LE MARCHE
En quittant Lucile, Camparini avait gagné le petit salon que nous connaissons; Chivasso l'attendait aussi dans un large fauteuil.
— Très cher, dit Camparini en entrant brusquement, tu m'as affirmé que la marquise de Cantegrelles était vivante?
— Oui, répondit Chivasso.
—Où est-elle?
— Cela est difficile à savoir.
Penses-tu, cependant, que l'on pu la. 1 1 oaver?
Je h- crois. . en cherchant -bieni Alors, m chasse! Emploie tes plus fins limiers, tes plu-, rusés chercheurs. Il faut que la marquise soil ici, en1 re nos main
avan! un mois!
Pourquoi? demanda < 'li
Parce h1"' Lucile refuSe de parler que nous n'aurons ces papiers qu'en mettant le poignard sur lu gorge de lu mère eu présence de la fille, oïl sur celle de la fille en présence <|e |;| nielv.
— Eh bien ! dit froidement < îhivasso, ou l'y met tra !
< 'amparini se redressa vivement.
--Ah: fit-il.
— Oui, dit Chivasso la chose peut se faire. — Comment ?
chivasso se renversa ^\ir son siège.
— Combien eslimes-tu la possesion pour loi de la. marquise? demanda-t-il.
Camparini sourit.
— Très cher! dit-il, tu es l'homme qu'il me faut. Combien veux-tu?
— Million sur la fortune des Niorres, oui ou non?
Camparini sourit encore.
— Décidément tu es fort, dit-il ; cela me fait plaisir. Je me sens vieillir et je suis aise de te laisser après moi. Un million, soit.
— Alors avant un mois tu auras la marquise.
Un coup discret fut frappé à la porte.
— Entre! dit Camparini.
La longue silhouette de Pick se dressa dans l'encadrement du chambranle.
— Il y a un bon coup de filet à faire, dit l'ex-agent de M. Lenoir en se glissant dans la pièce. Jacquet, d'Adoré, Bellegarde sont à Vérone. J'en arrive. Ils combinent quelque machination nouvelle; mais, si tu le veux, ils n'auront pas le temps d'agir. Cette fois nous les tenons. Les campagnes sont en feu, les paysan ne demandent qu'à marcher. Bergame, Brecia, Salo se remuent;
' assassinats ont été commis; rien ne serait plus facile que de faire éclater la bombe, tandis que le général Bonaparte marche sur Vienne. Un faux bruit, habilement répandu, suffirait pour mettre le feu aux poudres et nous donnerait pleine liberté d'aair.
Camparini avait écouté Pick avec une attention extrême.
LE TAMBOUR DE LA 32e DEMI-BRIGADE
— Il faudrait voir le baron de Grafeld, s'entendre avec lui sans perdre un instant, dit-il.
— Je l'ai prévenu en venant, répondit Pick- Sa gondole devait suivre la mienne; il sera ici dans un quart d'heure.
— Bravo! Alors agissons; il est temps.
Puis, se tournant vers Chivasso :
N'oublions rien, continua Camparini, et terminons tout à la fois. L'acte que doit signer le vicomte de Signelay relativement à la fortune de Saint-Gervais?
— Il est préparé, répondit Chivasso.
— Celui nue doit signer Ura.nie?
— Je l'ai également.
— Alors demain charge-toi d'Uranie; qu'elle signe, et qu'ensuite nous soyons enfin libres de faire disparaître tous ces gens dont l'existence nous embarrasse. Corbleu! je sans se réveiller ma vieille énergie. Tu as raison, Pick! Les fêtes de Pâques approchent, profitons de l'animation relig'euse. Je vais ni'entendre avec le baron.
Un coup sonore, frappé sur un timbre, retentit au dehors.
— La gondole du baron de Grafeld arrive au Casino, dit Pick.
— Je vais le recevoir, messieurs, dit Camparini. Allons! nous voilà à la veille d'une bataille décisive, et cette fois encore, quoi qu'il arrive, ce sera l'Autriche qui payera les frais de la guerre.
Camparini fit un geste d'adieu et s'élança au dehors. Pick et Chivasso demeurèrent seuls. Les deux hommes se regardèrent durant quelques instants sans prononcer une parole.
— Et Lucien? demanda brusquement Chivasso.
—Roquefort s'en est chargé, répondit Pick.
— Il est mort, ce soir?
— Il doit l'être à cette heure.
Un nouveau silence suivit ces paroles.
— Décidément Camparini est un homme 4e précaution ! dit Chivasso.