mère, résolut d'avoir recours au capitoul : elle voulut se rendre à Toulouse, mais quand elle demanda >a voiture, les domestiques lui répondirent respectueusement que le marquis avait formellement défendu de lui laisser franchir la grille du château. Ma mère insista: un refus obstiné fut la seule réponse qu'elle obtint. Ce fut le sujet d'une scène nouvelle et plus terrible encore entre mon père et ma mère. La marquise ne pouvait avoir recours à personne: le comte d'Adoré, notre seul ami, n'existait plus cependant pour nous, après l'horrible accusation portée par mon père.
" Vous savez tout cela, monsieur, dit Literie; mais ce que vous ignorez, c'est qu'une nuit je réussis à m'échapper du château et < I ne je me rendis à Toulouse chez le capitoul. Je lui dis tout. Il connaissait l'histoire de lord Harbing.
" — Pauvre enfant! me dit-il, si ce que vous m'apprenez est vrai, c'est horrible, mais je ne puis rien. Votre père est maître chez lui, et tant que la marquise ne uortera pas une plainte elle-même, la justice ne peut intervenir. Quant à ce don Pedro que vous accusez, quelle preuves avez-vous contre lui? Aucune. Il est arrivé ici appuyé sur les sérieuses et les plus hautes recommandations. » .Etes-vous certaine d'avoir entendu cette conversation surprise dans le pavillon du Parc?
" Je revins au château, désespérée, mais
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un trait de lumière avait éclairé mon esprit: "Lord Harbing et don Pedro l me disais-je. Si c'était le même homme?
" Ma mère, effrayée d'abord à cette pensée, v revint cependant: nous étudiâmes don Pe- *dro!..."
Lucile s'arrêta un moment dans sa narration rapide; elle porta la main sur son coeur, comme pour en comprimer les battements.
Camparini était demeuré immobile à son tour ne cherchant point à interrompre la jeune fille, mais l'écoutant avec un calme décelant la confiance qu'il avaii dans sa force. Quand il la vit s'arrêter, il sourit.
— Lord Harbing et don Pedro le même Jiomme! dit-il. Ils se ressemblaient peu cependant, si j'ai bonne mémoire: même taille peut-être, mais différence notable dans la corpulence, dans la nuance de la peau, dans celle des cheveux, dans tous les détails enfui de l'individu.
— Oui, reprit Lucile, mais cette différenct pouvait être le résultat d'un déguisement: c'était cela qu'il fallait pénétrer; ma mère et moi pouvions seules le faire, car il ne fallait nous confier à personne, et le temps pressait; ces preuves que don Pedro s'était engagé à fournir, il pouvait les inventer et pousser mon père, de l'esprit duquel il s'était emparé chaque jour davantage. Démasquer notre ennemi dans le plus rapide délai, était le but que nous devions atteindre, et ce but nous l'atteignîmes.
— Hein? fit, Camparini en tressaillant.
— Rappelez-vous la soirée donnée au châieau! dit Lucile; cette soirée où, en jouant aux jeux innocents, je me laissai condamner à vous embrasser. . ce soir-là, je reconnus que votre chevelure était teinte et que la .nuance bistrée de votre peau était factice. C'est ce qu'il nous fallait.
— Tonnerre! fit Camparimi en se levant avec violence.
Puis, revenant brusquement vers Lucile :
— Après? dit-il. Achève!. . .
— Ah ! fit la jeune, fille avec une exprtssion triomphante, vous ne souriez plus! Vous m'écoutez maintenant, vous commencez peut-être à comprendre ! . . . .
— Après?... après?... interrompit Camparini.
— Dieu avait protégé la première partie de cette comédie sublime que nous avions entrepris de jouer, poursuivit Lucile. Lord
Harbing et don Pedro étaient le même homme, nous n'en doutions plus. L'un venaait venger l'autre et essayer de perdre ceux que Je premier n'avait pu réussir à tromper. Jacquet et le comte d'Adoré nous avaient suffisamment éclairées sur le compte du Roi du bagne. ''Cet homme veut te perdre! dis-je r ma mère, — K)h! répondit la sainte femme, s'il ne voulait s'acharner qu'après moi, je ne chercherais pas à lutter, mais il veut plus: il veut perdre mes filles!" Et ma mère, désespérée, implora le ciel avec des prières ardentes : le ciel l'entendit. Tout à coup elle courut vers moi, me prit dans ses bras, et .me secouant avec force: " Je vou£ sauverai! dit-il: Uranie ne sait rien, qu'elle ignore tout, promets-lie-moi. Je vous donnerai à .toutes deux des armes contre celui qui vous menace. Ce qu'il faut, dit le capitoul, ce sont des preuves de l'existence du Roi du bague: ces preuves, je les aurai, je le jure!"
— Ta mère a dit cela? s'écria Camparini avec une rage sourde.
— Oui ! dit nettement Lucile.
Le Roi du bagne saisit le bras de la jeune fille:
— Après? dit-il. Coutinue!