‹ Le roi du jourChapitre 10 sur 29 · LE DRAME DE L'ALCOOLISME · texte numérisé non relu

LE DRAME DE L'ALCOOLISME

Le cabaret el l'hôpital

Il commence au cabaret ou dans les bruyantes réunions du club, mais il se termine souvent sur un grabat d'hôpital.

Il débute par la joie et les éclats de rire, mais il finit toujours par les pleurs et un sombre désespoir.

Nous en avons les acteurs sous les yeux : ouvriers, hommes d'affaires, hommes politiques passent successivement par les scènes diverses qui mènent à la catastrophe finale... Cette catastrophe viendra plus ou moins vite, selonlaconstitutionparticulière des buveurs; elle sera plus ou moins tragique selon les circonstances, mais toujours elle sera triste pour l'homme et surtout pour le chrétien.

Esprit du vin, s'écriait Shakespeare, s'il n'est pas d'autre nom par lequel je puisse te nommer, je t'appellerai un démon.

Il disait vrai, le poète, dans son apostrophe énergique'; il donnait à l'alcool son nom véritable et lui assignait sa véritable origine. Il faisait écho à la parole des livres saints, aux enseignements des Pères qui attribuent cette passion à une cause diabolique et la rendent responsable des plus grands malheurs qui frappent l'homme.

« A qui dira-t-on malédiction? Pour qui les querelles et les pièges? sinon pour ceux qui passent leur temps à boire... Ils se ruineront... L'ouvrier sujet au vin ne deviendra jamais riche... L'intempérance est pleine de désordres... Elle produit la colère et l'emportement, et attire de grandes ruines... Elle a tué bien des hommes. » (Prov. Eccles., passim.)

D'après saint Jean Chrysostome et saint Bernard, Tivrognerie est une véritable possession diabolique.

« L'ivrogne introduit volontairement un démon dans son âme. »

Le duel à mort

Deux acteurs sont en scène dans ce drame de l'alcoolisme : le démon et l'homme. Un duel à mort s'engage entre eux, duel qui ne finira que par la défaite complète de l'un des deux adversaires. Ou l'homme, par un effort suprême de volonté, terrassera son ennemi le démon, ou le démon tuera l'homme et atteindra enfin le but qu'il s'était proposé.

Or ce but, inspiré par la haine implacable qu'il porte à Dieu, c'est la dégradation absolue de l'homme créé par Dieu à son image et à sa ressemblance.

Oui, le démon va dégrader l'homme dans toutes ses facultés intellectuelles et morales, il va le ruiner dans son corps et dans son âme, dans le temps et dans l'éternité, il va le dépouiller de tous les biens qu'il possédait comme homme et comme chrétien.

Aucune passion où l'action diabolique soit plus visible, aucune où la haine du démon, notre ennemi naturel, ne se montre plus à découvert et plus implacable que dans la passion de l'ivrognerie.

On dirait vraiment qu'il prend un plaisir infernal à détruire en l'homme toutes les qualités que

Dieu y avait mises, pour les remplacer par des vices qui ofïrent l'image effrayante d'une perversité diabolique.

L'ivrogne devient, pour ainsi dire, une incarnation visible et vivante du damné de l'enfer. Le démon le transforme réellement à son image et à sa ressemblance.

Voilà des assertions bien fortes. Peut-être paraîtront-elles exagérées à plusieurs de nos lecteurs. Qu'ils suivent les explications que nous allons donner; ils verront si elles ne sont pas justifiées par la triste réalité.

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