‹ Le roi Louis XIII à vingt ansChapitre 11 sur 345 · Richelieu, Mém., t. I, p · texte numérisé non relu

Richelieu, Mém., t. I, p

4. Mot de Louis XIII dans la circulaire qu'il envoya aux provinces le lendemain du 24 avril {Mém. du duc de la Force, éd. La Grange, t. H, p. 452).

5. Manifeste du duc de Nevers, dans Mercure français, 1617, p. 36; Déclaration et protestation des princes, ducs et pairs, 1617, in-4°, p. 14.

humble origine, mais « homme de bon sens », honnête et probe, Claude Barbin, qui avait la réputation d'être le meilleur des trois par sa longue pratique des affaires, son esprit ingénieux, une certaine raideur administrative, un jugement droit et beaucoup de résolution, était « intendant général de la maison et finances de la reine », poste important dans lequel il avait rendu de grands services à Marie de Médicis, aux Concini, et où l'avait poussé le président Jeannin, lequel faisait grand cas de lui^ Claude Mangot, seigneur de Yillarceau, fils d'un ancien avocat au Parlement de Paris, après une carrière judiciaire des plus régulières et des plus brillantes, avait été fait premier président du Parlement de Bordeaux. C'était un homme riche, père d'une nombreuse famille, instruit, très digne magistrat. Ses amis l'aimaient beaucoup; le public l'estimait. Ce fut à cause de cette réputation intacte que Léonora, habilement, le choisit". Quant à Richelieu, alors jeune évêque de Luçon âgé de trente-deux ans, sa situation sera plus effacée dans ce ministère. Le public fit à peine attention à lui. Tout au plus les adversaires du maréchal disent-ils, attaquant les trois « créatures et agents des passions de Conchine » : « De quoi se mêle M. de Luçon? Que ne

1. Nous résumons sur Barbin les jugements de Ponlcharlrain (Mém., p. 389), Brienne (Mém., p. 11), Arnauld d'Andilly (Journal, éd. Michaud, p. 426), Bentivoglio (Lcllerc, t. I, p. 163), Richelieu (Avenel, Lettres de Richelieu, t. Vil, p. 422). S. Dupleix (IJist. de Louis le juste, 1643, in-fol. p. 100).

2. Voir les lettres qui sont adressées à Mangot par MM. d'Aumale et de Léon, Bibl. nat., ms. Clairambault 372, fol. 1 r" et 3 r»; par N. Pasquier, Lettres, 1623, p. 454, 459, 530. Cf. ce ([ue disent : les amb. vénitiens, Bibl. nat., ms. ital. 1770, p. 32; Richelieu (Mercure français, 1617, p. 63), J.-B. Matthieu (Hist. de Louis XIII, dans P. Matthieu, Hist. de Henri IV, 1631, t. 11, p. 73). Arnauld d'Andilly explique comment les Concini firent la connaissance de .Mangot (Journal, éd. Halphen, 1857, p. 173).

va-t-il gouverner son diocèse?' » Les jugements portés à ce moment sur lui par les contemporains sont flatteurs, sans être excessifs ; un ambassadeur le tient pour un homme de « beaucoup de science et de valeur » ; un autre lui trouve « l'esprit fin » ; Marie de Médicis paraît l'apprécier en raison de « ses qualités vertueuses ))^; une seule personne a compris son grand mérite et prévu qu'il était fait pour être homme d'Etat éminent : c'est lui-même! Il a écrit et publié en 1617, dans une pièce officieuse signée du roi et contresignée de lui : « Celui qui a été fait secrétaire d'Etat est un prélat si plein de gloire par l'innocence de sa vie, l'éminence de son savoir et l'excellence de son esprit que tous ceux qui savent quel est son mérite avoueront aisément que Dieu l'a destiné pour rendre de grands et singuliers services à Leurs Majestés au milieu des tempêtes de leur Etat . » Barbin, dont il était l'ami, le recommanda à Léonora pour être nommé ministre^. Déjà soucieux de prendre la première place, Richelieu obtint qu'en raison de sa dignité épiscopale il eût la préséance sur tous les autres secrétaires d'État^; il manifesta l'envie d'être cardinal, ce

1. Protestation des princes, ducs et autres vrais François, Paris, 1617, in-i", p. 9.

2. Dépêches d'O. Bon du 22 nov. 1616, Bibl. nat., ms. ital. 1770, p. 129; de Contarini, Ibid., 1771, p. 307; Bentivoglio, Lettere, t. I, p. 83.

3. Réponse à un manifeste des princes. Mercure français, 1617, p. 63. Le document est visiblement de sa main.

4. Tallemant, Historiettes, éd. P. Paris, t. II, p. 3; B. Legrain, la Décade du roi Louis le Juste, 1619, p. 313, Richelieu aurait eu la pensée de donner à Barbin en mariage sa sœur, celle qui devait être la maréchale de Brézé (M. de Morgues. Lumières pour l'histoire de France, 1643, in-12, p. 44.)

."i. Lettres patentes de Louis XIII donnant la préséance en question, Bibl. nat., ms. Dupuy 92, fol. .ï9 r°. Ce fut Barbin qui sollicita cette préséance pour lui (Brienne, Mém., éd. Michaud, p. II).

qui était un autre moyen de se mettre hors de pair, mais le nonce se borna à signaler ce désir sans y ajouter d'autre importance'; les folliculaires du temps attaquent violemment Barbin, Mangot et le négligent : ils l'ignorent. Pratiquement, Richelieu ne devait pas être moins dévoué que les autres à celui qu'il sentait ou croyait le maître : Concini.

Par ses manières obsédantes, impérieuses, Concini organisa l'obéissance absolue, à son égard, du nouveau gouvernement. De situation officielle, il n'en avait aucune ; les ambassadeurs s'adressaient aux secrétaires d'État et le maréchal d'Ancre n'était pas admis, en droit, au conseil. En fait, Concini mit peu à peu les ministres sur le pied de ne rien décider sans le consulter. « Les trois nouveaux ministres, écrivait le nonce, dépendent absolument de Concini et tous trois vont d'ordinaire à la maison du maréchal pour traiter des affaires et prendre ses ordres comme s'il était le roi- ». Il en cuisait à celui d'entre eux qui tentait la moindre résistance : il était rudoyé. Barbin, plus tard, avouera que « s'il avoit laissé faire le maréchal, ç'avoit été par force et que cet homme-là le gourmandoit étrangement, témoin une infinité de lettres qu'on pourroit voir dans ses papiers » ^ Mangot sera pris à partie par le public pour avoir scellé, sans suffisante opposition,

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