‹ Le roi du jour [microforme]Chapitre 32 sur 42 · MOYENS PRÉVENTIFS · texte numérisé non relu

MOYENS PRÉVENTIFS

Quels moyens prendre pour éviter l'alcoolisme ?

Ici, nous sommes en présence de deux systèmes : l'un, absolu, radical, héroïque ; l’autre, moins éner-

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stèmes :

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gique, faisant des concessions, tout en posant des barrières qu'on ne devrait pas franchir.

Le premier est la tempérance totale, l'abstention absolue de toute boisson alcoolisée.

Le second permet les vins et la bière, ou mème un usage modéré des boissons fortes, à la maison. 1 demande seulement de ne pas aller boire aux auberges. C'est le système de l'abstention partielle.

Tempérance totale

La tempérance totale enlève, il est vrai, tout danger d'alcoolisme, et l'on sait le bien considérable produit en Irlande, aux États-Unis, en Angleterre par les Ligues de tempérance du P. Matthews; mais d'ordinaire, pour réussir, ces sociétés demandent des conditions spéciales d'éducation et de coutumes sociales qui ne se trouvent pas dans tous les pays.

Dans les maisons où l'on ne boit que des boissons douces, il sera facile d'accoutumer les enfants à ce régime, et lorsqu'un jeune homme atteint ses vingt ans sans avoir goûté aux boissons alcooliques, aisément ensuite il résistera aux tentations et se soustraira à tout danger d'intoxication. Mais si le père fait usage de vin ou de bière, si les habitudes sociales en font le breuvage de table ordinaire, difficilement les jeunes gens se contenteront du thé ou de l'eau claire.

Voilà pourquoi la tempérance totale n'a jamais réussi à s'implanter comme moyen préventif de l'ivrognerie, dans les pays où le vin et la bière sont la boisson ordinaire de toutes les classes de la s0ciété. Français, Allemands, Espagnols se sont toujours montrés réfractaires à l'abstinence absolue; pour eux, il faut trouver autre chose, c'est un fait d'expérience.

Autre fait d'expérience.

Dans les pays de vin et de bière, les victimes de l'ivrognerie sont beaucoup moins nombreuses que là où l'on boit de préférence des boissons forles. Le Frar-sis qui s'en tient à ses vins de table, *ordeaux ou bourgogne, peut parfois se sentir légèrement ému, à la suite de libations trop copieuses; il en sera quitte pour un mal de tête le jour suivant, el tout sera dit. L'Allemand, avec sa grosse bière, se rendra épais et lourd, mais lui non plus ne deviendra pas un ivrosne. Seules, d'ordinaire, les boissons fortes, les cu'a-de-vie,lewhisky, le gin, mènent un homme à l'alcoolisme.

Le D'Lefebvre explique scientifisuement la différence entre le vin et la bière rt les boissons fortes. « .… Le vin, dit-il, est beaucoup moins irritant pour nos lissus et spécialement pour le système nerveux que les eaux-de-vie et même les liqueurs

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spiritueuses les plus atténuées. Cela dépend de plusieurs circonstances.

« D'abord, l'alcool est beaucoup plus dilué dans le vin que dans l'eau-de-vie, puisque celle-ci en contient plus de cinquante pour cent, tandis que les vins que nous consommons habituellement n'en renferment que huit à douze pour cent. Il perd ainsi de son action irritante. En outre, l'eau active les fonctions des reins, organes chargés en grande partie de l'élimination du poison, et abrège son contact avec les tissus.

« Enfin, il faut noter que toutes les circonstances qui tenuent à ralentir l'absorption de l'alcool, diminvent le danger de l'intoxication. Si l'alcool n'arrive dans le sang que peu à peu, et, pour ainsidire, goutte par goutte, l'élimination restant la même, il est rejeté à mesure qu'il arrive.

« Sous ce rapport, il ya une grande différence eptre l'ection du vin (on peut en dire autant de la bière) et selle de l'eau-de-vie.

