‹ Le roi du jour [microforme]Chapitre 15 sur 42 · BRES · texte numérisé non relu

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Cinquième tableau : Les hommes publics et l'alcool

Dans notre galerie de buveurs, nous avons encore un autre tableau à suspendre à la muraille, Mais, je l'avoue, j'éprouve quelque embarras, parce qu'il s'agit d'exposer aux regards du public les faiblesses de certains hommes que l'on devrait croire tout à fait au-dessus d'une habitude aussi grossière.

— « Eh quoi! des législateurs, des dépntés, de graves sénateurs, cédant à la puissance du roi du

jour et demandant à l'alcool des inspirations pour gouverner le pays et des lumières pour édicter des lois qui affecteront les intérêts de milliers de citoyens! »

Pourtant, puisque nous avons dit la vérité aux autres classes de la société, disons-la aussi à nos gouvernants. Montrons, avec c.rconspection toutefois, la place que le whisky s'est faite dans la politique générale et l'influence qu'il exerce au sein de nos assemblées délibérantes.

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Le whisky et les élections

On l'a avoué dernièrement en haut lieu, le whisky joue un rôle consic -rable dans les élections de toutes sortes, beaucoup trop considérable et tout à fait regrettable.

Il transforme des paroisses entières, avec leurs électeurs, en assemblées d'ivrognes qui, ne sachant plus ce qu'ils disent ni ce qu'ils font, nomment sans discernement aux charges publiques les hommes qui ont eu l'audace de défoncer le plus de tonneaux de whisky.

Bien des fois, nos Évêques se sont élevés dans leurs mandements contre ces pratiques destructives de tout ordre et de toute moralité. Bien des fois, ils ont flétri ces saturnales honteuses qui dégradent à la fois l'homme et le chrétien, et mettent à la tête des affaires publiques des incapables ou des hommes dangereux.

L'honorable solliciteur général de Québec a donc fait acte de patriotisme et de vigueur en dénonçant des manœuvres aussi détestables et en proposant une loi pour les arrêter,

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e whisky et les Assemblées parlementaires

Mais le whisky ne règne pas seulement pendant les élections, il a réussi à tenir cour ouverte au sein même de nos édifices parlementaires, et trop nombreux sont ceux qui viennent lui offrir leurs hommages.

Certes, les raisons ne manquent pas à nos législateurs!

Les séances sont longues et fatigantes, les débats deviennent orageux, le gouvernement est menacé d'une attaque sérieuse ; il faut se donner du courage pour l'attaque ou se raffermir les nerfs pour la défense, et les combattants fu‘urs courent ensemble demander au roi Whisky des secours si divers.

La séance terminée, quand, sur les trois ou quatre heures du matin, on revient à l'hôtel, il faut un punch généreux pour calmer les agitations parlementaires de la soirée et permettre au sommeil de venir. Le réveil sera pénible. Le député sentira une dépression alarmante l’envahir au moral et au physique; pourtant il doit se rendre au comité. Il s’agit d'un bill important.

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Que faire? Un verre de whisky, plein jusqu'aux bords, un grog fortement épicé, rendront de nouveau la vigueur aux muscles, la lucidité à l'intelligence, la fluidité à la parole; notre législateur sera prêt à s'occuper des intérêts du pays.

Le fera-t-il toujours avec la sagesse que réclame une besogne aussi grave?

Plus d'une mesure administrative, plus d'une loi de parlement surprennent le bon public par leur allure étrange et leurs considérants mal dirigés. À coup sûr, elles ne sentent pas l'huile: peutêtre en les flairant de plus près, y trouverail-on un assez fort relent d'alcool?

Mais c'est devenir trop hardi; je crains un ra].pel à l'ordre, passons vite.

Messieurs, dites-moi, quand un brave citoyen de la campagne, un marchand, un médecin sobre jusqu'alors. rangé dans ses habitudes, a vécu dans celte atmosphère pendant quelques sessions, n'est-il pas à craindre qu'il ne revienne chez lui avec des mœurs nouvelles et que le roi du jour ne compte désormais un sujet de plus?

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GALERIE DE BUVEURS

{Suite et fin)

Sixième et dernier tableau : Buveuses de gin

Succe:s: /ement, nous avons mis dans leur cadre l’ouvrier, le bourgeois, l'homme de profession et l'homme politique. La galerie est complète sans doute? Hélas! non. Il nous reste encore à suspendre à la muraille un dernier tableau... bien laid, celui-là, bien repoussant, mais qui doit pourtant avoir sa place parmi les victimes de l'alcool. Ce portrait est celui de la femme buveuse.

— Comment! des femmes qui boivent!...rt qui boivent du gin! Est-ce possible? Est-ce croyable?.… — Oui, c'est un fait. L'homme n'a pas gardé le monopole des boissons alcooliques; des femmes ont voulu, elles aussi, goûter au fruit défendu, et,

disons-le bien bas, les buveuses de gin et de whisky ne sont pas toutes des femmes d'ouvriers ou de pauvres journaliers.

Que de malheureuses créatures, découragées par les misères de la vie, poussées, peut-être, par des maris ivrogne:, demandent parfois au whisky l'oubli temporaire de leurs maux, on le comprend, sans l'excuser, du reste. Mais que des dames du monde, heureuses dans kur ménage, entourées de nombreux enfants, ayan. des positions honorables dans la société, glissent dans

cette passion des boissons fortes, voilà, certes, qui est inexcusable et inexplicable.

Une femme mariée, qui s'accoutumera à boire, mais c’est le trouble et le désordre dans la maison, c’est le déshonneur le plus complet, c'est, pour les enfants, le scandale le plus triste et le plus inou- Lliable.… C'est enfin, pour le mari, l'humiliation la plus profonde et la ruine de tout bonheur domestique.

La femme sait tout ::ia, mais quand la passion l'a saisie, elle n'écoute plus rien, elle ne s'arrête devant rien... Les yeux ouverts, elle court à une ruine irrémédiable…

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