Héroard, Ibid., fol. 527 v» et 4027 fol. 64 v
croyable , écrit quelqu'un , combien Sa Majesté se rend soigneuse des logements de son armée, voulant toujours savoir où est son canon, comment il est gardé; si toutes ses troupes sont logées près les unes des autres et en lieu d'où elles se puissent secourir et où elles aient commodément les eaux, les bois et les fourrages; si elles sont proches de celles des ennemis, ce qui les sépare, et comment elles s'en peuvent garder ou les attaquer et quels avantages elles peuvent avoir les unes sur les autres'. » Il a conscience de ses responsabilités. Il veille aux charrois, s'assure des réquisitions nécessaires à faire dans les paroisses des élections qu'on traverse, pour transporter « les canons, munitions et équipages » -. De sa main, il règle les états de solde des troupes ^ En cours de route, on le voit remplir les fonctions d'un officier ordinaire quelconque, si besoin est : par exemple, près de Moissac, en 1G22, diriger les travaux de terrassement à effectuer pour rendre un chemin praticable à l'artillerie^. La campagne terminée, il fixera le nombre des soldats à licencier*.
1. « Ce grand prince disoit qu'il y avoit de la honte, voire de l'impiété, d'avoir beaucoup de gens sous sa charge sans en avoir le soin. >• C. Bernard, Hisl. de Louis XIII, t. 1, p. 333, campagne de 1622; et pour celle de 1620, Ibid., p. 97. Bernard ajoute (p. 100) : « Je puis assurer de cela comme témoin de vue de tout ce qui a été fait ».
2. Commission de réquisition du 9 juillet 1622 pour 60 charrois « bien attelés » à trouver dans les élections de Loudun et de Mirebeau, en Poitou, h raison, chaque jour, de 4 1. 10 s. par charroi, et deux pains de munition par charretier (Arch. des AfT. étrang., France 776, fol. 202 r°). Les rouliers des villes fournissaient souvent le nécessaire et avaient de la peine ensuite à se faire rembourser de leurs frais (arrêt du conseil du 16 août 1624. Arch. nat., E. 79«, fol. 333 r°).
3. Dép. de Pesaro du 28 octobre 1622, Bibl. nat., ms. ital. 1778,
4. - Journal » de l'exempt des gardes Bordeaux, Bibl. nat., nouv. acq. fr. 6163. p. 93.
.5. Dépèche de Pesaro, loc. cit.
Il est bien général en chef. Son secrétaire de cabinet, Damon, racontait à Jean Danès que, la veille d'une attaque, le prince, au milieu de la nuit, à deux heures du matin, se levait, écrivait les ordres de bataille, fixait l'emplacement des troupes, réglait leurs marches, établissait leur mode de concentration : il travaillait jusqu'au jour'. La nuit qui précéda une affaire, s'étant ainsi réveillé et étudiant la carte, comme il s'apercevait que sa cavalerie, mal placée, risquait d'être surprise, il appelait un de ses valets de pieds, et l'envoyait porter des ordres écrits de sa main, afin de modifier l'emplacement défectueux". « Le sieur Damon, qui est judicieux, déclarait Danès, m'a dit plusieurs fois qu'il étoit ravi de voir le bon sens avec lequel le roi raisonnoit (de ces questions) et la grande science qu'il paraissoit avoir en l'art militaire ^ »
Jusqu'au moindre détail, rien n'échappe à Louis XIIL Il entend les rapports. Puységur raconte dans ses Mémoires une scène qui se passe au siège de Montpellier de 1622 et nous montre le roi écoutant un soldat de retour d'une reconnaissance : le prince est assis dans son fauteuil; il demande à l'homme son nom, sa compagnie, s'il est gentilhomme; lui prescrit d'expliquer « l'affaire comme elle est et de lui dire la vérité, parce que, selon qu'il la dira, on prendra la résolution de faire attaquer ». Le soldat parle. Quand il a fini : «Passez dans la chambre et demeurez-là jusqu'à ce que je
1. Jean Danès, Toutes les actions du règne de Louis XIII, p. 384.
2. La veille du combat des Ponts de Gé en 1620, au château du Vergier : voir Histoire du rè'jnc de Louis XIII, par S. M. G. (Malingre), Paris, 1646, in-12, p. 273.