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L'ALCOOLISME EST-IL GUERISSABLE

« Qui a bu, boira », voilà le verdict populaire contre l'homme qui eut le malheur de se laisser dominer par la passion de l'intempérance ; et, la plupart du temps, ce verdict est tristement vrai.

Le buveur ne se convertit pas. De temps à autre, il fera bien des efforts sérieux pour briser la tyrannie de la passion... Il sera sobre pendant un temps plus ou moins long; puis, une tentation plus pressante se présentant, il retombera plus lourdement que jamais dans ses habitudes d'intempérance.

« Quia bu, boira... » Cependant cette sentence, si absolue dans son énoncé, admet des exceptions... Oui, l'alcoolisme, même à un état avancé, est encore susceptible de guérison, mais il faut

pour cela un ensemble de secours que bien peu de buveurs se décident à accepter.

L'alcoolisme est guérissable

Pour comprendre cette réponse, rappelons brièvement ce que nous avons dit des causes morales de Tivrognerie et de ses effets physiques.

L'homme boit pour augmenter sa joie... La journée de travail a été rude; tout est fatigué chez lui : la tête, les muscles, les nerfs. Enfin l'heure du repos est venue. A l'auberge, au club, il va retrouver ses amis; ensemble on prendra quelques verres de boisson et, bientôt, une joie communicative circulera dans l'assemblée. Les brouillards de la tête se dissiperont, le visage s'épanouira, le cœur, secouant sa torpeur, deviendra gai, expansif, heureux.

Alors on se contera les nouvelles du jour, on plaisantera les ministres, on attaquera le Conseil municipal, on exposera avec entrain des plans de réforme pour le pays et la ville.

Alors les plaisanteries, les bons mots, les histoires piquantes s'entrechoqueront, au cliquetis des verres.

Alors de joyeuses parties de cartes, de brillants coups de billard, un bien-être général, une intensité

de vie qui fait oublier les fatigues du jour... Et sur onze heures, minuit, d'un pas plus ou moins chancelant, on réintégrera le logis.

Or, pour arrêter les progrès de l'alcoolisme qui s'est déjà emparé de cet homme, il faudrait quitter cette pratique, se séparer de ces joyeux amis et se décider à passer tranquillement la soirée à la maison, en compagnie de sa femme et de ses petits enfants... Aura-t-ille courage d'une pareille résolution?

Un autre boit pour oublier les désagréments du présent. Il est malheureux. L'accord ne règne plus à la maison; des revers de fortune, des morts ont tout assombri autour de lui... Il boit pour échapper à la souffrance... peut-être au remords.

Il faudrait pouvoir soulager ce cœur pour le guérir. Il faudrait lui dire des paroles assez puissantes pour raffermir cette volonté sans énergie, assez consolantes pour lui donner des espérances qui remplaceraient celles qu'il a perdues. Enfin il faudrait lui assurer une force amie qui suppléerait à la débilité générale que la passion a produite en lui.

Qui opérera un changement si difficile et si merveilleux? Dieu, et Dieu seul en est capable. Dieu prié par l'homme, Dieu assistant l'homme par sa grâce et ses sacrements, relèvera cette ruine et en fera un homme nouveau.

Le Dr Bélouino avait grandement raison de le dire :

« L'homme du peuple est bien faible contre l'ivrognerie, et, l'on peut ajouter, bien impuissant à s'en corriger, quand il n'a pas pu l'éviter par des raisons de délicatesse et d'intérêt privé. » Il faut que la religion s'en mêle et que Dieu luimême vienne au secours de l'homme.

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