PRÊTRE ET DOCTEUR
Dans ma carrière de prêtre, j'ai été bien des fois en relation avec des buveurs qui voulaient se corriger. Ils avaient eu un bon moment au milieu de leurs excès, ils voyaient l'abime où ils allaient tomber, entraînant dans la ruine leur femme et leurs enfants; ils voulaient à tout prix abandonner la boisson. Parmi ces hommes, ceux-là seulement ont réussi, qui, bien convaincus de leur faiblesse et de ieur impuissance à se tirer eux-mêmes d'affaire, ont prié Dieu, fui les occasions et sont venus souvent se confesser et communier.
J'en ai connu qui, pour maintenir leur résolution, ont eu la générosité d'entrer dans les congrégations de la sainte Vierge et de se présenter au prêtre tous les huit jours... De temps à autre, il y avait des
rechutes, car cette terrible passion meurt rarement d'un seul coup, mais ils se relevaient aussitôt, et, en définitive, ils ont persévéré et remporté la victoire finale.
Voilà, à mon avis, le seul moyen eflicace de convertir un buveur. Tant qu'il ne l'emploie pas, l'homme ressemble à un enfant qui essaie de terrasser un géant.
Mais il est des cas où, avant de se mettre sous la direction paternelle du prêtre, l'homme doit d'abord appeler un docteur à son secours.
L'alcoolisme, nous l'avons vu, est un état morbide, continu, douloureux. L'estomac irrilé et ulcéré devient impropre à la digestion et cause de vives douleurs au buveur. Le foie fonctionne mal, les poumons sont engorgés et congestionnés, le cœur hypertrophié se surcharge de graisse, le système nerveux profondément atteint par l'alcool est devenu irritable, tremblant, et cause un malaise général qui empêche de se livrer au travail. Le buveur ne retrouve la stabilité de ses nerfs, le matin, qu'en absorbant un verre d'alcool, et en entretenant ainsi la cause du mal. Le docteur devra donc prescriie des remèdes propres à rétablir l'ordre dans le fonctionnement des organes.
ET
Le traitement médical devra méme précéder le traitement mors! du prêtre et préparer son eflicacité. Il serait, er effet, inutile de vouloir faire appel aux raisons de foi et de sentiment, tant que l'homme reste sc.:s l'mfluence de l'alcool. Il ne pourrait les comprendre. Avant tout, de cet être stupéfié par la boisson, il faut refaire ua homme; alors il sera capable d'apprécier les motifs de religion que le prêtre lui présentera, et l'on pourra espérer une conversion durable.
C'est le service que rendent aux buveurs les Instituts scientifiques de tempérance. Is traitent l'alcoolisme comme une maladie organique dont il faut d'abord guérir le corps, pour arriver ensuite à la guérison de l'âme.
J'ai connu un prêtre placé à la tête de l'un de ces instituts. Nous avons souvent causé ensemble de la manière dont il traitait ses patients et je vais reproduire ici le résumé de ces conversations.