«Il entre dans les habitudes de la vie de prendre de préférence le vin au moment du repas, tandis que les vrais amater "s d'eau-de-vie la boivent à jeun. (C'est le fameux coup d'appétit si cher à nombre d'hommes.) Dans le premier cas, la présence des aliments et surtout des aliments gras, outre qu'elle mitige l'action de l'alcool sur les

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tuniques de l'estomac, retarde son absorption. Dans le second cas, la vacuité de l'estomac active énormément l'absorption de l'alcool, et le poison est versé tout entier et instantanément dans le sang. » (Rev. Quest. scient., t. X, p. 589, 1"° série.)

Tempérance partielle

Dès lors, ne serait-il pas sage, quand, par tempérament ou par habitude, la tempérance totale ne saurait être acceptée, de suivre un régime de vie qui, tout en laissant le vin et la bière comme boissons de table ordinaire, permettrait de prendre contre les dangers de l'alcool l'une ou l'autre des résolution suivantes :

1° Ou s'abstenir complètement des boissons fortes : eaux-de-vie, whisky ou gin ;

2° Ou ne les boire jamais pures, ni à jeun ;

3° Ou du moins, ne pas s'accoutumer à en faire un usage journalier, même en quantité modérée.

C'est l'usage quotidien des boissons fortes qui est vraiment dangereux, parce qu'il produit peu à peu l'habitude dont l'énergie s'accentue de plus en plus. On prend un coup d’appétit le matin, on le répèle avant le diner et le souper, puis il faut un punch avant d'aller se coucher; la constitution s’accoutuine à cette excilation agréable, bientôt on

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augmente la dose, l'alcool pénètre lentement dans l'organisme, ils'y emmagasine à notre insu. Vienne ensuite une circonstance favorable, et la passion fera explosion avec une force irrésistible.

Pour tous, enfin, le moyen le plus eflicace de se garantir de l'ivrognerie sera de ne faire usage de boissons : vins, bière ou alcool, qu'à la maison, là où la présence de la femme et des enfants protège l'homme contre les excès de l'intempérance.

Par conséquent, de s'interdire absolument d'aller boire aux auberges et de fréquenter les clubs.

Les auberges et les clubs sont, de fait, les deux grands pourvoyeurs de l'alcoolisme. C'est là que les trois quarts des buveurs font leur apprentissage d'intempérance; là qu'ils s'accoutument aux boissons fortes. C'est là qu'ils trouvent les tentations les plus séduisantes et les plus irrésistibles pour les conduire graduellement aux hideuses misères de l'ivrognerie.

Dans nos grandes villes, pas de danger plus redoutable pour le bonheur des familles, pas de séduction plus fatale pour l'homme que l'auberge et le club.

Prendre dès les débuts du ménage la ferme réso- Jution d'éviter l'un et l'autre, c'est faire acte de sagesse et poser une digue d'ordinaire infran-

chissable à la passion de la boisson.

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AUBERGES ET AUSERGISTES

L'auberge, en effet, c'est la tentation en permanence, faisant appel à la passion de l'homme à toute heure du jour et de la nuit. C'est là que le buveur trouve ce qui amènera sa ruine définitive :

4° Des boissons frelatées et toxiques.

2 Des compagnies dangereuses.

3° Des amusements qui encourageront ses vices et les rendront enfin irrésistibles.

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Je ne parle pas, bien entendu, des restaurants, ni des débits de boissons bien tenus. Il en faut pour les étrangers et les hommes d'affaires qui ne rentrent à la maison que le soir. Mais je dénonce avec force les nombreuses buvettes, les saloons, qu'on

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vices

rencontre à tous les coins de rue de nos grandes villes, et qui sont, pour les ouvriers surtout, l’occasion de tant d'excès. Quelles raisons plausibles peut-on mettre en avant pour justifier leur existence? Quelle surveillance exerce-t-0n sur la marchandise q ‘ils débitent? La loi punit sévèrement le boulanger qui fraude ses clients, le lailier qui additionne son lait avec de l'eau, le pharmacien qui, nar négligence, fait erreur dans ses polions, mais elle laisse à l'aubergiste toute latitude pour falsifier ses boissons et empoisonner ses clients avec les drogues les plus funestes.

