‹ Le roi du jourChapitre 14 sur 29 · RUINE DES FACULTÉS AFFECTIVES · texte numérisé non relu

RUINE DES FACULTÉS AFFECTIVES

Mais l'alcool exerce surtout une influence désastreuse sur les facultés affectives de l'homme. L'intelligence et la mémoire ne paraissent pas encore avoir souffert, que déjà le cœur est atteint dans sa nature et modifié dans ses sentiments. Nulle part la ruine n'est plus lamentable, ni plus complète.

Phénomène étrange ! le tempérament sanguin, nous l'avons dit, prédispose à la passion des boissons fortes. C'est parmi les bons vivants, les hommes au cœur plein de tendresse et de générosité que l'alcool fait plus facilement des victimes. L'on

reste stupéfié à la vue des changements que la boisson opère, en peu de temps, dans les habitudes et le tempérament de ces hommes.

Vous les avez connus autrefois bons pères de famille, remplis d'égards pour leur femme, d'affection pour leurs petits enfants.

Devenus ivrognes, vous les retrouvez sans entrailles, sans pitié, sans cœur. Une révolution effrayante s'est faite en eux; elle a tué toute sympathie, tout sentiment d'affection, toute intelligence du devoir.

La femme pleure et supplie, les petits enfants joignent leurs prières à celles de leur mère pour empêcher le père de boire ; l'ivrogne reste froid et insensible. La misère frappe à la porte de la maison, le pain manque, les enfants souffrent du froid, leurs vêtements tombent en lambeaux... l'ivrogne n'en a cure.

Les sentiments généreux d'autrefois ont fait place à la passion la plus impitoyable et la plus cruelle : l'égoïsme.

Oui, l'ivrogne est devenu un égoïste et le pire des égoïstes. Il ne songe plus qu'à lui, à la satisfaction de la passion qui le dévore. . . Le reste lui est indifférent. L'égoïsme sera désormais le seul mobile de ses actions. L'égoïsme, c'est-à-dire la passion diabolique par excellence, celle qui ne connaît ni

pitié, ni charité pour les autres, qui ne recule devant aucune audace, souvent même devant aucun forfait pour assouvir ses appétits déréglés et sauvages.

De l'homme honorable d'autrefois, du père de famille affectionné à sa femme et à ses enfants, il ne reste plus qu'un être incapable de résister aux appels de sa passion; disons le mot, une sorte d'animal avec des instincts, mais, comme l'animal, sans entrailles et sans cœur.

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