‹ Le roi du jour [microforme]Chapitre 26 sur 42 · ONE SENTIER · texte numérisé non relu

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« Mais ces conduits capillaires ont un grand privilège : celui de ne prendre que la proportion voulue de liquide. Pour ne pas se tuméfier, ou même éclater sous la pression des artères, ils peuvent baisser l'écluse, aussitôt leur provision faite. C'est notre état normal.

« Or, le premier effet de l'arrosage alcoolique est de paralyser ces canaux, qui reçoivent bien le sang, mais qui ne peuvent plus se refermer. Ils sont inondés.

« De là la rougeur qu'un verre de vin répand sur le visage. On ne voit que la figure, mais toutes les autres parties du Corps : poumons, foie, reins, etc., sont traitées de la même manière. C'est alors que la résistance du sang, diminuant, par cet éparpillement, le piston du cœur est forcé de fonctionner plus rapidement. En d'autres termes, c'est un surcroît de travail absolument perdu. »

« Un médecin anglais, le D' Richardson, raconte comment, par une simple expérience, il convainquit un homme intelligent des effets funestes de l'alcool sur le fonctionnement régulier du cœur.

« Cet homme lui vantait les avantages de la boisson el avouait que, sans elle, il lui serait impossible de fournir sa tâche quotidienne de travail.

« Le D' Richardson lui dit :

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« — Ayez donc la bonté de compter les pulsations de mon pouls, pendant que je me tiens debout.

« L'autre le fitet il lui demanda combien ilen avait compté dans une minute?

« — Soixante-quatorze, lui dit-il.

« — Très bien. Alors il s’assit et le pria de compter de nouveau.

« — Le pouls est descendu à 70.

« — ]l s'étendit sur un sofa et le fit compter encore.

« — Seulement 64, c'est étrange !

« Alors, il lui dit : Voilà ce qui arrive quand vous vous reposez la nuit. Vous n’en avezpas conscience, mais votre cœur repose lui aussi, il a 40 pulsations de moins par minute que durant le jour. Multipliezce nombre par 60, cela vous donnera 600. Multipliez le par 8 heures, le temps que vous dormez, cela vous donnera une différence de 5.000 pulsations, et comme chaque pulsation du cœur lance six onces de sang dans la circulation, cela fera une épargne de 30.000 onces durant la nuit. Voilà ce qui arrive quand je me couche sans alcool, mon cœur repose durant la nuit.

« Mais vous, en prenant votre grog le soir, non seulement vous supprimez ce repos, mais de plus, vous imposez à votre cœur quelque 15.000 pulsations de plus. Le résultat est que vous vous levez harassé, incapable de travail, jusqu'à ce que vous ayez remonté la machine par une nouvelle

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dose d'alcool. Vous la fatiguez outre mesure, et vous la ruinez. » (Scientific American).

Celle accélération fébrile des battements du cœur devra, dans un temps donné, avoir sur cet organe des conséquences funestes.

Une autre cause va apporter à la circulation et au fonctionnement du cœur cn nouvel embarras.

«.… Si vous mellez un morceau de graisse dans l'elcool, vous savez que la graisse deviendra liquide, L'alcool, se trouvant mélé au sang dans toute la circulation, charricra donc une grande quantité de matières grasses, qu'il déposera ensuite au hasard dans d'orsanisine : soit dans le foie, soit dans le cœur, et alors, vous vous tronverez en présence de la dégénérescence graisseuse qui deviendra bientôt mortelle.

« Tout le monde connaît la forme du cœur. li renferme six couches de muscles reliés ensemble par des fibres. L'alcool remplace insensiblement

ces fibres par de la graisse : c'est-à-dire qu'à mesure qu'elles s'usent, le vide est pris par une matière grasse. Le cœur perd donc peu à peu sa force musculaire, puisque la matière qui exprime sa sensibilité par des contractions et des expansions plus ou moir -igoureuses, s'y trouvera en moindre quantité; «le vaillant organe cesse ainsi de pouvoir

envoyer le sang dans les artères avec l'énergie voulue.

