UN AUBERGISTE QUI A DES SCRUPULES
— Oui, j'ai des scrupules, ou plutôt des remords de conscience. Je ne puis vivrt cranquille.
Je me suis enrichi en tenant auberge. La maison que j'occupe m'appartient, je donne à ma femme et à mes filles de belles toilettes, des bagues et des bijoux de prix... J'ai dix mille piastres en banque.
Pourtant je ne suis pas heureux!
J'ai des jours sombres, des nuits sans sommeil. Toutes sortes de visions me passent devant les yeux... On dirait vraiment qu'un nuage de malédiction s'étend peu à peu sur mo. et sur ma famille. J'ai peur!
Le diable. — Ah! tu as peur.
Veux-tu que je te dise pourquoi?
Veux-tu que je t'aide à débrouiller ta conscience ?
Je le ferai tout à l'heure.
Mais avant, j'ai besoin d'entendre la confession. Réponds-moi franchement.
Confession de l'aubergiste
— Tu changes toujours les marques de fabrique de tes boissons, n'est-ce pas? Tu vends du whisky de patate ou de betterave pour du vieux scotch ou du whisky irlandais?
— Oui, toujours.
__ Avec une bouteille d'eau-de-vie de Saint-Pierre Miquelon, tu en fais toujours deux ou trois, additionnant le mélange avec de la cassonade et du vitriol afin que cela gratte en passant?
— Oui, toujours.
— Et tu continues toujours aussi de vendre, le dimanche, aux jeunes gens surtout?
Oui, le dimanche est mon meilleur jour, celui où je fais le plus d'argent...
__ Soit! Mais cet argent te semble- t-i! bien net?
Ces fraudes te paraissent-elles bien justifiables ?
N'y aurait-il pas là matière à restitution? Qu'en penses-tu ?
Pourtant, si je lis bien dans ton âme,ce n'est pas encore là le principal sujet de tes troubles.
Tu es un catholique; par conséquent, tu crois à