‹ Le roi du jour [microforme]Chapitre 16 sur 42 · PURE DURS · texte numérisé non relu

PURE DURS

Comment donc une habitude si antipathique aux goûts naturels de la femme parvient-elle à entrer dans son cœur et à le dominer? Disons-le.

La buveuse de gin et le docteur

Depuis longtemps, Madame désire v:vement pouvoir faire usage de gin, mais elle ne sait trop quel moyen prendre pour atteindre son but. Le diable alors lui vient en aide et lui suggère des conseils dans le genre de ceux-ci:

— Vous voudriez, Madame, avoir la liberté de boire du gin à la maison, mais votre mari s'y oppose de toutes ses forces.

Il serait pourtant possible de vaincre sa résistance. Si vous me le permettez, je vous dirai comment manœuvrer pour obtenir ce résultat.

Consultez un médecin.

Choisissez-le jeune, complaisant, n'ayant encore qu'une faible clientèle. Il n'en sera que mieux disposé à vous écouter patiemment et à entrer dans vos vues.

Expliquez-lui fort au long l'état de votre santé : vous manquez d'appétit, la digestion se fait mal. Vous ressentez des frissons dans le dos, des

engourdissements dans les nerfs, des éblouissements, des vertiges, etc., etc.

Après cette longue énumération de souffrances, au bon moment, glissez timidement votre demande : « Ne pensez-vous pas, docteur, qu'un peu de fortifiant, quelques gouttes de gin dans un verre d'eau sucrée, me feraient du bien? »

Très probablementle médecin sera de votre avis.

Alors faites-vous donner une prescription en bonne et due forme. Ce sera la réponse triomphante à toutes les objections du mari. Comment pourrait-il, en eflet, s'opposer à ce que le docteur prescrit comme remède nécessaire à votre santé?

Vous avez gagné le point le plus important.

La médecine opère

Achetez aussitôt an flacon de gin,et, sous les yeux du mari, avant le diner, préparez votre médecine. Beaucoup d'eau d'abord, beaucoup de sucre; enfin, un tout petit doigt de gin. Ensuite, mangez de bon appétit, montrez-vous gaie, pleine de bonne humeur... Continuez de la sorte pendant plusieurs jours, et vantez bien haut les heureux effets de la médecine.

Les maris sont, en général, de bons garçons qui

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croient facilement ce que les femmedisent de leurs impressions d'estomac.

Au bout de quelques semaines, faites les réflexions suivantes :

Première réflexion : Un verre de gin me donne de l'appétit pour le diner, mais ne me rendrait-il pas aussi le même service pour le déjeuner et le souper? Je prendrai donc un petit coup le matin et un autre petit coup le soir.

Seconde réflexion : Ce qui me fait du bien à l'estomac n'est pas l’eau que j’avale, ni le sucre que je mets dedans. Donc, moins d’eau et moins de sucre, l'effet n’en sera que meilleur.

Bientôt, Madame, ous en viendrez à prendre votre gin tout pur, comme les hommes. Bientôt, par suite de l'habitude, l'effet du gin n'étant plus aussi sensible, vous augmenterez la dose. Bientôt, comme les hommes encore, vous passerez tout simplement au whisky.

Le diable vous donnera bien d'autres conseils.

Dans la journée, vous vous sentirez faible ou fatiguée... Prenez un coup, cela vous ranimera.

S'il survient quelques contrariétés. que la voisine batte votre chat ou dispute l’un de vos enfants,

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prenez un Coup... Cela vous remettra de bonne humeur.

Quand vous recevez des visites, s'il n'ya pas d'hommes, offrez un coup à vos amies... Plusieurs refuseront, mais quelques-unes accepteront avec plaisir. Vous aurez ainsi l'avantage de leur tenir compagnie et de boire un coup à leur santé.

Madame, je plains votre mari et vos petits enfants!

Disons-le franchemen:.

Trop de femmes, sous des prétextes frivoles, s'accoutument peu à peu à ces boissons auxquelles elles ne devraient jamais goûter.

