PROLOGUE DU DRAME DE L'ALCOOLISME
Avant d'engager la lutte à fond, le démon prépare les opérations futures, en isolant l'homme de tout ce qui pourrait être pour lui une force de résistance. 11 lui enlève l’un ap #3 l'autre tous les appuis naturels et surnaturels qui l'aidaient à rester un honnëte citoyen, un bon chétien : l'honneur, les affections de famille, l'usage de la prière et des sacrements.
En tacticien habile, le démon commence par le dépouiller de ces secours auxiliaires, avant de se prendre corps à corps avec lui, dans le duel à mort de l'intempérance.
Honneur et répulaiion
La plupart des passions qui dominent le cœur humain cherchent l'ombre et craignent de se mon-
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trer au grand jour. Quand un homme oublie ses devoirs, o: se laisse entrainer à la sensualité, il se cache, il fuit les témoins. Extérieurement du moins, il veut continuer d'avoir droit au respect de sa famille et de ses concitoyens.
C'est une force qui aidera un jour au relèvement moral.
Il en va autrement de l'ivrognerie.
L'ivrogne fait publiquement parade de son déshonneur, sans même en avoir conscience. Il perd tout respect de lui-même, de sa situation, quelle qu'elle soit, des convenances sociales, il expose sa dégradation dans les rues de la ville aux yeux de tous. Pour lui, plus d'honneur, plus de réputation.
Quand il regagne son logis en ‘‘ubant, les vêtements en désordre, le visage décomposé, hébété par la boisson, les passants le regardent avec mépris, et se disent l'un à l'autre en le montrant du doigt :
— « Encore un tel qui netient plus debout! C'est à peine s’il pourra regagner sa maison; comme je plains sa femme et ses petits enfants! »
Elle est à plaindre, en effet, la femme honorable qui se voit ainsi humiliée aux yeux du public dans la personne de son mari ivrogne. Elle est à plaindre,
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la famille dont la réputation est ainsi sacrifiée par celui-là même qui avait mission de la maintenir,
Affections de famille
Que deviendront les affections de famille en face de la passion de l’ivrognerie?
Quand une femme aura vu souvent son mari revenir à la maison en état d'ivresse, qu'elle l'aura entendu dire devant les enfants des paroles incohérentes ou de nature à les scandaliser, que, spectatrice attristée, mais impuissante de ce drame de l'alcoolisme, elle verra cet homme, malgré ses supplications et ses larmes, courir à l'abime, entraînant avec lui sa femme et ses enfants, pourrat-elle encore lui garder l'affection desanciens jours, avoir avec lui les confidences intimes qui font le bonheur du foyer domestique : en un mot, pourrat-elle encore l'aimer comme épouse et comme amie?
Comparant les promesses du passé avec les tristes réalités du présent et les misères plus grandes encore qu'elle entrevoit dans l'aveni, cette femme dira avec amertume ce que j'ai entendu plus d'une fois : « Oui, j'ai aimé cet homme, je l'ai aimé de tout mon cœur, j'étais prête à sacrifier ma
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vie entière à son bonheur. mais aujourd'hui, c'est plus fort que moi, je ne le respecte plus, je ne l'aime plus, je le méprise... »
Qui trouvera ce jugement trop sévère?
Qui osera blâmer cette femme?
De toutes les épreuves qui peuvent atteindre une femme, surtout une mère, la plus cruelle et la plus désespérante est, à coup sûr, d'avoir pour mari un ivrogne. L'infortunée! elle devra porter une croix lourde et pleine d'humiliations, sans presque aucun espoir d'en être soulagée un jour.
Jadis les anciens avaient imaginé un supplice efrayant pour le criminel coupable d'homicide. Ils l’attachaient tout vivant au corps de sa victime etle laissaient ainsi périr dans une agonie épouvantable.
Il se passe quelque chose de semblab': dans le drame de l'alcool; seulement, dans ce cas. :'est l'in. nocente qui devient la victime de son !:,arreau.
Une femme vertueuse et honorable voit son existence liée à celle d'un malheureux qui l'entrainera dans toutes les misères, jusqu'à la ruine la plus profonde.
Enc( > une fois, peut-elle continuer d'aimer quand même l'homme qui la martyrise si cruellement dans son cœur et dans son corps?
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Et les enfants?
Pourront-ils encore respecter et aimer leur père, le chef de la maison ?
Dans cet homme, abruti par l'ivresse, incapable de régler ses mouvements, ne sachant plus que dire des paroles insensées ou des blasphèmes, trop souvent même éclatant en injures ou en menaces contre leur mère, reconnattront-ils celui qui a le droit de commander l'obéissance ?
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Un ivrogne occupant une haute position sociale avait un fils âgé de quinze ans. Cet enfant, bon et affectueux pour ses parents, avait une nature très impressionnable et de plus un sentiment de l'honneur fort développé.