« Arrive le temps ou l'impuissance est fatale. «.… Quand le coroner passe, la réponse du jury est invariable : Syncope du cœur! » (A. Dansereau .\

« Les médecins, dit le D' Lefebvre, constatent, dans le quart des cas, l'intervention de l'alcool, dans la genèse des maladies les plus graves du cœur, des artères et des veines. »

L'appareil respiratoire et l'alcool

« Si nous jetcns un coup d'œil sur les maladies de l'appareil respiratoire, nous constatons que la laryngite est un fait commun en alcoolisme : tout le monde connaît la voix enrouée des buveurs de profession. Il en est de même de la bronchite. Les poumons eux-mêmes sont sujets à des altérations graves, savoir : l’inflammation aiguë, l'inflammation chronique et surtout cette phtisie spéciale qu'on désigne aujourd'hui sous le nom de phtisie granuleuse. » (D' Lefebvre, Q. scient., p. 510.)

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L'alcool et les centres nerveux du cerveau

« C'est de tous nos organes, dit le D Lefebvre, celui qui ressent le plus vivement le choc des boissons alcooliques. » Les raisons qu'il en donne sont, d'une part, l’affinité exceptionnelle du tissu nerveux pour l'alcool, et, d'autre part, l'extrême délicatesse de ce tissu.

« Instrument des manifestations de l'âme pendant le cours de notre vie mortelle, le cerveau vibre au souflle de ses pensées et de ses émotions. Comme un clavier docile, il les traduit fidèlement quand il est intact. Mais comme il est pétri de matière, il obéit aussi à des excitations parties de la matière.

+ L'homme a trouvé dans certaines substances, et spécialement dans l'alcool, le secret vraiment redoutable de tendre à son gré les ressorts de cet organe. Or voici où commence un mystère insondable et terrible,

« Lorsque l'alcool a jeté le désordre dans ce 1.:erveilleux instrument de l'âme, l'âme elle-même est Comme affolée : elle perd non seulement le gouvernement du corps, mais le gouvernement d'ellemême.

« Si l'abus se prolonge, la cellule nerveuse 5e détruit par l'un des procédés pathologiques que nous avons indiqués, L'alcoolisé arrive successi-

vement à la paralysie du mouvement et de la sensibilité ei à la démence qui est le silence de l'âme dans un organisme en ruine... » (D' Lefebvre, Loc. cit., p. 541.)

Le penpie a donc très justement baptisé l'alcool : une grande vitesse pour l'asile des fous.

Les statistiques donnent raison à ce dicton populaire et accusent partout une progression de folie, toujours parallèle aux progrès de l'alcoolisme.

L'abrutissement idiotique

Il y a quinze ans, j'avais connu un jeune homme, beau garçon, au corps sveite, aux manières élégantes, à l'intelligence distinguée, aux goûts artistiques, cultivant avec succès la musique et la poésie : tout présageait à cet homme un avenir brillant.

Je l'ai revu lernièrement et l’on dut me dire : « C'est un tel, » autrement je n'eusse jamris reconnu mon ancienne connaissance.

J'étais en face d'un petit vieux tout décharné, tout cassé, tout en ruine : la tête ravagée, le visage ratatiné comme un fruit desséché, et sur ce visage le masque d'un hideux hébétement, précurseur de la iotie idiotique. Les yeux égarés et honteux fuyaient le regard ; le corps, agité d'un trembiement

nerveux, n'avait ni repos, ni tenue. En parlan l'homme secouait à la hauteur des épaules de mains de squelette; il faisait claquer convulsive ment les doigis, en débitant à voix basse de phrases incohérentes dont on ne pouvait saisir ] sens... L'idiot! l'idiot! On prenait en pitié ce homme qui allait bientôt disparaitre, pour toujour sans doute, derrière les portes d’un asile d'aliénés C'était mon élégant d'autrefois, l'homme de pro fession qui pouvait fournir une carrière heureus. et honorable ! Voilà ce que la passion de la boissor en avait fait à quarante-quatre ans.

Dans nos grandes villes, souvent des homme: très en vue : négociants, avocats, médecins, disparaissent tout à coup. — Ils sont fatigués; ils ont besoin de repos; le système nerveux a été surmené. Ils voyagent pour leur santé, etc., etc. La vérité

est que l'alcool a :: æuvre. Le whisky que ces messieurs abs chaque jour en grande quantité, a détra. ete et affolé l'intelligence.

Ils ont à subir un traitement curatif dans quelque maison de santé!

C'est un premier avertissement. S'il n'est pas écouté, bientôt la folie permanente prendra pour toujours possession de sa victime.

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LE DRAME DE L'ALCOOLISME

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