LE DOSSIER DE L'AUBERGISTE
Depuis que tu tiens auberge, je me suis fait ton pourvoyeur, et j'ai travaillé de toutes mes forces à t'envoyer des pratiques. J'ai fait bonne garde à la porte de ta maison et j'ai suivi de près les opérations qui t'ont enrichi.
Veux-tu sa,air ce que j'ai vu?
J'ai vu entrer chez toi des hommes à peu près ivres.
Au lieu de leur refuser le verre de whisky qui allait les achever, tu le leur as servi en ricanant.
J'ai vu de malheureux ouvriers venir avec la paie de la semaine.
Leurs femmes et leurs petits enfants attendaient cet argent qui devait leur donner du pain pour manger, du bois pour se chauffer, des habits pour se vêtir.
Tu trouvais moyen de faire passer cet argent dans ton tiroir.
Je t'ai vu, le samedi soir, attendre sur le seuil de ton auberge les jeunes gens qui s'en retournaient avec leur paie de la semaine en poche.
Tu étais là comme le serpent qui s'apprète à fasciner sa proie. Sur ton invitation, ils entraient, ils acceptaient un verre de whisky, ils faisaient une partie de billard. Aussitôt le diable de la boisson et du jeu s'emparait d'eux et les retenait à boire et à jouer toute la nuit.
Tu les gardais dans ton auberge toute la journée du dimanche, les portes et les fenêtres bien closes.
Et l'on dansait, l'on buvait, l'on s'amusait de toutes manières, car ton habileté diabolique te faisait réunir chez toi toutes les tentations fatales aux jeunes gens.
Et l’argent pleuvait sur ton comptoir de zinc.
Quand ils avaient dépensé jusqu'à leur dernier
sou, je t'ai vu les prendre par les épaules et les pousseren ricanant dans la rue.
« Allons, les amis, on a eu bien du saisir, n'est. ce pas? Au travail maintenant... M:is à samed prochain, je vous attendrai. »
Et je lisais dans ta pensée
« Marche, esclave, va gagner de l'argent pour ton maître. Tu viendras samedi, et tu me laisseras encore {a paie! »
Je t'ai vu, bien tard dans la nuit, une fois seul, ouvrir ta lourde caisse et y remuer des deux mains, avec délices, le tas d'argent qui s'y trouvait. Que de sueurs et de travaux représentaient ces dollars tombés dans ton coffre-fort!
Cet argent, c'était du pain pour la femme de l'ouvrier et pour ses petits enfants. Les malheureux! ils pâtiront cette semaine, car il n'y a plus rien à la maison.
Cet argent du jeune ouvrier, ses vizux parents l'attendaient pour s'acheter des hardes et du charbon. Eux aussi, les vieux, vont pâtir! Mais toi, tu pourras donner une nouvelle robe de soie à ta femme et des bijoux à tes filles.
Te voilà devenu vieux... La mort approche... et une vague inquiétude te serre le cœur...
Tu commences à le comprendre.
Cet argent te brûle les mains. C'est de l'argent
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maudit. Il te sera bien difficile de justifier ces richesses mal acquises, quand tu seras devant ton juge.
Ton dossier est déjà bien chargé.
Pourtant, j'ai bien d'autres accusations contre toi. Je vais te présenter une vision bien plus
effrayante encore.
Vision d’avenir Un catholique, tule sais, est responsable, non
seulement de ses propres fautes, mais aussi de toutes celles qu'il a laissé commettre dans sa
maison, quand il pouvait et devait les empè-
cher.
Certes! en voilà une charge sur tes épaules!
Songe donc aux blasphèmes que les murailles de {on auberge ont entendus! aux mauvaises actions dont elles furent les témoins! aux crimes, aux projets abominables qui ont été décidés là par des hommes ivres de whisky! Et cela pendant des
années!
Songe donc aux ruines que tu as causées, aux jarmes que tu as fait verser par tant de malheureux! aux malédictions que des femmes affolées
ee É E EE ?
RP QAR 49 PARUS Fée
par la misère, des mères qui t'accusaient avec raison de damner leurs fils, ont lancées contre toi!
Tout cela retombera un jour sur ta tête et t'écrasera !
Si la malédiction d'un Dieu vengeur doit tomber : justement sur la tête d’un homme, ce sera bien certainement sur la tienne !
Oui, tu as vaillamment fait la besogne du diable, pendant ta vie d'aubergiste. Si j'avais à choisir un métier sur la terre, je tiendrais une auberge mauvaise et corruptrice comme la tienne.
avec contre
liable, sir un mau-