Sur les huit cents débits de la ville de Montréal, combien vendent des alcools purs et achetés à des maisons qui ont souci de leur réputation commerciale? Le profit lui semblerait trop mince, si l'aubergiste s'en tenait à la stricte honnéteté…

Aussi que fait-il? Il achète des alcools de qualité inférieure. des alcools d'industrie : eaux-de-vie de grain, whiskys fabriqués avec des betteraves, de la fécule de pomme de terre, qui, non rectifiés, contiennent les poisons chimiques les plus violents. Puis il pratique le mouil' ge, c'est-à dire, qu'avec une bouteille de ces alcoois, il en fabrique deux, trois ou même cinq. Sile melange est trop faible, il le corse avec les substances les plus nuisibles. Chaque aubergiste a son secret et fait sa sauce : l’un d'eux additionnait son whisky

avec de l'acide sulfurique (du vitriol) et le coloriait avec du jus de tabac.

Et voilà ce que l'on sert aux ouvriers, sur le zinc. Quelques verres de pareilles drogues, on le comprend, jetteront l'homme dans une ivresse abrutissante et le rendront malade pour plusieurs jours. La véritable eau-de-vie de vin, le vrai cognac, ne produisent pas ces effets, mais cherchez donc ces eaux-de- vie dans les buvettes à l'usage des travailleurs! L'honime qui absorbe chaque jour ces alcools de cabaret ne tardera guère à éprouver les troubles d'estomac et de foie dont nous avons parlé ailleurs.

Compagnies dangereuses

Rarement on entre seul à l'auberge, on a généralement avec soi un ou plusieurs compagnons : En tout cas, on en trouvera autour du comptoir, et le: tournées commenceront. On voulait dépenser cinc cents et on laisse cinquante cents, une piastre et davantage entre les mains de l'aubergiste. Or voulait prendre un veries de bière, on en absorb: cinq ou six, coiffés d'une couple de verresde whisky le plus horrible mélange pour frapper un homm à la tête et produire l'ivresse la plus abrutissant

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Amusements dangereux

Enfin, nombre de ces auberges ont une arrièretaverne, et là, tout en continuant les libations, on joue aux cartes, or tient des conversations bien loin d'être édifiantes. Là aussi, à ces hommes fort échauffés par la boisson, le démon ménage des tentations auxquelles il sera bien difficile de résister.

Donc, en refusant absolument d'aller boire aux auberges, vous coupez court à tous ces dangers. Chez vous, à la maison, la présence de la femme et des petits enfants vous muintiendra dans la modération. Si, par haserd,vous prenez un coup de trop, vous vous en souviendrez le lendemain matin et la femme, du reste, aura bien soin de vous en faire ressouvenir.…

\ux États-Unis, à M..., une Canadienne avait pour mari un brave homme, mais d'un caractère faible et facile à entrainer. Trop souvent, il cédait aux invitations des amis, et trop souvent, après ses visites aux auberges, il rentrait au logis, bien échauffé par la boisson.

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La femme voulut couper court à une habitude aussi dangereuse.

« Écoute, mon homme, lui dit-elle, tu commences à aimer trop l'auberge et le whisky. Je ne veux pourtant point te priver entièrement de boire, ce serait difficile, mais voici ce que je propose. Je vais acheter de la boisson et je te la vendrai à la maison. Tu en auras tant que tu voudras, seulement prometsmoi de ne plus aller boire aux auberges. »

Le Canadien accepta et promit. Plusieurs fois par jour, il s'en allait prendre sa ration, en payant fidèlement ses dix cents.

Bientôt pourtant, honteux de tendre si souvent le verre à sa femme, il commença par se modérer; c'était déjà un bon résultat d'obtenu. Au bout de quelques mois, la femme lui demanda ce qu'il pensait de son whisky. « Il est bon, répondit l'homme, je m'en trouve très bien. — Eh bien! reprit la femme, sais-tu combien de profit j'ai fait sur toi depuis trois mois? Vingt piastres! J'ai acheté chez le pharmacien de l'alcool de première qualité, puis je l'ai allongé avec de l'eau et du sucre, et avec les petits verres à dix cents, j'ai réalisé ces bénéfices. N'est-il pas mieux que cet argent reste à la maison plutôt que d'aller dans le comptoir de l'aubergiste? Assez longtemps tu lui as payé ton impôt, c'est fini. »

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