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LES BÉNÉFICES DE L'AUBERGISTE

Cetimpôt assure à l'aubergiste des bénéfices considérables; c'est ce qui explique comment dans une ville de 267.000 âmes, comme Montréal, plus de huit cents aubergistes vivent et font des profits. Ceux qui veulent être honnêtes quand même, ont seuls quelque chance de tomber en banqueroute; les autres, moins scrupuleux, s'enrichissent vite dans leur métier.

Une statistique que j'emprunte au Correspondant nous donnera le secret de cette prospérité.

« Le litre d'alcool pur (une pinte) coûte, tous droits perçus, 2 francs... Mais le débitant ne le vend pas à cent degrés. Avec un litre, il en fait deux ou même trois par addition d'eau, pour donner au liquide de quarante à cinquante degrés. Dans un litre, on peut trouver jusqu'à quarante pelits verres, qui, au prix classique de dix centimes (2 sous), donnent une recette de 4 francs par litre; soit un bénéfice de trois cent pour cent. » (Corr. 1888. L'Alcool et la Républ.)

Or ici, au Canada, l'alcool de grain ou de pomme de terre coûte encore moins cher, surtout les alcools de contrebande qui inondent le pays. Grâce au mouillage et à la cuisine de l'aubergiste dont nous avons parlé, une pinte en donne facilement deux ou trois, ce qui représente une centaine de petits verres à cinq cents.

Soit cinq piastres pour ce qui coûta à peine vingt cents ou trente cents au plus.

A ce compte, on peut devenir riche.

A Manville, aux États-Unis, des Canadiens regardaient une belle maison à quatre étages, en voie de construction. C'était la propriété du principal

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aubergiste de la localité. Et nos Canadiens philosophaient entre eux.

— C'est pourtant vrai, commença l'un deux, ce beau bloc se bâtit avec les petits verres et les fioles de whisky que nous avons payés à M. X...

— Oui, reprit un autre, moi, pour ma part, j'ai payé le premier étage avec les cent piastres qui sont passées de ma poche dans la sienne.

— Et moi, j'ai fourni les portes et les fenêtres ; — moi, les châssis; — moi, les clous.

Bref, il se trouvait que tout le monde avait été généreux pour l'aubergiste.

Un vieux Canadien les écoulait en fumant tranquillement sa pipe.

Alerte! les amis, courage! Continuez à faire votre confession publique. Voilà une belle maison, n'est-ce pas? vous l'avez payée, mais elle n'est pas

à vous. Quand vous voudrez vous loger là-dedans, on vous demandera un fort loyer avec les taxes pardessus le marché. Si vous aviez gardé cet argent, vous auriez de quoi vous bâtir une bonne maison et bien loger la femme et les enfants.

Croyez-moi, et faites d'abord un bon mea culpa; puis désormais, au lieu de bâtir pour l'aubergiste, songez à bâtir pour vous-mêmes, vous vous en trouverez mieux, votre famille aussi et votre conscience aussi. C'est l’avis d'un vieux qui roule depuis jongtemps sa boule sur la terre. Maintenant, tournons le dos à l'auberge et allons à l'église.

FA

CONFESSION DE L'AUBERGISTÉ

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