Trop de femmes s'imaginent ne pouvoirs'endormir sans une dose plus ou moins forte de boissons alcooliques, ou quelques verres de bière.

Enfin trop de médecins montrent une facilité excessive pour prescrire aux femmes l'usage quotidien de stimulants. Ils p: éparent ainsi la voie à la terrible passion de l'alcoolisme.

Quelques femmes seront mécontentes de ces observations, c'est certain ; mais,en revanche, plus d'un mari les approuveraet les fera lire à sa femme.

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Puisse cette lecture la détourner à jamais de cette habitude fatale!

Du reste, disons-le en toute justice, elles sont rares dans notre société, les femmes qui s'abandonnent à cetie passion pour les liqueurs fortes.

LE DRAME DE L'ALCOOLISME

Le cabaret et l'hôpital

Il commence au cabaret ou dans les bruyantes réunions du club, mais il se termine souvent sur un grabat d'hôpital.

Il débute par la joie et les éclats de rire, mais il finit toujours par les pleurs et un sombre désespoir.

Nous en avons les acteurs sous les yeux : ouvriers, hommes d'affaires, hommes politiques passent successivement par les scènes diverses qui mènent à la catastrophe finale. Cette catastrophe viendra plus ou moins vite, selonla constitution particulière des buveurs; elle sera plus ou moins tragique selon les circonstances, mais toujours elle sera triste pour l'hommeet surtout pour le chrétien.

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Esprit du vin, s'écriait Shakespeare, s'il n'est pas d'autre nom par lequel je Puisse le nommer, je l'ap- Pellerai un démon.

Il disait vrai, le poète, dans son apostrophe énergique ; il donnait à l'alcool son nom véritable et lui assignait sa véritable origine. Il faisait écho à la parole des livres saints, aux enseignements des Pères qui attribuent cette passion à une cause diabolique et la rendent responsable des plus grands malheurs qui frappent l'homme.

« À qui dira-t-on malédiction? Pour qui les querelles et les pièges? sinon pour ceux qui passent leur temps à boire. Ils se ruineront. L'ouvrier sujet au vin ne deviendra jamais riche. L'intempérance est pleine de désordres. Elle produit la colère et l'emportement, et attire de grandes

ruines. Elle a tué bien des hommes. » (Prov.

Eccles., passim.)

D'après saint Jean Chrysc tome et saint Bernard, l'ivrognerie est une véritable possession diabolique.

« L'ivrogne introduit volontairement un démon dans son âme. »

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Le duel à mort

Deux acteurs sont en scène dans ce drame de l'alcoolisme : le démon et l'homme. Un duelà mort s'engage entre eux, duel qui ne finira que par la défaite complète de l'un des deux adversaires. Ou l'homme, par un effort suprême de volonté, terrassera Son ennemi le démon, ou le démon tuera l'homme et atteindra enfin le but qu'il s'était proposé.

Or ce but, inspiré par la haine implacable qu'il porte à Dieu, c’est la dégradation absolue de l'homme créé par Dieu à son image et à sa ressemblance.

Oui, le démon va dégrader l'homme dans toutes ses facultés intellectuelles et morales, il va le ruiner dans son corps et dans son âme, dans le temps et dans l'éternité, il va le dépouiller de tous les biens qu'il possédait comme homme et comme chrétien.

Aucune passion où l'action diabolique soit plus visible, aucune où la haine du démon, notre ennemi naturel, ne se montre plus à découvert et plus implacable que dans la passion de l'ivrognerie.

On dirait vraiment qu'il prend un plaisir infernal à détruire en l’homme toutes les qualités que

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Dieu y avait mises, pour les remplacer par des

vices qui offrent l'image effrayante d'une perversité diabolique.

L'ivrogne devient, pour ainsi dire, une incarnation visible et vivante du damné de l'enfer. Le démon le transforme réellement à son image et à sa ressemblance.

Voilà des assertions bien fortes. Peut-être paraîtront-elles exagérées à plusieurs de nos lecteurs. Qu'ils suivent les explications que nous allons don-

ner; ils verront si elles ne sont pas justifiées par la triste réalité.

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