Or un jour qu'il causait sur la rue avec un de ses jeunes amis, il voit deloin venir son père, maisen quel état! Le malheureux était ivre, les vêtements en désordre et souillés de boue... et les passants ricanaient en le voyant arpenter le trottoir d'un pas mal assuré.
L'enfant pâlit à ce spectacle : « Viens, viens, dit-il à son ami, partons vite, j'ai le cœur brisé! »
Et depuis ce jour fatal, il perdit tout respect pour
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son pere; rien ne fut capable d'efficer de sa mémoire un souvenir si triste et si numiliant. Dans ses moments lucides, le père se plaignait ensuite des ma". :8 d'égards de son fils, mais la blessure élait :: ;:n6r,s8able, et lui-même l'avait faite.
Ur réa: 5 ::ven:it souvent ivre à la maison.
La ! nine svr; illait avec soin le retour de son mari } our li: retirer les enfants et leur épargner ce scandale.
Un jour pourtant, sa prévoyance fut en défaut, et l'homme complètement ivre surprit au salon Son plus jeune fils, âgé de quatre ans.
À la vue de cet homme aux yeux injectés de sang, aux traits bouleversés par la boisson, l'enfant prend peur, il ne reconnaît pas son père et court se blottir dans un coin du salon.
Le père l'appelle : — « Viens, mon petit, viens embrasser ton père! »
L'enfant effrayé ne bouge pas.
Le père redoublant ses appels s'avance pour prendre son fils dans ses bras. Alors l'enfant, dans sa terreur, dit une parole bien brutale mais que je rapporterai textuellement :
— «Non, dit-il, je ne veux pas embrasser un cochon comme vous... Vousn'êtes pas mon père!.…..»
suite sure
Le père s'arrête comme un homme qui vient de recevoir un coup en pleine poitrine, son ivresse se dissipe en un instant! « Mon Dieu ! s'écria-t-il, est-il vossible d'entendre pareille parole de la bouche de mon enfant? Mais il a raison. Je me conduis vraiment comme un animal et non plus comme un homme... À partir de ce jour je jure de ne plus jamais prendre un seul verre de boisson forte ! »
Cet homme, qui vit encore, a lenu sa promesse.
Sentiments religirux
L'homme qui se prépare à devenir un ivrogne, est un chrétien qui a cessé de prier et de demander aux sacrements la victoire sur ses passions.
Tant qu'un homme reste uni à Dieu, qu'il se confesse et communie souvent, il ne saurait devenir la victime de l'alcoolisme. Il résiste, il lutte, il montre de la bonne volonté ; avec le secours de bieu, il empêchera l'habitude de la boisson de s'enrac ner en lui et de le dominer.
Le démon le sait bien. Aussi fait-il tous ses efforts pour détacher l'homme d'une alliance q: ile rotege efficacement eontre ses attaques. Il fut que, par degrés, il fasse abandonner la prière et : usage des sacrements, pour qu'il puisse enün engager avec
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succès la lutte entre la passion et la volonté humaine.
S'il y réussit, sa victoire définitive sera certaine.
Ainsi le démon a préparé avec soin le terrain de ses opérations futures.
Isolement de l'homme
Il a peu à peu enlevé à l'homme tous les secours extérieurs, toutes les forces de résistance qu'il possédait : la réputation, l'affection de la famille, l'union avec le ciel.
Désormais l'homme est isolé.
Il est seul en face de la terrible passion qui va l'attaquer dans les facultés de son âme et dans les forces de son corps.
Seul en présence du démon de l'ivrognerie, qui, d'une main puissante, le saisira et ruinera, l'une après l’autre, la tête, le cœur et le corps.
Seul au pouvoir de l'ennemi implacable qui, ussouvissant sur l'homme la haine qu'il porte à Dieu, prendra un plaisir infernal à le dégrader et à le conduire à l’abtme.
Ce travail de dissolution et de dégradation sera lent, presque imperceptible; l'homme n'en aura
pas conscience. Là précisément est le grand danger de l'alcoolisme, le secret de sa victoire fatale.
Le buveur s'abruiit sans en avoir conscience. Autour de lui, tout le monde remarque cette décadence progressive; lui ne la voit pas et persiste à la nier. Pareille à la phtisie qui fait chaque jour son œuvre de mort, sans que la victime se rende compte du changement qui s'opère dans sa constitution, l'ivrognerie épuise peu à peu la vie intellectuelle et physique de l'homme, jusqu'à ce que toute guérison devienne impossible et la catastrophe imminente.
Cela prendra peut-être des années. Mais qu'importe les années au démon de l'ivrognerie, pourvu qu'enfin il s'empare un jour de sa victime!
Lui aussi sait attendre, parce qu'il est immortel.
pe rene RARES
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LE DRAME DE L'ALCOOLISME (Suite)