‹ Le roi du jour [microforme]Chapitre 31 sur 42 · CD · texte numérisé non relu

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Écoutez ce que le D' Lefebvre, de la Faculté de Louvain, dit à ce sujet :

« … L'alcool fait un assez long séjour dans notre organisme, c'est-à-dire de quelques heures à trente-deux heures, d'après la dose ingérée; de sorte qu'il est permis de dire que l'individu qui prend des boissons alcooliques tous les jours en quantité assez notable, n'est jamais complètement désalcoolisé : il est condamné à l'empoisonnement perpétuel. » (Rev. Quest. scientif.)

D'après ce que nous avons dit de l'action de l'alcoo: sur le sang et les organes du corps humain, vous le voyez, vous prépaiez fatalement des troubles graves dans votre constitution, et de plus, vous

prenez le chemin qui mène sûrement à l'alcoolisation complète, dans un temps plus ou moins rapproché.

Deuxième excuse

— Je suis un buveur... soit! Mais un alcoolisé? Oh non! jamais.

Depuis longtemps déjà, je fais un usage quotidien de boisson forte, mais je ne vois en moi aucun des symptômes alarmants qiev avez décrits... Mon appétit est bon, ma santé gé.…. sale satisfaisante; ni l'intelligence, ni la mémoire n'ont baissé chez moi... Vos descriptions sont sans doute exagérées, ou tout au plus s’appliquent-elles aux hommes qui

font un usage immodéré de l'alcool. Ce n'est pas du tout mon affaire.

Première réponse

Ces descriptions ne sont pas exagérées, mais, j'en conviens, elles s'appliquent plus spécialement à la dernière période, la période des ruines et de la décadence. Lorsque la phtisie commence son œuvre de mort, le malade croit-il aux étouffements, aux angoisses, à l'épuisement total, qui arriveront quand le poumon, dévoré par le mal, ne pourra plus fonctionner? S'aperçoit-il de la diminution journalière de sa vitalité? Il se fait illusion jusqu'à ce que la catastrophe soit imminente.

N'en serait-il pas ainsi de vous?

Vous n'êtes pas encore un alcoolisé... Je e veux bien. Vous ne le serez peut-être jamais... Je vous le souhaite.

N'empêche cependant que vous soumettez votre constitution à un régime qui, fatalement, lui causera des troubles sérieux; ce n'esi qu'une question de temps... Rappelez-vous ce que nous avons dit plus haut.

L'alcoolisation d'un homme se fait lentement et par degrés. Ce n'est pas une maldie aiguë qui

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empoigne brutalement sa victime et la jette sur un lit de souffrance ; c'est nn poison qui, se glissant subitement dans l'organisme, y fait en silence son œuvre de destruction dans le foie, les reins ou le eur. Entre quarante oucinquanteans, la maladie éclate, un organe vital est ruiné ; impossible de lui rendre sa forre efficace : il faut mourir.

Demandez aux médecins combien d'hommes de cet âge sont tombés, victimes de leur intempérance… Et ces hommes n'appaitenaient pas tous aux classes ouvrières. loin de là.

Seconde réponse

— Je suis uu buveur.. soit! Mais un alcoolisé? Oh non! Je n’en suis pas là.

Soit, mais vous cultivez une habitude qui pourra, sous l'empire de certaines circonstances, prendre tout à coup un développement rapide et vous dominer complètement.

Souvenez-vous de ce que nous avons dit des étranges eftets de l'alcool.

Ce n'est pas seulement un stimulant qui double l'énergie et augmente la gaité du cœur, c'est encore un calmant qui endort la souffrance morale, un

narcotique qui trompe, pour un temps, même la douleur phys' que.

Or, voici ce qui peut arriver.

Vous êtes un homme d'affaires, un marchand, un employé public; supposons que vous perdiez votre place, ou qu'à la suite de mauvaises spéculations, vous tombiez en banqueroute... Supposons enfin qu'une épreuve cruelle vous atteigne dans votre Corps ou dans vosaffections : uneinfirmité pénible, la mort de votre femme ou d'un enfant sur Jequel vous fondiez de grandes espérances.

De pareilles calamités ébranlent l'homme dans tout son être. 11 lui faut alors un courage viril pour faire face à la tempête qui l'assaille, une grande foi religieuse pour résister à l'épreuve...

Aurez-vous ce courage? Ne serez-vous pas tenté, au contraire, de demander à la boisson un secours qui.vous sera fatal? Vous connaissez son effisacité mystérieuse pour noyer le chagrin et faire oüblier les tristes réalités de la vie. Résisterez-vous à cet : appel?

Que d'hommes ont fait naufrage dans ces épreuves décisives de la vie! L'usage quotidien de l'alcool avait préparé le terrain depuis de longues années ; quand l'épreuve est venue, ils ont demandé :

à des libations plus fréquentes l'énergie qui leur manquait, la consolation qui leur faisait défaut. Ils ont ensuite parcouru tousles degrés qui mènent à la dégradation morale et à l'alcoolisme complet.

Le docteur Bélouino avait raison de dire que « l'alcoolisme est surtout une passion de l’âge mûr et de la vieillesse ».

C'est, en eflet, dans ce temps-là qu'arrivent d'ordinaire les grandes épreuves de la vie. Malheur à l'homme si l'alcool devient alors son consolateur et son ami!

Le plus sage ne serait-il pas de se prémunir

d'avance contre les dangers de cette passion ou de se mettre résolument à l'œuvre pour secouer sa tyrannie, si déjà elle l'a imposée par des habitudes dangereuses.

C'est ce qui nous reste à examiner.

PHÉCAUTIONS ET REMÈDES

Nous avons vu ce qu'était l'alcool, nous avons dit comment il prenait possession du corps et de l'âme, quelles ruines il causait, vers quelle fin déplorable il conduisait ses victimes. Mais il ne sufñit pas d’avoir décrit la marche et les effets de cette passion, il importe surtout de savoir comment se préserver de ses dangers, ou quels moyens employer pour se guérir, si on à eu le malheur de tomber sous son influence.

C'est ce que nous allons examiner.

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